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Pour une nouvelle relation Franco-Allemande

Rare mais néamoins notable, parfois même un homme politique peut être capable de propos constructifs.Voici une chronique de Monsieur le député de l’Eure, Bruno Lemaire publiée dans le Financial Time le 3 mai dernier qui a attiré toute notre attention au déla de l’aspect fort sympathique du Normalien ayant ses études grâce à l’écriture de roman Arlequin.Alors, un jour un “Fifty shades of Grey” à l’Elysée?

…”La relation franco-allemande traverse une crise grave. Est-ce bon pour la France et pour l’Allemagne ? Non. Est-ce bon pour l’Europe ? Encore moins. Les plus optimistes diront que ces périodes difficiles sont depuis les origines le lot de la relation franco-allemande. Les plus lucides diront que dans le bouleversement mondial que nous connaissons, ni la France, ni l’Allemagne ne peuvent se permettre de faire durer ces tensions. Les responsables politiques des deux Etats doivent trouver une solution, vite. Et pour cela, ils doivent faire un diagnostic sans concession. Comment en sommes-nous arrivés là ? Pour trois raisons majeures.

La première est nationale : les Allemands ont engagé avec Schroeder des efforts massifs de redressement productif, que la France a toujours différés, ou réalisés à moitié. Il est temps que la France comprenne que le monde est une chance pour ses talents, pour sa créativité, pour sa richesse et pour ses emplois.

La seconde raison est européenne : la crise économique a ouvert partout en Europe un débat sur les politiques de rigueur, qui tourne désormais à une confrontation brutale, où chacun prend des postures au lieu de proposer des solutions.

La troisième est mondiale : la montée en puissance toujours plus rapide de la Chine et des Etats émergents oblige les Etats européens à faire des choix clairs sur leurs objectifs communs en matière politique et économique. Il est grand temps : le projet européen ne peut plus avancer sans vision politique. Il ne peut plus se résumer à une addition absurde de choix technocratiques sans cohérence, et surtout sans intérêt pour les citoyens européens. Leur Europe est devenu un monstre froid, distant et lointain, qui ne comprend pas leurs difficultés et qui les résout encore moins. Ils la rejettent donc comme jamais. Français et Allemands ont la responsabilité de définir ensemble cette nouvelle vision européenne. Précisément parce que nous sommes différents, précisément parce que nos histoires et nos cultures sont parfois si antagonistes, nous avons le devoir de définir un nouveau compromis européen.

Pour engager dans de bonnes conditions ce dialogue, la France doit opérer une vraie révolution économique : elle doit améliorer sa compétitivité, réduire ses dépenses publiques, réformer son indemnisation du chômage, fusionner les régimes de retraite en un seul régime équitable et transparent, simplifier son droit du travail. En faisant ce choix de la révolution économique, la France sera triplement gagnante : elle réduira enfin le chômage qui est la plaie à vif de notre nation, elle restaurera ses comptes publics et renforcera donc sa souveraineté, elle redeviendra un partenaire crédible pour Berlin et pour les autres Etats européens.

Sur cette base, je propose ensuite un agenda franco-allemand 2020. Cet agenda reposera sur une méthode : une discussion régulière, ouverte et à tous les niveaux, plus efficace que les sommets ou les conseils des ministres qui sont pour le moment les le pivot de la relation politique franco-allemande. Il ouvrira une discussion  sur les volets les plus difficiles de notre relation : la convergence fiscale et sociale, avec la question si sensible en France comme en Allemagne du salaire minimum ; la politique monétaire et la question de la parité de l’euro ; la politique commerciale et la réciprocité des règles, à la veille de l’ouverture de négociations bilatérales importantes avec les Etats-Unis. Cet agenda enfin ne sera pas tourné exclusivement vers la France et l’Allemagne : il aura vocation à définir les grandes lignes de la construction européenne, en concertation avec nos partenaires européens, en particulier les 17 Etats membres de la zone euro.

Chacun en a conscience, les destins de la France et de l’Allemagne sont indissolublement liés. Seul un travail méthodique et approfondi nous permettra de retrouver la voie du compromis et de redonner un sens à une Europe déboussolée. Aucun modèle national ne peut dominer en Europe. Seul peut dominer le meilleur de chaque modèle. La relation franco-allemande doit redevenir le laboratoire de ce compromis. Sans quoi nous courons le risque en Europe de voir se radicaliser les populations, monter les égoïsmes nationaux, revenir les préjugés que nous pensions disparus. Au bout du compte, ce qui se joue dans cette relation est à la fois simple et décisif : la capacité de notre Europe à offrir à ses populations un avenir meilleur. Sa capacité également à rester un acteur majeur sur la scène internationale, pour défendre ses valeurs et ses intérêts….”