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En 1969, le modèle suédois enflammait les imaginations des socialistes du monde entier.
Le taux de prélèvement fiscal de l’état était  à 41 %, à l’époque le plus élevé du monde, ce qui était supposé regler tous les de pauvreté.
Le pays était très influencé par une génération d’économistes tels Karl Gunnar Myrdal, célèbre socialiste, qui avait publié dans les années 60 “Beyond the welfare state. Economic planning and its international implications” Cela avait abouti à ce que les impôts progressifs et les programmes sociaux soient plus développés que partout ailleurs..
La Suède devint de fait l’un des pays les plus dépensier d’Europe avec des dépenses publiques représentant 70% du PIB.
Tout ne fonctionnait pourtant pas comme prévu.  Le taux de divorce était supérieur de 60% a la moyenne Européenne, le nombre d’enfants illégitimes trois fois plus élevé que par le passe, un tiers des enfants suédois naissant hors mariage…”
Dans les années 80, quelques mesures de  réformes furent timidement adoptées : Par exemple, les marchés financiers sont déréglementés en 1985 (par les sociaux-démocrates) ce qui n’empeche toutefois pas la  Suède de faire  faillite en 1992,  à la suite d’une bulle immobilière, les causes  étant très  semblables à celles de la  crise des subprimes américains de 2007.
Le déficit  budgétaire représente alors 12% du PIB
Le système bancaire doit être sauvé en catastrophe par le gouvernement suédois.
Sous la pression des circonstances, .le gouvernement dut:
  1. Garantir tous les dépôts des 114 banques suédoises
  2.  Prendre en charge  les mauvaises créances, en contrepartie d’une prise de participation en actions ordinaires, les banques devant supporter les pertes encourues. Les actionnaires perdirent tout ou partie de leur capital investi, mais les propriétaires d’obligations furent épargnés.
  3. Nationaliser deux banques importantes, Nordbanken et Göta Bank,  leurs  créances douteuses etant transférées à des sociétés spécialisées dans la gestion d’actifs (notamment Securum), qui prirent en charge surtout les mauvaises créances immobilières.
  4. Creer une agence nationale de supervision bancaire, la Bank Support Agency, pour aider les banques qui avaient besoin d’être recapitalisées.
Quand les actifs toxiques furent vendus après la crise, les  profits éventuels retournèrent au gouvernement.  Le sauvetage des banques qui avait initialement coûté environ 4 % du PNB suédois, vit son cout révisé à la baisse, la perte finale se situant plutot  plutôt entre 0 % et 2 %.du PIB
La Suède reste donc l’exemple type d’une politique de l’offre qui a réussi.
Le pays n’est pourtant pas représentatif de l’ultra libéralisme.  Il a  néanmoins déréglementé et privatisé son système éducatif, l’hôtellerie dans les hôpitaux, ses systèmes de retraite et tous ses transports en commun.
Le pays a utilisé la crise pour faire de la pédagogie. et au nom de la préservation de leur modèle social, les suédois ont accepté ces sacrifices.
Au niveau de l’Etat, tout le monde a été mis au régime sec
Les effectifs de la fonction publique ont été réduits de 20%..La fonction publique représente désormais une partie infime des effectifs publics ; le ministère des Finances emploie environ 500 fonctionnaires, le reste étant des contractuels de droit privé.
Les dépenses publiques ont fortement diminué. En sept ans de 1993 à 2000 les dépenses publiques de la Suède sont passées de 71,5% du PIB à 55% du PIB.
De nombreuses missions de l’état ont été transférées vers des agences spécialisées soumises à des obligations de résultat et au respect de l’équilibre budgétaire.
 Il importe de souligner que l’ensemble de ces réformes ont été menées à bien sans casser le lien social (une majorité des Suédois soutient à présent le choix d’école, de médecins, de maisons de retraite etc).
Moyennant quoi la Suède vingt ans après est en excédent des comptes courants, a des excédents budgétaires et a réduit sa dette en 20 ans de 90 % a 42 % du PIB tout en connaissant un quasi plein emploi  et emprunte aujourd’hui  à des taux inférieurs à ceux de l’Allemagne.
