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Emmanuelle Gave

« Personne ne s’attend jamais à l’ inquisition espagnole » ou quand Bernard Cazeneuve reprend la fourche d’hérétique

La loi sur le renseignement débattue  en ce moment à l’Assemblée Nationale et votée par la commission de l’Assemblée Nationale le 1 er avril après être passée en audition devant pas moins de trois ministres (Intérieur, Justice et Défense) constitue sans nul doute une atteinte aux libertés fondamentales d’une démocratie.  Le New York Times outre Atlantique a même trouvé à s’exprimer sur ce sujet et pourtant,  ce dernier est assez peu connu pour son versant libertaire.

Je ne reviendrai pas içi sur les termes de cette loi ni sur la fait qu’il suffirait d’exploiter les lois déjà en vigueur; je laisse cela à d’autres papiers toutefois pour mémoire, ce projet de loi compte renforcer la surveillance des internautes au nom  du terrorisme en demandant la détection automatiques des comportements spécifiques mais surtout en permettant un élargissement d’accès aux données de tout individu sur simple présomption étatique. Bernard Cazeneuve entend également, contrôler ainsi « les groupuscules d’extrême droite » (cf Rapport du 31 mars filmé sur la chaine LCP). Je voudrais tenter simplement de définir dans ce papier ce que devrait être un processus de  gouvernement à ce stade de notre histoire.

Tout d’abord, les lois ne doivent jamais être votées sur le coup des émotions.

Par suite, serait-il possible de concevoir que la volonté d’empêcher le « mal » ne soit pas démocratiquement acceptable en ce que cette notion est, elle-même, purement subjective ?

Enfin, depuis quand la morale est-elle devenue une forme de gouvernance acceptable ?

Saint -Just s’y est essayé et bien sur la très sainte inquisition. Car oui, la présente loi, subtilement emballée dans les prémices de « loi sur le terrorisme »  présente, il me semble,  tous les grands éléments fétides d’une superbe loi de la grande inquisition:

  • Un premier ministre éructant semaines après semaines à la grande volière nationale ;
  • Des ministres intègres et conseillers vertueux qui, dans les pas de ce dernier se sentent pousser des ailes pour je cite « cibler les mouvements identitaires de Droite »;
  • Des élections honteusement ratées et un sentiment atone de vouloir en découdre.

Alors, bien sûr, je pourrais en tant que libérale pointer du doigt l’atteinte à la liberté de la presse et aux libertés fondamentales. Et je pourrais avoir raison si mon libéralisme était  superficiel pour reprendre le distinguo de Philippe Nemo (comprendre  « La liberté » comme seul axiome de réflexion) mais mon libéralisme me porte toujours à réfléchir à la notion de morale.Tous les efforts de la raison et de l’intelligence ont démontré  que si l’on veut secourir l’homme qui souffre, on doit provoquer le progrès et que si l’on veut le progrès, il faut alors promouvoir la liberté sous toutes ses formes. C’est en cela qu’une atteinte aux libertés fondamentales me pose un vrai problème. C’est pour cette raison, intellectuellement contraignante pour Natacha Polony, que nous prônons le libéralisme et c’est aussi pour cela que le libéralisme est une branche de la philosophie du Droit, contrairement aux bêtises entendues trop souvent.  Le libéralisme est infiniment plus qu’une liberté de tout faire par principe ou qu’un réduction à un simple capitalisme débridé comme cela est écrit aussi bien souvent par ceux qui s’embourbent dans les passants utilitaristes. Passons.

L’analyse des mécanismes totalitaires du  passé nous a permis par ailleurs de comparer les idéologies entre elles et l’inquisition apparaît à ce titre comme l’ancêtre des totalitarismes modernes. Il s’agit toujours de sacrifier les hommes à un dogme, à une vérité triomphale. Et si l’on veut trouver un coupable commun, il faut s’en prendre à la certitude elle-même . La certitude tue, voilà ce que nous appris l’Histoire et les grandes certitudes tuent grandement. Nous n’avons malheureusement qu’une trop grande expérience des excès de certitudes. Dès qu’un groupe politique croit la posséder, il utilisera alors la contrainte  à la mesure de ses moyens. Dernière certitude en date du gouvernement Hollande, «  Le front National serait responsable de tous nos maux ». Je m’arrête içi deux secondes car la mièvrerie ambiante aidant, je sais aussi ce que cette simple évocation va déclencher comme commentaires. J’aimerais donc qu’il soit noté que la question n’est pas « est-ce vrai ou faux » ou même « est-ce que le front national est un petit peu méchant ou  très très  méchant » qui en général constituent les deux points intellectuellement culminants de toutes discussions sur ce sujet mais plutôt donc de se concentrer sur le mécanisme de morale totalitaire employée par le pouvoir en place en brandissant cet oripeau du F.N.

L’homo politicus de gauche semble n’avoir  désormais dans le désordre de sa pensée comme seule boussole semble t- il le consensus de la répugnance et comme gouvernail « le mal » . Or cette notion de mal traduit en elle-même la reconnaissance d’un absolu moral sous une forme affolée et vide de sens moral justement. Car enfin, au nom de quelle certitude humaine appelle-t-on à voter des lois sur un simple principe de répugnance ?

