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Jean-Baptiste Noé

L’océan indien, une mer française

La France est l’un des rares pays au monde à disposer d’une présence terrestre sur l’ensemble des mers ; l’océan indien étant l’un des espaces maritimes où s’exerce son influence. La Réunion et Mayotte sont les plus connues, même si ce sont aussi les plus couteuses. D’autres îles, plus réduites, certaines non habitées, constituent les axes de la souveraineté française dans cette mer : îles Éparses, Crozet, Amsterdam, Saint-Paul, Kerguelen, Tromelin. Ce sont en tout sept îles qui marquent la présence française et deux ensembles insulaires : Le Crozet, avec cinq îles, et les Kerguelen. La plupart de ces territoires sont intégrés dans les TAAF, les Terres australes et antarctiques françaises, une collectivité créée en 1955.

 

Les îles du canal du Mozambique

 

Parmi ces territoires la France possède notamment l’île Jean-de-Noves située dans le canal du Mozambique. D’une superficie de 4.8 km², elle est plate et entourée d’une barrière de corail. Elle ne possède aucun port, mais une piste d’aviation qui assure le ravitaillement. Autres îles, toujours dans le canal du Mozambique, les Glorieuses, situées à proximité des Comores. La surface de l’archipel est de 7 km². Il est situé dans un atoll allongé que bordent des plages de sable. Des images de cartes postales qui peuvent faire rêver, mais des territoires qui ne sont peuplés que de façon épisodique. On y trouve bien sûr Mayotte, aujourd’hui classé comme un département français, qui regroupe près de 260 000 habitants et qui concentre une multitude de problèmes liés à la pauvreté, à l’explosion démographique et à l’immigration illégale venant notamment des Comores. Dernière île du canal de Mozambique, l’île Europa. D’une superficie de 30 km², c’est une vaste réserve naturelle, notamment pour les tortues vertes. Très peu hospitalières, toutes les tentatives de colonisation humaine ont échoué. La France y place du personnel militaire et civil régulièrement relevé, notamment pour tenir éloignées les volontés de captation de Madagascar qui continue de revendiquer ces territoires.

 

Les Terres australes françaises

 

Les TAAF sont divisées en cinq districts : les îles Kerguelen, découvertes en 1772 par Yves de Kerguelen qui en a pris possession au nom du royaume de France ; l’archipel Crozet, découvert en 1772 également, mais par un autre marin, Marc du Fresne ; les Îles Saint-Paul et Nouvelle-Amsterdam, découvertes en 1522 par un portugais membre de l’expédition  de Magellan et rattaché à la France en 1892.

La Terre Adélie, découverte par Jules Dumont d’Urville en 1840, est elle aussi sous souveraineté française. La France y fonda en 1950 Port-Martin, première base antarctique française, destinée à l’exploration scientifique et à la découverte de ces terres australes. Paul-Émile Victor y passa une partie de sa vie d’explorateur.

Enfin, le cinquième district des TAAF est composé des îles Éparses de l’océan indien.

 

Ces possessions rappellent que la France est une puissance de mers, de découvertes et d’explorations. Elles sont la continuité des explorateurs et des aventuriers français qui à partir du XVIIIe siècle sont partis à la découverte des mers, notamment vers le pôle sud. Lapérouse et Bougainville en furent les précurseurs, mais ils eurent de nombreux successeurs comme Kerguelen, Fresne, Dumont d’Urville, Jean-Baptiste Charcot. La plupart sont morts au cours de ces expéditions, soit à cause d’un naufrage soit tué par des populations peu hospitalières. Elles rappellent aussi l’importance pour la France de disposer d’une marine puissante et de qualité. Ces îles doivent être ravitaillées, contrôlées et protégées, notamment de pays limitrophes qui tentent d’en faire main basse, activant souvent le jeu nationaliste et décolonialiste pour masquer leur impéritie et leur incapacité à développer leur pays.

 

Un enjeu de souveraineté, un levier de puissance

 

Pour la France, les intérêts de ces possessions sont multiples. Cela lui permet tout d’abord d’être une puissance de l’océan indien, donc d’avoir un droit de regard sur la géopolitique de cette zone qui assure la transition entre Suez et Malacca, l’Afrique, l’Inde et l’Asie du Sud-est. Le canal du Mozambique est l’un des principaux axes de passage dans le monde. Avec sa présence à Djibouti, la France verrouille l’espace oriental de l’océan indien.

