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Jean-Baptiste Noé

Éducation : le fondement d’une puissance

Un pays ne peut prétendre à la puissance s’il est peuplé d’analphabètes et de personnes mal formées. L’éducation est donc à la base de tout, non seulement du bien être des personnes en elle-même, mais aussi du développement d’une nation, qui se fait par l’innovation, le travail et la productivité. La faillite de l’école est donc un problème majeur qui met en jeu la survie de la France. En janvier 2017, je publiais un ouvrage qui tentait de faire un point de situation sur l’état de l’école en France, en proposant des solutions de réforme : Rebâtir l’école. Plaidoyer pour la liberté scolaire. Le constat est simple et tient en quelques lignes : depuis 1980, les dépenses d’éducation ont été multipliées par deux. Dans le même temps, le niveau scolaire n’a cessé de baisser (classements Pisa et rapports des journées défenses et citoyenneté le démontrent). Les professeurs sont malheureux et méprisés par l’administration. L’éducation nationale n’arrive plus à recruter : il y a chaque année moins de candidats que de postes à pourvoir et les démissions ne cessent de croître. Compte tenu des départs à la retraite d’une part et des grandes difficultés de recrutement d’autre part, l’éducation nationale sera morte en 2027 puisqu’elle n’aura plus de professeurs à mettre dans les classes.

 

Plus de dépenses, moins de résultats

 

Cinq ans après, le constat n’a guère changé ; la situation s’étant même empirée.

 

Sur les coûts tout d’abord. Les dépenses intérieures d’éducation, c’est-à-dire la somme de toutes les dépenses réalisées par l’ensemble des acteurs (État, régions, départements, communes, etc.) sont passées de 74,4 milliards € en 1980 à près de 160 Mds€ aujourd’hui. Les dépenses ont doublé en 40 ans, sans que la qualité ne suive.

 

Le coût des dépenses par élève est lui aussi éloquent.

Un élève du primaire coutait 3 700€ en 1990, près de 6 500€ aujourd’hui. Le coût du collégien est passé de 6 300€ en 1990 à 8 600€ et celui d’un lycéen de 7 700€ à plus de 12 000€ en 2021.

 

L’école n’est donc pas gratuite, elle est même fort chère.

 

Le résultat de toute cette dépense publique est merveilleux : dans l’université privée où j’enseigne, nous avons été obligés de programmer des cours d’orthographe aux premières années de licence de droit afin de les remettre à niveau. Une initiative pédagogique qui se retrouve dans de nombreux établissements supérieurs en France.

 

L’augmentation de la dépense n’est donc pas la solution de l’école et il est possible d’avoir mieux en dépensant moins, ce qui est une très bonne chose pour un État en situation de faillite.

 

Plusieurs rapports (Cour des comptes, IFRAP) ont démontré que les établissements privés coutaient environ deux fois moins cher que les établissements publics. Ayant géré un lycée privé durant une dizaine d’années je peux confirmer cette réalité : un lycéen nous coûtait environ 6 000€ par an.

 

Depuis 2017, une situation qui empire

 

Quant aux difficultés de recrutement, elles ne sont pas liées aux questions salariales, même si les professeurs, comme tout un chacun, ne rechignent pas à une augmentation. Plusieurs sondages ont là aussi montré que les premières raisons sont l’absence de libertés : professeurs transformés en pion qui doivent avaler et mettre en place des réformes de fond qui arrivent tous les 2/3 ans, administration tatillonne et insupportable, inspecteurs pédagogiques qui n’ont pas vu une classe depuis belle lurette, mais qui savent et qui donc expliquent comment il faut enseigner, ensauvagement des progénitures, non-choix des affectations, etc. Le professeur aujourd’hui est un petit pion aux mains d’une administration de plus en plus grosse et qui engloutit l’essentiel des dépenses. Il faut bien être fou pour vouloir y aller.

 

Après 5 ans passé rue de Grenelles, un record, le bilan de Jean-Michel Blanquer est bien triste. La situation n’a cessé d’empirer depuis 2017 : hausse des dépenses, hausse des démissions (qui doivent être très importantes puisque le ministère ne communique plus les chiffres depuis 2018), diminution accrue du niveau. Cette année, c’est la machine à master qui a explosé. À force de faire passer en licence puis en master sans réelle sélection, le nombre de postulants en master a fortement augmenté alors que le nombre de places est resté le même. Certains collègues ont reçu près de 3 000 candidatures pour 35 places… Impossible bien évidemment de lire tous les dossiers : ils ont donc tiré au sort. Si votre enfant, en dépit de très bons résultats en licence, n’a pas trouvé de place en master, il le doit à la non sélection opérée depuis de nombreuses années.

 

La réforme du lycée, grande œuvre du quinquennat, n’est pas de Jean-Michel Blanquer. Elle a été préparée par les équipes de Najat Vallaud-Belkacem et annoncée par François Hollande lors d’un discours à Orléans en avril 2016. Blanquer n’a fait qu’appliquer la réforme préparée par ses prédécesseurs. Derrière la logorrhée pédagogiste, celle-ci n’a qu’un objectif : freiner le nombre de classes sans professeur. En revoyant les cours, les programmes et les organisations des classes, ils ont pu économiser quelques professeurs et donc camoufler un peu les absences. Cela ne tiendra pas longtemps. Le constat fait en 2017 est toujours d’actualité : dans 5 ans, compte tenu des départs en retraite, des difficultés de recrutement et des démissions, il y aura une grave pénurie de professeurs et de très nombreuses classes seront sans encadrant.

