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Jean-Jacques Netter

Le capitalisme démocratique est menacé

Cela fait quatre ans que la Banque Centrale Européenne multiplie les mesures pour essayer de relancer l’activité avec un programme d’achat de 80Md€ mensuel de dettes publiques et privées, le fameux « quantitative easing ». Aujourd’hui elle se trouve à la tête de 1026Md€ d’obligations. Au début, il s’agissait d’obligations souveraines, puis on est passé aux obligations émises par des sociétés, avant comme au Japon, de procéder à des achats d’actions par l’intermédiaire d’ETF. Un Etat qui possède tout, cela a un nom qui est « communisme ». Cela devrait inciter les nombreux économistes hétérodoxes, invités sur les radios et les plateaux de télévision,  à modérer leurs commentaires autour de « Cela va mal car la politique menée est trop libérale ». Rappelons une fois de plus, qu’un Etat, qui comme en France contrôle près de 60% du PIB est tout sauf libéral…

 

Cette politique qui consiste à effondrer les taux d’intérêts a déjà un effet très négatif sur les banques, les compagnies d’assurance et les systèmes de retraite. Cela aura pour conséquence, que tout le monde devra épargner plus, travailler plus longtemps pour une pension de retraite qui sera nettement plus faible qu’aujourd’hui.

La politique monétaire ayant trouvé ses limites, Elle doit désormais être prolongée par des actions politiques et budgétaires pour produire de la croissance dans l’économie réelle. C’est ce que demande depuis de nombreux mois Mario Draghi, le président de la BCE, aux mauvais élèves de l’Europe. En attendant, le rendement des obligations allemandes à 10 ans est redevenu positif cette semaine comme si l’on assistait à la fin d’une séquence…

 

La France fait partie des mauvais élèves de l’Europe

 

Parmi les pays qui ne respectent pas leurs engagements figurent l’Espagne  avec un déficit budgétaire supérieur à 3% du PIB à 3,9% et une  dettes publique de 100,3% du PIB, La France (3,4% et 96,4%) et la Grèce (3,1% et 182,8%)

 

L’Espagne peut se retrouver dans une situation exceptionnelle ingérable

Le bipartisme ne fonctionne plus. Après deux scrutins en moins d’un an, le pays est sans gouvernement depuis huit mois. Les espagnols faute d’accord pourraient être amenés à voter une troisième fois en décembre. Mariano Rajoy chef du Parti Populaire (PP) est toujours candidat. Albert Rivera à la tête des conservateurs est prêt à soutenir « tout candidat viable ». Pedro Sanchez du Parti socialiste (PSOE) cherche une alternative à une coalition avec le PP. Pablo Iglesias à la tête de Podemos, le parti anti austérité risque de perdre encore des voix lors du prochain scrutin.

Podemos et Ciudadanos détiennent donc les clefs de toute coalition. Sans leur soutien ou leur abstention aucun gouvernement ne sera possible.

 

En Grèce, les tensions montent entre le gouvernement d’Alexis Tsipras et ses créanciers du Mécanisme Européen de Stabilité (MES). Il faudra que La Banque Centrale Européenne, le Fonds Monétaire International se mettent d’accord pour le déblocage d’une nouvelle tranche d’aide de 2,8Md€ et l’ouverture de discussions sur la restructuration de la dette. C’est loin d’être acquis dans une économie où le pourcentage d’activités réalisées au noir ne cesse d’augmenter.

 

L’Italie a un déficit budgétaire de 2,4% qui respecte la limite de 3%, mais une dette publique de 132,7% avec un système bancaire qu’il faut complètement recapitaliser. Elle est aussi en danger,  car le prochain referendum constitutionnel sera une consultation à haut risque. Matteo Renzi avait tout misé sur cette réforme  qui devait permettre une majorité forte et un pouvoir stable. Sûr de lui il avait promis de démissionner en cas d’échec dans les urnes. Mais les pronostics se sont dégradés.

Le cœur de la réforme porte sur la suppression du  bicamérisme, ce qui simplifierait le vote des lois. Le Sénat ne serait plus l’égal de la chambre mais une assemblée plus petite composée de représentants régionaux et dotée de pouvoirs plus faibles. La nouvelle loi électorale vise à renforcer la majorité à la chambre : le parti qui obtiendrait 40% des voix recevrait une prime qui le mènerait à 55%. Si le oui l’emporte, les pouvoirs du sénat seront substantiellement réduits et une grande part des pouvoirs des régions seront récupérés par Rome. La probabilité du oui serait de 35%. Ces mesures qui étaient destinées à renforcer le camp Renzi pourraient bien renforcer l’ascension du « Mouvement Cinq Etoiles ». Si le non l’emporte le gouvernement de Matteo Renzi pourrait tomber

 

En France, on assiste à une grande pagaille présidentielle. Depuis plusieurs mois, les sondages nous indiquent que Marine Le Pen sera au second tour, qu’Alain Juppé devance Nicolas Sarkozy et que François Hollande est loin derrière. Emmanuel Macron pourrait rebattre les cartes.

La France a complètement décroché en matière économique depuis l’élection de François Hollande. Le choc fiscal de 2012 a complètement tétanisé l’épargne et l’investissement au moment où le maintien de la compétitivité nécessitait de lourds investissements. L’insécurité en France est beaucoup trop grande.  Avec plus de 230 morts et plus de 800 blessés depuis janvier 2015 la France est devenue le troisième pays le plus touché par le terrorisme. Enfin, la France est la championne toutes catégories du déclassement de la jeune génération avec le taux de pauvreté le plus élevé qui se trouve parmi les jeunes âgés de 18 à 24 ans…

 

En Grande Bretagne, l’impact du Brexit sur la bourse a été effacé deux mois après. La bourse de Londres s’est offert un bel été. L’actuel chef du parti travailliste, Jeremy Corbyn, très marqué à gauche devrait être reconduit en septembre à la tête du Labour grâce au soutien des plus jeunes membres du parti

 

En Allemagne « ça va bien comme jamais »

 

L’Allemagne de son côté vient d’annoncer une baisse d’impôts de 15Md€ sur cinq ans et un budget à l’équilibre. La liste des performances du pays est impressionnante : le taux de chômage est au plus bas depuis cinq ans avec une population active de 43,(M de personnes. Les salaires réels augmentent ainsi que les retraites.  La croissance économique reste donc solide en dépit des nuages qui s’amoncellent. Tout cela a permis à Wolfgang Schaüble, le ministre des finances de dire au Bundestag qu’en Allemagne « ça va bien comme jamais ». Cependant, le parti d’Angela Merkel,  la chancelière a été devancé dans son fief du  Mecklembourg par l’extrême droite, lors de l’élection du 4 septembre dernier. L’avenir d’Angela Merkel se jouera lors des prochaines élections de l’automne 2017. Elle est la candidate préférée des marchés pour la stabilité, la visibilité et son pragmatisme.

 

Le capitalisme démocratique, le moins mauvais des systèmes,  est donc partout en péril, en Europe et aux Etats Unis. Tous ceux qui comptent se présenter devant les électeurs devraient bien en tenir compte dans leurs programmes en corrigeant les excès qui ont été commis depuis une trentaine d’années…