https://institutdeslibertes.org/un-pas-en-avant-deux-pas-en-arriere-et-quoi-dautre/
Jean-Claude Gruffat

Un pas en avant, deux pas en arrière et quoi d’autre ?

Pour une fois, je voudrais partager avec vous quelques propos un peu décousus à chaud au retour de 4 jours en Europe, Paris et Londres.Mais on ne séjourne pas impunément en Europe, et l’environnement vous saisit à la gorge.

Paris vit au rythme des couacs de la non Présidence. Les sujets sérieux sont écartés comme trop délicats à traiter, et surtout risqueraient d’indisposer telle ou telle chapelle de la « majorité plurale ».

J’ose affirmer et je sais que cette remarque déclenchera l’ ire de certains lecteurs, l’existence de similitudes avec les dernières semaines de la Présidence Morsi en Egypte, des décisions annoncées, puis aussitôt retirées, dans l’embarras.

Une impression de grand amateurisme, qui s’explique en partie par l’absence de « leadership »,un Chef de l’Etat, soucieux de n’indisposer en rien ses soutiens, mais qui irrite et désespère certains de ses plus proches fidèles.

Un gouvernement sans cohésion, ou les ambitions et les médiocrités s’affrontent sans respect ni déférence pour un premier ministre qui n’a pour lui que son passe de maire, puis président de groupe parlementaire, ce qui est clairement  insuffisant.

Comme je l’ai déjà écrit sur le site de l’IDL, je pense néanmoins que les socialistes garderont l’essentiel des leviers de contrôle, car il n’y a aucune alternative de gouvernement pour leurs être substituée. Les prochaines consultations électorales, municipales et européennes, les placeront sans doute derrière le Front National, et l’UMP, mais à ce stade, je ne vois aucune alternative à Francois Hollande pour la présidentielle de 2017.

Un retour difficile de Nicolas Sarkozy, avec nombre d’affaires non encore jugées, pour lesquelles ses proches sont mis en examen, ou ont un statut de témoin assiste, la guerre des petits chefs et l’ambition des quadras, décrédibilisent à ce stade un schéma un retour de l’UMP aux affaires.

Et un centre autour de Borloo, Bayrou parait bien ringard.

Bref l’opposition dite républicaine doit  se reconstruire en terme de projet, et d’individus, et je doute qu’elle le fera d’ici à 2017 compte tenu de son passe et de ses divisions.

Donc on se prépare un 2002 inverse avec un second tour Hollande Le Pen et la reconduction du sortant. Le cycle économique devrait aider avec une amélioration cosmétique de l’emploi.

Je n’envisage pas à ce stade une “Grécisation” de la France pour une échéance aussi proche, mais je reconnais que c’est une hypothèse que je ne peux écarter totalement.

Notamment du fait des non rentrées fiscales attendues, de l’incapacité de cette majorité à agir sur les dépenses, et du rapport dette sur PNB maintenant à 96%, financée pour les deux tiers par des investisseurs institutionnels étrangers, qui peuvent aisément et rapidement changer de perception.

En 2014, il faudra emprunter au moins, pour la dette de l’Etat, hors Sécurité Sociale, Euros 190 milliards….

Comme les sujets fondamentaux ne sont pas traités, le public, nourri par des media à la recherche d’audience, du fait de la concurrence des réseaux sociaux, se satisfait de débats surréalistes sur la légitimité de l’expulsion d’une adolescente en situation irrégulière.

Et on bloque sur le travail dominical, qui n’a plus de justification que religieuse…

Et le Premier ministre de l’ancienne majorité ne peut désormais être audible qu’en marquant sa différence avec le Nicolas Sarkozy, ou en faisant à l’ infini de la paraphrase sur ses paroles malheureuses à propos du sectarisme en politique.

Incidemment j’apprends que le Club Démocratie 2012 – anime par des très proches du Président Hollande – organise fin Novembre un colloque sur l’attractivité et les atouts de la France. Qu’ils se reportent a l’enquête annuelle Bain American /Chamber of Commerce en France, auprès des investisseurs directs, hors opérations de portefeuille, avec 84% d’opinions négatives, sur les rigidités sociales, la fiscalité, et bien sur le recours quasi systématique a la rétroactivité des mesures législatives et règlementaires, , pratique détestable à laquelle la majorité sortante se livrait également..

Le contraste est frappant avec la Grande-Bretagne.

Le gouvernement de coalition s’est attaqué aux dépenses publiques avec des résultats certains, les effectifs de la fonction publique ont été réduits sensiblement. Et la Banque d’Angleterre mène une politique monétaire sans les contraintes de l’appartenance à la zone Euro.

Je garde le plus préoccupant pour la fin, la montée de l’incivisme .Il ne s’agit pas selon moi que d’un problème de criminalité, d’insécurité.

A lire toutefois “la France Orange mécanique” qui recense bon nombre d’incidents graves et préoccupants dont les causes profondes ne sont ni analysées ni remédiées même partiellement.

Mais la méfiance vis-à-vis de l’autre, la non intégration de l’immigration, la ghettoïsation de zones importantes des périphéries urbaines, et l’absence d’ascenseur social, se combinent et s’accentuent pour développer un non vécu en commun alors même que la philosophie officielle à droite comme à gauche préconise le non communautarisme laïc et républicain.

Face à ces phénomènes, ce que j’appréhende est bien une radicalisation des comportements, des désespoirs qui pourraient mener à la violence de rues du fait de l’absence de solutions politiques dans un cadre institutionnel décrédibilisé.