https://institutdeslibertes.org/acte-i-scene-3-ou-cest-plus-la-peine-de-frotter/
Charles Gave

Acte I, Scène 3 ou « C’est plus la peine de frotter »

Prologue: La piéce se joue à huit clos.

Dans la scéne d’ouverture, Gaspard Koenig ,

Président du Think Tank Génération libre

avait proposé un article  aux Echos du 16 Mai

sur la nécessité de restructurer le dette.

Scéne 2:  Ouverture sur la réponse de Charles Gave « Y- comme un défaut »

Réponse du berger à la bergére, non sans esprit « Et vl’an passe moi l’éponge » (Jeudi 23 mai)

et réponse à la réponse ci -aprés

 

 

« Mon cher Gaspard,

Dans la société de recherche que j’ai créée  il y a 12 ans (GaveKal), il n’y a pas d’avis « maison ». Chacun des associés défend son point de vue  et nous portons nos divergences à la connaissance des clients  dans un produit spécial , appelé,  « Désaccords »  qui est  de loin le plus populaire et le plus lu, les clients intervenant d’ailleurs dans nos débats , en  temps réel.

Je suis donc réellement enchanté de commencer une controverse  avec vous et je ne doute pas une seconde qu’elle nous fera progresser, tous ensemble.

 

Venons  en au débat.

Votre réponse m’inspire les remarques suivantes.

