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Jean-Jacques Netter

La télévision montre toujours ce qui se passe mal dans l’économie libre

On se plaint beaucoup de la très mauvaise connaissance du fonctionnement de l’économie par les français. Les fonctionnaires, la plupart des intellectuels et une grande majorité de journalistes ne comprennent pas l’économie. Il en ressort un manque de compétence générale de la classe politique et de l’administration qui interdit tout débat.

Le coupable souvent cité est l’école, puis le lycée et enfin l’université qui mènent un combat permanent contre l’entrepreneur, le marché, le libéralisme… La télévision dans les documentaires qu’elle diffuse devrait avoir un rôle pédagogique. Au contraire, elle se révèle presque tout le temps incapable d’exposer des faits et de parler des entreprises et de leurs contraintes. Elle n’apprend pas l’économie aux français elle leur apprend à se méfier de l’économie.

Voilà quelques exemples de documentaires passés au cours des derniers mois à la télévision.

 

Le travail serait une aliénation permanente, un univers impitoyable où aucun bonheur ne serait possible

 

Le travail serait un univers impitoyable. Un tiers des salariés auraient fait un « burn-out » au travail et presque la moitié sont victimes de douleurs physiques. C’est ce que nous a montré un documentaire de Sophie Le Gall (France 2 26/09/2017) consacré à la souffrance et à la précarité des salariés en permanence sous tension, souvent en dépression. Elise Lucet et  son équipe ne sont allés que chez Lidl et Free pour montrer que les méthodes de gestion dans ces sociétés sont désastreuses.

 

Le bonheur au travail n’existerait pas. Le documentaire de Martin Meissonnier (Arte 24/02/2015). Il faut repenser l’organisation du travail. Mettre dehors tous les petits chefs et la hiérarchie intermédiaire chargée de contrôler les employés.  C’est ce qui a été fait à la Biscuiterie Poult en France, mais aussi chez Harley Davidson aux Etats Unis, HCL en Inde et à la Sécurité Sociale en Belgique. C’est un peu la stratégie de la « cogestion » expérimentée avec le succès que l’on sait en 1976 chez LIP…

 

Le travail serait une aliénation. C’est ce que montre  Ilan Ziv journaliste israélien (Arte 15/10/2014) dans une série de six documentaires, tournée dans vingt-deux pays. Ceux qui son interviewés donnent le sentiment d’avoir mal digéré mai 68 et pas saisi que le communisme s’était effondré en 1989. Parmi les participants  figurent Robert Boyer et Thomas Piketty. “Marx est  le plus grand penseur de son siècle”, “L’aliénation par le travail commence avec les gens qui attendent le bus le matin” Jean Tirole n’a bien évidemment pas été invité. Personne ne conteste que le capitalisme secrète des excès, mais ne jamais mentionner la source incroyable de prospérité que sa dynamique entraîne relève de l’obscurantisme le plus profond.

 

Le travail au noir connaît en revanche un grand succès. Selon la cour des comptes le travail au noir représente un manque à gagner de 20Md€ par an pour l’Etat. Selon Cyril Denvers (LCP Public Sénat 16/04/2016), en 2013 les contrôles des inspecteurs du travail n’ont permis de récupérer que 291M€ une goutte d’eau dans l’océan de la fraude. La moitié des 300 000 travailleurs détachés en France seraient dans l’illégalité. Bien évidemment aucun commentaire n’est fait sur  tous ceux qui voyagent “gratuitement” dans les transports en commun, qui font  des « bras d’honneur » aux policiers et qui attaquent les commissariats en toute impunité. Il ne faut surtout pas montrer la mauvaise conscience qui ronge la société française…

 

 

Le capitalisme serait le grand responsable de tout ce qui va mal

 

Les actionnaires s’en prennent en permanence à nos emplois nous explique  Elise Lucet dans son émission « Cash Investigation » amplement financée par le Service Public. Elle fait du mauvais Michael Moore,  réalisateur américain appartenant à

l’ extrême gauche américaine. Comme lui, elle s’attaque de façon agressive aux chefs d’entreprise qu’elle provoque. A partir du documentaire réalisé par Edouard Perrin (TV5 Monde 26/032016) elle explique que le rythme des destructions d’emplois ne faiblit pas alors que les entreprises distribuent de plus en plus de dividendes. Sanofi ferme des unités de recherche, Pages Jaunes est racheté par KKR et Goldman Sachs licencie. Quand à  Samsonite, la société ferme son usine de Hénin Beaumont. Pas un mot sur les sociétés qui sont obligées de se restructurer pour continuer à exister dans l’environnement mondial de la globalisation.

