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Le malheur, une idée neuve en Europe.

Voilà presqu’un an, dix mois déjà, que des entrepreneurs en démolition – à moins que ce soit entrepreneurs en construction d’une autre fortune, la leur – ont médité de méduser la jeunesse conservatrice et catholique de France pour en faire de la chair à canon, à laquelle lesdits entrepreneurs une fois la défaite arrivée bien entendu ne devront rien, et certainement pas la moindre gratitude. Nous parlons évidemment, faut-il le préciser, du parti mort-né « Reconquête », qui n’a que l’on sache, quoique son nom l’indique, rien conquis sinon le mépris de l’entièreté des Français – du moins pour ceux qui s’en souviennent. Pas certain qu’ils soient nombreux, et on ne les en félicite pas.

Hélas, nous nous rappelons, nous, cette triste scène de la vie française, qui peut-être pour le ridicule n’avait pas eu d’équivalent depuis le général Boulanger. Nous nous en souvenons, notamment parce que plus de six mois avant le premier acte nous avions averti qui de droit de la catastrophe qui s’annonçait et avions freiné des quatre fers, afin qu’elle n’advienne pas. Mais enfin ! Le comique a ses lois comme le tragique, et on ne peut faire en sorte qu’un personnage plus grotesque encore que n’importe quel mauvais Français incarné par Louis de Funès n’advienne, s’il l’a décidé. Ainsi Zemmour vint, avec son mauvais nom, sa mauvaise figure, sa mauvaise haleine et son goût pour le malheur. Précisons : le malheur des autres. Le sien devra attendre, au moins sur le plan matériel : il faudrait compter combien  « l’essayiste » aura gagné, sur le dos de ses « fans » qui comme leur nom l’indique ne sont pas des lecteurs, avec son dernier livre, censé dérouler ses « choses vues » (car il s’est pris pour Victor Hugo, dont il a le narcissisme à défaut de la verve, mais avec qui il partage certaine lourdeur de style) mais que personne n’aura lu après l’avoir acheté. À Versailles en septembre, qui n’avait acquis ce livre avait raté sa vie : cependant, pour trouver un clampin qui racontât ce qu’il y était écrit, il fallait se lever de bonne heure. Tortueux récit d’un obscur par lui-même ayant croisé des lumineux, ce livre a déjà gagné les poubelles de l’histoire. Pour son auteur, c’est presque chose faite : cependant, il est bon de l’y aider un peu, cramponné qu’il est à son image de cabot lunettard croyant discourir comme Barrès et ressembler à Léon Blum, quand il demeure ce cancre de faubourg qui a réussi par hasard à intégrer Sciences Po.

Penchons-nous sur l’abîme, celui qu’il va rejoindre et qui fut celui de son discours, que des gamins épris d’idéal, gloire à eux, prirent pour une pensée. Ce discours est celui du malheur, mais non celui qu’il vit ou vécut – non, seulement celui qu’il croit être le pain quotidien de ces contemporains et qu’il s’est obstiné à instiller partout, comme un faux prophète qu’il est. Car l’homme, parmi toutes ses gourgandises, s’est payé le luxe de faire accroire au bon peuple, ou plutôt à la bonne bourgeoisie qu’il faisait prophète. Ayant trouvé une phrase du bon Bainville, celui qui en 1920 prédisait 1940, il a cru que c’était de lui qu’on causait. Alors que pas du tout. Zemmour en 81, puis en 88, car il est entêté le bougre, a voté pour François Mitterrand. Nous autres, enfançons que nous étions, savions déjà l’horreur que véhiculait Sos Racisme, cet instrument infâme du président ignoble pour continuer de régner. Pendant que le soi-disant prophète léchait des bottes à gauche, puisqu’elle était pouvoir.

Un peu plus tard, premier éclair de lucidité chez l’Ézechiel de service : Maaastricht, 1992, ce n’est pas bien. On ne se souvient guère de l’avoir entendu batailler, plaqué qu’il était au Quotidien de Paris puis au Figaro. Enfin, il se trouve une tête de Turc à sa hauteur, Jacques Chirac, le piteux président qui s’aimait aussi peu que Zemmour s’adulait lui-même. Enfin, tard, très tard, trop tard, il commence de comprendre que les immigrés arabo-musulmans que son bien-aimé Mitterrand a fait entrer en masse vont peut-être commencer à faire chier. Ce n’est pas comme s’ils avaient déjà colonisé les trois-quarts des banlieues françaises. Aussi, n’écoutant que sa révélation et son courage, le prophète Zemmour, en 2006, commence de prêcher pour leur éloignement. C’est être largement visionnaire. Personne ne s’en était aperçu. Quelques mauvais livres, dont de nombreux misogynes, plus tard, notre Raminagrobis national tempête sur tous les plateaux de télé de France, trouvant tout de même qu’il est censuré. Il commence à tourner en boucle, armé de trois citations qu’il est, mais peu importe, la droite conservatrice est persuadée d’avoir trouvé son héraut.

La suite, on la connaît : une entreprise sectaire, menée de main de petit maître par quelques aigrefins, qui lèvent de l’argent, des prêts et des dons. La fausse campagne, menée tambours fêlés battants, l’instillation du n’importe quoi tant que ça fait peur, la bêtise à front de taureau, le mépris du peuple qu’on est censé sauver, la défaite pathétique aux présidentielles malgré le vote caché, 89 députés RN, encore la bêtise. Tout est bien qui finit mal.

Sauf que.

Sauf que le peuple français et la France ont encore perdu un an, à écouter le prophète de rien, sinon du malheur, qui s’est cru Cassandre et a fini Boulanger. Il est temps de se secouer les puces et de se débarrasser de ce mauvais rêve.

La vie commence maintenant.