L’intérêt est aussi scientifique. La richesse de la faune et de la flore, la protection des fonds sous-marins, des atolls et des barrières de corail sont des enjeux majeurs. Les scientifiques et les chercheurs français peuvent ainsi travailler et mieux connaitre ces espaces particuliers.

Enfin, l’intérêt est économique et maritime. Toute possession d’îles assure une Zone économique exclusive importante. Les îles Éparses par exemple représentent 44 km² de terres émergées, près de 120 km² de lagons, elles n’ont aucun habitant, mais elles s’insèrent dans 640 000 km² de ZEE. C’est dire l’immense potentiel de ces zones en matière de recherches océanographiques et d’explorations off-shore. Avec l’ensemble de ses possessions maritimes, la France dispose ainsi de la deuxième ZEE au monde, derrière les États-Unis, avec plus de 10 millions de km².

 

L’océan Indien contient un des sous-sols les plus riches de la planète. Il renferme près de 55 % des réserves mondiales de pétrole, 60 % d’uranium, 80 % de diamant, 40 % de gaz et 40 % d’or, et ce, sans compter les réserves halieutiques. Des réserves estimées, que l’exploration peut encore accroître.  40% du pétrole mondial passe par le détroit d’Ormuz et 7,5% du commerce maritime mondial transite par la Corne de l’Afrique. Les détroits d’Ormuz, de Malacca, de la Sonde ou de Lombok au large de l’Indonésie, de Palk entre l’Inde et le Sri Lanka, mais aussi les canaux de Suez et du Mozambique font en effet les frais de la piraterie qui sévit dans la région. Pour contrer ce fléau, la France prend part à l’opération Atalante ou à l’Accord de coopération régionale contre la piraterie et le vol à main armée contre les navires en Asie, organisations mises en place pour sécuriser la zone et permettre la libre circulation du trafic maritime.

 

Le pivot vers l’Est

 

Depuis que nous assistons au « basculement de puissance » vers l’Est, le Pacifique et l’Asie, la France redécouvre l’importance de ce territoire. Neuf membres du G20, que sont l’Australie, la Chine, la Corée du Sud, l’Inde, l’Indonésie, la France, les États-Unis, le Royaume-Uni et le Japon sont présents dans l’océan Indien. La stratégie chinoise du « collier de perles » fait de l’océan Indien « l’étranger proche » de Pékin. L’Inde, outre sa ZEE de plus de 2 000 km2, dispose pour sa part d’une diaspora de 6 à 7 millions de ressortissants en Asie du Sud-Est, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Son plan d’armement naval de 2017-2027 prévoit de doubler le nombre de ses bâtiments de surface, sous-marins et aéronefs. Autant d’alertes qui doivent nous faire prendre conscience de la valeur de cet océan.

Comme le disait Alfred Thayer Mahan, officier de la marine américaine au XIXe siècle, « la puissance qui dominera l’océan Indien contrôlera l’Asie et l’avenir du monde se jouera dans ses eaux ». Troisième plus grand océan du monde, cet espace est devenu autant une zone d’influence qu’un point de frictions entre les principales puissances du monde. La présence de la France au sein de l’ASEAN Defence Ministers Meeting-Plus ou du Programme régional océanien pour l’environnement, par exemple, mettent en avant sa volonté de peser sur l’avenir de cette zone stratégique. La puissance est une ressource neutre : elle n’existe pas en soi, elle n’existe que si l’on s’en sert. Ces territoires ne servent à rien s’ils ne sont pas valorisés, développés et mis en valeur. Certes il y a la ZEE, mais  les terres pourraient elles aussi être développées. Pourquoi ne pas faire de l’une de ces îles l’équivalent d’un Jersey ou Guernesey de l’océan Indien en en faisant un paradis fiscal permettant l’immatriculation des navires et des entreprises ? À proximité de l’Asie, il pourrait être intéressant d’y construire un paradis fiscal sur le modèle de Saint-Marin ou du Lichtenstein. La créativité et l’inventivité permettraient de valoriser au mieux ces espaces qui sont hélas encore inconnus de nombreux Français.