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4 octobre, 2026

Le Grand Retour de la Souveraineté

Dans mon premier livre, Des lions menés par des ânes, je pestais déjà (en 2002 !) contre le Frankenstein financier qu’était l’euro. Le sous-titre en était : « Essai sur le crash économique (à venir, mais très évitable) de l’Euroland en général et de la France en particulier. »

Je ne changerais pas une ligne à mes écrits de l’époque. La France, et donc l’Euroland, entrent aujourd’hui dans le crash que j’annonçais il y a bien longtemps. Cela a pris plus de temps que je ne m’y attendais, tout simplement parce que les autorités européennes ont allègrement violé toutes les dispositions du traité qui interdisaient, par exemple, à la BCE de financer les déficits budgétaires, tandis que les autorités nationales, en France comme aux Pays-Bas, appliquaient une constitution européenne que leurs peuples avaient refusée.

Le régime de Bruxelles est donc à la fois illégitime, illégal et immoral, comme le furent les régimes communistes des années 80. Et la souveraineté « européenne » de monsieur Macron connaîtra le même sort que la souveraineté « limitée » que monsieur Brejnev reconnaissait à la Tchécoslovaquie, où il envoya ses chars, comme à la Pologne et à la Hongrie.

Mais cette dictature molle touche à sa fin, puisque l’État français ne peut plus emprunter. Et il ne peut plus emprunter parce que nous sommes dans une classique trappe à dettes : les taux auxquels nous empruntons sont très supérieurs au taux de croissance de notre économie, tandis que la dette héritée des emprunts passés dépasse 100 % de notre PIB.

Explication : si votre revenu progresse de 3 % par an, que votre dette représente 100 % de ce revenu et que vous payez 5 % d’intérêt par an sur cette dette, vous n’irez pas très loin. C’est exactement là qu’en est notre pays.

Les taux longs (ligne rouge) sont très au-dessus du taux de croissance de l’économie (histogramme noir) : le ratio dette sur PIB (ligne bleue) va donc exploser à la hausse, comme il le fit de 1990 à 2000, quand l’inénarrable Trichet a fait tout ce qu’il fallait pour détruire — avec succès — l’économie française (pour plus de détails, voir sur ce site le dossier « Comment réussir sa désindustrialisation »).

La France n’est certes pas le seul pays à qui pareille mésaventure soit arrivée, et l’on sait très bien ce qu’il faut faire dans ces cas-là : ramener la ligne noire, la croissance du PIB, AU-DESSUS de la ligne rouge, les taux d’intérêt.

Pour cela, il faut :

  1. emprunter moins, et donc couper les dépenses de l’État ;
  2. produire plus, et donc faire monter la rentabilité du capital investi dans l’industrie et les services.

Ce qui veut dire couper dans les dépenses inutiles, privatiser, déréglementer, et dévaluer massivement le taux de change de façon à transférer de l’argent des rentiers vers les entrepreneurs locaux.

C’est ce que fit la Suède en 1992. Après avoir monté ses taux courts jusqu’à 500 % pour défendre l’ancrage de sa couronne à l’écu, elle y renonça le 19 novembre, laissa la monnaie se déprécier de 30 %, puis coupa dans la dépense publique. C’est ce que la France, elle, refusa de faire, avec monsieur Trichet à la manœuvre.

Le résultat parle de lui-même.

La dévaluation est indispensable pour que la rentabilité des affaires en France — et donc la croissance du PIB — puisse repasser au-dessus des taux d’intérêt.

Une baisse des dépenses de l’État qui ne serait pas accompagnée d’une dévaluation déclencherait sans doute un effondrement de la demande finale, qui ferait exploser le déficit budgétaire : la situation serait pire encore que celle à laquelle nous sommes confrontés (cf. la déflation Laval, inspirée par Rueff, en 1935).

Bref, nous sommes faits comme des rats. Et la crise aura lieu avant les élections.

Le graphique ci-dessus montre la relation qui semble unir l’écart de taux entre les obligations allemandes et françaises, d’une part, et le taux de change du dollar contre l’euro, d’autre part. Il indique que la crise française serait en voie d’internationalisation. Si l’euro s’écroule à cause des problèmes financiers de notre pays — ce qui paraît possible —, voilà qui ne va pas amuser les autres pays qui « bénéficient » de l’euro et qui devront payer beaucoup plus cher leur pétrole et leur gaz, facturés en dollars. Ils ne nous feront pas de cadeaux.

Tout candidat « sérieux » devra nous dire d’ici avril comment il entend gérer la crise qui vient. Il n’y a plus que deux possibilités :

  1. ou nous dévaluons, ce qui veut dire que nous sortons de l’euro et de l’Europe ;
  2. ou nous donnons les clés du camion à Bruxelles.

Il n’y a pas de troisième voie.

Comme la crise financière a déjà commencé, l’élection présidentielle ne se jouera ni sur les retraites, ni sur le temps de travail, ni sur le SMIC, ni sur la bonne gestion à venir de l’État : elle se jouera sur l’indépendance de notre pays, et donc sur la notion gaulliste entre toutes de SOUVERAINETÉ — celle dont on ne mesure le prix qu’au moment où l’on entre en crise.

Et le choix est simple. Choisir de rester dans cette Europe-là, c’est garantir un désastre inéluctable pour la France comme pour le reste de l’Europe. Cette campagne doit donc être menée contre Paris et contre la construction européenne telle qu’elle nous a été imposée, sans que nous ayons jamais donné notre accord. D’un côté, il y aura les partisans de la France, ceux qui auraient suivi de Gaulle. De l’autre, le parti de l’étranger : ceux qui ont commencé par suivre Pétain, sont passés en temps voulu à Jean Monnet, et ont fait carrière sous Mitterrand en suivant Delors et Trichet.

Il est des moments où un homme politique doit choisir de partir pour Londres ou de rester à Vichy.

Pour l’instant, en dehors de quelques candidats marginaux, nul ne porte le message gaulliste : la nécessité de retrouver nos souverainetés constitutionnelle, économique, monétaire, fiscale, juridique et diplomatique. Sans souveraineté pleinement retrouvée, il n’y a pas de solution à la crise qui vient.

Au moins 50 % des Français veulent sortir de cette Europe, et pour l’instant ils n’ont pas de candidat. Ces Français-là étaient à Paris, à Lourdes et à Metz lors de la venue du pape.

Il nous faut un candidat, car ces élections sont vraiment celles de la dernière chance, si l’on veut que la France reste l’orgueilleuse nation qu’elle a été.

Economiste et financier, Charles Gave s’est fait connaitre du grand public en publiant un essai pamphlétaire en 2001 “ Des Lions menés par des ânes “(Éditions Robert Laffont) où il dénonçait l’Euro et ses fonctionnements monétaires. Son dernier ouvrage “Sire, surtout ne faites rien” aux Editions Jean-Cyrille Godefroy (2016) rassemble les meilleurs chroniques de l’IDL écrites ces dernières années. Il est fondateur et président de Gavekal Research (www.gavekal.com).

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