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Charles Gave

La Livre Sterling : Enfin un actif pas cher

Ce petit article s’adresse principalement à ceux des lecteurs de l’IDL qui gèrent de façon personnelle leur épargne, et beaucoup moins à ceux qui préfèrent les grandes envolées lyriques dont je suis coutumier.                                                   Redescendre sur terre de temps en temps est une saine discipline, ne serait ce que pour vérifier que la réalité est toujours là.

Un taux de change mesure simplement le cours entre deux monnaies, telles la livre britannique et le dollar US ou la livre britannique et l’euro.

Il s’agit donc d’un prix  et c’est tout.

L’évolution de ce prix est grosse d’enseignement.

D’après la théorie économique dite de « la parité des pouvoirs d’achat[1] », ce  prix devrait varier sur le long terme en fonction de la différence du taux d’inflation entre les deux pays. Pour faire simple, si le niveau général des prix double dans un pays et ne bouge pas dans le pays d’à coté, alors la monnaie du premier pays devra baisser de 50 % vis-à-vis de la monnaie du deuxième pour que les entrepreneurs du premier pays ne soient pas acculés a la faillite.  (C’est cet ajustement qu’interdit l’euro, d’où la faillite de l’Italie)

De toutes les théories économiques, c’est certainement l’une de celle qui marche le mieux.

Le taux de change entre deux pays retourne TOUJOURS à la parité des pouvoirs d’achat. Mais il y a un léger problème : nul ne sait  QUAND…Et comme le disait fort justement Keynes : «  les marchés peuvent rester irrationnels plus longtemps que je ne peux rester solvable… »

Chaque fois qu’un mouvement important et brutal a lieu entre une monnaie et toutes autres, la question se pose donc en termes simples : pour le financier que je suis, quand dois je intervenir en mettant toutes les chances de mon coté,  surtout lorsque qu’une monnaie  décroche de façon importante et brutale contre toutes les autres monnaies, ce que vient de faire la livre sterling ? Comment déterminer  le niveau à partir duquel je dois intervenir pour jouer l’inéluctable retour vers la parité des pouvoirs d’achat (ou PPA) se fasse en ma faveur?

La réponse à cette question est dans le fond assez simple et requiert d’être bosseur et discipliné.

D’abord, il me faut calculer la différence entre cette PPA et le cours de change du moment, ce qui revient à dire que je dois mesurer l’étendue de la sous évaluation de la monnaie que je veux acheter. Je peux soit la calculer moi-même en ajustant le cours de change par la différence des taux d’inflations entre les deux pays, soit être paresseux et prendre les chiffres que l’OCDE publie chaque mois pour les PPA et calculer l’écart entre le cours de marché (là où est  le cours de change est) et là où le cours de change devrait être(la PPA). Les résultats sont très similaires, donc je suis paresseux…

Une monnaie ne reste pour ainsi dire jamais à cette parité des pouvoirs d’achat mais fluctue constamment de part et d’autre. Il est en fait facile de mesurer statistiquement la dispersion historique autour de cette moyenne et de calculer l’écart type de ces dispersions. Lorsque le taux de change passe ne dessous de la ligne basse pour cet écart type, je considère que nous sommes dans une situation statistiquement anormale et je me prépare à intervenir

C’est ce calcul je montre ci-dessous pour le cours de change entre la livre et la monnaie allemande. (A noter que l’IDL fournit gracieusement un appareil graphique qui permettra au lecteur qui vut s’en donner la peine de faire ces calculs).

livre-1

La livre qui était clairement surévaluée au début de 2015 vis-à-vis de l’Euro est maintenant clairement sous- évaluée (d’environ 12 %).

Est-ce que je dois me précipiter pour acheter de la Livre aujourd’hui ? Je pourrais, et j’aurais sans doute raison d’ici à trois ans, mais entre temps je craindrais d’avoir des sueurs froides tant les marchés ont tendance à sur-réagir dans le court terme.

Je fais donc une deuxième chose : Je calcule aussi la variation sur 12 mois de la livre sterling contre l’euro. Chaque fois dans le passé quand la livre a baissé de 20 % ou plus contre l’euro en un an, il fallait en acheter, tant le marché était « survendu », pour profiter du rebond à court terme qui d’habitude se produit. C’est le cas aujourd’hui, nous sommes à -20 % sur un an.

Il me faut donc acheter de la livre et vendre de l’euro quand je suis dans une situation ou la monnaie anglaise est A LA FOIS sous-évaluée (analyse de long terme) et survendue (analyse de court terme).

Reste là faire le même calcul pour la livre contre le dollar, ou la livre contre le yen ou que sais je encore  et de verifier le résultat à chaque fois..

Au jour d’aujourd’hui, la livre est à la fois « survendue » et  sous évaluée et contre l’Euro et encore plus contre le dollar des Etats-Unis.

C’est ce que je  montre dans le graphique suivant qui illustre la position historique de la livre vis-à-vis du dollar et vis-à-vis de l’euro et où apparaissent clairement  les moments où il faut acheter de la livre contre le dollar et contre l’euro, ce qui permet de constater que ces moments ne sont pas toujours les mêmes.

livre-2

Et l’on voit  sans difficultés que la livre aujourd’hui est sous évaluée de près de deux écart types vis-à-vis du dollar (ce qui est très exceptionnel) et  d’un écart type vis-à-vis de l’euro (ce qui est beaucoup moins exceptionel)  mais est également survendue vis-à-vis de ces deux monnaies (hachurage vertical bleu clair et rose).

Il vaut mieux donc acheter de la livre contre le dollar que contre de l’euro, mais les deux sont possibles aujourd’hui.

Mon conseil est donc simple : Les positions en cash que le lecteur pouvait avoir dans son portefeuille en euro mais surtout en dollar, sauf celles dont il aurait besoin pour des dépenses certaines à court terme, doivent être mises en livre sterling.

Pour ceux qui auraient encore des obligations en Europe, en euro ou en dollars, il faut aussi les vendre pour les mettre en sterling «cash».

Le calcul de l’espérance de gain est facile : si la monnaie britannique retourne à sa parité des pouvoirs d’achat en deux (ou trois) ans ans (ce qui est très raisonnable), le lecteur aura une rentabilité sur son compte en euro d’environ 7 % par an et une rentabilité de prés de 9 % en dollar sur les deux ans qui viennent.

Et dans le monde actuel, rien , mais vraiment rien,  là mon avis ne permet d’espérer une telle rentabilité pour le moyen terme et tout cela sans prendre beaucoup de risque.

Est certain ? Bien sur que non.

Est-ce probable ? Oui. Et la probabilité statistique d’une telle rentabilité est proche de 75 % pour livre contre euro et 90 % pour livre contre dollar, ce qui est assez élevé pour prendre un risque «raisonné».

Qui plus est, tout le monde peut ouvrir un compte en livre sterling dans sa banque et lui demander d’effectuer le change. Vérifiez simplement que votre banque ne vous massacre pas trop sur les commissions… tant ces pauvres banques ont besoin de gagner de l’argent. Leur permettre de gagner un peu d’argent sur votre dos est charitable de votre part. N’acceptez cependant pas de vous faire plumer.

 

[1] J’ai consacré l’une des mes chroniques hebdomadaires à la théorie  de la parité des pouvoirs d’achat il y a plusieurs années et le lecteur intéressé devrait pouvoir la retrouver sur le site.