Monsieur Bernard Cazeneuve nous demande de laisser voter une loi de renseignement afin de contrôler dit- il « les groupuscules d’extrêmes droites »  et donc en sous-jacent bien évidemment dans leurs esprits, les éléments du Front National qui  la dernière fois que j’ai regardé, est un parti républicain au sens de la constitution de la V eme. On peut le regretter mais alors il convient de remettre en question les institutions et se battre pour faire en sorte de les changer afin que ce parti soit légalement anticonstitutionnel. Cela n’est pas le cas aujourd’hui.Donc quelqu’un peut-il m’expliquer quelle est  donc la différence entre l’approche de Monsieur Cazeneuve et celle de la  la grande inquisition ? J’ai comme un gros doute. ON NE CONDAMNE PAS AU NOM DE LA MORALE.

Et quelle sera  l’utilisation d’après de cette loi de renseignement un fois passée en force d’exécution?  Son application aux adversaires politiques du  renouveau de la pensée unique socialiste? Devront-ils aussi être mis sur écoutes et contrôlés ? Et pourquoi pas toute forme d’opposition en général? Comme un air de « déjà vu », n’est ce pas?Evidemment,tous lecteurs avisé se sent mal à l’aise de devoir défendre la liberté du FN aujourd’hui pour défendre sa propre liberté à exprimer une opinion politique divergente dans le futur mais concéder aujourd’hui au nom de la morale à combattre le « mal » c’est inéluctablement perdre nos libertés civiles envers un Etat totalitaire en devenir. Comme il se dit souvent trivialement: « On en peut pas être un petit peu enceinte ».

Par ailleurs,je pense que tout lecteur conviendra que notre société moderne ne devrait pas être intéressée par une morale envahissante à l’expression exsangue qui prendrait le pas sur la recherche de la vérité vers laquelle tout homme bon et libre doit aspirer. Nous avons le devoir, en tant qu’hommes modernes, de laisser les considérations morales collectives en dehors de nos choix politiques. La morale est une notion strictement individuelle et « le Babylone de tous les péchés » qu’est l’État, surtout ces derniers temps, n’a RIEN à y faire.

Enfin, le message moral employé par le pouvoir politique de gauche n’est pas explicatif comme l’était par, exemple au XVI eme siècle celui de Las Casas qui défendait la dignité des indiens ou de Thomas Moore qui s’indignait contre la misère:

  • Il est tonitruant et répétitif.
  • Il est clamé avec véhémence et n’exclut jamais la menace face à ses adversaires.
  • Il compense ainsi son manque de justificatifs par sa toute puissance et sa toute présence. On ne récuse pas avec la raison mais on « hait » et on « s’indigne ».

A titre personnel, j’ai deux enfants et passé un certain âge, il me semble que le simple message de «  Ne te penches pas par la fenêtre » mérite d’être développé, avec, par exemple «  Si tu te penches trop, tu risques de tomber de trois étages » ou alternativement pour d’autres  « J’ai connu une petite fille qui s’est trop penchée, qui est tombée et qui est morte ». C’est au choix, je ne juge personne, tolérante que je suis des choix éducatifs des uns et des autres. Toutefois, je sais quand même que sceller toutes les fenêtres n’est pas une solution. Pas plus qu’invoquer la présence des dragons derrières les volets, passé les 7 ans de ces mêmes enfants. Nous ne pouvons pas prétendre dans une démocratie que chaque citoyen serait suffisamment éclairé pour voter mais trop bête pour détenir sa propre notion du bien et du mal et de se fonder un avis en conséquence. Or c’est exactement ce que ce gouvernement propose. Il entend sceller toutes les fenêtres, contrôler l’accès  des flux afin d’empêcher les grands dragons F.N  cachés derrière les volets du 3  me étage de voler les petites filles qui se pencheraient trop sur les balcons.

Je sais, moi aussi je souris et pourtant combien d’entre vous sont allés manifester contre les dragons de « je suis Charlie ?

 

Mes questions aux lecteurs seront donc celles ci  :

Serait-il possible  de réfléchir à la façon de sortir par le haut de cette mièvrerie ambiante que les politiques nous imposent et surtout, surtout d’arrêter d’y prendre part, consciemment ?Parallèlement, serait-il en  possible de dénuder les racines de l’émotion et de l’indignation et de tenter, enfin, de fonder une véritable réflexion sur les institutions politiques et leurs rôles véritables dans la cité France ?

 Nos dirigeants politiques, de Droite comme de Gauche, ont depuis un moment perdu toute notion de leurs rôles au service des institutions régaliennes qui sont les leurs et semblent vouloir se transformer en grands prêtes de la cité. Ne les encourageons pas et surtout ne leur en donnant pas les moyens.

Je sais bien que « personne ne s’attend jamais à l’inquisition espagnole »( Nobody expects the spanish inquisition Monthy Python) mais, j’en ai quand même un peu assez de la croiser tous les jours dans le débat public…..

 

 

 

 

 

Emmanuelle Gave