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Jean-Jacques Netter

La Grande Bretagne a des cartes en main pour négocier sa sortie avec l’Europe

En Grande Bretagne, les élections auront lieu le 8 juin prochain. Les sondages montrent que Theresa May devrait revenir au Parlement avec une majorité confortée, lui permettant de conduire les négociations du Brexit avec l’autorité nécessaire.

 

Pendant la longue phase de négociation du Brexit, Theresa May devrait exercer une forte pression sur tous les dossiers sensibles. Elle l’a déjà fait sur le projet de révision du budget européen. Elle aura encore plus d’effet de levier sur le dossier Europol qui est la clef de voute de la sécurité en Europe. Pour être efficace, la lutte contre le terrorisme islamiste qui frappe durement la Grande Bretagne ne peut reposer que sur des liens bilatéraux noués entre l’Europe avec la Grande Bretagne, les Etats Unis et Israël.

 

La Grande Bretagne ne veut plus être soumise aux décisions de la cour de Justice européenne et ne veut plus faire partie de l’Union Douanière afin de pouvoir négocier un ensemble d’accords bilatéraux.  Il ne faut pas oublier que la Grande Bretagne est actuellement le deuxième contributeur au budget de l’Europe avec 9Md€. Même si ce chiffre est ramené aux environs de 3,5 Md€ (comme celui de la Norvège qui ne fait ni partie de l’UE ni de la zone Euro), il restera  important.

La Grande Bretagne pourrait essayer d’utiliser comme modèle le cadre des accords déjà signés entre l’Europe la Suisse ou même l’Ukraine qui comprend une partie sur les services financiers. L’indépendance de l’Ecosse est toujours sur l’agenda et peut compliquer un peu plus la négociation.

 

La baisse de la Livre Sterling commence à générer une inflation plus importante. Cela profite aux sociétés britanniques exportatrices et permet à l’indice FTSE 100 de franchir pour la première fois le niveau de  7500.Les actions anglaises sont actuellement bon marché aussi bien en terme absolu que relatif (Etats Unis, Allemagne) .

La Livre Sterling est aussi significativement sous évaluée, mais elle va rester très volatile avec des phases de faiblesse provoquées par les négociations avec l’Union Européenne.

 

Les sociétés britanniques avec une exposition internationale sont les suivantes :

Automobile & Equipementiers : GKN (88% d’exposition internationale); Banques: Standard & Chartered (90%); Chimie: Croda (95%); Services Financiers: Man Group: Santé: Astra Zeneca (96%), GlaxoSmithKline (95%), Shire (97%), Smith & Nephew (92%); Industrie et Services: Aggreko (97%), Rexam (96%), Weir Group (93%), IMI (93%) Intertek Group (91%); Media: WPP (90%), Reed Elsevier (89%); Biens de consommation: British American Tobacco (99%), Burberry (94%), Reckitt Benckiser (90%, Imperial Tobacco (89%; Technology: ARM Hoding (99%); Loisirs: Compass Group (90%); Telecommunications: Inmarsat (95%)

 

Les sociétés qui bénéficierait le plus de la dépréciation de la Livre Sterling sont les suivantes Immobilier : Baratt Developments, <ContrywideF&C Commercial Property, Daejan, Denwent Finance : Hargreaves Lansdown, Schroders ; Assurance : Legal & General.

 

 

Emmanuel Macron a la chance de débuter son mandat avec un environnement économique porteur

 

Les vents favorables qui soufflent dans l’économie européenne se sont traduits cette semaine par une révision en hausse des bénéfices des sociétés de l’ordre de 10%. C’est la plus forte révision en hausse de puis 2009 date du début de « la crise des subprimes ». On peut maintenant attendre une croissance de l’ordre de 15% des bénéfices sur l’ensemble de l’année si l’Euro ne continue de s’apprécier (+6 % depuis le début de l’année), si l’amplitude du ralentissement aux Etats Unis et en Chine ne sont pas trop forts.

 

Le nouveau Président de la République a la chance de débuter son mandat dans un environnement favorable. Cela n’avait pas été le cas pour ses prédécesseurs qui avaient élus avec un mandat pour réformer le pays. Valéry Giscard d’Estaing avait été confronté à la forte hausse du prix du pétrole de 1973-1974, Nicolas Sarkozy s’était heurté frontalement à la crise des subprimes de 2007-2008.

L’économie française souffre, comme chacun devrait le savoir, d’un chômage de masse, d’un manque d’investissements et d’une incapacité à garder sur son territoire les entreprises qui innovent. Il ne suffit pas de battre les extrémistes dans les urnes, comme a su le faire Emmanuel Macron, il faut supprimer maintenant, le plus vite possible les facteurs économiques, sociaux et culturels qui font que ces mouvements se développent.

 

Il reste à expliquer que la compétitivité des entreprises n’est pas une idée fixe d’économiste, mais la condition première pour que des emplois soient créés en France, que la désertification des territoires cesse et que les pensions de retraite de ceux qui auront cotisé toute leur vie puissent leur être versées.

Le déficit de la balance des comptes courants a doublé en 2016, ce qui est extrêmement grave dans un environnement qui a bénéficié de « l’alignement des planètes » (Taux, Pétrole, Euro…).  Cela montre bien que les produits français ont du mal à s’exporter au prix où ils sont vendus. Ils sont concurrencés sur le haut de gamme par l’Allemagne et sur le bas de gamme par l’Espagne notamment. La France est le mauvais élève de la zone Euro. Elle a enregistré le plus gros déficit de ses comptes publics en valeur absolue (75,9Md€) et le plus important déficit extérieur des dix neuf pays qui ont l’Euro pour monnaie. Cela fait maintenant dix ans que la France accumule les déficits extérieurs alors que l’Allemagne affiche un excédent de 261 Md€ en 2016. Contrairement à ce qu’a dit François Hollande rue de Solférino, il ne laisse pas du tout la France en meilleur état qu’il ne l’a trouvée !

 

Mettre fin au déséquilibre entre la France et l’Allemagne est une ambition tout à fait louable. Cela ne peut que commencer par les réformes que la France attend depuis si longtemps.

Le moteur franco allemand pourrait se remettre en marche, car pour la première fois nous avons un président qui commence par ne pas rendre responsable l’Allemagne et l’Europe de tout ce qui ne marche pas en France…