4 March, 2014

“Obama talks, Putin takes”

Ou en bon français, « l’un parle et l’autre agit », la formule est de la chaine Fox News, elle résume bien la situation dans laquelle nous nous trouvons.

Et face à cette crise qui est sans doute l’une des plus graves auxquelles est confrontée la communauté internationale, depuis des décennies, sur le territoire européen et aux frontières de la Communauté, il est préoccupant d’avoir  « aux affaires » à Washington, mais aussi en Europe, des dirigeants peu préparés et cumulant les maladresses.Naïveté de croire que Poutine resterait inactif et passif devant le changement de régime à Kiev, sous le prétexte qu’il ne voudrait pas  risquer d’endommager son image après un Sotchi somme toute réussi. Je ne suis aucunement un spécialiste de cette zone mais je suis allé a plusieurs reprises dans l’ancienne Union Soviétique pour affaires au cours de ces trois dernières années, Moscou mais aussi l’an dernier Kiev et Almaty..

Ce qui frappe dans ces Etats indépendants est la pérennité des apparences du système théoriquement défunt,  et la pratique continue de la langue russe comme le vecteur de communication orale et écrite. Au moins dans les affaires.

Sans ignorer également les liens économiques et commerciaux forts, et l’Ukraine achète plus de 50% de son gaz a la Russie avec des impayés de plusieurs milliards d’Euros qui  font partie de la dette coute terme exigible, avec un encours total estime de $145 milliards à fin 2013.

Alors que les réserves à fin Février 2014 sont seulement de $15 milliards.L’aide russe étant suspendue, le soutien financier ne peut venir que du FMI, dont une délégation est attendue à Kiev cette semaine. La demande des nouvelles autorités a été exprimée à hauteur de $ 35 milliards.

L’Ukraine est sans doute un des pays les plus corrompus de l’ancienne URSS.Ioulia Tymoshenko, ancien premier ministre de la Révolution Orange, et mentor politique de certains des nouveaux dirigeants intérimaires, récemment relâchée ne faisait pas exception.

Mais la communauté internationale avait fait de sa libération un des conditions nécessaires et préalables à la reprise de l’aide financière, multilatérale ou bilatérale.  Comme on me l’avait expliqué à Kiev en Mai 2013.

Le gouvernement autoproclame est compose de représentants des diverses oppositions au régime déchu de Viktor Yanukovich. La Russie dénonce la présence de « néo nazis/fascistes », ce qui est sans doute vrai.

Toutefois le véritable motif de l’intervention militaire en Crimée, éventuellement dans d’autres zones russophones et russophiles de l’est du pays, est  la présence de la base navale stratégique de Sébastopol, qui concrétise et pérennise le maintien de l’Ukraine dans la zone d’influence rapprochée de la Russie, souvenons-nous du précèdent récent de la Géorgie.

Et ici les enjeux sont encore plus significatifs pour cette Eurasie qui est un des axes de la politique étrangère de la Fédération de Russie.

Certes la Russie a réaffirmé son attachement à l’intégrité territoriale de l’Ukraine, mais je ne pense pas que son objectif soit de récupérer la Crimée. Il s’agit bien de mettre en place à Kiev un gouvernement faisant preuve au minimum d’une neutralité bienveillante.

D’ailleurs l’Occident a malheureusement avalise un précèdent de remise en cause des frontières territoriales constatées par les grandes puissances à Yalta après la deuxième guerre mondiale, en soutenant la partition et l’indépendance du Kosovo par rapport à la Serbie.

L’administration Obama parle de sanctions.

Mais l’option militaire est exclue par tous et dans l’hypothèse d’une guerre avec la Russie, l’Ukraine ne peut s’opposer militairement et durablement a une invasion, les forces en présence étant déséquilibrées et l’OTAN n’étant pas engagée. L’Europe étant sans politique commune de défense, Poutine ne dialogue véritablement qu’avec Angela Merkel,  sans doute le seul dirigeant occidental qui par son passe est allemand est à même de le déchiffrer.

Quant aux sanctions diplomatiques, telles la suspension des séances préparatoires au sommet de Sotchi mi 2014, c’est une farce..

Les sanctions économiques seraient plus efficaces sur la durée, l’Europe est certes dépendantes du gaz russe – 15% des approvisionnements pour la France -, plus pour l’Allemagne, dans le cadre d’accords de longue durée, mais nous sommes aussi le marché privilégié et la Russie a besoin de ces débouchés -également pour son pétrole -.

