https://institutdeslibertes.org/passeport-sanitaire-outil-totalitaire/
Romain Metivet

Passeport sanitaire, outil totalitaire.

« Fais attention à ce que tu tolères. Tu enseignes aux autres comment te traiter. »

Ce 9 juin le pass sanitaire est entré en vigueur en France pour une durée de quelques mois. Trop peu décrié car accepté par la majorité des Français pour des raisons sanitaires, le cœur du débat n’est pourtant pas médical mais bien politique et philosophique tant son principe met en péril nos libertés fondamentales et pourrait constituer les fondations de quelque chose d’encore plus dangereux.

De fait, certaines libertés publiques seront désormais conditionnées à un statut sérologique, une condition biologique. Sur le principe, il n’y a rien de différent à interdire par exemple les boîtes de nuit à des porteurs du VIH. On notera avec que les mêmes qui parlaient de l’« impossibilité » de réserver les mesures restrictives aux personnes à risque nous vendent aujourd’hui leur nécessité pour une autre catégorie de la population.

Dans notre civilisation, le principe de base est censé être la liberté. S’il est évident que pour vivre en société il faut bien entendu accepter certaines contraintes (sujet classique de philosophie dès le lycée), il faut que les bénéfices dépassent les inconvénients. Si cette comptabilité est souvent hasardeuse, justifier d’une atteinte aux droits fondamentaux se doit d’être encore plus exigent et doit répondre à certains critères dont :

1) Un caractère urgent

2) Un lien rationnel et proportionnel entre la mesure et l’objectif

3) Des effets bénéfiques qui l’emportent sur ses effets préjudiciables.

Concernant l’urgence, nous sommes certes officiellement en situation de pandémie, mais la situation s’améliore rapidement que ce soit pour le nombre de cas, la mortalité et la saturation hospitalière. La peur que cela remonte ne saurait pas constituer une raison valable, surtout quand on voit à quel point il est difficile de prévoir une pandémie. Au taux de mortalité actuelle (environ 1 mort par million d’habitants sur les 7 derniers jours et en baisse), nous sommes en dessous de la mortalité due au tabagisme, à l’alcool ou au diabète.

Cela fait écho au deuxième point en termes de proportionnalité. Le diabète tuant plus de personnes que le Covid au rythme actuel, le point de vue utilitariste exigerait par exemple que l’on conditionne l’accès à des fast-food à des taux de cholestérol ou de sucre dans le sang suffisamment bas. Bien qu’une telle mesure s’avérerait, sans aucun doute, plus efficace pour sauver des vies, cela serait certainement et curieusement bien moins accepté que le pass sanitaire. De plus, les éléments probants permettant de justifier du danger d’une salle de théâtre et pas d’un cinéma, d’un stade vis-à-vis d’un restaurant, ou d’un parc d’attraction par rapport au RER B.

Quant aux effets bénéfiques, ils demeurent incertains et les études et exemples internationaux qui mettent en doute l’efficacité des mesures restrictives ne sauraient manquer (Suède en Europe, Dakota du Sud et du Nord, Texas etc.). De l’autre côté de la balance, les préjudices sont autrement plus inquiétants.

Un Pacte Faustien

Mais ils ne font guère mieux ceux d’aujourd’hui qui, avant de commettre leurs crimes les plus graves, les font toujours précéder de quelques jolis discours sur le bien public et le soulagement des malheureux.

Etienne de La Boétie

Si l’envie de retourner vers un le monde d’avant se fait de plus en plus pressante, accepter le passeport sanitaire au nom d’un retour à la vie normale, c’est faire le pacte faustien que l’Etat peut décider des critères selon lesquels nous pouvons user de nos libertés fondamentales. La liberté devient alors privilège et non droit. Il lui suffit en pratique d’ériger une cage et de nous en faire miroiter la clef pour nous imposer sa volonté et nous faire « gagner notre servitude » comme dirait La Boétie.

Et ce qu’il souhaite semble de plus en plus imposer la vaccination. Il est en effet très aisé d’imaginer que de passeport sanitaire à passeport vaccinal, il n’y a qu’un pas. Emmanuel Macron vient d’ailleurs dans un « en même temps » d’anthologie d’annoncer « qu’aucune porte n’est fermée », après avoir assuré il y a quelques mois que le vaccin ne serait jamais obligatoire. Il est également fort probable que les alternatives à la vaccination soient rendues compliquées et coûteuses pour les rendre de facto inenvisageables.

Cela se ferait bien entendu par esprit de solidarité afin de protéger les personnes à risque, car il ne doit pas y avoir de « liberté de contaminer ».

Mais si le vaccin est efficace et que tous ceux qui souhaitent se le faire inoculer, en quoi ceux qui le refusent les mettent en danger ? Le risque d’attraper le COVID et le risque bien plus faible d’en mourir ne concernerait alors que les non-vaccinés qui en assumeraient le risque (tout comme des fumeurs d’attraper le cancer des poumons, des obèses de souffrir davantage du diabète ou de maladies cardiovasculaires), sans faire porter sur les autres un risque non assumé.

