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Jean-Jacques Netter

L’ Etat Stratège ne cesse de fragiliser la France

      

La désindustrialisation a touché plus fortement la France que d’autres pays. Le nombre de sociétés du patrimoine public ou privé qui ont disparu depuis 30 ans est impressionnant notamment : Alcatel, Arcelor, Areva, EDF, Rhodia, Pechiney, Thomson…. L’inventaire est terrible. Avant, il y avait eu Bull, car l’État avait voulu se lancer dans l’industrie de l’informatique, il voulait concurrencer IBM. Du Plan calcul à la nationalisation de Bull cela s’était traduit par un fiasco de 40 milliards de Francs. Très bel exemple des compétences de l’état stratège. Il fonctionne selon un modèle trop centralisé et cumule au fil des années le pire du libéralisme et du socialisme.  Il pratique en alternance soit l’État spectacle, soit l’État guichet. Le premier se nourrit d’effets d’annonce, privilégie le tape à l’œil à la stratégie. Le second rend difficile la cohérence et l’efficacité de l’action publique. Voilà où en sont les grands fleurons de l’état stratège.

 

La mort d’EDF est programmée

 

Il y a vingt ans l’Europe décidait de libéraliser totalement le marché de l’énergie pour avoir une électricité meilleur marché. Ce n’est pas du tout ce qui s’est produit et les européens vont le payer au prix fort. En France nous allons assister à la mort d’EDF qui a perdu quelque 15 milliards d’euros dans ses opérations internationales et n’a plus les moyens de bâtir de nouvelles capacités de production d’électricité pour remplacer ses réacteurs nucléaires qui atteindront les 40 ans. Exsangue financièrement, EDF joue notre avenir à la roulette russe.

Flamanville qui est un réacteur à eau pressurisée est un véritable fiasco. Personne n’est plus capable de dire quand le réacteur nucléaire de nouvelle génération sera mis en service tant les difficultés techniques n’ont cessé de se multiplier depuis la mise en chantier en 2007.

 

Plus que jamais, la menace du dérèglement climatique commande d’investir dans l’efficacité énergétique et le renouvelable, mais à Paris et à Bruxelles, la priorité reste de démanteler le nucléaire. Dernier avatar d’une obstination à favoriser artificiellement les prestataires privés dans la fourniture d’électricité, le projet Hercule cristallise les inquiétudes. Il est fortement combattu par la CGT qui se concentre avant tout sur le comité d’entreprise d’EDF. La Caisse des Activités Sociales de la branche énergie est très occupée à gérer plus de 200 centres de vacances. Pourtant, les syndicats, organisés en monopole depuis 1945 ne représentent qu’environ 5 % des salariés Français et ont un financement complètement opaque. Ils ont pris en otage un certain nombre de secteurs tous nationalisés (énergie, transports, éducation, santé) avec tous les succès qu’on connait !

 

 

Areva tué par l’obscurantisme bobo-bio et la mauvaise gestion

 

Areva a dissimulé à l’État le fiasco de 2,5 Md€ généré par le rachat d’Uramin en 2007. Il s’agit d’une opération trouble sur laquelle aurait spéculé Olivier Fric, le mari d’Anne Lauvergeon. L’ancienne patronne d’Areva risque depuis des années une mise en examen qui n’arrive pas. Il semble que la justice soit beaucoup plus lente pour ceux qui appartiennent au Corps des Mines. La justice devra néanmoins s’interroger sur son rôle dans le rachat d’une société minière qui aura été le plus mauvais investissement et le plus contesté de sa femme à la tête d’Areva.

La facture d’Areva c’est au bas mot 15 Md€, 10Md€ déjà perdus et 5Md€ de recapitalisation programmée. Pour remettre de l’ordre dans le groupe, l’état-stratège a dû en 2015 scinder le groupe en trois. EDF a récupéré l’activité centrale nucléaires,  Siemens Gamesa a récupéré l’activité éolienne. Les risques pesant sur le chantier de l’EPR finlandais ont été isolés dans une structure détenue à 100% par l’état. Quant au cycle du combustible il a été transféré dans une nouvelle société baptisée Orano.

 

Le fiasco du chantier du réacteur EPR à eau pressurisée de Flamanville n’est pas seulement industriel et financier. Plus grave encore, il dégrade la réputation et la confiance dans une des rares filières technologiques ou la France restait à la pointe

 

Le talent managérial de Madame Lauvergeon s’est manifesté ensuite chez Sigfox, opérateur de télécoms pour objets connectés. Les actionnaires l’avaient nommé comme présidente de leur société. La société après avoir réalisé un chiffre d’affaires bien inférieur aux attentes vient de supprimer 47 emplois et de débarquer son directeur général Ludovic Le Moan.

 

Les membres du Corps des Mines sont toujours incroyablement solidaires. Ils se connaissent tous, se tutoient. C’est une machine redoutablement efficace car le réseau est souterrain et sert d’abord ses propres intérêts. A l’heure où le capitalisme de connivence est plus que jamais contestée, le corps des Mines reste un excellent décodeur pour comprendre nominations, amitiés et détestations au sein du CAC 40.

