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Jean-Claude Gruffat

Libéralisme et réaction

Tout en étant plongé dans l’actualité telle que vue au travers du prisme new yorkais, et avant de partir pour deux semaines en Asie du Nord Est, Corée, Japon, Taiwan et Hong Kong, je m’interroge sur la coexistence de ces deux clés de lecture et d’action dans la démarche politique et économique.

Et d’abord comme définir ces deux postures ?

Un libéral est avant tout pour moi quelqu’un qui revendique au maximum son espace personnel de pensée et d’action, dans le respect de celui des autres, et de l’ordre public, défini « stricto sensu » qui ne peut être réduit à un ordre moral. Ma liberté s’arrête  où commence celle d’autrui. Et elle ne saurait attenter aux droits des autres individus qui peuvent, quelles que soient leurs orientations philosophiques, prétendre au même privilège.

Tout individu peut ne pas partager mes convictions, et je peux exécrer ce qu’ils préconisent, exemple de  Dieudonné, dois-je pour autant lui interdire a priori de proférer ses diatribes racistes et antisémites ?

Je ne le pense pas, mais je suis favorable à des poursuites sur la base de délits avérés et punis par les lois pénales.

Dans le domaine économique, le libéral que je suis sera contre les corporatismes, les droits acquis, les rentes de situations de certaines professions, les subventions qui faussent le jeu de la concurrence, les niches fiscales qui portent atteinte à l’égalité devant l’impôt, et justifient la sur taxation pour compenser les recettes non prélevées. Il préconisera un Etat « base zéro », dont les missions seront définies par application du principe de subsidiarité. Exemple des négociations dites « sociales », ou représentants des employeurs et des salariés, au niveau de l’entreprise ou de la branche, doivent pouvoir débattre de la durée « conventionnelle », et non plus « légale », du temps de travail.

La libre circulation des personnes, biens et services sera encouragée et protégée, au niveau des sous-ensembles régionaux et de manière systématique, même si des impératifs de sécurité publique peuvent limiter pour des périodes de temps brèves cette facilité.

Le libéral que je suis privilégie la réduction/suppression des barrières douanières et tarifaires, mais aussi règlementaires dans un cadre multilatéral, à défaut au niveau bilatéral, comme dans les négociations en cours entre les Etats Unis  et les Etats du Pacifique d’une part, avec la Communauté Européenne d’autre part. Ces échanges ne se limiteront pas au niveau des marchandises, ils engloberont les flux financiers, et le domaine des arts et de la culture.

Les mouvements de capitaux seront facilités, la non convertibilité et transférabilité des devises – voir le RMB Yuan chinois – sera éliminée.

Les établissements financiers pourront exercer leurs activités au-delà des frontières des pays d’origine en se soumettant aux règles imposées à leurs concurrents domestiques du pays d’accueil, mais également en conformité à leur législation nationale propre.

L’objectif de ces règlementations et contraintes a minima étant de favoriser au mieux la créativité et l’innovation qui sont toujours plus à même de se manifester dans un environnement prive, par opposition à étatique.

Le libéral est girondin et décentralisateur, l’étatisme est jacobin et centralisateur comme la pensée dominante et quasi unique en France, c’est en tous cas selon ce modèle qu’est formée notre haute fonction publique qui ensuite essaime dans le secteur dit concurrentiel.

Nous pourrions aussi donner d’autres exemples, dans le domaine sociétal, et pour le libéral que je suis, mais je vous donne par principe la latitude d’être en désaccord, il est évident que le débat du mariage pour tous et sujets annexes, est traite de manière abusive de part et d’autre.

Tout être humain peut vouloir s’engager dans une union durable et officialisée avec un partenaire, mais cette union civile ne peut s’appeler « mariage » que dans le cadre d’une confession, ou par consentement mutuel et reconnaissance par une communauté, dans le cas d’agnostiques.

L’adoption doit être régulée avec pour unique souci la protection de l’enfant, la procréation assistée doit être réglementée étroitement de même que le statut controversé des mères « porteuses », le corps humain ne pouvant être réduit à une  simple fonction de vecteur, et la mère biologique, quelle qu’en soit la définition, aura toujours un droit sur l’enfant, comme le prouvent les contentieux fréquents dans ce domaine en dépit des clauses juridiques des contrats.

