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Jean-Jacques Netter

Le consensus sous estime encore la reprise de la croissance en Europe

Les marchés mondiaux continuent d’avancer malgré les inquiétudes liées à la crise ukrainienne. Pour l’instant, ce sont les composantes de l’indice des valeurs russes MICEX (Gazprom, Rosneft, Sberbank, Lukoil, Surgutneftegas, TNK-BP, Alrosa, Nord Gold, Petropavlosk, VTB Bank…) qui baissent et l’Etat Russe qui a renoncé désormais à émettre de la dette longue à plus de 9% de rendement actuariel. Les investisseurs préfèrent retenir l’idée selon laquelle il pourrait y avoir de bonnes surprises en matière de croissance aux Etats Unis et en Europe.

 

La crainte de la déflation semble écartée pour le moment. L’extrapolation d’un bas taux d’inflation est simpliste. On a évoqué, depuis le début de l’année, l’évolution des prix à la consommation, mais peu parlé de l’inflation des actifs. Tout le monde a eu ensuite peur d’un « hard landing » de la croissance chinoise retombant à un rythme de l’ordre de 7%, mais on a oublié que cela rajoutait tout de même encore à ce niveau plus de 600 Md$ de PNB par an, alors qu’au milieu des années 2000 un rythme de croissance à plus de 10% ne rajoutait que 200 Md$ de PNB supplémentaires.

 

Les élections européennes auront lieu le 25 mai prochain. Au moment où nous sommes entrés dans la campagne, on voit bien que trois grands blocs sont en train de se former autour des Etats Unis, de la Chine et de l’Allemagne puisque la France est maintenant considérée comme le pays malade de l’Union Européenne.

 

La majorité des sociétés européennes qui ont publié leurs résultats trimestriels ont fait des commentaires positifs sur l’évolution de l’économie en Europe. Graham Seecker de Morgan Stanley pense qu’il ne faut pas être trop pessimiste sur les perspectives de croissance des résultats des sociétés qui selon lui surprendront souvent les analystes.

 

Le consensus sous estime la croissance de l’Europe explique Rajeev Makik de CLSA.

La zone Euro devrait voir une croissance lente mais régulière qui va s’installer en 2015 et se poursuivre en 2016. Elle évitera l’entrée en déflation estime le bureau d’études économiques Coe-Rexecode. La politique monétaire de la BCE restera très accommodante pour favoriser le redressement des dépenses en capital. Toutefois les créances douteuses vont peser sur le bilan des banques surtout au sud de l’Europe.

Il faut toutefois bien avoir à l’esprit le scénario catastrophe qui a été retenu par la « European Banking Association » pour ce qui a été baptisé comme « Une revue de la qualité des actifs des banques européennes » Sur la période 2014-2016, il envisage une récession sévère avec une remontée des taux de 110 points de base pour les rendements des obligations émises par les états, une baisse de 21% des prix de l’immobilier résidentiel (la Grande Bretagne a retenu -35% de baisse !) et un recul de 15% des prix de l’immobilier commercial. Cet exercice mené par des auditeurs indépendants à la demande de la BCE ne semble pas perturber les investisseurs qui sont persuadés que la BCE interviendra si le faible niveau de croissance escompté n’est pas au rendez vous.

 

Les stratégies défensives sont donc prématurées pense Christopher Potts stratégiste chez Kepler Cheuvreux. Dans la zone Euroce sont les services publics et l’énergie qui affichent les meilleures performances depuis le début de 2014. Toutes les sociétés qui étaient considérées comme des victimes de leur économie nationale et exportant peu, profitent de taux d’intérêt très bas

En France, les derniers propos du Président de la République selon lequel « le retournement économique arrive » font partie des déclarations dont il est coutumier et qui ne reposent sur aucun indicateur sérieux. La chute du moral des ménages, avec un recul de trois points en avril, fait peser un risque sur la reprise au moment où les contribuables même modestes vont constater une forte hausse de leur impôt…

D’ailleurs quelques heures après cette nouvelle déclaration il a reçu un démenti cinglant de la part des autorités européennes.

