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Pour ceux qui ont oublié, le manifeste des 343 est une pétition  parue le 5 avril 1971 dans  Le Nouvel Observateur, et signée par 343 femmes affirmant s’être fait avorter. Dimanche soir, Renaud Dely, directeur de la rédaction du même Nouvel Observateur, a présenté ses excuses  sur Twitter aux lecteurs de l’hebdomadaire après la publication d’une publicité anti-avortement dans ses pages.

« C’est une erreur déplorable. La pub de ce lobby aux engagements contraires à nos valeurs n’aurait pas dû être publiée. Toutes nos excuses à nos lecteurs. Nous reviendrons sur ce dysfonctionnement dans le journal de la semaine prochaine »,

a écrit dimanche en fin de journée Renaud Dely sur Twitter, après le déchaînement des internautes sur le réseau social. Cette publicité anti-avortement a été publiée dans le dernier supplément télévision et cinéma du Nouvel Observateur, mettant en parallèle la photo d’une baleine et celle d’un fœtus. En dessous du message  : « Vous trouvez ça normal ? On arme des bateaux pour défendre les baleines alors qu’on laisse l’embryon sans défense »se trouvait une photo d’un embryon en gros plan.

Alors stagiaire aux commandes ayant laissé passer la publicité en question? Volonté sous jacente du nouvel observateur de tenter de prendre position à nouveau sur  le dossier de l’avortement? Enfin, on peut quand même s’interroger : depuis quand les publicités reflètent-elles les « valeurs » de tel ou tel canard d’autant que, en l’espèce, elles ne contreviennent pas à l’ordre public mais expriment une opinion. Si l’on va plus loin, cela impliquerait donc que le nouvel obs n’aurait vocation qu’à promouvoir des propos, des valeurs qui seraient les siens ? Mais où est l’information là dedans ? Où est l’esprit d’impartialité ? Cela devient vraiment du publi-redactionnel affiché. Une pensée prémachée sans controverse.

Seconde question : Pourquoi ressortir la polémique sur le statut de l’embryon, qui ne date pas d’hier, juste en parallèle avec la mariage pour tous, et les questions d’euthanasies ? Alors oui,les débats sur la bioéthique reviennent périodiquement. On se souvient en 2009-2010  de la mission parlementaire présidée par Jean Léonetti, et visant à évaluer les lois bioéthiques.

Différents sujets étaient alors sur la table : l’assistance médicale à la procréation, le transfert d’embryon post-mortem, le DPI (diagnostic pré-implantatoire), la recherche sur les cellules souches.

Mais
 une question est toujours présente dans la bioéthique : celle du statut de l’embryon. Est-il un matériel seulement biologique ? A partir de quel moment, un principe spirituel le joint, le rejoint, apparaît ? L’embryon a-t-il une âme ?

Retenons ce qu’a bien dit le Pr René Frydmann : “pour les croyants un embryon c’est presque tout, pour les scientifiques c’est presque rien.” Voilà le problème. Nous ne partageons pas tous la même approche de l’embryon. La diversité d’approches se manifeste déjà chez les croyants monothéistes. Le judaïsme, fidèle à la Torah et au Talmud, considère l’embryon à l’image de Dieu, mais cet embryon —”l’homme qui est dans l’homme » dit-on en judaïsme”—, cet embryon est dépourvu de toute valeur jusqu’au 40è jour car ce n’est alors que de l’eau.

Pour les chrétiens tout part de la conviction que la vie est un don de Dieu, les protestants insistant sur le fait que l’embryon doit être considéré comme une personne potentielle, tandis que les orthodoxes tiennent à placer toute décision touchant à la vie sous le signe de la visée eschatologique (i.e. à l’horizon des fins dernières).

Les penseurs musulmans se réfèrent à un passage du Coran. Dans la sourate 15, 29-30, Allah dit : « Quand J’aurai harmonieusement formé [l’homme], et aurai insufflé en lui mon de mon souffle de vie; tombez [les anges], devant lui prosternés » (trad. R. Blachère). Les musulmans fixent l’animation insufflée après une période d’aménorrhée correspondant à 3 cycles. À partir de là la vie est sacrée. Le fœtus est alors dans un état bien avancé.

Le bouddhisme n’a pas une position arrêtée sur ces questions que de multiples écoles appréhendent différemment.Pour l’Eglise catholique, voici un extrait qui traduit fidèlement sa position “l’embryon humain, à quelque stade de son développement, est un être engagé dans un processus continu, coordonné et graduel depuis la constitution du zygote jusqu’au petit enfant à naître”.

Aristote avait déjà la réponse. Reconnaissant le changement il reconnaît la capacité de l’être à être autre chose que ce qu’il est, autre chose qu’il n’est pas encore, qui va advenir en rapport avec la nature de ce que l’être est. i.e. ce qui est, et n’est pas encore, est en capacité de devenir différent de ce qu’il est, selon sa nature. C’est ce que Aristote appelle « l’être en puissance ».

Que deviendra cet « être en puissance » ? Ce qu’il est en puissance d’être. Un gland n’est en puissance que de devenir chêne, et ne deviendra pas oursin, mouton, ou ministre du logement (ou gland en définitive). Un chêne n’est chêne que d’avoir été gland. Une fois le changement accompli cet être est appelé « être en acte ». Il n’est en acte que ce qu’il était en puissance d’être.