 

L’obscurantisme écolo -bobo-bio tue l’industrie nucléaire. Comme le dit Jean de Kervasdoué il y a d’un côté le “bien” avec ses mots vertueux : écologie, environnement, éolienne, lanceur d’alerte, santé et leurs qualificatifs

tout aussi positifs : vert, naturel, durable, circulaire, biodynamique, biologique, photovoltaïque, recyclable, économe, local, associatif, décentralisé. De l’autre il y a le mal : nucléaire charbon, pesticides, OGM, pollution, croissance, climato-sceptiques, et des qualificatifs négatifs : polluant, dangereux, intensif, capitaliste, industriel, cancérigène, corrompu…

 

L’écologisme n’est plus l’apanage d’une irréductible poignée de chevelus adeptes du potager bio. Pour eux, l’heure de l’apocalypse écologique a sonné. La prosternation serait notre seule voix de salut. Ce totalitarisme mou teinté d’anti-capitalisme de combat est érigé en système de pensée politique et morale. Du bio à la voiture électrique en passant par le nucléaire ou les OGM. La décroissance serait le secret du bonheur.

 

Air France doit être recapitalisé

 

L’état- stratège a demandé à Air France d’accélérer le remplacement de ses A320 franco-allemand équipés de moteurs français par des A320 fabriqués au Canada et équipés de moteurs américains. Il faut bien faire plaisir aux écologistes et à Yannick Jadot qui exige “un Grenelle du monde d’après”. Il a été nécessaire de recapitaliser la compagnie de 1Md€. L’État -stratège possède désormais 28,6% du capital devant China Eastern 9,6%. L’État néerlandais et Delta Airlines qui n’ont pas participé à l’opération sont dilués.

 

Renault

 

L’industrie automobile française a perdu la moitié de ses emplois en moins de vingt ans constructeurs et équipementiers confondus. La France a été la championne d’Europe des délocalisations. Alors que l’état stratège est actionnaire de Renault c’est le constructeur qui a le plus délocalisé dans les années 2000. Les modèles Clio sont produits en Slovaquie en Turquie ou en Roumanie. On ne peut plus produire en France que des voitures à forte valeur ajoutée vendues chères avec de bonnes marges pour prendre en compte le coût du travail, les impôts de production qui sont les deux tueurs de l’emploi industriel et de l’investissement en France. Tout cela n’est pas grave car l’état stratège veille : quand une activité marche bien il invente de nouvelles taxes, si le régime baisse il subventionne et si la société est en faillite il nationalise.

 

Quand on voit que le prochain modèle haut de gamme de Citroën sera produit en Chine, cela montre bien que la qualité de fabrication des usines chinoises fait partie des meilleures du monde. Tout cela n’empêche pas Bruno Le Maire ministre de l’économie de dire que « La France est et restera une grande nation automobile »

 

L’État stratège continue alors qu’il a échoué

 

Le ministère de l’environnement n’a cessé d’enfler au point d’absorber au fil du temps les transports, l’équipement, le logement et évidemment l’énergie. Des domaines dans lesquels sa compétence est loin d’être démontrée. A l’origine ce ministère était simplement celui de la lutte contre les pollutions, les nuisances et les risques. Dopé par le catastrophisme et les calculs politiques, le ministère n’a cessé de voir ses prérogatives s’élargir. Le problème est qu’il reste obnubilé par sa mission première et ne sait que multiplier les contraintes, les normes et les règlements. Une calamité pour l’économie et pour la transition assimilée à l’écologie punitive

 

Le véhicule électrique à batteries ne peut pas être une solution miracle aux problèmes de la mobilité individuelle. Il a le mérite de réduire les émissions là où il circule. Mais les contraintes technologiques, économiques et financières liées à sa fabrication et à son utilisation limitent considérablement son intérêt. Cela n’empêche pas l’état stratège de distribuer ses subventions.

 

La voiture thermique consommant 1l aux 100 était la bonne solution. L’état stratège préfère lesfantasmes du véhicule électrique. L’Europe des batteries est encore une vue de l’esprit. Le succès actuel des hybrides n’est que le reflet des limites des véhicules 100% électriques.

 

L’électricité nucléaire pourrait être le moyen idéal pour produire de l’hydrogène vert à grande échelle à des coûts acceptables. Elle est une énergie bas-carbone avec un coût de fonctionnement des centrales presque identique, qu’elles fonctionnent à la moitié de leur puissance ou à pleine puissance.

 

 

Les Français ont été appelés à réduire leur consommation d’électricité face à une vague de froid très modérée. La fermeture de Fessenheim, les retards répétés de Flamanville, l’état stratège est incapable depuis des années de construire une stratégie énergétique cohérente, des développements peu maîtrisés dans l’éolien et le solaire… Ce qui se passe n’est une surprise pour personne et tient peu à la pandémie.

 

L’État Stratège est une solution qui a été choisie dans l’histoire par de nombreux pays tels l’Argentine, le Venezuela, le Brésil, le Mexique, le Zaïre, la Corée du Nord, l’URSS, l’Allemagne Nazie etc…, Elle se termine toujours avec des crétins galonnés prenant le pouvoir et se lançant immédiatement dans des grands travaux chers à l’État Stratège (l’oxymore total) du type camp de rééducation entouré de miradors. C’est alors le moment de dire  Adieu au Club Med, bienvenu au Goulag…

 

Grâce à cette brillante élite on voit où en est la France et l’Europe dans de nombreux domaines critiques : 90% des seringues utilisées en France proviennent de Becton Dickinson aux États Unis ; 84% de la capacité du cloud européen  fonctionne sur des systèmes américains ; 90% des semi-conducteurs utilisés en Europe sont importés ; 40% de l’alimentation des vaches françaises vient du Brésil ; 100% des drones de l’armée française sont achetés à General Atomics aux Etats Unis. Par contre 71% de la production d’électricité en France provient du nucléaire. Cet avantage compétitif considérable est bien évidemment en train d’être démantelé par nos dirigeants !

 

Heureusement la France conserve les cosmétiques et le luxe. Cela s’explique d’abord par le talent de Bernard de Bernard Arnault mais surtout par le fait que l’état-stratège ne s’en occupe pas