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Jean-Jacques Netter

Joe Biden gouvernera au centre

La vague démocrate bleue tant attendue par les media n’a pas eu lieu.  Cela signifie que Joe Biden devra gouverner à la Maison Blanche avec une Amérique profondément divisée et des collaborateurs situés au centre de l’échiquier politique, puisque l’aile gauche du parti démocrate n’aura pas beaucoup de poids.

 

La politique a relativement peu d’impact sur le comportement de la bourse. Comme on a pu le constater, les performances du marché action pendant les périodes Obama et Trump ont été sensiblement les mêmes.

 

En revanche la monétarisation du Covid par les banques centrales américaines et européennes aura beaucoup plus d’importance. Historiquement, la Chine met en œuvre des politiques économiques contra cycliques chaque fois que son économie est confrontée à un ralentissement. Cette fois malgré le Covid la Chine n’a pratiquement rien fait comme le montre le bilan de la Banque Centrale de Chine (PBOC) qui est resté complètement plat.

 

L’internationalisation du RMB va s’accélérer

 

La Chine ne veut plus rester dépendante du dollar américain. Pour y parvenir, le Renmimbi doit devenir le complément de la nouvelle politique de route de la soie (road and belt policy).  D’ailleurs, depuis plusieurs années, le RMB surperforme toutes les autres grandes devises du monde et le marché obligataire chinois est le seul à offrir aux investisseurs des retours réels positifs.

 

Le lancement d’un RMB digital directement pour le consommateur sera une étape très importante. C’est la même démarche que celle qu’Apple avait conduite en remplaçant sur ses téléphones le logiciel de Microsoft par son logiciel propre.

Au moment où tous les pays occidentaux sont en train de détruire le capital des rentiers avec des taux négatifs, la Chine continue de construire sa crédibilité sur le marché obligataire.  Ses taux réels à 10 ans sont positifs et le RMB est au plus haut depuis deux ans

Les obligations chinoises sont devenues pour les portefeuilles  l’actif anti-fragile par excellence.

 

 

Les trois batailles américaines

 

Parmi les  grandes batailles menées par Donald Trump trois au moins seront poursuivies pas son successeur.

 

1/ La bataille pour le contrôle du commerce international qui consiste à empêcher la Chine d’envahir les marchés mondiaux en respectant très peu la propriété intellectuelle et les grands traités internationaux.

 

2/ La bataille pour le contrôle de la technologie. Au moment où les semiconducteurs sont devenus la matière première du monde de la connaissance cette bataille est devenue essentielle.  D’ailleurs la capitalisation boursière des sociétés de semiconducteurs est devenue supérieure à celle des sociétés du secteur de l’énergie. Taiwan est devenue la nouvelle Arabie Saoudite du monde d’aujourd’hui. Ce qui complique la situation est que la Chine dépend pour ses approvisionnements à la fois des Etats Unis et de Taiwan. Donald Trump a imposé des restrictions de vente aux sociétés chinoises Huawei, ZTE et SMIC.  Sur le plan technologique, les analystes estiment que Intel la première société américaine a environ 6 à 7 ans de retard sur la première société taiwanaise TSMC. Sur le plan géopolitique on peut s’attendre à une augmentation des ventes de matériel militaire à Taiwan.

 

On devrait assister à l’implosion du secteur de la technologie en trois zones (occidentale, chinoise, indienne). Dans la durée, Il faudra probablement acheter des sociétés spécialisées par zone géographique c’est-à-dire le contraire de ce qu’aura été la société Apple.

 

3/ La bataille pour le contrôle de Hong Kong. La Chine a besoin de posséder la première place financière du monde , c’est pour quoi elle veut en prendre le contrôle total. Tout comme pour Taiwan, les Etats Unis ne pourront l’accepter.

 

L’Europe s’est encore tiré une balle dans le pied dans le domaine sanitaire. C’est un coup très dur pour l’économie européenne. Une cascade de faillites accompagnées de destruction d’emplois aura lieu notamment en France même si on est encore 30% en dessous du niveau de faillite de l’année dernière. Cet environnement pourrait dissuader de nombreux investisseurs d’exposer leur portefeuille à l’Europe.

 

Les actifs anti fragiles sont toujours les actions et l’or

Avec une politique keynésienne c’est l’or qui est anti fragile comme le montre l’évolution du cours de l’once d’or qui a progressé de 20% depuis le début de l’année. On peut constater que les banques centrales recyclent de plus en plus leurs excédents de dollar en or. C’est une bonne nouvelle pour le métal jaune mais une moins bonne pour la croissance économique.

 

Le retour de la value

 

Si les taux d’intérêts reviennent à la normale avec un 10 ans américain à 2%, on pourrait assister à des arbitrages entre les valeurs de technologie en faveur des valeurs value dans le sillage d’un environnement économique plus favorable. Toutes les valeurs industrielles qui participeront au développement de la digitalisation des entreprises, à leur automatisation et à leur électrification seront favorisées. Parmi ces valeurs on peut citer Caterpillar, Schneider Electric et Rockwell Automation.