6 avril, 2026

Retours sur ma carrière et sur l’histoire financière.

 

Pour moi, tout commence en Février 1971 où, sortant de mon service militaire, je suis embauché par la banque de Suez et de l’Union des Mines pour suivre les marchés financiers internationaux…

Les dix premières années de ma carrière furent … riches d’enseignements, le ratio entre l’indice S&P 500 et le cours de l’or passant début 1972 à …9,48 en décembre 1980 (-90 %). C’est ce que montre mon premier graphique, dans lequel je mélange vie personnelle et évènements historiques car ma chère épouse eut la merveilleuse idée de m’offrir trois beaux enfants pendant cette période.

Mais c’est dans cette horrible décade que se préparait le futur…

Depuis Bretton Woods, en 1945, le monde avait fonctionné avec un étalon dollar/or et des taux de change fixes. De 1971 à 1973, le système financier international implose et personne ne comprend plus rien, moi le premier. Fin 1973, je m’attache avec la création de Cecogest[1] à essayer de comprendre comment il faudrait gérer de l’argent dans ce monde nouveau.

Fin 1974, au baptême de Louis à Saint Philippe du Roule, le prêtre, apprenant que je travaillais dans les marchés financiers me demanda ce qu’il devait faire de ses actions, et je lui répondis, ’prier, mon père prier’. Il a dû beaucoup prier.  Ce jour marqua le plus bas du marché des actions partout dans le monde. Sacré Louis …

Venons ensuite à notre cher et vieux pays et posons la question : comment s’est-il débrouillé depuis 1981, moment où il est passé de l’ombre à la lumière selon le bienfaiteur de l’enfance bien connu qu’est monsieur Jack Lang ? La reponse est : mal.

Voilà le graphique :

 

 

Depuis 1979, nous avons eu quatre grandes crises et une cinquième a, peut -être, déjà commencé.

  1. Iran et prix du pétrole passant de $1 à $ 30 /bb de 1971 à 1981.
  2. Réunification allemande de 1990 à 1995
  3. Crise financière de 2009 aux USA, suivie par la crise de l’euro de 2011 à 2013.
  4. Covid et Ukraine de 2020 à 2024.
  5. Guerre en Iran en 2026

Chacune de ces crises a été réglée en France par une augmentation de la part de l’Etat dans l’économie et donc par l’émission de plus de dettes, et cette hausse du poids de l’Etat est bien sûr à l’origine d’une baisse constante de la rentabilité du secteur privé. Ce qui veut dire que l’Etat français va tout droit à la faillite[1], ayant tué la poule aux œufs d’or.

Venons-en au monde en général et à l’inflation en particulier, mais en remontant cette fois à 1940.

Voici le graphique

 

De 1940 à 1990 (fin de l’URSS), le monde a été en guerre constamment et ces guerres étaient financés par des émissions obligataires offrant des taux trop bas (hs]achurages verts sur le graphique.)

De 1990 à 2022, plus de guerres, l’inflation disparait et nous avons des taux normaux sur les dettes émises.

Depuis 2022, les guerres à nouveau sont là, l’inflation est repartie à la hausse et nous perdons à nouveau de l’argent sur les marchés obligataires.

Remarques. Très curieusement, l’effondrement de la technocratie communiste a amené au pouvoir dans nos vieilles démocraties une technocratie aussi inefficace que le rival communiste qui avait été defait. Voilà qui se terminera comme à chaque fois que la technocratie l’emporte, c’est-à-dire mal.

Depuis 1980, nous savons donc que :

  1. Les années 70 ont montré qu’un portefeuille français ne pouvait être gérée sans comprendre ce qui se passait dans la politique en France et dans le reste du monde.
  2. Et ce qui se passe n’a pas changé depuis l’élection de Giscard : une classe politique de technocrates gère le pays pour accroitre ses pouvoirs et c’est son seul but. Et donc, en cas de chocs exogènes, les ajustements en France se font toujours en faveur du secteur étatique et au détriment du secteur privé.
  3. Les USA, eux, semblent être gérés par une autre technocratie qui elle aurait besoin de guerres extérieures pour maintenir son pouvoir.

Ces guerres sont financées par des dettes émises avec des taux trop bas et donc sont inflationnistes.

Conclusion générale.

Une crise majeure des pays qui utilisent la dette, soit pour effectuer des transferts sociaux, soit pour faire la guerre est inévitable et sans doute assez proche.

  • Cette crise devrait entrainer la disparition des technocraties en France, aux USA et en Grande- Bretagne. Pour être remplacées par quoi ?

Aucune idée. Mais une fin, même horrible est toujours préférable à une horreur sans fin.

  • Les marchés obligataires de France, des USA et de la Grande-Bretagne sont ininvestissables.
  • Et je sais que le niveau de vie moyen dans ces trois pays va s’écrouler comme il le fit en Asie de 1996 à 2000, dès que l’un ou l’autre de ces trois pays ne pourra plus emprunter.
  • Les Libertés Publiques dans ces pays sont loin d’être garanties tant les classes technocratiques qui y exercent le pouvoir depuis des lustres se sont montrées capables de rester aux commandes envers et contre tout.

Vous apprendre à mettre votre épargne à l’abri est la mission que nous nous sommes fixés depuis bien longtemps, aussi bien à l’IDL qu’à l’UDE. A quoi bon diront les gros malins ? C’est la question que pose toujours le Mal, le Prince du Mensonge, Celui qui est naturellement meurtrier.  Les « à quoi bontistes » ne m’intéressent pas.

Cette chronique a pour objet de vous rappeler que même dans la crise la plus terrible que j’ai traversé, de 1971 à 1981, il fallait continuer à vivre, à faire des enfants, à les élever, à lutter pour comprendre et pour rester libres.

Ce n’est pas la victoire qui compte, c’est de se battre.

 

 

[1]  Pour plus de détails, voir sur le site le dossier « Comment réussir sa désindustrialisation”

 

 

 

 

 

 

[1] Je fus financé par quatre institutions : Buckmaster & Moore un broker anglais qui a disparu depuis, la Compagnie Privée de banque, petite banque française, qui, elle aussi, a disparu, Notz Stucki, gérant Genevois et la Banque Gutzwiller à Bale, qui existent toujours. Ce petit syndicat fut mené par Beat Notz, premier President de la Cecogest, à qui je serai éternellement reconnaissant.

 

Auteur: Charles Gave

Economiste et financier, Charles Gave s’est fait connaitre du grand public en publiant un essai pamphlétaire en 2001 “ Des Lions menés par des ânes “(Éditions Robert Laffont) où il dénonçait l’Euro et ses fonctionnements monétaires. Son dernier ouvrage “Sire, surtout ne faites rien” aux Editions Jean-Cyrille Godefroy (2016) rassemble les meilleurs chroniques de l'IDL écrites ces dernières années. Il est fondateur et président de Gavekal Research (www.gavekal.com).

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