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Charles Gave

De la Révolte Légitime

Comme les lecteurs le savent (ou ne le savent pas) mon vrai métier n’est pas d’écrire des livres ou d’essayer de faire vivre notre Institut des Libertés mais d’abord de conseiller des gérants d’actifs  «institutionnel»  sur la façon dont ils devraient gérer l’argent de leurs clients. La société dont je suis le Président (Non-Operating Chairman), GaveKal,  opère à partir de Hong-Kong depuis 2002 et a environ 860 clients institutionnels dans 65 pays.  Nous sommes lus chaque jour par plus de 12.000 « gérants » répartis un peu partout dans le monde.

L’ennui avec les clients est que certains d’entre eux nous font vraiment confiance et nous disent : «A la place de nous expliquer quoi faire avec l’argent de nos clients à nous, faites le vous-même », ce qui est parfaitement désagréable puisque nous devenons responsables des idées que nos émettons.

Nous avons donc du créer une filiale de gestion à  Hong-Kong et créer des fonds qui investissent dans les marchés sous le nom de Gavekal Capital et nous gérons donc plusieurs fonds. Pour les Européens, ces fonds sont déposés à Dublin à la SOCGEN locale et disposent du passeport Européen tout en étant accrédités auprès de l’AMF en France. Je ne cherche pas à vendre quoi que ce soit à qui que ce soit, mais pour ceux que cela intéresse, ils peuvent aller sur le site de GaveKal Capital pour voir les détails de notre offre.

Pourquoi est ce que je vous raconte tout ça ?

Parce que nous venons d’avoir le conseil de Gavekal capital à Dublin et que j’y ai appris des choses stupéfiantes dont je dois vous parler toutes affaires cessantes.

La plupart des lecteurs ne sont sans doute pas au courant de la réglementation dite “FATCA ” votée par le Senat aux USA en Mars 2010. Pour faire bref, elle stipule que tout fond, tout gérant où qu’il soit domicilié dans le monde, s’il a un ou plusieurs clients Américains  ou résident aux USA doit en faire la déclaration nominative au fisc Américain et cette obligation s’applique aussi bien au gérant qu’à la banque dépositaire. On voit  bien qu’il s’agit là d’une tentative d’externalisation de la Loi Américaine à l’ensemble du monde et on a vu avec l’affaire de la BNP, que j’ai commentée en son temps, qu’il ne faisait pas bon résister à ce genre de tentative quand elle émane des USA.

Compte tenu des tracas administratifs que cela entraine, la solution la plus simple pour des structures légères comme la nôtre a été bien sur de refuser les clients Américains et de virer ceux que nous aurions pu avoir (nous n’en avions pas).

Mais qu’ai-je appris lors de ce conseil et qui depuis me fait sauter partout ?

Que cinquante cinq pays (!)  avaient signé en douce une convention fiscale qui stipule que tous les gérants de fonds et tous les dépositaires seront maintenant tenus de déclarer à chaque fisc national le nom (et les montants investis) de chacun de leurs ressortissants nationaux.

Première remarque.

Il y a un peu plus de 10 ans, les documents administratifs nécessaires à la tenue de chaque conseil (Compliance en Anglais) faisaient quatre – vingt pages.Nous en sommes aujourd’hui à trois cent cinquante pages et à chaque Conseil, le nombre de pages augmente d’au moins trente.Ce qui fait que le Conseil se passe à discuter pendant des heures de la nouvelle réglementation,  à la place de se préoccuper de la marche de l’affaire.  Et ces réglementations ont un coût énorme qui en fin de parcours  est payé par les épargnants et diminue d’autant la rentabilité de leurs placements.Voila qui favorise une fois de plus les grands gérants et les grandes banques  et interdit à un nouveau gérant de se lancer s’il ne dispose pas de capitaux énormes.

Voila qui interdit toute création destructrice dans le monde de la gestion, ce qui n’est guère favorable à une allocation optimale de l’épargne.

Inutile de signaler que les dites grandes banques sont TRES favorables à  tout ce mouvement qu’elles ont d’ailleurs en grande partie initié car cela revient  à faire monter massivement ce que les économistes appellent « les barrières à  l’entrée », c’est-à-dire dire que cela  est très utile  pour empêcher toute concurrence future en établissant des chasses gardées au profit des grands groupes. Cela revient aussi à empêcher les jeunes et compétents nouveaux gérants de se lancer, tant ils n’ont pas envie de passer le plus clair de leur temps  à démêler des problèmes administratifs tout en supportant des coûts monstrueux qui vont foutre en l’air leurs performances. Ils vont quand même continuer à sortir des grandes institutions, puisqu’ils sont compétents,  mais cette fois pour gérer leur argent personnel ou celui de quelques amis très riches (family office) , et l’épargnant de base se retrouvera avec un choix de gérants terriblement appauvri.

