La fin de la maison Orban

Depuis plusieurs semaines, un vent contraire soufflait sur la Hongrie, qui a fini par avoir raison de Viktor Orban et de son gouvernement. Après 16 ans de pouvoir continu, le Fidesz a été lourdement battu lors des législatives. C’est donc Peter Magyar, un ancien membre du Fidesz, qui a renversé son ancien parti et s’est emparé de la direction du gouvernement. Le score est sans appel : Tisza remporte 138 sièges sur 199 avec 53,56 % des voix, contre 55 sièges et 37,86 % des voix pour le Fidesz de Viktor Orban. La participation a atteint un record de 79,50 %. À eux deux, ces partis obtiennent 90 % des voix et 194 sièges, réduisant les autres candidats à une portion très résiduelle.

 

Quand le temps fige

 

À son arrivée au pouvoir, Viktor Orban a apporté un vent d’air frais sur une Hongrie figée et sclérosée. Il a décrassé le système et permis de redresser les comptes publics et de restaurer l’économie du pays. Mais, selon les mots déjà évoqués par Lord Acton, le pouvoir finit toujours par corrompre. Avec des scores léonins, le Fidesz était parvenu à contrôler tous les échelons politiques et à prendre le contrôle de la Hongrie, ce qui n’est jamais bon. Celui qui avait décrassé a fini par s’encrasser à son tour. Orban a mené une campagne de trop, et les électeurs l’ont désavoué.

Ce n’est pas sa politique qui a été rejetée, mais d’abord sa personne et la corruption installée par le Fidesz. Peter Magyar est un homme du sérail. Il a été membre du parti et son épouse, dont il a divorcé en 2023, fut ministre de la Justice d’Orban. Les électeurs ont donc choisi un ancien membre du Fidesz qui s’est fait élire sur la promesse de mettre un terme à l’accaparement des richesses conduit par le parti majoritaire.

Durant la campagne, Magyar a annoncé vouloir rénover l’économie de la Hongrie, durement éprouvée par la hausse des prix et le chômage. Il a aussi annoncé vouloir poursuivre et renforcer la politique anti-immigration de Viktor Orban. Sur tous ces points, c’est la continuité qui l’emporte, d’où le succès électoral.

 

Europe ou Russie ?

 

La grande divergence concerne le rapport à l’Europe. Orban n’a cessé de se montrer critique à l’égard de l’UE, tout en acceptant l’argent de Bruxelles, indispensable pour rénover et redresser le pays. C’est vers Moscou et Pékin qu’Orban se tournait. D’une part parce que la Hongrie a besoin du gaz et du pétrole russe pour son énergie. D’autre part, parce que l’économie hongroise a besoin des usines chinoises pour faire face au chômage. Les routes de la soie passent par Budapest et Xi Jinping entretenait un lien particulier avec Orban.

Vouloir échapper à la tutelle de l’UE pour se placer sous la coupe de Moscou et de Pékin n’a guère plu à bon nombre d’électeurs, qui n’ont pas oublié les répressions soviétiques de Budapest. Magyar a, quant à lui, fait un choix autre, celui de l’Europe. Son parti siège au PPE et il n’a jamais eu de rhétorique anti-Bruxelles. Ce qui ne résout malgré tout pas la dépendance de la Hongrie aux hydrocarbures de Russie.

 

En développant son concept d’illibéralisme, alors même qu’il a par ailleurs mené une politique économique plutôt libérale, Viktor Orban s’est enfermé dans une espèce de caricature de lui-même. La Hongrie a à peine 9,5 millions d’habitants et, en 2020, son économie était parmi les plus faibles de l’UE. Orban s’est enfermé dans une rhétorique anti-UE alors que cela n’était pas la priorité de sa population, qui voulait d’abord des logements, du travail et de la sécurité. C’est tout le paradoxe d’une Hongrie, et notamment de Budapest, qui était devenue le refuge des conservateurs occidentaux, qui voyaient dans Orban le phare d’une UE en déshérence. Viktor Orban a eu de bonnes formules et des politiques courageuses sur plusieurs points. Mais il y a eu aussi une Hongrie fantasmée, un Budapest mythifié où les conservateurs occidentaux ont vécu dans une bulle sans comprendre que leurs désirs n’étaient pas les mêmes que celui de la population locale. Les promesses de souveraineté et de grandeur nationale ne nourrissent pas les ventres. Avant d’entendre parler de civilisation, l’électeur veut d’abord manger.