 

La fin de l’école à la maison

 

Jean-Michel Blanquer a interdit l’école à la maison à la rentrée 2022, au nom de la lutte contre l’islamisme. Une invocation bien commode pour s’en prendre à la liberté fondamentale de l’éducation. Cette mesure est inapplicable et le gouvernement n’a pas pris la mesure de ce qui va se passer à la rentrée 2022. Ce sont environ 30 000 enfants qui sont éduqués à la maison. C’est certes très peu au regard du nombre d’enfants scolarisés mais cela représente près de 1 200 classes (si on prend en moyenne 24 enfants par classe). Pour absorber ces 30 000 enfants supplémentaires en septembre prochain, il faut d’ores et déjà construire des écoles et recruter du personnel pédagogique et d’encadrement. Donc alourdir les coûts déjà importants du ministère. Compte tenu des pénuries de professeurs, il est impossible de recruter ceux qui sont nécessaires à cette absorption. La mesure fonctionne sur le papier, elle ne fonctionne pas dans les faits. Mais ce sera un autre gouvernement, donc à lui le déluge.

 

La solution : plus de libertés

 

Les solutions existent et elles sont connues. Il ne s’agit pas de réformer l’éducation  nationale ; la nature même de celle-ci la rend irréformable. L’éducation nationale n’a pas échoué, elle a accompli son être. Il est dans la nature des administrations d’aller vers plus de dépenses et moins d’efficacité.

 

La solution consiste donc à bâtir autre chose, en appliquant le principe de subsidiarité, en faisant confiance aux professeurs et aux chefs d’établissement, qui connaissent leur métier, qui l’aiment et qui sont capables de beaucoup d’abnégation. Il ne faut pas toucher à l’éducation nationale et la laisser mourir de sa mort naturelle mais, à côté d’elle, il faut créer les conditions d’une éducation libre. Le foisonnement des écoles et des pédagogies est un signe de grande vitalité intellectuelle de notre pays sur lequel il est possible de s’appuyer.

 

1/ Mise en place du chèque éducation, permettant aux parents de choisir librement l’école de leurs enfants. Ce chèque est utilisable dans tous les établissements privés et les établissements publics de type « école à charte ». D’un montant de 5 000€ au primaire, 8 000€ au collège et 11 000€ au lycée, les chèques sont abondés par un fonds spécialement créé. Les montants indiqués sont ceux du coût d’un élève dans le public en 2000. Les établissements fonctionnaient à l’époque, revenir au prix de 2000 n’est donc pas mission impossible et cela permettra d’importantes économies aux finances publiques.

 

2/ Suppression des concours de recrutement. Les directeurs recrutent eux-mêmes les professeurs. Les nouveaux professeurs allant dans le public sont recrutés sous la forme d’un contrat de droit privé. La réforme du Capes, qui entre en vigueur à la rentrée 2022, étant un naufrage intellectuel les postulants professeurs ne perdront rien.

 

3/ Pour le privé et les écoles publiques à charte : abrogation des programmes nationaux. Les établissements choisissent leur pédagogie et les volumes horaires des cours de l’année.

 

4/ Pour le public : pour les établissements volontaires, passage en mode « école à charte ». Les écoles à charte sont gérées comme les établissements privés. Les professeurs qui n’acceptent pas cela sont réaffectés dans l’établissement de leur choix. Cette création des écoles à charte doit permettre d’assurer la transition vers l’autonomie des établissements publics.

 

5/ Possibilité de délégation de service public pour les communes, départements et régions sur le modèle de ce qui se fait actuellement pour les crèches. Les collectivités locales restent propriétaire des locaux scolaires et ont la charge de leur entretien, mais elles peuvent en confier la gestion à une association ou entreprise privée qui assure les cours dans celle-ci. L’association d’école privée pourra recruter les professeurs venant du public. Ceux qui ne le seraient pas doivent être réaffectés dans un autre établissement. Le contrat est établi pour une durée limitée avec clause de revoyure.

 

6/ Suppression du brevet et du baccalauréat dès la session 2022. Voilà deux ans que le bac n’a pas eu lieu, pour cause de pandémie. Cela a au moins eu le mérite de démontrer son inutilité, les Terminales ayant leurs affectations dans le supérieur avant le passage du bac.

 

7/ Abrogation du monopole de la collation des grades. Les établissements du supérieur doivent pouvoir être libres de leurs volumes horaires, de leurs recrutements et de leurs diplômes et ne plus dépendre de l’université publique. Ce monopole a été établi par Jules Ferry en 1880 dans le but d’assurer le contrôle de la vie intellectuelle par l’État. Chose réussie, qui a notamment permis aux communistes d’infiltrer les universités à partir des années 1950 et à l’idéologie woke de s’imposer aujourd’hui. Ouvrir en grand les portes et fenêtres de l’enseignement supérieur pour y laisser entrer un air frais ne pourra qu’être salutaire aux étudiants et au pays.

 

8/ D’importantes économies de structures peuvent être réalisées en supprimant toute la couche administrative de l’éducation nationale : inspecteurs, INSPE, académie, etc. Cela prendra plusieurs années, mais la mesure doit commencer au plus tôt. Les bâtiments libérés pourront être vendus via les domaines et l’argent être affecté au remboursement de la dette.

 

On le voit, il n’y a pas de fatalité au déclassement scolaire, dont les premières victimes sont les élèves et les secondes les professeurs. Il est possible d’avoir des écoles qui fonctionnent bien, en limitant les dépenses et en assurant l’avenir des jeunes qui y sont, et donc celui de la nation tout entière.

 

En la matière, c’est encore Frédéric Bastiat qui avait tout compris :

« Le plus pressé, ce n’est pas que l’État enseigne, mais qu’il laisse enseigner. Tous les monopoles sont détestables, mais le pire de tous, c’est le monopole de l’enseignement. […] Laissons donc l’enseignement libre. Il se perfectionnera par les essais, les tâtonnements, les exemples, la rivalité, l’imitation, l’émulation. »