La gestion du risque, quelque chose d’éminemment personnel

Revenons quelques années en arrière, lors de l’épidémie du H1N1 en 2009. Bien que moins mortelle que l’épidémie de COVID-19, les vaccins ont également été développés en un temps record et mis sur le marché en quelques mois sans avoir un recul sur les risques à moyen et long terme. L’Etat avait d’ailleurs, à l’instar de la pandémie actuelle, exonéré les laboratoires de toute responsabilité et s’était engagé à prendre en charge les coûts d’effets secondaires.

Avec le recul, on sait aujourd’hui que l’un d’entre eux a multiplié jusqu’à 14 les risques de développer une narcolepsie auprès des jeunes et jusqu’à 7 environ auprès des adultes, et ce jusqu’à deux ans après à la vaccination. La narcolepsie-cataplexie est une maladie fortement incapacitante qui se caractérise par des accès de sommeil incontrôlables et peut aussi s’accompagner de pertes soudaines du tonus musculaire. Il est donc impossible d’avoir une vie professionnelle normale, de conduire, etc.

Avec en moyenne 5,5 cas pour 100 000 injections, ce risque demeure très faible en absolu. Mais quel était le risque pour un jeune d’attraper cette maladie et en mourir ? Seulement 0,52 sur 100 000 d’après le CDC, soit 11 fois moins. Le choix est-il à ce moment-là si évident ? Un mort vaut-il 11 narcolepsies ? Seul chaque individu est à même de faire ce choix en toute conscience. Je mentionnerais également, même si cela était prévisible, que les indemnisations de la part de l’État traînent toujours, sous prétexte que les effets secondaires sont apparus trop tard après l’injection…

Les vaccins contre le COVID-19 n’étant testés que depuis quelques mois, nous n’avons par définition aucune donnée sur l’efficacité de leur protection ni de leurs effets secondaires à moyen et long terme (que les laboratoires ne sont pas prêts à assumer). Est-il si irrationnel de s’en méfier lorsque le risque encouru face au COVID pour la majorité de la population lors de la première vague, celle qui a vu toutes nos libertés voler en éclats était, selon une étude de Stanford, équivalent à celui de conduire quelques dizaines de kilomètres par jour ? Est-il si irrationnel d’être sceptique quant au profil risque/bénéfice de la vaccination pour les enfants quand ils ont deux fois plus de chance de mourir d’un accident de noyade que du COVID ?

Chacun fait donc inéluctablement face à deux risques : le premier est par définition inconnu à l’heure actuelle (effets secondaires et efficacité à moyen/long terme, et même les laboratoires ne sont pas prêts à le prendre) et le second est de mieux en mieux établi (risque de mourir du COVID en fonction de son âge ou de sa santé). Est-ce une décision que l’on doit laisser entre les mains d’un tiers ?

Un système mûr pour des dérives

« Rien n’est plus durable qu’un programme gouvernementale temporaire » 


Milton Friedman

Concernant le pass sanitaire, la question qui se pose est la suivante : une fois l’épidémie passée, l’Etat démantèlera-t-il cette nouvelle infrastructure qui fera partie de l’habitude des Français ? Renoncera-t-il à ce nouvel outil pour faire appliquer une politique sanitaire (pour notre bien, bien entendu) ? S’en dessaisir serait-il raisonnable dans la mesure où de nouvelles épidémies pourraient surgir ? Le Sénat vient d’ailleurs de déposer un rapport qui préconise entre autres de géolocaliser les Français et d’éventuellement désactiver leurs titres de transports ou bloquer leur compte bancaire pour qu’ils restent bien en quarantaine.

Si l’Histoire nous montre bien quelque chose, c’est que l’Etat n’abandonne que très rarement de lui-même de tels outils.

Au fond, sur quel principe pourra-t-on en refuser son extension concernant des vaccins pour des maladies bien plus sérieuses déjà obligatoires pour nos enfants ? Face à l’instabilité grandissante de notre société, où serait le garde-fou qui empêcherait de considérer son utilisation sur des critères politiques, économiques, voire écologiques (en limitant les déplacements par exemple) ? Une fois la main dans l’engrenage, comment s’opposer à davantage de « protections » et remettre le génie dans sa bouteille ?

Un excellent parallèle est bien entendu celui du crédit social chinois. Ce système, largement décrié il y a encore quelques mois dans les pays occidentaux, était initialement présenté comme l’équivalent centralisé du « credit score » en Amérique du Nord : une note permettant d’évaluer la solvabilité d’un individu ou d’une entreprise en fonction de son historique de crédit. On en connaît aujourd’hui les dérives et ce dernier est devenu un véritable outil de contrôle de la population, allant jusqu’à limiter les déplacements des individus en fonction leur score qui varie avec leurs comportements quotidiens ou leurs opinions politiques.

C’est là toute la stratégie du cliquet. Un petit cran à la fois, sans pouvoir revenir en arrière. La roue vient là de faire un grand tour.

 

Sources

https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0013935120307854#bib44

https://www.thelancet.com/journals/lanchi/article/PIIS2352-4642(21)00066-3/fulltext

https://downloads.aap.org/AAP/PDF/AAP%20and%20CHA%20-%20Children%20and%20COVID-19%20State%20Data%20Report%205.20.21%20FINAL.pdf

https://wisqars-viz.cdc.gov:8006/lcd/home

https://www.cdc.gov/h1n1flu/yearinreview/2009_H1N1-Overview_of_a_Pandemic-12_06_2010.pptx

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3809029/

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7327471/

https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1087079217300011#!