Et tout cela bien sur, au nom de la lutte contre le terrorisme…J’en arriverais presque à penser que Ben Laden devait  être actionnaire d’une grande banque bien de chez nous… Ironie à part, il y a pire, bien pire…

Deuxième remarque.

Chaque Etat à  partir de maintenant va savoir ce que ses citoyens détiennent en dehors du pays, même s’ils vivent en dehors de leur pays.Prenez un citoyen Français vivant en Belgique ou en Angleterre, ayant son capital déposé dans une banque en Suisse et investissant de là dans les fonds Gavekal par exemple, tout cela fort légalement.

A partir de maintenant, nous allons être obligés (et la SOCGEN aussi) de déclarer au fisc Français les noms et les sommes afférentes à chaque client Français, qu’il réside ou non en France. Voila qui permettra au fisc Français de se faire des statistiques extrêmement précises sur la fortune des Français à l’extérieur de la France. Nous devenons les agents dénonciateurs du fisc.

L’étape suivante  sera bien entendu  d’étendre l’impôt sur la fortune par exemple, ou l’impôt sur le revenu à tous les Français résidant à l’étranger, le fisc Belge ou le fisc Suisse ou Irlandais se faisant une joie de collecter ces impôts pour le fisc Français,  à charge de revanche bien sur.

Il s’agit la de la plus grande avancée de Big Brother depuis des lustres, et tous les fonctionnaires fiscaux et internationaux se lèchent déjà les babines à l’idée des livres de chair fraiche qu’ils  vont pouvoir prélever sur les citoyens qui avaient mis une frontière entre eux et ces grands rapaces, dans l’espoir de se protéger.

Prenons le cas d’un homme ou d’une femme aisée et qui disposerait d’une solide fortune. Pour payer 1.5 % sur le capital, compte tenu des autres impôts existant en France il faut faire croitre son capital d’environ 7 % par an, ce qui est impossible quand les taux sont à  zéro. Notre homme ou notre femme sont donc partis vivre  à l’étranger, le cœur brisé l’alternative étant de voir sa fortune disparaitre en en peu plus de 12 ans.

Fureur de notre classe vampirique en voyant leurs victimes leur échapper.

Ils vont automatiquement tout faire pour aller rechercher cet argent qui ne leur appartient pas.  Il s’agit donc purement et simplement d’une tentative de nationalisation du capital, en d’autres termes d’un vol, perpétré au profit de l’Etat et de ses obligés au détriment bien sûr de ceux qui ont épargné et travaillé. On sent bien que dans le corps politique Français,  de Droite comme de Gauche,  il n y a aucune, mais aucune volonté de reformer notre Etat obèse et que donc leur seul recours pour trouver de l’argent frais est de piquer l’argent là où il est. Comme il n’est plus en France, ils iront le piquer à l’étranger et voila tout. Et 55 autres Etats sont prêts à les aider, ce qui donne une idée de ce que représente le Droit de Propriété pour la classe dirigeante actuelle dans la majorité des pays dits démocratiques.

En fait, un peu partout, j’ai de plus en plus l’intime conviction qu’une classe véritablement criminelle, une mafia, a pris le pouvoir dans la plupart de nos pays et l’exerce à son profit et au profit de ceux qui l’élisent et que la plupart d’entre eux sont sans foi ni loi.  Nous ne sommes plus en Démocratie depuis longtemps, comme les Grecs viennent de s’en rendre compte, à leurs dépens bien entendu. Quand le tour de la France arrivera, et bien, on fera payer les Français de l’étranger et voila tout. Et quiconque protestera sera traité de mauvais Français, voué aux gémonies et on saisira les biens qu’il aurait eu l’imprudence de garder en France.

Donc, je m’attends toujours au pire, et, comme le disent les Suisses, je suis rarement déçu en bien.

Bien sûr, tout le monde me dit que rien de tout cela n’est dans les tuyaux, mais je me souviens fort bien qu’il s’agissait de l’un des projets du regrettable, et peu regretté Président Sarkozy, qui voulait faire payer même ceux qui n’étaient pas résidents en France et donc je n’ai guère de doutes à ce sujet.

Que faire ?… Va me dire le pauvre Français, ou plutôt le riche Français qui ne l’est resté que parce qu’il a quitté son pays et lirait ces lignes?

La chose la plus simple pour ceux qui le peuvent est bien sur de mettre sa résidence principale dans un pays qui ne sera pas signataire de cet accord infâme et attentatoire à La liberté Individuelle et au Droit de Propriété (Philosophiquement c’est la même chose), et qui soit protégé par un grand frère très, très costaud.

