Le PIB français est de 3 040 milliards d’euros et, nous dit-on, le déficit sera de 5 % de ce même PIB, soit environ 153 milliards d’euros. Ce déficit comprend évidemment les intérêts que notre pays doit payer sur la dette créée par les déficits antérieurs.
Mais j’apprends avec stupéfaction que les besoins de financement de la France, toujours en 2026, seront d’environ 330 milliards d’euros, soit près de 11 % du PIB.
Stupéfaction !
M’aurait-on menti ?
Les besoins de financement seraient-ils plus du double du déficit annuel ?
La réponse est oui.
Pour comprendre, il faut introduire une troisième variable : la taille de la dette, qui n’est que la somme des dettes passées. Elle se monte aujourd’hui à 3 600 milliards d’euros, soit environ 53 000 euros par Français.
Cette dette a ce qu’il est convenu d’appeler une durée moyenne d’environ huit ans, ce qui veut dire, en simplifiant, que la dette émise il y a huit ans arrive à échéance cette année.
153 + 176 = 329.
Notre déficit n’est « que » de 153 milliards, mais notre besoin de financement approche 330 milliards, parce que 176 milliards de dettes anciennes arrivent à échéance.
Et comme nous n’avons pas le premier sou pour les rembourser, puisque nous sommes en déficit primaire, nous demandons à nos créanciers de nous prêter non seulement pour combler le déficit de fonctionnement, mais aussi pour « rouler » notre dette du passé dans le futur.
Dans toute banque sérieuse, un débiteur qui emprunte pour payer les intérêts de sa dette est présumé en faillite.
Car nous sommes en faillite.
Et c’est là que les choses se compliquent pour le ministère des Finances, qui doit à tout prix cacher cette dure réalité.
Je vais donc essayer de vous expliquer, point par point, pourquoi nous sommes foutus, puisque nous sommes entrés à fond de train dans une trappe à dette.
Commençons par le service de la dette.
En 2018, il y a huit ans, les taux à huit ans étaient à 0,57 % par an. Ils sont à 4,80 % aujourd’hui.
Les 176 milliards empruntés il y a huit ans nous ont donc coûté 176 × 0,57 % = 1,00 milliard par an.
Pour les huit prochaines années, puisque nous ne remboursons pas cette dette et que nous la remplaçons par de nouvelles obligations à huit ans, ils vont nous coûter 176 × 4,8 % = 8,45 milliards par an, soit plus de huit fois plus.
Et la nouvelle dette, celle qui finance notre déficit budgétaire actuel de 153 milliards, va nous coûter 153 × 4,8 % = 7,34 milliards par an pendant les huit années qui viennent.
Au total, rien que pour cette seule année d’emprunts, la facture d’intérêts augmente de près de 15 milliards par an. Et cela recommencera l’année prochaine, et la suivante.
Le service de la dette va donc exploser, pour deux raisons :
- nous remplaçons une dette à 0,57 % par une dette à 4,8 % ;
- nous ajoutons au stock de dette avec des intérêts beaucoup plus élevés que la croissance nominale du PIB, de 3 % aujourd’hui, qui est historiquement égale à la croissance des impôts.
Si vous empruntez à 5 % et prêtez à 3 %, vous êtes certain que cela finira mal.
Mais ce n’est pas fini.
Les intérêts sur le stock de dette existant nous coûtent aujourd’hui 75 milliards par an.
75 / 3 600 = environ 2,1 %.
Dans les huit ans qui viennent, le taux moyen passant de 2,1 % à 4,8 %, ce service de la dette va plus que doubler, pour atteindre 3 600 × 4,8 % = environ 173 milliards par an.
Autrement dit, le service de la dette, sans même compter la nouvelle dette qui sera émise puisque nous sommes toujours en déficit, va croître de 10 % par an ou plus, dans une économie dont la croissance nominale sera au mieux d’environ 3 %.
Ajoutons 1 200 milliards de déficits pour les huit ans qui viennent, mettons le taux à 5 %, et nous voilà avec 60 milliards de service de la dette en plus.
C’est-à-dire que, dans huit ans, le service de la dette, à plus de 230 milliards, sera à lui seul une fois et demie notre déficit total d’aujourd’hui.
Mais ce n’est pas fini.
Admettons que le PIB nominal de notre pays augmente de 100 milliards par an.
Notre dette est détenue à plus de 55 % par des étrangers, qui doivent être payés en premier.
Quand le service de la dette dépassera 100 milliards par an, c’est-à-dire demain, tout le surplus créé chaque année par le travail des Français sera confisqué par nos créanciers, étrangers ou nationaux, et le pouvoir d’achat du travailleur français de base baissera, d’abord de 0,5 % par an, puis de 1 %, puis de 2 %, etc.
Nous sommes vraiment foutus, mais que le lecteur se rassure.
Tout va s’arrêter avant.
Le gouvernement français, dans toutes ses présentations sur la couverture de ses besoins de financement, fait l’hypothèse que les détenteurs étrangers accepteront à chaque fois de souscrire aux nouvelles obligations françaises quand les anciennes arrivent à échéance.
Rien n’est moins sûr.
Ils peuvent demander à être remboursés en cash à l’échéance, et partir avec.
Or le gouvernement n’a aucune réserve à la hauteur de ces montants.
Bien pire, ils peuvent aussi vendre leurs obligations existantes sur le marché. C’est exactement ce qu’ont fait, en octobre 2026, les fonds obligataires mondiaux du gestionnaire japonais Sumitomo Mitsui, qui ont vendu la totalité de leurs obligations d’État françaises pour se reporter sur la dette allemande, en invoquant, selon Bloomberg, la situation budgétaire et politique de la France. Or les investisseurs japonais détiennent à eux seuls environ 145 milliards de dollars de notre dette. S’ils suivaient tous le même chemin, les taux longs français monteraient à des niveaux vertigineux, qui accéléreraient l’arrivée de notre faillite.
Dans tous les cas, je suis certain que la fin de la récréation sera sifflée quand les acheteurs étrangers se mettront à vendre, ou refuseront d’acheter des OAT.
Jamais nous n’avons été aussi peu maîtres de notre destin.
Quelle est la seule façon de sortir de ce piège mortel ?
Faire passer le taux de croissance de l’économie au-dessus du taux payé sur les emprunts, c’est-à-dire faire monter la rentabilité du capital investi au-dessus du taux des emprunts (g > i).
Historiquement, la seule chose qui ait marché a été une forte dévaluation, accompagnée de privatisations, de déréglementations et de baisses d’impôts.
Conclusion
Nous cesserons d’être un pays indépendant si nous restons dans l’euro et dans l’Europe, et c’était sans aucun doute le but de ceux qui nous ont gouvernés depuis quarante ans.
Le thème dominant de la campagne présidentielle actuelle aurait dû être le grand retour de la souveraineté française.
Nous avons droit au grand retour des comptables, qui pensent qu’en coupant les dépenses de l’État et en augmentant la pression fiscale, le déficit va baisser.
C’est ce que pensaient Laval et Rueff en 1934-1935.
Nous avons eu le Front populaire en 1936, les Allemands à Paris en 1940 et le STO en 1943.

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