 

Il n ‘y a que deux manières d’équilibrer ses comptes : ne pas dépenser plus que l’on gagne ou se persuader que tout s’arrangera demain lorsque les affaires reprendront. C’est le pari de François Hollande. Pour communiquer entre temps, Michel Sapin, ministre de l’économie invente de nouveaux concepts pour bien rester dans le déni de réalité : parler de « hausse baissière », de « baisse de la hausse », « d’additions dynamiques » par rapport aux « additions statiques » fait partie d’un vocabulaire idéologique destiné à nous montrer que la corne d’abondance est à portée de main…Comme l’a très bien dit Henri de Castries Président d’Axa, en matière de déficits, « La France ne peut plus être sans cesse dans la position de l’alcoolique faussement repenti qui demande un dernier verre au barman avant de promettre d’arrêter de boire »

 

Le feuilleton Alstom fera partie un jour de l’histoire du désastre industriel français dont la cause principale se trouve dans la chute de compétitivité des entreprises françaises. C’est le fruit d’une idéologie collective qui depuis des décennies, dissuade les épargnants d’investir dans le capital des entreprises, a écarté la retraite par capitalisation qui nous empêche d’avoir des Fonds de Pension ayant vocation à être des actionnaires de long terme des sociétés françaises, a développé une décourageante fiscalité et imposé un code du Travail de 3500 pages produisant des bulletins de salaires qui font deux pages….

 

L’Agence Pour la Création d’Entreprise- APCE est au bord du dépôt de bilan. Tout un symbole pour cette agence de l’Etat qui fonctionne avec 42 salariés. Il lui a été demandé se réorganiser avec des locaux moins coûteux, une réduction de ses effectifs et un recours renforcé à l’outil numérique. Tout ce qu’une entreprise privée doit faire tous les jours pour survivre en France….

 

Quand on regarde la liste des valeurs qui figurent dans le JP Morgan Eurozone Recovery Basket un panier de valeurs européennes qui permet d’exposer son portefeuille aux meilleures situations de retournement on trouve: Accor, Société Générale, Cap Gemini, Axa, Peugeot, Rexel, Vinci, Veolia Environnement, Legrand, Saint Gobain, Carrefour, Renault.

 

L’Europe du Sud est aussi favorisée par tous les stratégistes. Le Portugal lève de l’argent à 3,575% sur 10 ans, l’Italie à 3,22% niveau le plus bas depuis 1999. Même la Grèce à arrive à lever de l’argent à 4,95%. Ces taux ne reflètent pas le risque réel. La National Bank of Greece a indiqué que les banques grecques devaient encore lever 6,4 Md€ de capital pour respecter les nouvelles réglementations européennes. said

L’Espagne est recommandée à l’achat dans le domaine des actions par BCA le bureau d’études canadien, car les analystes constatent une nette amélioration du climat des affaires dans la péninsule ibérique.

 

En Turquie, le marché actions a enregistré une progression de 5% dans la semaine, profitant de l’annonce de résultats trimestriels meilleurs que prévu. La nouvelle selon laquelle la banque chinoise ICBC allait acheter une banque turque a aussi favorisé le marché dans son ensemble. Deux fonds permettent facilement de profiter de la poursuite du redressement de la situation en Turquie : East Capital (Lux) Turkish Fund et HSBC MSCI Turkey UCITS

 

Au Danemark l’inquiétude grandit sur le marché hypothécaire. Les danois sont les ménéges les plus endettés du monde développé à hauteur de 309% de leur revenu disponible. Les banques, les Fonds de Pension, les Fonds monétaires sont appelés à passer d’importants provisions dans les semaines qui viennent.

 

Aux Etats Unis, les créations d’emploi en avril (+ 288 000) ont été supérieures à ce qui était prévu. Les résultats trimestriels qui ont été publiés pour le premier trimestre meilleurs qu’attendu. Pour Jeremy Grantham le légendaire gérant de GMO, le marché américain n’est plus bon marché. Sa progression peut être enrayée à tout moment par un ralentissement de la croissance mondiale, une erreur politique en Russie ou un sévèrte ralentissement de l’économie chinoise. Pour lui cela ne devrait pas empêcher l’indice S&P 500 d’atteindre les 2250…

 

 

Le marché des matières premières est normalement dans une configuration de « contango » (le cours de demain est plus cher que le cours d’aujourd’hui). En ce moment on est dans une situation que les spécialistes qualifient de « backwardation » (aujourd’hui est plus cher que demain). L’écart est de 5% sur le pétrole Brent et de 20% sur le tourteau de soja. L’interprétation de ce phénomène est que les producteurs de matières premières doivent augmenter leur production pour satisfaire une demande qui s’accroit. Ce qui est encore un facteur qui montre que la croissance mondiale va se développer. Parmi les fonds qui permettent d’être exposé aux actions de sociétés produisant des matières premières figure Carmignac Commodities.

Ce qui est cocasse dans la situation actuelle, c’est que les cargos en provenance des Etats Unis livrent chaque année plus de 40MT de maïs et de soja génétiquement modifiés à l’Europe. Sans ce soja source de protéines, l’élevage français ne pourrait pas exister. Tout cela n’empêche toujours pas les gouvernements de gauche comme de droite de continuer à interdire les OGM en France….