La défaite des républicains aux élections de mi-mandat n’est nullement une surprise : tous les présidents ont toujours perdu ces élections. Le seul à avoir gagné des sièges fut George W. Bush en 2002. Avant lui, Clinton en 1996 et Roosevelt en 1932 gagnèrent aussi quelques sièges. Ce qui a surpris, c’est l’ampleur de la défaite, qui marque un camouflet pour Donald Trump. Notons ici que plusieurs présidents ont perdu les élections de mi-mandat, tout en étant réélus deux ans plus tard. Ces élections ne présument donc nullement de la présidentielle de 2028. Ce sont bien des élections de mi-mandat, avec des enjeux locaux. L’électorat qui fut déterminant est celui enregistré comme « indépendant », qui représente 45 % des électeurs. Ils peuvent voter tantôt démocrate, tantôt républicain, selon les personnalités et les modalités du moment. Or, c’est bien ce qui s’est produit lors de cette élection : une partie de l’électorat marqué républicain a voté pour des candidats démocrates.
Le vice-président JD Vance a très rapidement réagi aux résultats, en publiant un texte vif et incisif sur X, expliquant « pourquoi nous avons perdu ». Un texte lucide sur les raisons de la défaite, qui signe une rupture avec la politique menée. Une façon de montrer son soutien à Trump, tout en s’en détachant. Essentiel dans la course à la présidentielle qui vient de s’ouvrir. Car c’est là le véritable enseignement : ne pouvant pas se représenter, n’ayant plus la majorité au Congrès et devant quitter la présidence dans deux ans, Donald Trump va voir son pouvoir présidentiel et son autorité s’étioler.
Premier enseignement de la séquence électorale, reconnu par Vance lui-même : « Nos électeurs se sont bel et bien rendus aux urnes. En Floride, par exemple, l’électorat était neuf points plus républicain que démocrate, soit à peine quelques points de moins qu’en 2024. Il y a sans doute eu des endroits où nous aurions pu faire mieux en termes de participation. Mais le problème principal n’est pas la participation. Le problème principal, c’est que beaucoup de personnes qui avaient voté pour Trump/Vance en 2024 ont voté pour les démocrates en 2026. »
Un élément important, car la composition de l’électorat repose sur un fait institutionnel inconnu en France : dans une partie des États, dont la Floride, l’électeur déclare son parti en s’inscrivant sur les listes, et les fichiers de vote anticipé permettent de savoir jour par jour qui a voté et de quel bord. Quand Vance écrit que l’électorat floridien était « neuf points plus républicain que démocrate », il parle de cette composition partisane mesurée, pas d’un sondage. Ce qui signifie donc que des électeurs qui se reconnaissent comme républicain se sont déplacés aux urnes, mais… pour voter démocrate.
« J’ai donc demandé au spécialiste des données le plus brillant que je connaisse, poursuit JD Vance, : « Est-ce que cela signifie que nous allons surprendre le monde entier ? » « Non », m’a-t-il répondu. « Nous ferons peut-être mieux que ne le laissent entendre les sondages. Mais les données nous indiquent que beaucoup d’électeurs de Trump/Vance 2024 sont furieux et prévoient de voter pour l’autre camp. Nos électeurs se mobilisent, mais ils ne voteront peut-être pas pour nous. »
Les électeurs sont « furieux », et toute la question est de savoir pourquoi : « Dans ses sondages, il a constaté que de nombreux électeurs de Trump 2024 étaient en colère et prévoyaient de voter pour les démocrates. Il a demandé à ces électeurs qui nous avaient abandonnés, ce qui les inciterait à revenir dans notre camp. »
Les réponses sont claires et tiennent en quatre éléments : 1/ Mettre fin à la guerre contre l’Iran ; 2) Se concentrer sur le coût de la vie et l’inflation ; 3) Donner la priorité à l’Amérique, soit la doctrine de l’America First ; 4) Changer notre relation avec Israël.
Quatre points très clairs et liés entre eux.
Ce que reprochent finalement les électeurs, c’est que Donald Trump n’a pas tenu ses promesses de campagne de 2024. Il a promis la paix et il a fait la guerre à l’Iran, qui s’enlise depuis le mois de février, et ce qui a provoqué de l’inflation et donc de la baisse de pouvoir d’achat. À quoi se sont ajoutées les hausses des tarifs douaniers, qui ont elles aussi contribué à la hausse des prix et à la déstructuration de l’industrie américaine. En s’occupant des affaires du monde, Trump a oublié sa propre doctrine politique de l’America First.
Le point 4/ est le plus novateur et le plus lourd de conséquence. On peut même dire que c’est l’information principale du texte.
Le soutien inconditionnel à Israël était depuis quarante ans un invariant du parti républicain, porté par l’électorat évangélique et jamais discuté. Cela allait de soi, alors qu’au début de l’État d’Israël, les États-Unis étaient rétifs, voire réticents. Mais depuis les années 1980, la politique israélienne s’est mêlée à la politique américaine, avec un soutien sans faille. Jusqu’à conduire à la guerre contre l’Iran, causée par un Trump mystifié par Benjamin Netanyahou. La même administration américaine qui n’a rien trouvé à redire sur la situation humanitaire à Gaza, ce qui a choqué des membres de l’électorat américain. Pour beaucoup, les États-Unis étaient trop soumis à la politique étrangère israélienne et aux décisions de son gouvernement, ce qui va à l’encontre de la volonté d’indépendance et de souveraineté. Que ce point figure sous la plume du dauphin présumé pour 2028 parmi les causes d’une défaite manifeste une recomposition que les jeunes républicains et la droite américaine réclament depuis trois ans. En quelques mots, Vance redéfinit la politique étrangère des républicains et donc, par ricochet, ce qui pourrait se produire au Proche-Orient. On mesure là le reflux des néoconservateurs face à une politique plus réaliste. Reste à voir si cela sera suivi d’effets, mais, dans les mots, c’est déjà une véritable rupture.
Par ce texte bref, diffusé sur un réseau et non pas sous forme de communiqué de presse, Vance se détache de Donald Trump, tout en réaffirmant son soutien. Les points évoqués permettent de revenir à l’origine du trumpisme et des promesses de la campagne de 2024. En somme, si les républicains ont perdu, c’est parce qu’ils n’ont pas tenu leurs promesses. Et les électeurs les ont sanctionnés pour cela. Un texte habile pour se détacher de Trump tout en revenant aux racines du trumpisme. Et donc de quoi se positionner pour 2028.
