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Jean-Jacques Netter

L’hypothèse d’une victoire de Marine Le Pen ne peut plus être exclue.

Aujourd’hui Le Rassemblement National de Marine Le Pen rassemble deux français sur trois sur la sécurité, l’immigration, l’attitude à l’égard de l’islam… En 2017 Marine Le Pen avait été la chance d’Emmanuel Macron. En 2022, cela pourrait s’inverser car l’issue de l’élection est incertaine. Le « bloc élitaire » mis en scène par la commission Attali, dont Emmanuel Macron fut le rapporteur général adjoint,  pourrait céder sa place à un « bloc populaire » encore non abouti mais centré autour de Marine Le Pen.

 

Emmanuel Macron est un Président qui est entré par effraction dans la vie politique française grâce à ce que l’avocat Régis de Castelnau appelle « une justice politique ». Il a été en 2017 l’incarnation d’un moment orléaniste en rejouant la scène inaugurale de 1830. Il était comme Louis Philippe qui a attiré à lui le centre droit et le centre gauche, les orléanistes et les républicains modérés pour mieux repousser les légitimistes fidèles à Charles X. Le problème aujourd’hui est que le dégagisme qui l’a porté au pouvoir en 2017 pourrait lui revenir en boomerang. Les multiples erreurs économiques de François Hollande ont eu pour conséquence grave  une  “poutouisation des esprits” sorte d’infantilisation d’une population sensible aux diatribes contre le marché.

 

Le Macronisme est minoritaire et intellectuellement compliqué

 

Le macronisme reste structurellement minoritaire. C’est un sectarisme, car ce qui frappe chez Emmanuel Macron c’est son incapacité à assumer l’exercice démocratique comme aucun président avant lui, au point de sembler hermétique au débat contradictoire. Le fossé s’élargit de plus en plus entre les élites et le peuple. Les élites sont devenues nomade alors que alors que le peuple est resté sédentaire. Emmanuel Macron est le produit de cette culture cosmopolite et bobo dans laquelle le peuple ne se retrouve pas. Le centrisme de Macron et des marcheurs continue d’ignorer la fracture qui s’élargit. Le peuple n’est pas populiste. Il a simplement le sentiment d’avoir des élites qui sont médiocres.

 

Le macronisme ne cesse d’emprunter des détours. Plutôt que de conclure trop vite, il ne va pas directement où on l’attend c’est-à-dire vers une proposition définitive.  Assistant de Paul Ricœur, il a appris à articuler entre elles les temporalités où il souhaite inscrire son action. On le voit dans sa politique sociale dans sa politique industrielle et dans sa politique économique. Chez Emmanuel Macron, rien n’est donc dû au hasard. Chaque mot est pesé, chaque pensée fondée. Le résultat est que nombre d’intellectuels n’ont de cesse de trouver mille vertus au chef de l’Etat et « en même temps » ils fustigent les délires du petit peuple qui quand il a peur fait provision de papier toilette et de pâtes…

 

 

 

 

Le macronisme c’est avant tout un Européisme dans lequel il est impossible de réconcilier la France urbaine et la France périphérique. Le clivage demeure entre la France sans avenir et la France pour laquelle l’avenir n’est pas un problème. Il s’agit de liquider les réalités anciennes afin de leur substituer sur tous les plans “un nouveau monde” fluide, ouvert, sans identités ni barrières afin que rien ne vienne gêner le mouvement perpétuel des individus et des biens qu’exige la mondialisation…

 

Le macronisme économique est simpliste. Derrière un discours qui s’affiche comme «moderne», se cache une vision de l’économie simpliste. Parmi ses nombreuses affirmations on peut retenir : « L’État doit donner plus de souplesse au marché du travail», «Le libéralisme est une valeur de gauche», «Le statut de fonctionnaire est de moins en moins défendable», «Il y a la politique des artisans et la politique des fainéants»… Au nom de leurs intérêts privés, les élites du macronisme ont accentué encore la liquidation de notre industrie et notre souveraineté. La redistribution coûte de plus en plus cher et se traduit en impôts et perte de compétitivité. Avec Emmanuel Macron qui oscille sans cesse entre l’autoritarisme et le libéralisme, c’est l’Etat tatillon en bas et le capitalisme de connivence en haut. Il trouve très rarement  le ton juste et le mode d’action efficace…

 

Le bilan politique d’Emmanuel Macron c’est la soumission à l’air du temps

 

Emmanuel Macron exerce le pouvoir avec une conception managériale de la société et de l’individu. Aucun pouvoir n’a assumé avec autant de clarté que la politique relevait avant tout d’une « gestion calculante », venant en lieu et place d’une réflexion à long terme.