En ce domaine, il ne s’agit aucunement de morale à fondement religieux, mais de règles de bonne conduite en société et de transmission de patrimoine, culturel et financier.

Pour moi, vous l’aurez compris, le libéralisme ne peut se réduire à l’économie, ou au politique, c’est une méthodologie – et non une idéologie –  d’approche de de toutes les situations auxquelles nous sommes confrontés dans notre existence.

C’est bien en ce sens qu’il ne saurait être assimilé à des idéologies telles que le socialisme, le fascisme, ou autres.

Il n’est d’ailleurs pas non plus réductible à une classification droite /gauche, les libéraux ont été au XIXème siècle à gauche des conservateurs, avant d’être repoussés au centre par les divers courants socialistes.

Dans la célèbre typologie des droites de feu René Rémond, le libéralisme n’est pas l’orléanisme en dépit de recoupements.

Ce dernier courant, comme le légitimisme et le bonapartisme, étant selon moi les différentes manifestations de ce que je qualifie de « réactionnaire ».

On pourrait aussi, mais je trouve ces termes moins pertinents, parlé de conservatisme et de mouvement. Le courant légitimiste défend un principe monarchique immuable, il est par essence réactionnaire dans toutes ses dimensions. Le bonapartisme est centralisateur, étatiste et cocardier.

Quand à l’orléanisme, s’il affiche un ralliement à certaines des solutions préconisées par les libéraux, tel le libre-échange, il est réactionnaire et conservateur sur nombre de sujets sociétaux.

La gauche est également sur beaucoup de thèmes, conservatrice et réactionnaire, par exemple lorsqu’elle refuse d’étendre l’âge de la retraite en dépit de l’allongement factuel de l’espérance de vie.

Et le Front de Gauche en France a, sur beaucoup de sujets, des solutions identiques à celles préconisées par le parti de Marine le Pen, que l’on positionne à l’extrême droite, alors que tous deux se caractérisent par leurs solutions a ou anti-libérales, et qu’ils s’en flattent.

Le terme « libéral » en France est une insulte, en préconisant des solutions dites de « libérales », vous dévalorisez a priori vos propositions.

La grande victoire tactique de la gauche étatiste, car d’idéologie marxiste, est d’avoir repoussé à droite la pensée libérale. Paradoxalement, le phénomène inverse s’est produit et perdure ici aux Etats Unis ou tout « libéral » est un dangereux gauchiste, souvent originaire du Nord Est du pays…Les mêmes libéraux se définissant eux-mêmes comme « progressive ».

C’est l’ambition d’initiatives telles que l’IDL de défendre et illustrer une pensée et avant tout une méthodologie non sectaire, ouverte sur l’innovation, favorisant l’initiative individuelle, non impérialiste.

A cet égard le succès aux Etats Unis dans les milieux indépendants et républicains du courant libertarien, incarne par le sénateur « junior » du Kentucky, Rand Paul,  fils de Ron, récemment  largement en tête des sondages pour la présidentielle de 2016 au CPAC – conférence annuelle des « conservateurs » ! – montre bien que la droite ne peut être combattue et vaincue avec le seul soutien des milieux conservateurs, réactionnaires sur les thèmes de société, bref d’une stratégie dite Buisson qui a contribué à la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012.

Politique étrangère moins interventionniste, souci des libertés individuelles dans un pays encore traumatise par le 11 Septembre – Rand Paul est en tête du combat pour réduire /limiter les privilèges exorbitants d’écoute du NSA – ouverture sur la situation des 11 millions d’immigrants dits illégaux mais essentiels par les emplois peu qualifiés qu’ils occupent, attitude plus tolérante vis-à-vis de l’IVG et du mariage « pour tous », opposition a « affordable care « …

Tous ces thèmes peuvent apporter les renforts de voix qui ont fait défaut à John McCain en 2008 et Mitt Romney en 2012

L’absence d’un courant crédible présentant des caractéristiques  semblables fait hélas cruellement défaut en France et je le vois difficilement émerger avant 2017.

Il nous appartient à tous d’y contribuer dans nos familles politiques et de pensées traditionnelles si nous voulons enfin reformer et moderniser ce pays.

A défaut lisez Baverez et attendez la réélection de Francois Hollande.