Je veux parler bien sur de Hong-Kong qui jamais ne signera un tel accord puisque cela permettrait aux Européens et aux Américains de savoir ce qui se passe en Chine.

Et s’ils le peuvent, de faire gérer leur argent directement de là bas, sans passer par des fonds ou des gérants Européens ou Américains.

Une autre solution pour notre malheureuse future victime serait de prendre résidence… aux USA, puisque ce pays ne signera pas l’accord le forçant à dénoncer les citoyens Français vivant sur son sol. Les Etats-Unis deviennent de ce fait le plus grand paradis fiscal au monde, ce qui va bien aider au financement de leurs déficits, mais l’imbécillité des gouvernements Européens reste vraiment confondante tant ils semblent incapables de négocier des accords de réciprocité avec les USA.

Enfin, la dernière solution, la plus extrême sera d’aller vivre dans un pays où les impôts sont raisonnables,  du style de l’Irlande ou du Portugal, et d’en prendre la Nationalité en abandonnant la Nationalité Française.

Bien sur, cela me crève le cœur d’écrire tout cela mais entre la Loi sur le Terrorisme et les atteintes au Droit de Propriété que je vois arriver tous les jours dans les marchés financiers, je me dis qu’il est urgent de prendre des décisions raisonnables pour ceux qui pensent que la situation actuelle va perdurer. Cela n’est pas vrai.

Apres tout, comme le disait Ben Gourion, en 1934, il y avait deux sortes de Juifs en Allemagne. Les optimistes, qui sont restés et qui sont morts, et les pessimistes qui se sont barrés et qui ont survécu.En ce qui me concerne, j’ai 72 ans, je rentre en France à partir de Septembre de cette année  et je me fous de ce qu’«ils » peuvent me faire (pas grand-chose).

Pour les autres, et en particulier pour ceux qui pensent qu’ils sont à l’abri, il est urgent qu’ils songent à la nouvelle organisation qu’ils devront mettre en place le plus tôt possible.

Aux échecs, il faut toujours avoir un coup d’avance sur l’adversaire.

Avec les impôts, c’est pareil.

En fait,  nous rentrons dans la situation de révolte légitime prévue par Saint Thomas d’Aquin.Il est nécessaire  de se révolter quand l’organisation politique qui a le monopole de la violence légale (le Roi en son temps) devient tyrannique.

Nous y sommes.

Charles Gave

L’Institut des Libertés part se reposer et vous donne rendez-vous en Septembre.

Bel été à tous,

Hommage à Ayn Rand

« L’homme est un être rationnel, mais sa rationalité est une question de choix – et l’alternative que sa nature lui offre est la suivante: exister en tant qu’être rationnel ou exister en tant qu’animal suicidaire. L’homme doit être homme – par choix; il doit considérer sa vie comme une valeur – par choix; il doit apprendre à l’entretenir – par choix; il doit découvrir les valeurs nécessaires à sa survie et pratiquer les vertus correspondantes – par choix.

Un code de valeurs accepté par choix est un code moral.

Qui que vous soyez, vous qui m’écoutez, je m’adresse aux débris de vie restés intact au fond de vous-mêmes, à votre reste d’humanité, à votre intelligence, pour vous dire: il existe une morale rationnelle, une morale propre à l’homme, et c’est la vie humaine qui en est la base et le point de départ.

« Tout ce qui est favorable à la vie d’un être rationnel constitue le bien; tout ce qui lui est nuisible constitue le mal. La vie de l’homme, en accord avec sa nature, n’est pas la vie de la brute décérébrée, du voyou saccageur, ou du mystique chapardeur. C’est la vie d’un être pensant, qui s’entretient non par la force et la fraude, mais par l’usage de ce qu’il y a de plus haut et de plus efficace à cette fin: la raison.”

« La vie de l’homme est la référence de la morale, mais c’est votre vie personnelle qui en est l’objectif. Si l’existence sur terre est votre but, vous devez choisir vos actions et vos valeurs en fonction de ce qui est propre à l’homme – dans l’intention de préserver et d’accomplir cette irremplaçable valeur qu’est votre vie.

« Puisque la vie exige un certain mode d’action, tout autre mode la détruit; un être qui ne regarde pas sa propre vie comme le motif et le but de ses actions, agit en fonction de motifs et de normes dont l’issue est la mort. Un tel être est une monstruosité métaphysique, qui lutte pour nier et contredire le fait même qu’il existe et qui court aveuglément sur la voie de la destruction dans une folie meurtrière incapable de propager autre chose que la douleur.

« Le bonheur est la conséquence d’une vie réussie, le malheur est une immixtion de la mort dans la vie.”