Cette capacité intrinsèque à tout être vivant rapportée à l’enfant marque un être en puissance de devenir adulte, l’adulte étant adulte en acte. Le changement traduit simplement le passage de la puissance à l’acte. Le monde est ainsi fait, d’êtres en devenir, imparfaits, d’autres en actes, “accomplis”, mais toujours en puissance par rapport à une multitude de perfections à acquérir. Ils passent alors de la puissance à l’acte. Ils changent. C’est donc bien du même être que l’on parle quand nous observons l’être en acte et l’être en puissance qu’il fut.

De l’homme que nous sommes et de l’enfant que nous fûmes, c’est du même être qu’il s’agit.

 

 

 

https://twitter.com/RenaudDely/status/277822915569934336

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5 Comments

  1. Squall dit :

    « cet embryon est dépourvu de toute valeur jusqu’au 40è jour car ce n’est alors que de l’eau. »
    Oula c’est un raccouci car l’histoire des 40j n’est qu’une opinion enregistrée dans le Talmud.

    La loi juive (halakha) est qu’il est interdit d’avorter dans tous les cas sauf lorsque la vie de la mère est en danger (pikouah’ néfèche) où l’avortement devient même obligatoire. Certaines autorités rabbiniques ont autorisé des cas au seul motif de la santé psychologique de la mère (viol, tendance suicidaire, etc).

    La halakha dit aussi que l’âme est donnée au moment où l’enfant sort la tête du vagin. Un foetus n’a donc pas d’âme et sa destruction accidentelle donne lieu à une compensation financière seulement car ce n’est pas un meurtre.

  2. adolf dit :

    Le droit des femmes à disposer de leur corps n’existe pas en religion chrétienne, pas plus d’ailleurs que le droit des hommes à disposer de leur corps. Le corps appartient à Dieu et l’Homme n’en est que locataire. Un locataire n’a aucun droit à détruire le « logement ».
    De plus pour les femmes, l’embryon n’a rien à voir avec leurs « corps » dans la mesure où c’est le corps d’un autre être humain. Il n’existe pas une seule cellule de l’embryon qui ait le même ADN que celui de sa mère. Il s’agit d’un être entièrement spécifique et profondément différent, même s’il existe de nombreux liens de parenté ou autres avec sa mère.
    Enfin s’il existait un droit quelconque des femmes à disposer du corps de l’embryon, il serait au minimum subordonné au droit des hommes (les pères) à refuser cette « disposition du corps ». Un veto du père à l’avortement ne pourrait qu’être définitif et clore toute possibilité de le faire.
    En résumé l’embryon est protégé par une triple interdiction :
    1– les femmes n’ont pas le moindre droit à porter atteinte à leur corps à elles (automutilations, suicides, etc.).
    2– les femmes n’ont pas le moindre droit à porter atteinte au corps des autres, et l’embryon est évidemment quelqu’un d’autre.
    3—les femmes n’ont de toute façon que la moitié des droits (quels qu’ils soient) sur l’embryon, lequel a toujours forcément un père.
    Donc, « le droit des femmes à disposer de leur corps », est une périphrase-slogan parfaitement trompeuse, destinée à tenter de valider une réalité inexistante qui serait comme pour James BOND 007 « le permis d’assassiner autrui ».
    Le droit des femmes à disposer de leur corps, n’existe triplement pas. Il n’a jamais exité.

  3. remy dit :

    Oui, merci de rouvrir ce débat. Nous penons que l’avortement va vers son déclin, les grandes orientations pour un redéveloppement de l’économie et de la politique s’intéressent de plus en plus, inéluctablement, à la personne humaine. La recherche sur le cerveau progresse. C’est sans doute moins patent en France, mais le mouvement est planétaire et l’abrogation d’une vie paraîtra rapidement comme un immense gâchis. Ce sera sans doute moins moral, et plus axé sur une vision « ressources humaines » despiritualisée, mais enfin il est certains que le meurtre de l’enfant à naître ne collera plus à l’esprit du temps. Espérons simplement que le crash démographique qui nous attend n’aura pas eu lieu entretemps…
    D’ici là, il y a un travail à faire sur les enfants et les adultes, c’est l’objet de notre blog. On n’apprend pas le métier de parent, et pourtant il y aurait beaucoup à transmettre et enseigner aux jeunes parents. C’est ce que nous tentons de faire, et cela rencontre une immense attente.

  4. Gilles Hector dit :

    Sujet immense. Merci d’ouvrir ce débat.
    Il y a 20 ans, j’aurais reagi avec vigueur en denonçant une atteinte au droit des femmes de disposer de leur corps. aujourd’hui, 20 ans plus tard, devenu pere, je pense toujours la meme chose mais je ne serai plus aussi categorique. J’ai vu ce qu’etait la vie et je la respecte bien plus qu’avant.
    Confronte a un avortement a titre personnel, j’aurais un imense probleme a resoudre.
    Et sur le refus des memes medias et politiques de tout debat, voire de tout droit a ne pas avoir les memes idees, la je suis categoriquement hostile.

    • idlibertes dit :

      Cher Monsieur,

      Je suis un peu du même avis; rien n’est pire que la cathéchisme ambiant sur ce genre de sujet. Il faut en parler et les postures du nouvel obs sont ridicules.

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