  • L’Euro n’ a rien à voir avec  la construction Européenne et tout à  voir avec la tentative de construire un Etat Européen, dont les Peuples ne veulent pas. Il ‘agit comme je l’ai écrit souvent d’une espèce de coup d’Etat pour voler aux  électorats locaux  la souveraineté qui est l’apanage incessible de toute Nation.  Derrière ce coup d’Etat, une série de fonctionnaires Français,  non élus, qui ont comme caractéristique commune de  détester la Démocratie, du type  Delors, , Lamy , Trichet etc.. Aucun d’entre eux n a jamais cru ni à  la Démocratie ni au Marché Libre, n’a jamais été élu nulle part et n’a jamais travaillé dans une entreprise. J’ai toujours été farouchement partisan de l’Europe de Robert Schuman, et toujours opposé à celle de Jean Monnet.  Ils sont les héritiers directs de Jean Monnet.  L’Euro ne fait donc pas partie de l’aventure Européenne, il en est la négation est en train de détruire l’Europe que j’aimais, ce que j’avais annoncé des 2000 et que je regrette profondément.
  • La capture de nos Démocraties  et la création de l’Euro ont permis à tout le personnel politique Français (en particulier) de s’affranchir de toute responsabilité, en coupant le lien entre une décision politique et ses conséquences économiques.  Prenons l’exemple des 35 heures. Si la France avait eu  à l’époque des taux d’intérêts  et des taux de change déterminés par le marché, le Franc se serait effondré, les taux d’intérêts  seraient montés et l’électorat aurait fait la relation entre une politique stupide et la baisse de leur  niveau de vie. Aux élections suivantes, les responsables auraient été laminés, pour ne jamais revenir.   En 1983, à l’inverse,  Delors (en pleurant…) a du appeler le Directeur de la principale banque Américaine à  Paris qui venait de couper toutes les lignes de crédit à  la France pour lui demander de les faire rétablir. Ce dernier demanda  de parler au Président, qui fut réveillé au milieu de la nuit et qui donna toutes les garanties  nécessaires pour que le crédit soit rétabli (Sortie de monsieur Chevènement…). L’Euro empêche de fait  la réalité  de sanctionner les politiques débiles, sauf  quand il est trop tard. Vous me dites que le retour aux monnaies nationales permettrait aux démagogues de faire n’importe quoi. Puis je vous faire remarquer que nous n’avons jamais eu un gouvernement aussi démagogue que celui que nous avons en ce moment et que ce gouvernement fait vraiment n’importe quoi.? Je ne vois pas comment cela pourrait être pire.  Au moins les Français recommenceraient à percevoir la relation qui unit leurs votes et les politiques suivies. Il est très grave que pour la première fois dans l’histoire de notre pays les partis de gouvernement collectent moins de 50 % des voix. L’Euro CREE les Grillo et va les amener au pouvoir. Je suis prêt à  en prendre le pari. Faisons confiance aux Français et cessons  de prétendre que nous gouvernons (nous les oints du Seigneur) des gens qui sont incapables de tout discernement. Ou alors, supprimons le vote, ce sera plus simple et donnons le pouvoir à  monsieur Attali et à son comité des sages .
  • Vous semblez croire qu’il n y a pas d’exemple de pays ayant atteint un niveau de dette élevé et qui ait pu recommencer  à croitre sans faire une faillite partielle ou totale.. Permettez moi de ne pas être d’accord. Les USA après la seconde guerre mondiale ont fait passer les dépenses de l’Etat  de 48 % du PIB à 18 %, en moins d’un an et l’économie est repartie très tranquillement. En 1992, la Suède a ‘sauté »  à cause d’une spéculation immobilière débridée et  le gouvernement Suédois a décidé  de nationaliser les banques, les actionnaires perdant tout, les obligataires presque tout,  et certains dirigeants bancaires allant en prison (toujours très populaire), en garantissant totalement les dépôts. Trois ans après les dites banques étaient réintroduites en bourse et l’Etat Suédois faisait quatre fois sa mise. Parallèlement  les Suédois  décidèrent  de passer  d’un Etat producteur en un Etat prescripteur et ils n’ont cessé de croitre depuis… la dette baissant de près de 100 % du PI a moins de 40 % aujourd’hui. En 1994, le gouvernement Canadien a décidé de faire baisser les dépenses de l’Etat d’un tiers en deux ans , en coupant  » a la hache » les dépenses et il n y a même pas eu de récession,. Si la rentabilité marginale d’une dépense Etatique est négative, alors la supprimer fait repartir la croissance à  la hausse. Le problème, comme le disait Milton Friedman n’est jamais la dette, mais le poids incongru de l’Etat. Les Keynésiens ont réussi à  faire croire qu’une baisse des dépenses de l’état déclenchait toujours une récession. Aucune raison pour un Liberal de croire à  ces calembredaines qui relèvent de la magie plutôt que de la Science.
  • Cela suppose cependant la liberté du taux de change  puisque le but est de favoriser les entrepreneurs au détriment des rentiers.  Cet ajustement ne peut pas être fait par exemple en étalon or ou en taux de change fixe (France 1934, Argentine 1998-2001) comme toute l’histoire économique le prouve. Pour en venir à notre pays c’est exactement ce que de Gaulle a fait en arrivant au pouvoir (en 1958), il a dévalué le franc sauvagement, ce qui a permis à  la France de se rétablir en tres peu de temps. Le taux de change n’est pas  un symbole de virilité comme le pensent ces vieux messieurs que sont les banquiers centraux, mais un prix comme un autre. La Couronne Suédoise qui avait beaucoup baissé est maintenant remontée à un niveau plus élevé qu’en1992 et les taux Suédois sont inferieurs aux taux Allemands.
  • Enfin, je préfère ne pas commenter la partie sur la responsabilité collective de la génération de Mai 68, tant je  ne fais jamais appel a une telle notion. La morale comme la responsabilité ne s’exerce qu’au niveau individuel.

Pour faire simple et comme disait le Baron Louis à Napoléon qui se plaignait de la faiblesse du franc Français « Sire, faites moi une bonne politique , je vous ferai une bonne monnaie  »

Une bonne politique, c’est un taux de change qui correspond à  la productivité Française , un taux d’intérêt qui soit déterminé par le marché et qui amène à  ce que l’investissement et le déficit (éventuel) soient  financés par l’épargne nationale et un contrôle des dépenses étatiques  pour empêcher qu’elles ne montent plus vite que la valeur ajoutée créée par le secteur privé .

Tout le reste n’est que manipulation, et si j’ai appris quelque chose au travers de ma longue carrière, c’est que les faux prix , c’est à  dire les manipulations ne peuvent pas être corrigées par d’autres manipulations.

Cela ne marche jamais.

 

Charles Gave