Il n’y a pas que l’Ukraine, l’Iran, la Palestine. Ailleurs dans le monde, d’autres États sont confrontés aux drames de la guerre. En Birmanie, c’est une guerre presque infinie, qui s’étale depuis des décennies sans qu’une fin apparaisse possible.
Quatre ans après le coup d’État de 2021, la Birmanie poursuit sa guerre civile meurtrière où la junte militaire de Min Aung Hlaing, qui sera bientôt nommé président, affronte une mosaïque de résistances ethniques. La junte militaire tient le centre du pays, les différents mouvements ethniques les périphéries, d’où elles reçoivent leurs armes et écoulent leur trafic d’opium.
Avec la guerre, le pays est devenu le premier producteur mondial d’opium et de drogues de synthèse. La drogue produite par l’ensemble des partis est revendue pour acheter des armes et financer le conflit, faisant du pays un narco-État. Fini l’époque où la vente de rubis et de pierres précieuses était la principale ressource du pays ; ce sont désormais les drogues qui assurent la richesse.
Selon l’ONU, près de 90 000 personnes sont mortes depuis le putsch de 2021. Certaines à cause des combats, d’autres par manque d’hygiène et par maladie. L’économie est en ruine, la junte contrôle toujours la capitale et les institutions et, compte tenu des liens entre ce pays et la Chine, personne n’envisage de tenter de changer le cours des choses.
En 2021, le général Min Aung Hlaing renversait le gouvernement d’Aung San Suu Kyi et plaçait la Birmanie sous la coupe de la junte militaire. Quatre ans plus tard, ce même général s’apprête à troquer son uniforme contre le costume présidentiel, à l’issue d’élections supervisées par l’armée. Le discret putschiste de 2021 est en passe de devenir le chef d’État officiel de son pays.
Avant même le coup d’État, Min Aung Hlaing était persona non grata dans de nombreux pays pour avoir dirigé, en 2017, une répression contre la minorité rohingya qui avait poussé 750 000 personnes à fuir vers le Bangladesh. La procureure de la Cour pénale internationale réclame son arrestation pour crimes contre l’humanité. Il est banni de Facebook pour discours de haine. Rien de tout cela n’a empêché sa marche vers la présidence.
Un coup d’État qui change la donne
La Birmanie avait connu dix ans d’ouverture relative entre 2011 et 2021. Une expérience démocratique fragile, portée notamment par la Ligue nationale pour la démocratie d’Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix, qui avait remporté 90 % des sièges aux élections de 2020. Le putsch y a mis fin brutalement. Suu Kyi est emprisonnée depuis et son parti est dissous. Un quart des sièges du parlement est constitutionnellement réservé aux militaires, et le Parti de l’union, de la solidarité et du développement (PUSD), fondé par d’anciens généraux, a raflé plus de 80 % des sièges lors des élections législatives organisées sous contrôle de la junte.
Min Aung Hlaing, 69 ans, a officiellement démissionné de ses fonctions militaires pour se conformer à la Constitution et briguer la présidence. Sa défaite est jugée inconcevable par tous les analystes. Un ancien espion, surnommé ses « yeux et les oreilles », lui a succédé à la tête de l’armée, garantissant la continuité d’un pouvoir que le général n’a en réalité jamais quitté.
L’économie birmane a perdu environ 94 milliards de dollars depuis le putsch, le kyat a perdu 40 % de sa valeur et plus de la moitié de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté.
La répression a été féroce dès le premier jour. Des militants pro-démocratie ont pris les armes, rejoignant les mouvements ethniques armés qui combattent depuis des décennies le pouvoir central : Karens, Kachins, Shans, Arakanais.
Le Triangle d’Or, carburant de la guerre
La guerre civile et le trafic de drogue sont en Birmanie deux phénomènes indissociables. Le pays est depuis longtemps un producteur majeur d’opium, longtemps deuxième derrière l’Afghanistan. Mais depuis que les talibans ont réprimé les champs de pavot afghans, la Birmanie est devenue le premier producteur mondial. Selon l’ONUDC, la production a plus que doublé depuis le coup d’État de 2021. À l’opium s’est ajoutée la méthamphétamine, dont des laboratoires clandestins produisent des quantités industrielles dans les jungles de l’État Shan, à la frontière de la Chine et de la Thaïlande.
Ce trafic ne finance pas un seul camp. De nombreux groupes armés, parfois alignés sur l’armée, parfois sur l’opposition, parfois neutres, dépendent des revenus de la drogue pour subvenir à leurs besoins. L’armée elle-même est depuis longtemps soupçonnée d’en tirer profit directement ou via des milices paramilitaires. Le résultat est un cercle vicieux : la guerre fragmente le territoire, la fragmentation favorise les trafics, les trafics financent la poursuite de la guerre.
Les pays voisins subissent les effets de débordement. En Thaïlande, les huit provinces du nord ont vu leur consommation de drogue tripler entre 2019 et 2024. La junte birmane a affirmé avoir réalisé en janvier 2026 la plus grande opération antidrogue de son histoire, saisissant plus de 37 tonnes de méthamphétamine. Mais cette vitrine médiatique masque mal l’ampleur du phénomène.
Une résistance fragmentée face à une junte qui reprend le dessus
L’Opération 1027, lancée en octobre 2023 par une coalition de groupes ethniques armés, avait marqué un tournant spectaculaire : en quelques semaines, plus de 150 bases militaires et 35 villes importantes étaient occupées, laissant entrevoir un possible effondrement de la junte. Mais la dynamique s’est depuis stabilisée. La junte contrôle toujours les centres urbains et les axes stratégiques, et les groupes de résistance restent fragmentés, chacun poursuivant ses propres objectifs d’autonomie territoriale plutôt qu’un renversement national coordonné.
En devenant président, Min Aung Hlaing ne change pas de nature, il change de costume. L’objectif est d’institutionnaliser durablement la domination militaire sur l’État birman, en lui donnant un vernis de légitimité constitutionnelle que les élections sous contrôle de la junte sont censées fournir. La communauté internationale, qui a condamné le scrutin, peine à trouver une réponse efficace : les sanctions occidentales ont renforcé la dépendance de la junte envers la Chine et la Russie, ses deux principaux fournisseurs d’armes et soutiens diplomatiques au Conseil de sécurité de l’ONU.
Avec son nouveau président, la Birmanie va ouvrir une nouvelle page de son histoire, mais la guerre, les rivalités ethniques, les trafics en tout genre sont toujours son lot quotidien. Les personnes changent, les uniformes aussi, mais l’avenir du pays reste toujours marqué par les guerres et les confrontations.
Auteur: Jean-Baptiste Noé
Jean-Baptiste Noé est docteur en histoire économique. Il est directeur d'Orbis. Ecole de géopolitique. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages : Géopolitique du Vatican. La puissance de l'influence (Puf, 2015), Le défi migratoire. L'Europe ébranlée (2016) et, récemment, un ouvrage consacré à la Monarchie de Juillet : La parenthèse libérale. Dix-huit années qui ont changé la France (2018).
le chinois
2 avril 2026Faux.
Tout ses voisins veulent une morceau depuis toujours.
La seule chance de survie du Birmanie est que ses dépeceurs se détestent encore plus entre eux.
Les Rohingyas sont mieux en leurs Bangladesh.