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Jean-Claude Gruffat

Ethique, légalité et politique

Vue de New York

 

Je vous avais fait part très récemment de mes réactions à chaud sur le début de la campagne des primaires, notamment l’annonce d’Hillary Clinton. Lundi dernier, j’assistais au déjeuner donné par l’Empire Club de New York – républicains contribuant au minimum $1000 annuellement au parti – avec Scott Walker, gouverneur du Wisconsin, Etat au Nord Ouest de Chicago. Un des Etats les plus froids des Etats Unis que je connais un peu, ma fille ayant enseigné en son Université pendant 4 ans. Les esprits caustiques disent qu’il y a seulement 2 saisons, Août et l’hiver.

Scott Walker est un peu la bête noire des syndicats dans le secteur public, les ayant dés sa première élection affrontés sur ce que l’on appelle ici le « collective bargaining », à savoir une négociation paritaire annuelle sur les conditions d’emploi, salaires, cotisations sociales, heures travaillées. Cette procédure est supposée bien évidemment fonctionner dans le sens du toujours plus d’avantages, et conforte le rôle des syndicats, ici comme en France de moins en moins représentatifs.

Ayant survécu à une procédure de « recall » -un élu peut devoir se soumettre à réélection avant le terme de son mandat si une pétition populaire ayant recueilli un nombre suffisant de signatures le demande – , puis réélu en 2012, à son terme, Scott Walker a entrepris le processus dit d’exploration, qui lui permet de faire campagne et lever des fonds privés sans les contraintes de plafond. Il se présente comme un conservateur classique, libre entreprise, marqueurs moraux et sociaux qui plaisent au courant évangéliste – mariage pour tous/avortement – plus un coté reaganien en politique extérieure qui lui rapporterait le soutien des néo – conservateurs.

« J’ai affronté victorieusement les syndicats de la fonction publique, je peux faire mon affaire de Daesh » dans le texte…Si on ajoute le coté ascenseur social – papa était à peine lettré, maman faisait des ménages chez les riches ( j’exagère à peine), et la non proximité de Washington – « Je suis allé à DC et Philadelphie pour visiter Liberty Bell seulement après ma première élection comme gouverneur »  on a la formule qui permet de ratisser large chez les républicains. Et même de mordre chez les indépendants qui sont la première affiliation politique ici . Chaque citoyen inscrit sur la liste électorale doit effectivement être affilié à un parti, ou « indépendant ».

A ce déjeuner de lundi dernier était en autres présent David Koch, un nom sans doute inconnu de beaucoup d’entre vous. Wikipédia le définit sobrement comme « un homme d’affaires américain », né en 1940, philanthrope, activiste politique et ingénieur chimiste. Neuvième fortune personnelle au monde, quatrième aux Etats Unis, première à New York. Le groupe Koch dirige par les frères Charles et David est le deuxième non coté aux Etats Unis, les deux frères – David fut il y a plusieurs décennies candidat à la Vice Présidence des Etats Unis sous l’étiquette du part libertarien – sont des soutiens financiers massifs des candidats qui défendent la libre entreprise, un gouvernement minimum, et les libertés publiques.

A ce titre, aussi compte tenu du fait que leurs activités industrielles sont principalement l’énergie et la chimie, et qu’ils demeurent un groupe a contrôle familial crée par leur père, la conjonction de tous ces éléments fait des frères Koch le symbole du “capitalisme sauvage et pollueur à visage inhumain”.

La présence de David qui de surcroit laissait sous entendre, que sans endosser à ce stade aucun candidat, son frère et lui, seraient disposés à financer massivement pour plusieurs centaines de millions de $ le candidat républicain vainqueur aux primaires et confronté à Hillary Clinton, déclenchait la fureur des média dit libéraux outre Atlantique sur le thème du « capitalisme sauvage et destructeur achetant l’élection présidentielle ».

Rien de légalement répréhensible mais clairement une remise en cause du principe un homme ou une femme ,un vote .En outre les contributions aux candidats étant plafonnées, les fonds sont versés à des « Super Political Action committees », qui ne peuvent faire que de la publicité négative, étant prohibés par la loi de chanter les louanges et mérites de leur candidat.

