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Jean-Baptiste Noé

Brexit : la victoire de l’Allemagne

De report en report, le Brexit finira bien par avoir lieu un jour, et ce ne sera pas une bonne nouvelle pour la France. Dans la nouvelle Union européenne qui va se construire avec l’absence du Royaume-Uni, la France sera seule face à l’Allemagne. Le Brexit, en privant l’Union d’un poids lourd politique et économique, va assurer la suprématie de l’Allemagne sur l’ensemble du continent européen. Nous voilà revenus aux alentours des années 1870 quand l’Angleterre, prise dans son splendide isolement, a laissé l’empire prussien croître en Europe, au détriment de ses voisins.

 

L’Allemagne contrôle l’UE

 

Qu’est-ce que l’Union européenne, sinon une sorte de IVe Reich imposé sans la force des armes ? Du fait de sa longévité politique, Angela Merkel est la figure politique européenne incontournable et la véritable dame aux commandes du continent. Ce sont les Allemands qui ont le plus de sièges au Parlement (99) et qui l’ont dirigé à deux reprises. L’actuel président du Parlement, l’Italien David Sassoli, a été élu grâce au soutien de l’Allemagne. Sur les 14 vice-présidents du Parlement, on compte trois Allemands et un Autrichien, et aucun Français. Neuf vice-présidents sont issus de l’ancien empire allemand (Hongrie, Tchéquie, Pologne, Autriche, Allemagne). L’Allemagne a également pris le contrôle de la Commission européenne avec Ursula von der Leyen. À ce contrôle politique s’ajoute le contrôle économique : l’euro est un deutschemark qui avance masqué. En contrôlant la dette de plusieurs États, dont la Grèce et l’Italie, l’Allemagne s’assure de leur fidélité politique. La puissance allemande est aussi stratégique. Les services de renseignements allemands sont présents en Ukraine et ils ont joué un rôle de premier plan dans la crise qui secoue le pays depuis plusieurs années. Ils ont favorisé le pourrissement de la situation et les évolutions politiques, Berlin considérant qu’une Ukraine affaiblie contribue à diminuer la puissance russe. Il en va de même dans les Balkans, où Berlin continue de surveiller les évolutions politiques et d’intervenir en sous-main dans le processus d’adhésion des anciens pays de la Yougoslavie. Toute cette zone, qui fut autrefois sous pavillon autrichien, est aujourd’hui dans la zone d’influence allemande.

 

La politique migratoire suivie par l’Union européenne est celle que lui a dictée Berlin, estimant qu’il fallait faire venir des migrants de Syrie pour pallier son manque de main-d’œuvre et maintenir le train de vie des retraités allemands. Même si cette politique a ébranlé le parti d’Angela Merkel, force est de constater que la chancelière est toujours là, alors que beaucoup ne donnait pas cher de son avenir à l’automne 2018. Elle a su habilement manœuvrer pour conserver son poste. Ce que Berlin a voulu en matière migratoire s’est imposé au reste de l’Union.

 

Une France qui abdique sa puissance

 

Face à cela, la France ne pèse pas beaucoup. Incapable de réformer son économie, de réduire le poids de sa dette, de libérer ses entreprises du contrôle tatillon de l’État, la France semble avoir renoncé à la puissance. Il lui reste un outil militaire de grande capacité s’il n’était cette idée stupide de vouloir à tout prix créer une armée européenne, qui ne pourrait pas être autre chose qu’une armée allemande à drapeau européen. Pourquoi vouloir fournir à l’Allemagne la capacité militaire qu’elle n’a pas, alors que cela ne sert nullement les intérêts français ? La France a abdiqué sa puissance et cherche à développer un couple franco-allemand qui la dessert et ne profite qu’à l’Allemagne. On cherche à faire croire que l’Union européenne a permis la paix sur le continent, ce qui est faux. C’est parce que les nations étaient en paix qu’elles ont édifié l’UE et non pas l’inverse. L’Union s’est révélée incapable de résoudre le conflit yougoslave hier et le conflit ukrainien aujourd’hui. Ce sont toujours les nations qui ont mis un terme aux guerres, avec l’aide des États-Unis.

 

Une France nue en quête d’alliance

 

Face à l’Europe allemande que sera une Union sans le Royaume-Uni, que peut faire la France ? D’abord retrouver une vitalité économique et industrielle, en faisant enfin les réformes différées depuis trop longtemps. Le budget 2020 annoncé par le gouvernement Philippe va dans l’exact sens opposé. Aucune réduction de la dépense publique et de la dette n’est prévue. Or face à la puissance économique allemande, il faudra bien opposer, si nous voulons continuer à exister, une puissance économique française.

 

Ensuite, trouver des alliances. À l’intérieur de l’Union européenne, il est vital de se rapprocher de l’Italie et de constituer un axe latin. Il serait aussi possible de le faire avec l’Espagne, mais l’actuel gouvernement espagnol est trop fantasque et imprévisible pour que l’on puisse tenter quoi que ce soit avec lui. Peu importe que le gouvernement italien compte dans ses rangs des membres de la Ligue ou non. L’Italie est notre allié naturel sur le flanc de l’Europe du Sud. Or en France, si l’on regarde beaucoup vers Londres, les États-Unis ou Berlin, l’Italie est souvent absente de notre horizon géopolitique. C’est un tort, car les deux pays ont beaucoup de choses en communs, et pas seulement une histoire d’invasions mutuelles.

 

Il est aussi nécessaire de mettre en place des alliances de revers. Vers les pays baltes d’une part, vers les pays d’Europe centrale d’autre part. Mais à force de vouloir opposer les progressistes aux nationalistes, notre diplomatie s’est coupée de tout le monde. On ne peut pas insulter la Hongrie et la Pologne et ensuite chercher à s’allier avec eux. Or il serait tout à fait possible de se rapprocher du groupe de Visegrad. Mais cela suppose comme préalable d’avoir une diplomatie moins européiste.

 

À l’extérieur, la France pourrait développer des liens diplomatiques privilégiés avec deux pays : la Russie et le Brésil. Là aussi, les liens culturels, économiques et politiques sont anciens et ces pays savent se connaître et s’apprécier. L’alliance avec la Russie s’est toujours construite dans une opposition à l’Allemagne. Paris a son pont Alexandre III, Saint-Pétersbourg a celui de la Trinité ; les deux ont été édifiés en hommage à l’alliance franco-russe. Quant au Brésil, il aurait été judicieux de tendre la main à Jair Bolsonaro et de développer la coopération avec ce grand pays, plutôt que de lui jeter des amabilités à la figure et de s’étonner ensuite qu’il réplique par des propos discourtois eu égard au physique de l’épouse du président. Ces propos de cours d’école n’ont pas vraiment leur place dans la diplomatie internationale et le concert des nations.

 

Engluée dans son moralisme diplomatique et enfermé dans sa vision binaire du monde, la diplomatie française se révèle incapable de comprendre les grands enjeux du moment et de tisser des partenariats réalistes et nécessaires avec des pays qui peuvent être nos alliés. Au lieu de cela, l’Union européenne, qui pourrait être utile dans le monde multipolaire présent, n’est plus une union, mais une domination de l’Allemagne sur l’ensemble du continent.