C’est un président funambule qui joue l’équilibriste sans avoir le vertige: un coup à gauche, un coup à droite, tantôt gaulliste, tantôt européiste, un jour jurant qu’il n’est pas socialiste, l’autre mimant la nostalgie de la monarchie, le troisième embouchant le clairon républicain…

Emmanuel Macron fonctionne un peu comme une banque centrale de la bonne volonté où tout le monde viendrait puiser. Avec de la vista, quelquefois du talent, des bonnes intentions, de la pusillanimité, beaucoup de communication. Tout cela a produit des débuts de réformes (apprentissage, assurance chômage et prudhommes) sur fond de soumission à l’air du temps…

 

Emmanuel Macron a remplacé le clivage droite-gauche par une bouillie idéologique syncrétique et managériale. Il agit en fossoyeur de la conscience historique.

Il y a une logique dans la succession des trois crises : gilets jaunes, retraites, covid 19, non pas dans leur origine mais dans leur traitement par l’exécutif français. “J’assume totalement la verticalité du pouvoir qui croise l’horizontalité de l’action politique” affirmait Macron dans un entretien à la Nouvelle Revue Française…

 

Emmanuel Macron utilise le multiculturalisme comme idéologie de substitution d’un progressisme en panne d’utopie. Nous vivons dans un système de défense du régime diversitaire qui permet d’ostraciser ses contradicteurs et de les transformer en parias. Les contrôleurs de la circulation idéologique patrouillent tout l’espace public. La gauche a été si longtemps dominante qu’il lui suffit aujourd’hui d’être critiquée pour se sentir assiégée, tandis que la droite a été si longtemps dominée qu’il lui suffit d’être entendue pour se croire dominante. En fascisant son adversaire, en passant de la peste brune à la lèpre populiste Emmanuel Macron disqualifie à l’avance la possibilité d’un désaccord.

 

Emmanuel Macron ne supporte pas le peuple. Maintenant il s’en prend aux Hongrois, aux Polonais et aux Slovènes. La démocratie meurt de la légèreté de ses élites..

Pour la macronie l’homme idéal est un « gars cool » sorti de HEC qui monte une « start up » dont la vocation est de construire des plates formes logicielles à l’interface de l’intelligence artificielle et de l’internet des objets. L’ayant vendu à un des GAFA subjugué par la « French Touch », il investit dans une penthouse avec son jacuzzi sur le rooftop.. !

 

 

Le bilan économique d’Emmanuel Macron c’est l’argent magique à tous les étages

 

Emmanuel Macron a pris de nombreuses mesures surprenantes, infondées ou carrément absurdes: L’abandon de l’aéroport de Nantes restera un  scandale démocratique, la prestation de Nicolas Hulot a été consternante, la voiture électrique pour le moment n’est qu’un rêve subventionné…. Au total rien pour le climat mais beaucoup contre les pauvres comme la fiscalité des carburants, les deux types de retraite par capitalisation. Au total on est dans le grand décrochage de la France désormais au 23è rang pour la richesse mondiale par habitant…

 

Emmanuel Macron considère que le régalien est l’angle mort de sa politique alors que cela devrait être une priorité. La France consacre 800 Md€ par an à son Etat Providence, soit plus du tiers de la richesse nationale. C’est le résultat d’une “politique de guichets” pratiquée bien évidemment par Mitterrand et Chirac… Comme Jacques Chirac a ajouté au dispositif le principe de précaution, nous allons bientôt vivre comme des Amish….La mondialisation n’est pas toujours heureuse, mais depuis la chute du mur de Berlin elle a sorti un milliard d’êtres humains de la très grande pauvreté…Nous avons renoncé à la vocation républicaine de l’assimilation…

 

En Europe Emmanuel Macron n’aime pas la France et pas les nations

 