Avec une infrastructure lourde existante de gazoducs pour les livraisons.

Et le marché de remplacement potentiel ave la Chine est  loin d’être disponible et acquis, alors que la Russie souffre de déficits budgétaires. Il y a la peut être un élément de négociation, mais les flux sont difficiles à inverser et l’Europe ne peut se passer du gaz russe ou algérien.

Surtout avec les contraintes qu’elle s’impose pour des considérations d’environnement et selon le principe de précaution qui interdit de recourir au « fracking » hydraulique et aux forages horizontaux des gaz de schiste.

Pas de solution à court terme, même si les Etats Unis ont commencé à autoriser de manière limitée les  exportations de gaz naturel liquéfié, autrefois totalement interdites. Lors de sa visite d’Etat à Washington, Hollande a demandé à Obama d’être encore plus flexible mais ceci prendra du temps.

Il va donc bien falloir trouver un terrain d’entente avec Poutine et seul l’Allemagne me parait en position de le négocier.

Le gouvernement en place à Kiev n’est qu’intérimaire, le retour du Président déchu est exclus, il faut donc trouver un troisième voie  dans l’attente d’élections pour asseoir un nouveau pouvoir plus inclusif des différentes composantes territoriales et ethnico linguistiques de l’Ukraine.

Aucune autre solution ne me parait crédible. Mais cette voie est étroite et périlleuse, et son échec pourrait être lourd de conséquence, avec un regain de la guerre froide qui paralyserait toute avancée sur les autres conflits, tels la situation de la Syrie ou la négociation sur le nucléaire iranien.

Sans compter les nombreux morts civils et militaires en Ukraine…

 

 

Jean-Claude Gruffat

 

Auteur: Jean-Claude Gruffat

Jean-Claude Gruffat est, depuis avril 2011, en charge des relations globales avec les filiales de grands groupes européens chez CITIGROUP à New-York. Citigroup où il fût pendant 10 ans au préalable en charge de la gestion corporate and investment banking des équipes en France, en Belgique et au Luxembourg. De 2008 à 2011, il fut président de la chambre de Commerce Américaine. Il est Gouverneur de l'American Hospital à Paris Jean-Claude Gruffat est titulaire d'un doctorat d'Etat en Droit Public ainsi que d' une Maitrise de Science Politique de l’Université de Lyon. Il a également suivi en 1987 le Stanford Executive Program, GSB, Stanford University, Californie.

6 Commentaires

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  • jcgruffat

    11 March 2014

    La situation reste extremement tendue.
    Les Occidentaux ont adopte des sanctions de deux types, restrictions sur les visas de voyages pour une liste non publiee d’individus “responsables ou complices d’actions portant atteinte a la souverainete ou a l’integrite territoriale de l’Ukraine”, et potential gel des actifs de ces memes individus detenus hors de la Federation de Russie” par “executive order”.
    Si le “referendum” enterine la secession et le rattachement de la Crimee a la Russie, il est envisageable que ces sanctions soient elargies a d’autres interets russes hors du territoire.
    Une intervention militaire est toutefois exclue par l’OTAN, et l’Uraine n’est pas en mesure de s’opposer militairement a l’agression russe.
    L’Europe occidentale et orientale est dependante du gaz et dans une moindre mesure du petrole russe, et ce pays de son cote a besoin des devises generes par ces exports.
    Les Etats Unis ne peuvent etre une source alternative de fourniture d’energie exportee sous forme de LNG – gaz naturel liquifie – avant fin 2015 ou debut 2016 meme si des licences nouvelles sont octroyees pour des raisons de pure logistique..
    L’escalade des sanctions peut tout a fait continuer de part et d’autre et porter atteinte aux interets prives occidentaux en Russie ou de nombreuses entreprises etrangeres ont des interets substantiels.
    Auchan par exemple est le premier employeur etranger en Russie, et les grands fabricants automobiles du monde entier ont investi de maniere importante dans des chaines d’assemblage et de montage..
    Par ailleurs, la Russie comme le rappelait recemment le New York Times n’est plus dans un regime d’autarcie et d’economie de Gosplan.
    Son isolement par des sanctions de type iranienne sur la duree serait difficilement acceptee meme si la population a court terme est clairement derriere son dirigeant.
    Le rouble est affecte, la Bourse est en chute et ces developpements s’ajoutent a une deterioration de la situation economique et financiere du pays anterieur a la crise ukrainienne.
    Avec un deficit budgetaire.
    La Russie a besoin de financements etrangers importants pour poursuivre son developpement economique et ameliorer le niveau de vie de ses populations.
    Seule l’Allemagne est en mesure de faire une pression credible sur les dirigeants russes et au premier chef sur Vladimir Poutine.
    L’attitude du Chancelier Merkel est le facteur determinant a mon sens qui pourrait faire evoluer la situation dans le sens de la detente ou de l’escalade.
    Poutine a ce stade parie que l’Allemagne fera pression pour une non dramatisation de la confrontation.
    Ce qui lui permet de consolider les frontieres meridionales de son pays en annexant la Crimee alors que 40 a 45 % des habitants de cette province y sont hostiles..

