Élections législatives attendues au Maroc, même si l’abstention a été forte. Le parti au pouvoir est arrivé deuxième, une coalition gouvernementale doit s’établir et, fait nouveau et majeur, une femme est nommée à la tête du gouvernement. Ce qui est une première pour le Maroc, mais aussi pour les pays du monde arabe.
Au Maroc, pas grand-chose n’a changé, mais beaucoup de choses ont changé. Pas de grand changement après ces législatives, car la coalition au pouvoir est arrivée en tête, mais dans un ordre différent de celui de 2021. Mais beaucoup de choses ont changé, d’abord avec la remontée du part islamiste PJD, mais surtout avec l’arrivée en tête du parti PAM (Parti Authenticité et Modernité, dit Parti du Tracteur du fait de son logo) avec à sa tête une femme, Fatima Ezzahra El Mansouri, qui a été nommée le 29 septembre chef du gouvernement. Elle devient ainsi la première femme à diriger le gouvernement du Maroc, et la première femme à obtenir un tel poste dans le monde arabe. C’est peu, voire pas du tout évoqué dans les médias occidentaux, qui sont généralement très prompts à saluer l’arrivée au pouvoir des femmes.
Cela marque un tournant pour le Maroc, mais aussi pour le monde arabe. Et c’est une des preuves que le Maroc prend une voie différente de celle de ses voisins, notamment l’Algérie, la Mauritanie et les autres pays du Maghreb.
Un pays en modernisation
L’un des grands horizons du Maroc est l’organisation de la coupe du monde de football de 2030, coorganisée avec l’Espagne et le Portugal. Ce sera la première fois qu’un pays arabe organise une telle compétition. À Rabat comme ailleurs dans le pays, les travaux vont bon train pour faire sortir des stades de terre afin d’être à la hauteur d’une compétition qui sera une vitrine sur le monde. Sauf changement, c’est le gouvernement élu en 2026 qui sera au pouvoir en 2030, et donc probablement Mme Fatima Ezzahra El Mansouri.
Née en 1976, élue maire de Marrakech en 2009, ministre sous différents gouvernements, elle devient à 50 ans chef du gouvernement marocain. Toujours vêtue dans un style résolument occidental, elle n’est pas voilée, elle porte tailleur et cheveux au vent. Dirigeante du parti PAM, elle est arrivée en tête aux législatives, d’où sa nomination par le Roi. À elle désormais de former une coalition, puisqu’elle n’a pas la majorité absolue.
Sur les 393 sièges de la Chambre des représentants, le Parti Authenticité et Modernité est arrivé en tête avec 97 sièges, en progression de dix par rapport à 2021. Derrière lui, le Rassemblement national des indépendants (RNI) du chef du gouvernement sortant Aziz Akhannouch s’effondre, passant de 102 à 66 sièges. L’Istiqlal le suit de très près, à 65 sièges. Le Parti de la justice et du développement (PJD), la formation islamiste balayée cinq ans plus tôt, remonte de 13 à 54 sièges, ce qui signe un retour remarqué pour cette formation politique.
En 2021, le RNI d’Akhannouch, homme d’affaires et deuxième fortune du pays, avait dominé le scrutin et pris la tête d’une coalition réunissant le RNI, le PAM et l’Istiqlal. Cinq ans plus tard, il a certes perdu la première place, mais la coalition nouvelle regroupera les mêmes partis, dans un ordre différent. Du changement donc, mais aussi de la stabilité.
Un laboratoire politique
La remontée du PJD témoigne également de son dynamisme. Ce parti islamiste avait dirigé le gouvernement de 2011 à 2021, porté par Abdelilah Benkirane, avant de connaître en 2021 l’une des plus lourdes défaites de l’histoire électorale du royaume, passant de 125 à 13 sièges. Son rebond à 54 sièges le réinstalle comme quatrième force du pays. S’il ne peut pas peser sur la formation de la coalition, il démontre qu’il n’est pas mort et qu’il a su se remettre de sa très lourde défaite de 2021. Preuve qu’il dispose toujours d’un électorat fidèle, qui adhère à son programme et à ses idées. Mais en 2011, à la suite de sa première victoire, le roi a eu l’intelligence de la reconnaître et de le nommer à la direction du gouvernement. Le PJD a dû ainsi passer d’un parti de protestation à un parti de gouvernement, avec l’usure du pouvoir inhérent à cette situation. Le Maroc se fait donc un véritable laboratoire politique du monde arabe et musulman. Un parti islamiste, vainqueur des élections, a accepté le jeu électoral et politique en prenant la tête du gouvernement, et en le quittant après sa défaite. Dans les autres pays arabes, c’est par les armes que les islamistes ont été chassés du pouvoir. Au Maroc non, preuve de l’acceptation par tous des règles politiques et de la maturité des dirigeants. Une maturité qui permet aujourd’hui à une femme d’accéder à la fonction de chef du gouvernement.
Toutefois, le pouvoir est moins dans les mains du Parlement que dans celui du Roi et du Palais. La monarchie chérifienne conserve un rôle d’arbitrage et de décision. Le roi nomme le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête, mais les grandes orientations des secteurs stratégiques, diplomatie, défense, sécurité, affaires religieuses, demeurent l’apanage du Palais. Le PAM incarne cette proximité avec le pouvoir royal : fondé en 2008 par Fouad Ali El Himma, aujourd’hui conseiller du roi, il a toujours été fidèle au pouvoir royal.
Sur le plan des symboles, l’accession d’une femme au sommet de l’exécutif d’un pays arabe et musulman a valeur de signal, pour le Maroc comme pour la région et le monde musulman. Le contraste est fort avec les autres pays de la région, notamment l’Algérie, engluée dans sa gérontocratie, la Tunisie, au pouvoir fort et vertical, et une Afrique de l’Ouest soumise aux coups d’État des militaires. Avec cette élection, le Maroc joue une partition politique originale, dans une région de plus en plus figée. Preuve que la modernité est possible aussi en terre d’islam.

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