 

Wall Street est responsable de la crise. Le documentaire « Inside Job »  de Charles Ferguson sorti en 2010 montre que la responsabilité de Wall Street dans la crise est majeure. La collusion entre les grands établissements financiers, les régulateurs, les universitaires et les politiques est dénoncée. La responsabilité de cette industrie scélérate est totale car la dépression économique mondiale, qui en est résulté  a engendré pour des millions de personnes la perte de leur emploi et leur maison.

 

La croissance est terminée nous explique le nouveau documentaire de MarieMonique Robin (Arte 04/11/2014) elle ne reviendra pas.  De nombreux paramètres ne  laissent aucun doute, notamment la fin de l’ère des énergies bon marché ou la dépendance croissante à la dette. Une partie de la population est très réticente à se laisser imposer les doxas libérales des décideurs politiques qui veulent imposer leur vision du monde.  Lorsque les premiers ne jurent que par la croissance, répétant le terme comme une formule incantatoire, les seconds espèrent en d’autres solutions et réfutent le productivisme et la consommation à tout prix

 

L’Etat fait de nombreuses erreurs qui ne sont jamais sanctionnées

 

Il n’y a pas que le secteur privé qui fasse l’objet de documentaires à charge à la télévision. L’Etat est régulièrement épinglé, mais curieusement il n’y a pratiquement jamais aucune suite donnée à ces documentaires même quand les faits étblis sont tout à fait clairs.

 

Anne Lauvergeon a fait l’objet d’un documentaire de Pascal Henry  (France 3 le 17/02/2016 ) sur les volets les plus sulfureux du dossier Areva. La facture du désastre s’élèverait  au bas mot  à 15 Md€, 10Md€ déjà perdus et 5Md€ de recapitalisation programmé. L’achat d’Uramin pour 2,7Md€ est au coeur des investigations, car elle a été organisée par Olivier Fric, le mari d’Anne Lauvergeon.

Après un tel documentaire, tout chef d’entreprise ou même homme politique risquerait une mise en examen  dans les  semaines suivant sa diffusion.  Aucune suite n’a pourtant été donnée jusqu’à maintenant. Qui sont les responsables de ce désastre ?

 

Le retrait de l’écotaxe est un véritable scandale politique. Ella Cerfontaine dans un documentaire ( France 5 en 2017) a montré que ce   dossier était le reflet d’un dysfonctionnement majeur de nos institutions. Tout le monde serait prêt à admettre que celui qui pollue devrait payer. En Allemagne, Belgique ou en Suisse une taxe poids lourd existe depuis plusieurs années. Pourquoi n’a-t-elle pas été mise en place alors que des centaines de millions avaient été dépensés pour la mise en place dans toute la France de portiques de contrôle sur les autoroutes. Qui sont les responsables de ce scandale politique ?

 

L’histoire du fiasco sur l’énorme gâchis solaire français  a été racontée par Brigitte Chevet dans « Les voleurs de feu » réalisé en 2016.   La politique anti nucléaire a obligé à débrancher des centrales nucléaires. Vingt ans plus tard, avec les extravagantes incitations du Grenelle de l’environnement (avantages fiscaux, tarifs d’achats, subventions…), les panneaux solaires se déploient enfin,  jusqu’au ­revirement du gouvernement de François Fillon, fin 2010. Entre temps La filière photovoltaïque a perdu la moitié de ses emploi alors que, dans les années 70, la recherche photovoltaïque française était l’une des plus performantes au monde. Aucun responsable  n’a accepté de s’expliquer.  Ni Jean Louis Borloo , ni Nathalie Kosciusko-Morizet. Pourquoi ?

 

La Formation Professionnelle fait l’objet d’un  grand détournement. Chaque année, selon Benoit Bringer auteur d’un documentaire (France 2 Cash Investigation 02/12/2013), la France dépense 26 Md€ pour former ses salariés et ses chômeurs. Rien n’est contrôlé. N’importe qui peut y s’improviser organisateur de formation. Les grands perdants sont les chômeurs et les salariés. Comment se fait-il que ce scandale dure depuis aussi longtemps ?

 

On pourrait continuer encore avec la libéralisation du marché de l’énergie qui était censée délivrer de l’électricité meilleure marché, les autoroutes un véritable pactole perdu par l’Etat. Au total, la télévision ne joue pas du tout son rôle. Elle n’apprend pas aux français à aimer leur économie.

 

Karl Popper, grand épistémologue autrichien, dans un de ses derniers textes  « La télévision, un danger pour la démocratie » avait bien anticipé tout ce que pouvait retirer de la télévision les totalitarismes de droite ou de gauche. A la société close et immuable à base d’idéologie,  de tribalisme et de magie, il préférait la société ouverte, contrôlée par la raison, où la volonté de l’individu pouvait librement s’exercer. C’est peut être ce qui pourrait se produire avec internet…