L’Etat-Providence reste financé par les prélèvements obligatoires, mais les prestations sont de plus en plus déléguées au secteur privé/associatif. Alors que la pression fiscale (essentiellement les échelons locaux et régionaux) reste très élevée, le gouvernement actuel affecte l’essentiel de l’excédent budgétaire au désendettement .
Cet exemple montre que tous les pays développés qui ont redressé leur croissance et leurs finances publiques à l’image du Canada, de la Suède ou de l’Allemagne ont accordés la priorité à la compétitivité et à la baisse des dépenses publiques, dont l’effet récessif est moindre que la hausse des impôts.
La France, qui est dans la même situation que la Suède en 1992 est en train de faire exactement le contraire de ce qu’a fait la Sude a l’epoque et depuis
Elle porte ses recettes à 52% du PIB et ses dépenses à 58% du PIB.
Elle acroit de 10Md€ les prélèvements sur les grandes entreprises qui constituent un atout décisif dans la mondialisation.
Elle provoque un exil massif des centres de décision, des managers, des entrepreneurs et des patrimoines en appliquant une fiscalité confiscatoire sur le capital et le travail.
Elle impose les revenus de l’épargne au delà de 100% en supprimant les prélèvements forfaitaires sans neutraliser l’inflation …
La Suède au contraire  met de l’argent de côté les bonnes années.  Entrée dans la récession de 2007 avec un solde public excedentaire  de 3,8% du PIB.  elle a pu financer de généreuses mesures de relance sans que son déficit ne se creuse au delà de 0,5% du PIB.
Sa dette publique n’a pratiquement pas grossi pendant toute la période (42% du PIB)
En 2006, l’impôt sur la fortune qui touchait les patrimoines au dessus de 1,5M de Couronne (215 000€) a été supprimé
La Suède a décidé d’utiliser la manne venant de la dévaluation  pour sortir l’Etat de la production (ou il n’a rien à faire)  tout en conservant les fonctions de contrôle et de financement à l’Etat.
Sur les vingt dernières années le succès de cette stratégie a été tout simplement prodigieux.
Charges sociales patronales et salariales de la Suède sont  en % du salaire  brut  de 31% (part patronale) , 7% (part salariale) contre 50% (part patronale), 16% (part salariale).en France.
 En 2010 Friedrik Reinfelt le premier ministre de  centre droit a été le premier gouvernement non socialiste de l’histoire de la Suède à être réélu pour un deuxième mandat.
En 2011 Andres Borg Ministre des Finances a été reconnu par le Financial Times comme l’homme le plus influent de l’Union Européenne. Son pays a regagné son Triple A en 2004. Les dépenses publiques sont maitrisées à 53% du PIB contre 58% en France. Le budget est excédentaire de 7,7Md€ (1,8% du PIB)
En 1976, Ingmar Bergman est arrêté. Le grand metteur en scène de cinéma et de théâtre est accusé d’évasion fiscale. Toutes les  charges retenues contre lui seront par la suite abandonnées, mais entre temps, Il aura fait une dépression nerveuse, fermé ses studios de cinéma en Suède.  Il s’installera en Allemagne pendant des années.
Si le « moment Depardieu » en France ressemble au « moment Bergmann » en Suède il y a tout lieu d’être extrêmement optimiste.
Tout comme Ingmar Bergman avait été le révélateur de ce qui ne fonctionnait pas dans son pays, on pourra peut être un jour remercier Gérard Depardieu d’avoir pris la décision de s’installer en Belgique pendant quelques années.

Auteur: Jean-Jacques Netter

Jean Jacques Netter est diplômé de l’École Supérieure de Commerce de Bordeaux, titulaire d’une licence en droit de l’Université de Paris X. Il a été successivement fondé de pouvoir à la charge Sellier, puis associé chez Nivard Flornoy, Agent de Change. En 1987, il est nommé Executive Director chez Shearson Lehman Brothers à Londres en charge des marchés européens et membre du directoire de Banque Shearson Lehman Brothers à Paris. Après avoir été directeur général associé du Groupe Revenu Français, et membre du directoire de Aerospace Media Publishing à Genève, il a créé en 1996 Concerto et Associés, société de conseil dans les domaines de le bourse et d’internet, puis SelectBourse, broker en ligne, dont il a assuré la présidence jusqu’à l’ absorption du CCF par le Groupe HSBC. Il a été ensuite Head of Strategy de la société de gestion Montpensier Finance.

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