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Jean-Claude Gruffat

“Obama talks, Putin takes”

Ou en bon français, « l’un parle et l’autre agit », la formule est de la chaine Fox News, elle résume bien la situation dans laquelle nous nous trouvons.

Et face à cette crise qui est sans doute l’une des plus graves auxquelles est confrontée la communauté internationale, depuis des décennies, sur le territoire européen et aux frontières de la Communauté, il est préoccupant d’avoir  « aux affaires » à Washington, mais aussi en Europe, des dirigeants peu préparés et cumulant les maladresses.Naïveté de croire que Poutine resterait inactif et passif devant le changement de régime à Kiev, sous le prétexte qu’il ne voudrait pas  risquer d’endommager son image après un Sotchi somme toute réussi. Je ne suis aucunement un spécialiste de cette zone mais je suis allé a plusieurs reprises dans l’ancienne Union Soviétique pour affaires au cours de ces trois dernières années, Moscou mais aussi l’an dernier Kiev et Almaty..

Ce qui frappe dans ces Etats indépendants est la pérennité des apparences du système théoriquement défunt,  et la pratique continue de la langue russe comme le vecteur de communication orale et écrite. Au moins dans les affaires.

Sans ignorer également les liens économiques et commerciaux forts, et l’Ukraine achète plus de 50% de son gaz a la Russie avec des impayés de plusieurs milliards d’Euros qui  font partie de la dette coute terme exigible, avec un encours total estime de $145 milliards à fin 2013.

Alors que les réserves à fin Février 2014 sont seulement de $15 milliards.L’aide russe étant suspendue, le soutien financier ne peut venir que du FMI, dont une délégation est attendue à Kiev cette semaine. La demande des nouvelles autorités a été exprimée à hauteur de $ 35 milliards.

L’Ukraine est sans doute un des pays les plus corrompus de l’ancienne URSS.Ioulia Tymoshenko, ancien premier ministre de la Révolution Orange, et mentor politique de certains des nouveaux dirigeants intérimaires, récemment relâchée ne faisait pas exception.

Mais la communauté internationale avait fait de sa libération un des conditions nécessaires et préalables à la reprise de l’aide financière, multilatérale ou bilatérale.  Comme on me l’avait expliqué à Kiev en Mai 2013.

Le gouvernement autoproclame est compose de représentants des diverses oppositions au régime déchu de Viktor Yanukovich. La Russie dénonce la présence de « néo nazis/fascistes », ce qui est sans doute vrai.

Toutefois le véritable motif de l’intervention militaire en Crimée, éventuellement dans d’autres zones russophones et russophiles de l’est du pays, est  la présence de la base navale stratégique de Sébastopol, qui concrétise et pérennise le maintien de l’Ukraine dans la zone d’influence rapprochée de la Russie, souvenons-nous du précèdent récent de la Géorgie.

Et ici les enjeux sont encore plus significatifs pour cette Eurasie qui est un des axes de la politique étrangère de la Fédération de Russie.

Certes la Russie a réaffirmé son attachement à l’intégrité territoriale de l’Ukraine, mais je ne pense pas que son objectif soit de récupérer la Crimée. Il s’agit bien de mettre en place à Kiev un gouvernement faisant preuve au minimum d’une neutralité bienveillante.

D’ailleurs l’Occident a malheureusement avalise un précèdent de remise en cause des frontières territoriales constatées par les grandes puissances à Yalta après la deuxième guerre mondiale, en soutenant la partition et l’indépendance du Kosovo par rapport à la Serbie.

L’administration Obama parle de sanctions.

Mais l’option militaire est exclue par tous et dans l’hypothèse d’une guerre avec la Russie, l’Ukraine ne peut s’opposer militairement et durablement a une invasion, les forces en présence étant déséquilibrées et l’OTAN n’étant pas engagée. L’Europe étant sans politique commune de défense, Poutine ne dialogue véritablement qu’avec Angela Merkel,  sans doute le seul dirigeant occidental qui par son passe est allemand est à même de le déchiffrer.

Quant aux sanctions diplomatiques, telles la suspension des séances préparatoires au sommet de Sotchi mi 2014, c’est une farce..

Les sanctions économiques seraient plus efficaces sur la durée, l’Europe est certes dépendantes du gaz russe – 15% des approvisionnements pour la France -, plus pour l’Allemagne, dans le cadre d’accords de longue durée, mais nous sommes aussi le marché privilégié et la Russie a besoin de ces débouchés -également pour son pétrole -.

Avec une infrastructure lourde existante de gazoducs pour les livraisons.

Et le marché de remplacement potentiel ave la Chine est  loin d’être disponible et acquis, alors que la Russie souffre de déficits budgétaires. Il y a la peut être un élément de négociation, mais les flux sont difficiles à inverser et l’Europe ne peut se passer du gaz russe ou algérien.

Surtout avec les contraintes qu’elle s’impose pour des considérations d’environnement et selon le principe de précaution qui interdit de recourir au « fracking » hydraulique et aux forages horizontaux des gaz de schiste.

Pas de solution à court terme, même si les Etats Unis ont commencé à autoriser de manière limitée les  exportations de gaz naturel liquéfié, autrefois totalement interdites. Lors de sa visite d’Etat à Washington, Hollande a demandé à Obama d’être encore plus flexible mais ceci prendra du temps.

Il va donc bien falloir trouver un terrain d’entente avec Poutine et seul l’Allemagne me parait en position de le négocier.

Le gouvernement en place à Kiev n’est qu’intérimaire, le retour du Président déchu est exclus, il faut donc trouver un troisième voie  dans l’attente d’élections pour asseoir un nouveau pouvoir plus inclusif des différentes composantes territoriales et ethnico linguistiques de l’Ukraine.

Aucune autre solution ne me parait crédible. Mais cette voie est étroite et périlleuse, et son échec pourrait être lourd de conséquence, avec un regain de la guerre froide qui paralyserait toute avancée sur les autres conflits, tels la situation de la Syrie ou la négociation sur le nucléaire iranien.

Sans compter les nombreux morts civils et militaires en Ukraine…

 

 

Jean-Claude Gruffat