La encore, hypocrisie, abus du système, mais la Cour Suprême sous la Présidence du Juge Roberts a entériné cette dérive. Et en son temps Obama en avait effectivement lui-même beaucoup usé et abusé, en dépit de la légende sur ses campagnes de 2008 et 2012 largement financées par de petites contributions individuelles, la réalité étant bien différente et dépendante de Wall Street, majoritairement démocrate, et Hollywood, au premier rang Dreamworks et son dirigeant Jeffrey Katzenberg. Charles Rivkin, désormais au Département d’Etat dans un rôle intermédiaire a travaillé pendant près de 20 ans pour Dreamworks, a financé en Californie les campagnes présidentielles de John Kerry en 2004 et Obama en 2008, pour se voir ensuite nommer comme Ambassadeur en France jusqu’en 2012.

L’autre développement cette semaine est l’enquête menée par le très « libéral » New York Times, sur une affaire exposée dans l’ouvrage à paraitre « Clinton cash » par Peter Schweizer, ancien chercheur au Hoover Institute. Sans entrer dans les détails, une société canadienne contrôlée par l’agence de l’énergie atomique russe, Rosatom, devenait sans difficulté apparente le propriétaire du cinquième de la capacité annuelle de production d’uranium aux Etats Unis. Au même moment la Fondation Clinton recevait des dons et promesses de dons pour plus de $145 millions de la part de fondations ou individus affiliés avec l’entité canadienne Uranium One. Et cerise sur le gâteau, Bill Clinton percevait à Moscou des honoraires de $500,000, le montant le plus élevé qu’il ait jamais reçu pour une conférence, organisée a Moscou par la banque d’affaires russe qui était en charge de la promotion du stock Uranium One.

Or la procédure que je connais bien, Council for Foreign Investment in the United States – CFIUS-, qui implique plusieurs agences fédérales dont le Département d’Etat, n’avait soulevé aucune objection a cette acquisition, en dépit de réserves fortes exprimées au Congrès et dans les Media.

A cette époque, le Secrétaire d’Etat était Hillary Clinton. Lors de sa prise de fonction, l’administration Obama avait demandé que la Fondation cesse de recevoir des fonds de gouvernements étrangers. De par la loi, les campagnes électorales ne peuvent recevoir de dons provenant de non citoyens ou non résidents permanents.

Mais des intérêts étrangers publics ou privés peuvent donner à des fondations américaines telles la fondation de William Jefferson, C Chelsea, ou.Hillary Clinton. Même si ces intérêts étrangers sont liés à cette société elle détenue à 100% par la Fédération de Russie. A ce stade la Fondation a reconnu que certaines contributions n’avaient pas été correctement rapportées, qu’un amendement serait fait au « filing » précédent. Et le fan club se déchaine sur le thème, « rien d’illégal », « pas de preuve », « conspiration de la droite extrême », on connait la litanie, se reporter  au manuel « Scandale Clinton », comme le rappelle Kimberley Strassel dans le Wall Street Journal de Vendredi 24 avril, voir White Water, Lewinsky, Benghazi, emails prives, et Uranium One.

De formation juridique je n’accuse en rien, confirme la présomption d’innocence, mais ne peux m’empêcher d’être troublé par un faisceau d’indices concordants et préoccupants. La plus parfaite transparence doit être de rigueur, des explications doivent être données.Affaire à suivre, mais tout bien pesé à ce stade je préfère David et Charles Koch qui donnent publiquement de l’argent gagné et déjà lourdement imposé. N’en déplaise aux libéraux et progressistes de tout poil.

La campagne électorale présidentielle de 2016 devrait lever près de 5 000 milliards à peu près également repartis entre démocrates et républicains, loin des contributions individuelles autorisées de $ 2700 par électeur et consultation, soit le même montant pour la primaire et l’élection, un total de $5400..

Le double de 2012, Romney contre Obama.

 

Bygmalion petit bras.