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Charles Gave

Journal d’un actif de 77 ans.

Avant-propos

2020 a été une année pourrie, et pourtant…

En Juin 2020, nous avons lancé IDL Media avec trois bouts de ficelle et deux agrafes, Franc Martin étant aux commandes. Pour l’instant, I ’IDL-Media se développe plutôt bien (merci beaucoup à tous les auditeurs). Cette nouvelle aventure nous a permis de rencontrer beaucoup de gens très intéressants dont j’ignorais l’existence et je veux les remercier ici de bien avoir voulu passer dans notre studio. Nous avons déjà plus de 46 000 abonnés. Et là, je vais vous demander : encore un effort. Si nous arrivons à 100 000  abonnés , ce qui ne vous coutera rien, alors les tarifs de publicité augmentent beaucoup, ce qui nous permettrait d’investir dans notre développement, car pour l’instant, cette activité est encore en déficit. Et comme chacun le sait, pour un chef d’entreprise, le bonheur c’est un cash-flow positif (plus d’argent qui rentre que d’argent qui sort). Mon idée de base a toujours été de refuser l’idée d’une chaine payante pour que tous puissent avoir accès à une information de qualité, condition « sine qua non » pour que chacun puisse exercer sa citoyenneté en connaissance de cause, et je m’y tiendrai.    

Fin Décembre 2020, et cette fois-ci dans le cadre de mes activités professionnelles chez Gavekal, dont je suis le Président, nous lançons- à partir de Paris  en français et en anglais- un nouveau système de recherche sur la construction de portefeuille sur lequel je travaille avec Didier Darcet (et toute son équipe (Yann Aegon, Michael Du Jeu etc..) depuis cinq ans, ce qui a été un investissement gigantesque. 

Je suis très, très satisfait des résultats qui constituent à mon avis une vraie révolution conceptuelle. Si certains des lecteurs de l’IDL veulent savoir de quoi il retourne, qu’ils aillent simplement sur le site de Gavekal -I-S   https://gavekal-is.com/

Pourquoi je vous raconte tout ça ? Simplement parce que c’est dans les difficultés que l’on bâtit les outils qui permettront de prospérer lorsque les temps faciles reviendront. « Travaillez, prenez de la peine, c’est le fond qui manque le moins », disait La Fontaine. Tel est mon conseil pour 2021

Et maintenant, au travail et place au premier article de 2021.

Les marchés des actions au confluent des tensions entre la Liberté et l’Egalité.

Commençons par la Liberté, qui est nécessaire pour que la création destructrice ait lieu, car sans création destructrice il ne peut y avoir de croissance économique ni de hausse du niveau de vie des plus défavorisés. Et sont responsables de cette création destructrice une race à part que l’on appelle « les entrepreneurs », qui prennent des risques avec leur argent (c’est la grande différence entre les managers et les entrepreneurs), pour lancer de nouveaux produits ou services. Et les résultats montrent que la création de valeur (de richesse) dans un pays suit la Loi de PARETO, dite des 80-20, comme quasiment tous les phénomènes sociaux (alcoolisme : 80 % de l’alcool dans un pays est consommé par 20 % d’alcooliques, 80 % des accidents de la route sont causés par 20 % des conducteurs, 80 % des crimes par 20 % de malfaiteurs etc…). Il en est de même pour la création de richesse : 80 % de la création de richesse est le fait de 20 % de la population. Mais il y a pire. Dans la richesse créée par ces vingt pour cent pour cent, 80 % voit le jour grâce à 20 % des 20 %. C’est-à-dire que 4 % de la population est à l’origine de 64 % de la nouvelle richesse, et ainsi de suite. C’est donc dire qu’une société où n’existerait que la Liberté serait profondément inégalitaire et sans doute invivable pour la majorité.

Et du coup, se sont créées toute une série de doctrines, socialisme, communisme, millénarisme, technocratie etc… qui ont pour ambition de bâtir des sociétés plus « justes, » la justice étant définie comme la recherche de l’égalité de résultats entre citoyens. Mais chacun voit bien que si l’on empêche les entrepreneurs de prendre des risques et d’y trouver leur justification en gagnant « trop » d’argent, le système se bloque et tout le monde est plus pauvre à l’arrivée, surtout les plus démunis. Comme le dit le proverbe Chinois, « quand les gros maigrissent, les maigres meurent de faim ». L’égalité sans la liberté mène au Goulag.

Et donc TOUTES nos sociétés sont bâties sur une tension entre la nécessaire Liberté et la recherche éperdue de l’Egalité.

Ce qui m’amène à la question suivante : Y a-t-il un moyen de mesurer l’équilibre atteint en ce moment par chaque pays entre ces deux objectifs, tous les deux fort compréhensibles ?

La réponse est oui. Et mon but dans ce papier du Lundi est donc de proposer une façon de « cartographier » chaque pays en fonction de sa position par rapport à ces deux pôles.