 

La lutte légitime contre l’ancienne classe dirigeante ne justifiait pas tout. Le contrôle des médias, la soumission des juges, le mépris de l’état de droit, la corruption en faveur des membres du Fidesz ont fini par couper Orban de son électorat. Un nouveau Parti s’était substitué à l’ancien Parti. Et c’est cette collusion que les électeurs ont finalement massivement rejetée.

 

Lors de mes voyages en Hongrie, ce décalage entre conservateurs occidentaux et populations locales m’avait frappé. C’était deux mondes qui se mêlaient assez peu et vivaient dans des sphères intellectuelles différentes. La question de l’héritage d’Orban et surtout de sa succession n’était jamais envisagée, comme s’il devait avoir un pouvoir infini. Une idéologie avait fini par se créer, c’est-à-dire une idée coupée de la réalité.

Lors de ses élections, les électeurs hongrois n’ont pas rejeté la politique ou le bilan, ils ont rejeté un style et une occupation trop longue du pouvoir. Ils ont voulu garder l’essentiel et changer la corruption et la mainmise sur la vie politique et économique. En somme, ils ont voulu renouer avec les promesses d’Orban il y a quinze ans, c’est-à-dire décrasser le système.

 

 

 

Penser l’impensable.

Pour celui qui s’attache à essayer de comprendre ce qui se passe dans le monde, la difficulté est toujours la même : ses pensées seront toujours organisées à l’intérieur d’une structure quasiment immuable à l’échelle d’une vie,  et cette structure est celle qui régente les décisions prises par les élites du pays dominant, le but étant de comprendre comment les composantes de cette structure vont réagir les unes par rapport aux autres au travers du temps et non pas d’imaginer ce que pourrait être une autre structure.

Si cependant l’ancienne structure s’écroule, alors ceux qui se livrent à la réflexion vont être complétement désemparés. Je pense par exemple aux Incas quand les Espagnols sont arrivés ou aux dignitaires de l’empire romain face au Christianisme.

Comme l’a montré Toynbee dans son grand livre « l’Histoire » le rôle des élites dans un pays est d’abord de répondre aux defis auxquels ls société qu’ils dirigent doivent faire face.

Si les élites trouvent une bonne réponse à un nouveau défi, la société progresse jusqu’au défi suivant, et ainsi de suite.

Si les élites échouent à traiter le problème, le défi se représente à nouveau, parfois sous une forme différente, et s’il n’est jamais résolu, cet échec peut amener soit :

  1. A un changement d’élites selon les procédures habituelles, coup d’Etat, élections…
  2. A la disparition du pays (Pologne au XVIII -, Lituanie, Estonie au XX -ème )
  3. A la disparition de la civilisation.

Prenons un exemple pour ce dernier cas : le Moyen-Orient Chrétien face au surgissement de l’Islam. Les solutions aux defis présentées par cette nouvelle religion guerrière ne furent jamais trouvées en Orient et les Chrétiens y disparurent complétement ou, au mieux sont en voie de disparition selon les régions.

Mais les Chrétiens trouvèrent, en Europe, des solutions à leurs problèmes (séparation de l’Eglise et de l’Etat, liberté de penser, distinction entre péché et crime, démocratie, développement des sciences, économie de marché) qui les amenèrent à dominer militairement l’Islam pendant les deux derniers siècles, posant de ce fait à l’Islam des problèmes que les élites Islamiques semblent incapables de résoudre, en tout cas à ce jour.

Et ainsi de suite.

De son côté, le monde Chrétien eut à faire face à l’émergence des nationalismes, fruit empoisonné de la révolution française, et à la lutte à mort entre l’Allemagne et la France arbitrée par la Grande Bretagne.

Trois guerres après la première réunification de l’Allemagne, dont deux mondiales, à l’évidence, les élites européennes avaient échoué et furent donc remplacées par les élites américaines.

Et nous vîmes émerger l’Empire Américain en 1945 et l’ironie voulut que les pays européens et arabes  deviennent à leur tour des colonies, mais du nouvel empire.

Mais, à son tour, ce nouvel empire est en train de s’écrouler étant incapable de traiter les defis qui l’assaillent, lui.

