De nombreux lecteurs me demandent quels sont les livres qui m’ont « ébloui ». Par ébloui, je veux dire que, pendant la lecture de l’ouvrage, j’étais littéralement obligé de m’arrêter de lire comme pour reprendre mon souffle, faute de quoi mon cerveau aurait pu griller. Et ces livres, je les relis encore et encore, et à chaque fois je découvre quelque chose de nouveau.
Certains de ces livres sont juste des œuvres de fiction et pour ceux qui veulent s’échapper d’une réalité quelque peu ennuyeuse pour rentrer dans un monde d’héroïsme masculin et juvénile, les trois livres suivants sont de pures merveilles. A mon avis, tout jeune homme qui les lit en ressort armé pour comprendre Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand et ce que cela veut dire que d’avoir du panache.
Les voici,
- Le Seigneur des anneaux, de Tolkien (commencer à lire à la centième page environ, les cent premières pages étant d’un ennui foudroyant).
- Les trois mousquetaires d’Alexandre Dumas.
- La guerre du Feu, de Rosny aîné
Voilà pour la partie non sérieuse mais sans doute nécessaire pour vous aider à sortir de la tranchée quand pleuvent les obus.
Venons-en aux livres qui ne vous aident pas à devenir héroïques mais à mieux comprendre le monde et donc à agir pour le rendre meilleur.
Hors concours, les Evangiles
En fait, il ne s’agit pas d’un livre mais d’un témoignage rendu par quatre bons garçons sur un être, le Christ, qui les dépasse totalement et dont il rapporte les paroles, sans rien y comprendre, à l’exception peut-être de Jean. Et comme le disent les serviteurs du Temple qui devaient l’arrêter mais qui reviennent bredouilles car ils l’avaient écouté, « nul n’a jamais parlé comme lui ». En fait, ils avaient été éblouis …
Et des paroles de cet homme ont émergé deux idées qui transformeront le monde :
- Dieu ne sait compter que jusqu’à UN.
- Dieu a un projet pour chacun de nous, à charge pour chacun de le découvrir. Chaque individu a été mis sur terre pour assurer son Salut Individuel et non pas la survie du groupe auquel il appartient. Antigone a raison et Créon a tort.
J’ai commis il y a plus de vingt ans un petit essai sur le sujet que j’avais intitulé : « Un libéral nommé Jésus », chez Pierre de Taillac éditeur, dans lequel j’essaie d’expliquer que les développements sociaux, économiques et politiques que nous avons connu d’abord dans le monde occidental puis dans le reste du monde viennent totalement des évangiles.
Curieusement, et je pèse mes mots, je ne sais pas trop d’où me sont venus les idées qui y figurent et, quand il m’arrive de le relire, je me dis qu’il m’a été dicté, ou, en tout cas, que je ne savais pas avant de l’écrire que je pensais tout ça.
Ce qui m’amène à la conclusion que la pensée écrite vient d’une autre partie du cerveau que la pensée exprimée oralement, et que nos problèmes actuels viennent sans doute du fait que nous choisissons nos élites en fonction de leurs capacités orales et donc que nous préférons les esprits légers aux esprits profonds.
Deuxième livre.
Pour ceux qui veulent aller plus loin dans la compréhension du Christianisme, je leur recommande un petit livre de René Girard, « Je vois Satan tomber comme l’éclair » dans lequel il explique que le Christianisme est totalement différent des autres religions et à quel point le Mal continue à régner sur le monde.
Un livre extraordinairement profond.
Viennent ensuite deux livres, qui se complètent.
- Bertrand de Jouvenel, « Du pouvoir »
- Arnold Toynbee A Study of History, traduit en Français sous le nom “ l’Histoire”
Bertrand de Jouvenel s’attache à expliquer comment les structures de pouvoir dans les sociétés humaines vont toujours grossir aux dépens des libertés individuelles et cela de façon inexorable jusqu’au moment où elles amènent à un effondrement de la société qu’elles entendent régir.
Arnold Toynbee, quant à lui, explique comment les religions servent à passer d’une civilisation à une autre, le Christianisme par exemple servant de pont entre la Rome antique et le monde médiéval et s’attache à montrer que l’Histoire a une espèce de respiration entre religions et civilisations. Il explique aussi le rôle que doivent tenir les élites dans un pays quand des defis se présentent pour ce pays.
J’ai lu ces deux livres quand je devais avoir 25 ans et ils ont été certainement à l’origine de ma préférence pour l’individu et de ma haine solide et constante des petits hommes gris.
Ensuite, j’ai découvert mon prophète préféré, Soljenitsyne.
Ceux qui veulent s’intéresser à lui (et il le faut) doivent lire le discours de Harvard, où il met en lumière non pas les abominations du communisme, ce à quoi tout le monde s’attendait, mais les petites lâchetés qui allaient faire crever la civilisation occidentale. Et si vous voulez lire un écrit prophétique, le discours à Harvard de Soljenitsyne fera très bien l’affaire.
