12 avril, 2026

Cessez le feu, pas la guerre

Un cessez-le-feu précaire et limité est tombé sur le détroit d’Ormuz. Fin des tirs et des attaques, après six semaines de combat. Toutes les parties peuvent revendiquer la victoire. L’Iran a tenu et a mis à mal Israël et les États-Unis. En provoquant le blocage du détroit d’Ormuz, Téhéran a démontré son pouvoir de nuisance en s’en prenant à cette artère vitale.

 

États-Unis : toujours les premiers

 

Encore une fois, les États-Unis ont démontré leur savoir-faire technique, aidé par l’allié israélien. La décapitation du régime, notamment les premières frappes contre Khamenei, l’élimination des dirigeants, la blessure grave infligée à Khamenei fils ont démontré que les Américains pouvaient frapper partout, avec beaucoup de précisions.

La récupération des deux pilotes abattus et perdus en Iran est une autre prouesse. Elle démontre que l’armée américaine n’abandonne pas ses soldats, y compris en milieu hostile et compliqué, et qu’elle est prête à mener des opérations à haut risque pour les récupérer. Le tout avec succès.

La démonstration est magistrale : les États-Unis sont toujours les premiers. Ils ont la maîtrise technique, le savoir-faire, la précision, la technologie et, élément fondamental, la volonté.

Mais s’ils ont le savoir technique, ils semblent avoir perdu le savoir stratégique.

Quel sens avait cette guerre, qui devait durer un week-end, puis deux ou trois semaines et qui dura finalement six semaines ? Les États-Unis se sont retrouvés dans une impasse, dont ils ne sont sortis qu’avec peine.

 

Israël : divergence de vues

 

Assez tôt, une divergence stratégique est apparue avec Israël. Alors que les États-Unis ciblaient l’Iran, Israël s’est de plus en plus concentré sur le Liban, notamment pour éliminer le Hezbollah. Un Liban qui est par ailleurs exclu de l’accord de cessez-le-feu et où les combats se poursuivent, au sud, à Tyr et dans certaines zones de Beyrouth. Alors que les États-Unis cherchaient à modeler le Moyen-Orient vers la paix, Israël reste dans sa guerre, ouverte par l’attaque du 7 octobre 2023, celle qui consiste à éliminer le Hamas et le Hezbollah et à garantir sa survie et sa sécurité.

Les deux alliés ne visent pas les mêmes objectifs, ils ne cherchent pas à atteindre les mêmes buts. Cette divergence de vues ne peut que croître, d’autant qu’Israël sera bientôt confronté à une période électorale et que, aux États-Unis, certaines voix, y compris chez les Républicains, demandent à se séparer de l’alliance exclusive avec Netanyahou.

C’est en effet le risque encouru par les États-Unis : se brouiller avec leurs alliés arabes à cause de cette guerre déclenchée qui a meurtri leurs économies, trop se lier à un gouvernement israélien qui, un jour ou l’autre, sera remplacé dans les urnes.

 

La France a joué sa carte

 

La France a joué une action positive dans cette séquence. Elle a démontré son savoir-faire militaire grâce à sa marine et son armée de l’Air et a pu honorer les contrats de défense signés avec les pays du Golfe. De quoi en sortir grandi. Tout en restant dans le camp occidental, elle a su aussi ne pas s’attacher de façon exclusive aux États-Unis et témoigner d’une vraie divergence de vues. Paris a renoué avec une véritable politique arabe et a incontestablement marqué des points dans la région. La France est par ailleurs le seul pays d’Europe à être intervenue, ce qui démontre bien que les autres pays n’ont que faire de cette zone, qui est pour eux secondaire par rapport à d’autres fronts, notamment le front russe.

 

Iran, un gagnant ?

 

L’Iran a-t-il gagné ?

Oui, car il a réussi à tenir tête aux États-Unis et à endosser les coups sans s’effondrer. Mais les conséquences réelles de cette guerre ne pourront se mesurer que sur un temps plus long.

 

De nombreuses inconnues demeurent sur l’Iran : le nombre de morts, les destructions, l’état du programme militaire, la solidité politique du régime. À cet égard, il y a bien eu un changement de régime, mais pas celui escompté. Les religieux ont été remplacés par les militaires, les Gardiens de la Révolution ont pris le dessus sur les mollahs. Ce n’est pas forcément une bonne chose pour la population iranienne ni pour les voisins. Il reste à pouvoir évaluer les conséquences à moyen terme de cette guerre. Le coût économique, bien sûr, qui va engendrer une récession. Le coût de la reconstruction, avec quel argent et quels moyens matériels ? Quels ouvriers, quels matériaux ? Il reste aussi à estimer les débats internes qui secouent l’appareil politique iranien. Qui aura envie de poursuivre l’affrontement et de maintenir le programme nucléaire, après la guerre des douze jours et celle des six semaines ?

Qui pourrait vouloir, au contraire, cesser cette course au nucléaire militaire et vouloir une normalisation des relations ? L’Iran prend du retard sur ses voisins arabes, notamment ceux du Golfe ; un retard autant politique qu’économique.

En son temps, l’Égypte avait su conclure une paix avec Israël, pour passer à autre chose. Tout comme la Jordanie, qui a rapidement cessé de jouer la carte palestinienne. Ces deux pays ont préféré se concentrer sur le développement intérieur de leur population. Ne pourrait-il pas en être de même pour l’Iran ? Égypte et Jordanie ont effectué ce changement sans changer leur régime, qui est demeuré militaire. L’Iran pourrait en faire de même. C’est une hypothèse, mais c’est une possibilité à surveiller. Et, si cela devait advenir, ce serait une victoire à moyen terme pour les États-Unis.

 

 

 

Auteur: Jean-Baptiste Noé

Jean-Baptiste Noé est docteur en histoire économique. Il est directeur d'Orbis. Ecole de géopolitique. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages : Géopolitique du Vatican. La puissance de l'influence (Puf, 2015), Le défi migratoire. L'Europe ébranlée (2016) et, récemment, un ouvrage consacré à la Monarchie de Juillet : La parenthèse libérale. Dix-huit années qui ont changé la France (2018).

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