  • Pour se faire, je vais commencer par prendre l’indice de la Liberté Economique et Politique telle que publié par « The Héritage Foundation » aux USA depuis des lustres. Pour chaque pays, la méthodologie de construction de l’indice n’a pas changé et bouge très lentement, ce qui me donnera mon axe des ordonnées, celui de la Liberté.
  • Pour l’égalité, je vais prendre l’Indice dit de Gini (économiste Italien, 1912), qui lui cherche à mesurer les écarts de revenu entre les citoyens d’un même pays. La banque mondiale publie depuis fort longtemps des coefficients dits de Gini pour chaque pays, la méthodologie là aussi n’ayant pas changé. Voila qui me donnera mon axe des abscisses, celui de l’Egalité, après une petite transformation du coefficient de Gini qui ne change rien à l’analyse : à la place de prendre le Gini qui va de zéro à 100 tel que publié (plus le chiffre est petit plus la société est égalitaire), je transforme l’indice en 100 – le Gini pour la commodité de la présentation, plus le Gini est grand, plus la société est égalitaire. Et je présente ci-dessous mon premier graphique pour les les pays développés et quelque chose saute aux yeux tout de suite.

Trois groupes de pays et deux solitaires émergent :

  1. Les plus « égaux mais libres » sont les sociétés Luthériennes du Nord de l’Europe.
  2. Les plus « libres mais égaux », sont les pays qui suivent le Droit Anglais, auxquels se rajoute la Suisse, pays de la Démocratie Directe.
  3. Les pays Catholiques du Sud de l’Europe, ne sont ni très égaux ni très libres, et le droit de l’Etat semble l’emporter sur l’état de Droit, ce qui plombe et la Liberté et l’Egalité.

Et les deux moutons noirs sont le Japon, le pays du consensus qui est exactement à la moyenne des deux, ce qui est amusant et les USA, très libres mais très inégaux, ce qui est peut-être normal pour un pays où l’immigration venant de pays très pauvres est constante.

Mais de ce graphique, on peut tirer quelques remarques supplémentaires.

  • La première est que la Grande-Bretagne n’avait rien à faire en Europe, puisque toute législation communément acceptée allait faire baisser la liberté individuelle dans ce pays, voir la liberté et l’égalité si le mouvement trouvait son origine dans les pays du Sud (France). A l’évidence, le futur de la Grande-Bretagne se trouvera dans son ancien Commonwealth, auquel il faut rajouter sans doute l’Inde, Singapour et peut-être l’Afrique du Sud.
  • La deuxième est que créer un taux de change fixe entre les sociétés du Nord et du Sud de l’Europe était voué à l’échec dès le départ puisque les sociétés du Sud portent le poids d’un état qui sanctionne à la fois moins de liberté et plus d’inégalité. C’était condamner à mort tous les entrepreneurs du Sud, ce qui n’a pas manqué de se produire, faisant de ce fait reculer et la liberté et l’égalité dans le Sud du vieux continent.

L‘étape suivante pour l’investisseur est de vérifier si les marchés des actions enregistrent dans leurs résultats à long terme ces différences entre zones « sociologiquement » différentes.

Voici le résultat.

En tête sur vingt ans, les pays les plus libres, ceux du droit anglais, suivis par l’Europe du Nord et les USA (avec une performance similaire), en avant dernier le Japon et en bon dernier, l’Europe du sud, plombé par l’euro. Pour les marchés financiers, la Liberté est donc le critère dominant, ce qui est normal mais la comparaison Etats-Unis- Europe du Nord montre que plus d’égalité ne nuit pas automatiquement à la performance.

Il semble donc qu’il y a bien une forte corrélation entre indice de liberté et performance boursière structurelle et c’est ce que montre le dernier graphique où je relie cette fois la performance de pays individuels, et non plus de la zone à laquelle ils appartiennent, à l’indice de liberté.

 

On retrouve a peu de choses près la même distribution historique des résultats.

Conclusion.

  • Compte tenu du Brexit qui vient de se produire, le pari pour les années qui viennent est bien sûr de penser que la Grande-Bretagne, qui n’avait rien à faire dans la construction européenne, est maintenant « libérée » et va pouvoir rejoindre les autres pays du « Common Law » avec une performance qui devrait donc être très satisfaisante dans la décennie qui vient.
  • Pour l’investisseur la règle à suivre est facile. Si on lui propose des investissements dans la zone de droit anglais, aux USA ou dans l’Europe du Nord, il peut y aller tranquillement. Si on lui en propose dans la zone « latine » il n’y va que si cet investissement n’a rien à voir avec le gouvernement local et c’est une règle qui ne doit pas souffrir d’exception. Ce faisant en effet, il fait monter son portefeuille local vers le haut et vers la droite. C’est ce que je recommande depuis toujours et je suis satisfait de pouvoir démontrer enfin le bienfondé théorique de cette idée.