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Charles Gave

Petit apercu de la dette étatique française

Pour ma part, je suis persuadé que l’État possède d’énormes actifs qui pourraient être vendus, mais malheureusement je n’ai pas la moindre idée de ce que vaut ce patrimoine et, qui plus est, je doute beaucoup de la volonté de notre classe politique de mener des privatisations tant le contrôle de ces activités est source de pouvoir et donc de réélection pour nos classes dirigeantes (par exemple, l’hôpital public est le plus gros employeur dans de nombreuses communes en France). Elle s’y résoudra bien sûr, mais en dernier recours tant il est évident qu’il n’y aura pas de solution à l’endettement de l’État français sans privatisations massives. Les méthodes à utiliser en fin de parcours, pour éviter la faillite qui nous guette, sont connues. Des pays comme la Suède, le Canada ou la Grande-Bretagne de Mrs Thatcher ont réussi à sortir du piège infernal dans lequel eux aussi étaient tombés. Mais ils ne l’ont fait que contraints et forcés. Depuis, curieusement, et à la stupéfaction  des keynésiens de tout poil qui sévissent en France et sont payés la plupart du temps par l’État, ces pays vont très bien, à l’exception de ces pauvres Anglais qui ont subi une rechute keynésienne avec l’Écossais Brown.

En résumé, ne connaissant pas la valeur des actifs de l’État français et ne pouvant donc rapprocher un stock à un stock, nous allons devoir comparer un flux à un flux. Dans le cas de la dette, le flux le plus représentatif est ce qu’il est convenu d’appeler le service de la dette.

Considérons une notion assez simple: si l’on emprunte 100 euros à 7%, le service de la dette sera de 7 euros par an.

Si l’on emprunte les mêmes 100 euros à 3%, nous devrons payer 3 euros d’intérêt par an. Or, la seule chose qui figure dans le budget annuel n’est pas le montant ou la variation de la dette, mais le coût de son portage. Et c’est là que les choses deviennent intéressantes. En effet, depuis 1994, les taux auxquels la France a emprunté n’ont cessé de baisser, comme en fait foi le graphique ci dessous

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Depuis 1995, les taux courts (bons du Trésor à trois mois) sont passés de 8% à 0,25 %, tandis que les taux longs, qui étaient aussi aux alentours de 8%, sont maintenant à 3%.

Cette baisse des taux a eu un effet merveilleux sur le service de la dette de l’État français, comme le montre le graphique suivant.

Depuis 1995, la dette de l’État français a quadruplé, mais le service de cette dette est resté constant, aux alentours de 30 milliards d’euros par an (en retenant le taux moyen annuel)! Il est très probable que les chiffres réels sont un peu différents. La réalité reste la même : le service de la dette n’a pas augmenté depuis 1994. Mais c’est quand on rapporte le service de cette dette au PNB, comparant de ce fait un flux à un flux, que les choses deviennent miraculeuses.

En 1994, l’État consacrait 3% du PNB français au service de la dette qu’il avait émise dans le passé. Aujourd’hui, seize ans après, et bien que la dette ait quadruplé, il ne lui en coûte plus que 1,5% sous le double effet de la baisse des taux d’intérêt et de la hausse du PNB. Pourquoi l’homme politique de base ferait-il le moindre effort ? Les solutions sont en effet fort simples :

• réformer dans la douleur ;

• emprunter (sans douleur) en espérant que cet état de fait durerait au moins autant que sa présence au pouvoir.

On peut tout demander à nos hommes politiques, sauf d’être des kamikazes.

Extrait de