De lui, il faut lire aussi « le Chêne et le Veau » où il explique comment un homme isolé, (lui) s’arrange pour discréditer aux yeux de l’opinion publique mondiale un régime abominable, à lui tout seul. Et s’ils veulent lire un livre de plus, je recommande enfin » Le pavillon des cancéreux »
Dans chacun de ces livres, il défend l’idée que chaque homme a le pouvoir de dire non aux puissances du Mal et il rappelle dans son dernier livre ”la Roue Rouge’’ les noms et les destins de bien des victimes de ce totalitarisme abominable que fût le communisme. Les nommer, c’était ressusciter ceux qui avaient dit non et en étaient morts.
Enfin, Soljenitsyne rattachait clairement son combat au Christ en disant par exemple’’ quand les cloches ont cessé de sonner dans les campagnes Russes, les hommes se mirent à marcher à quatre pattes »
Hélas la gauche française se balade à quatre pattes depuis des lustres en pensant que la fin justifie les moyens comme en fait preuve l’anecdote suivante. Exilé de son pays, Soljenitsyne est reçu par Bernard Pivot en compagnie de quelques géants auto proclamés de la pensée française dont Jean Daniel, le patron du Nouvel Observateur, chaud partisan de l’alliance entre le PC et le PS. Et Jean Daniel de s’inquiéter auprès de Pivot que la présence du prophète ne soit pas « équilibrée » par la présence de dignitaires du parti communiste pour garantir une égale représentation entre partisans et adversaires du communisme, ou mieux encore, des assassins et des victimes. Monsieur Daniel ce jour-là s’est déshonoré en montrant alors qu’il savait que le communisme était criminel, qu’il était honorable de s’allier avec eux si c’était pour arriver au pouvoir. C’est cette abjection que la gauche défendait avec monsieur Mitterrand et qu’elle défend encore avec monsieur Mélenchon et c’est de cette croyance que la France crève.
Et j’écris ces lignes pour affirmer qu’il y a des gens qu’il ne faut pas lire car ils vous abîment l’âme. Jean Daniel en faisait partie. Le Pouvoir n’est pas un but, c’est un moyen,
Venons-en à mon dernier livre préféré ‘’ La Grève » où Ayn Rand prône l’égoïsme individuel comme solution aux problèmes de notre société. Redoutable logicienne, elle déroule de façon implacable l’évolution à venir d’un pays où tout le monde veut être passager clandestin et où chacun veut vivre aux dépens des autres tout en prétendant se sacrifier pour l’intérêt général. Publié en 1957, je ne saurai le recommander trop fortement aux lecteurs français tant il s’attache à montrer qu’une société fondée sur la gentillesse et la bienveillance obligatoires s’effondre automatiquement dans la misère et la pauvreté. Ce livre décrit en effet de façon inouïe la situation française d’aujourd’hui.
En écoutant Charles Aloncle interviewer monsieur Patrick Cohen ou la Présidente de notre Télévision Nationale, j’avais l’impression de me retrouver dans son roman[1] Atlas Shrugged (la Grève en Français) tant les dysfonctionnements étaient exactement ceux décrits par Ayn Rand. Et en plus, c’est un très bon roman.
Je suis loin d’être d’accord avec les doctrines philosophiques développées par Ayn Rand sous le nom d’objectivisme mais je ne peux pas m’empêcher de la citer tant ses phrases font mouche. En voici trois :
- « Vous pouvez éviter la réalité, mais vous ne pouvez pas éviter les conséquences d’avoir évité la réalité. «
Ou encore
- « Tout prétendu droit d’un homme, qui nécessite la violation des droits d’un autre, n’est pas et ne peut pas être un droit. »
Ou enfin
- « La doctrine selon laquelle les droits de l’Homme sont supérieurs aux droits de propriété signifie simplement que certains êtres humains ont le droit de faire d’autrui des propriétés. »
Conclusion
Voilà quelques-uns des livres qui m’ont marqué et le lecteur attentif aura remarqué qu’aucun d’entre eux ne touche de près ou de loin à l’économie, ce qui peut paraître curieux mais ne l’est pas. L’économie est une branche de la logique, qui est elle-même une branche de la philosophie. Tout montre qu’une économie ancrée dans les droits individuels fonctionne pour tout un chacun mieux qu’une économie dirigée par une technocratie et cela, je peux le prouver sans difficulté. Je n’ai pas besoin de géant. Après tout, ne sommes-nous pas des nains sur les épaules de géants ? Je cherche donc dans notre histoire intellectuelle des penseurs qui défendent cette position à partir d’un point de vue moral ou encore mieux, révélé, et qui déroulent leurs raisonnements dans des domaines qui me dépassent car ils touchent à la nature même de ce qui fait qu’un esprit rejoint la Divinité.
Je vous ai donné ma liste de géants.
Mais votre destin ne sera accompli que si vous cherchez à trouver les vôtres, en toute liberté.
Vous pouvez cependant commencer avec les miens.
[1] Ce livre est le plus vendu aux USA après la Bible.

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