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  • Poutine7

    5 March 2014

    “L’un parle, l’autre agit”. Mais au fond, c’est bien ce qu’ “On” lui demande.

    Par “On”, il s’agit de désigner l’oligarchie qui finance les campagnes électorales aux Etats Unis.

    En Europe, la bureaucratie de Bruxelles est de fait décorélée de tout contrôle démocratique, sous l’influence des lobbys droits-de-lhommistes, comprendre favorables à toute forme d’exaltation du modèle LGBT, hostiles par nature à la Civilisation gréco-romaine et pétrie de religion chrétienne. Bref Poutine, le fier russe orthodoxe, c’est l’hétéro de service à abattre. Evidemment, par rapport à Guantanamo, la NSA, on reste cois. Faut tout de même pas affoler le pays phare de l’involution culturelle vers le consumérisme complaisant avec nos fofolles idées révolutionnaire.

    Est-ce une catastrophe ? Qu’y-a-t-il de mal à renoncer à chatouiller les naseaux de l’ours russe ? Peut-on gagner cette bataille ? Kerry n’est il pas le meilleur allié de Poutine ?

    Le jour où “On” agira, c’est quand l’Europe des peuples voudra bien tendre la main à nos frères russes pour construire l’Eurasie et gageons qu’à ce moment là tous des médias meanstream seront en plein affolo comme en ce moment avec la Chine devenue trop puissante, trop incontrôlable, trop indépendante

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    • jean-claude

      6 March 2014

      Monsieur Poutine,
      Arretez je vous prie cette logomachie archeo marxiste lorsque vous parlez des Etats Unis qui ont toutes les imperfections d’une democratie, mais au moins donnent le choix des gouvernants a leurs citoyens.
      Alors vous me direz que l’argent fausse le jeu democratique aux Etats Unis et je confirmerai votre jugement.
      Ceci a droite comme a gauche donc equilibre et jeu a somme nulle.
      Mais ce meme argent gagne finance aussi une philantropie dans les domaines de l’education, de la sante et de l’art.
      Je suis a cent pour cent confortable lorsque je vois des individus utiliser au maximum les failles de la legislation fiscale peour reduire leurs impots et donner au centuple pour leurs charites favorites.
      Ceci me parait sans reproche du point de vue du libral que je me flatte d’etre.
      Sans rancune.

  • Gerldam

    5 March 2014

    Je ne vois pas pourquoi l’occident n’accepterait pas le retour de la Crimée à la Russie, cédée, disent mes amis russes, par Kroustchov en 1954 après qu’il ait bu deux bouteilles de vodka et qu’il était complètement bourré.
    La population y est russe, est pauvre, car, à part les bases, il n’y a pas grand chose en Crimée. le seul “inconvénient” serait que la Russie serait capable d’y injecter un peu d’argent pour améliorer le sort de la population alors que l’Ukraine en sera incapable pour des décennies, étant en faillite totale et personne n’étant prêt, pas même le FMI a y déverser des milliards de dollars sans être bien certain de la poche dans laquelle ils aboutiraient.

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  • Laforest

    4 March 2014

    Bon article qui présente une autre facette des évènements Russie-Ukraine en soulignant la complexité de la situation… entre les va-t-en-guerre et les doux rêveurs des “pays merveilleux”… la réalité s’impose et ne soyons pas naïf des intérêts des uns et des autres… on assiste à une “sacré déstabilisation”… la question : à qui cela profite ???

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