Emmanuel Macron a accusé la France de “crime contre l’humanité” le 15 février 2017 à Alger. Pour prononcer une telle phrase il faut soit connaitre très mal l’histoire, soit ne pas aimer son pays. Ce qui catactérise véritablement la banlieue, c’est qu’elle est le réceptacle des flux migratoires et qu’elle fait émerger une société multiculturelle, une autre France . Eric Zemmour a été le premier à en parler à partir du livre concept de Christophe Guilluy  « Fractures françaises ». Géographe “de gauche” il est qualifié par son camp de pousse de la droite la plus réactionnaire. A ce titre il est brocardé et méprisé depuis 2010 par tous les pontes de l’université et de la classe politico-médiatique française…

 

Emmanuel Macron ne cesse de galvauder la notion d’Etat-Nation pour en faire un fourre-tout au service de son européisme. Les initiatives présidentielles même quand elles n’ont pas abouti sont présentées de façon positive. Les échecs sont relativisés. « La France est une puissance d’influence moyenne ». On vit avec “les déceptions américaines” , la relation France- Allemagne est “une grande illusion”, l’Occident a raté sa “relation avec la Russie”, il existe “un dilemme chinois” …

 

Emmanuel Macron défend une Europe libérale ouverte à l’immigration. Face à lui existe une Europe des « démocraties illibérales » incarnée par Orban et Salvini qui entend défendre la souveraineté et l’identité des peuples. Les populistes contrairement à ce que l’on a pu dire sont bien des démocrates, mais ils ne sont pas libéraux. Tandis que les élites universalistes comme celles de Bruxelles sont bien libérales mais elles ne sont plus démocrates. Elles ne veulent plus des votes des peuples contre la limitation des libertés.

 

Emmanuel Macron déclarait en 2017 que le protectionisme c’était la guerre. Maintenant il affirme que délocaliser a été une folie Si les européens ne prennent pas toute la mesure de leur vulnérabilité aujourd’hui ils sortiront de l’histoire. Pour l’éviter, il faudrait qu’Emmanuel Macron  écoute un peu tous  les gens qui s’entêtent à clamer leur amour de leur bout de territoire et de la France…

 

La France risque de descendre en deuxième division

 

La France est en Europe la nation la plus rétive au libéralisme, la plus socialisée et la plus réfractaire au changement. Il n’est bien évidemment pas facile de diriger la France. Le centralisme est un héritage de la monarchie et du colbertisme. L’etat fort a été mis en place par la Révolution et l’Empire. L’intrusion de la contrainte étatique et les lois sociales sont des créations de la Troisième République. La Résistance disputera au pétainisme la palme d’or de l’étatisme que ne renieront ni de Gaulle, ni Mitterrand et leurs épigones…

 

La France a été malmenée par la mondialisation. Emmanuel Macron n’a rien saisi de l’attachement des gens à leur nation protectrice.  Il a déclenché une pluie d’obus contre le nationalisme de ceux qui n’adhéreraient pas à son idée de “souveraineté européenne” Il ne cesse de suggérer une continuité entre l’extrême droite et la montée actuelle de l’antisémitisme. Le pouvoir est bien placé pour voir que ce rejet s’épanouit majoritairement dans les cités musulmanes et à l’extrême gauche. Emmanuel Macron ne cesse de ménager l’islamisme qui est le vrai danger pour la France et l’Europe…

 

La France est mal partie si Emmanuel Macron est réélu. En proposant en permanence des solutions à tous les problèmes sans en chercher la cause, Emmanuel Macron s’est beaucoup agité dans le vide pendant cinq ans. Le macronisme n’a rien produit. Il a ouvert une brèche dans laquelle ont pu s’engouffrer les Gilets Jaunes. Les français ont l’impression d’être descendus en deuxième division. L’Europe est le lieu même de l’échec de Macron. L’écho mesurable rencontré par le discours d’Eric Zemmour a levé une série d’interdits et imposé des thèmes (immigration, insécurité, islam…) qui seront désormais incontournables quoi qu’il arrive. Pour tous ceux qui hésitent pour leur vote du second tour, rappelons la logique de la Constitution de la Vème République : au premier tour on choisit, au second tour on élimine…