Et c’est que surgit mon problème : Etant né en 1943, toute ma réflexion a toujours eu lieu dans le cadre institutionnel défini par l’ordre juridique américain et il ne pouvait en être autrement. Mais je sais que cet ordre juridique est en train de s’écrouler.

En revanche, je n’ai pas la moindre idée de l’ordre juridique que je devrais utiliser pour analyser « les mondes qui viennent », pour reprendre le titre de mon dernier livre.

A ce titre, je ne peux pas offrir une réflexion globale, mais tout au plus essayer de dessiner des évolutions locales qui me paraissent probables. Mais cette réflexion ne peut avoir lieu que dans un monde chaotique, puisque le nouvel ordre entre les différentes régions n’est pas encore établi.

Par exemple, plus une zone est a la fois loin du centre de l’ancien empire, et prospère, et   plus elle sera la première à se détacher des élites du centre, les élites locales ne voyant aucune raison de payer des impôts à l’ancien suzerain.

Les empires crèvent d’abord par la perte des provinces lointaines qui rompent avec le centre jusqu’au jour où il ne reste plus que la capitale. Ainsi, l’Empire Romain d’Orient fût réduit à Constantinople et l’empire britannique à la City.

Dans cet esprit, je pensais que monsieur Trump avait compris que son rôle était d’extraire la Nation Américaine de l’Empire Américain qui était en train de s’écrouler, un peu comme l’avait fait Atatürk pour l’empire turc ou de Gaulle pour l’empire français et là, je me suis trompé.

A l’évidence, depuis environ 12 mois, le President Américain s’est lancé dans une croisade pour maintenir militairement l’empire yankee, et il va échouer, comme ont échoué à peu près toutes les tentatives similaires dans l’Histoire, ce qui va accélérer l’effondrement du dit empire.

A mon avis (et cet avis est beaucoup moins fondé que par le passé comme je l’ai expliqué plus haut), la première zone qui va se détacher de l’empire est représentée par les pays qui sont dans le cercle de Valeriepieris (centré autour de Hong-Kong, 3000 miles de rayon, la moitié de la population mondiale, voir  mon livre les mondes de demain Charles Gave Pierre de Taillac éditeur) qui bénéficie d’une monnaie dominante le yuan, d’une monnaie internationale, le dollar de Hong-Kong , d’une épargne abondante, de marchés financiers efficaces, de processus de coopération déjà en place (accords de Shangaï),  et enfin de banques centrales qui ont commencé à  coopérer entre elles comme le montre le graphique ci-dessous, où je constate la baisse constante de la volatilité des monnaies asiatiques contre le renminbi, signe évident que la coopération entre banques centrales existe déjà depuis un grand moment.

 

 

 

Compte tenu de la crise en Iran, on aurait pu s’attendre à un effondrement des taux de change Philippins ou Thaïlandais, mais pour l’instant pas grand-chose n’est visible…Et donc, pour moi, les élites locales an Asie ont compris il y a longtemps qu’elles allaient avoir à faire à un écoulement de l’empire dominant et se sont déjà organisées en douce pour y faire face.

C’est donc là qu’il faut avoir la majorité de ses actifs, ce qui est mon cas.

Venons-en aux autres zones.

Les « élites » de la zone européenne ont essayé de créer un système où elles « diraient le DROIT » tandis que les USA appliqueraient leur FORCE à faire respecter ce droit établi par Bruxelles ou les grandes ONG qui y gravitent. Or le seul droit que les américains respectent vaguement (et encore) a toujours été le leur.

Sinon, les élites américaines respectent l’épée, car « l’épée est l’axe de l’histoire » (de Gaulle) et sans épée, on sort de l’histoire. L’Europe n’a pas d’épée, pas de monnaie, pas d’impôts, pas de légitimité, l’expérience européenne est donc incapable de répondre au moindre défi, et va disparaitre comme l’URSS en des temps différents, et pour les mêmes raisons.

Et donc les contrats (obligations) émis par les pays les plus mal gérés dans une monnaie qui n’a aucun lien avec les créations de valeur faites dans chaque pays doivent être évités   à tout prix.  Les actions des sociétés qui n’ont rien à voir avec l’Europe peuvent être conservées mais l’immobilier abandonné, le droit de propriété y étant attaqué de toutes part.

En ce qui concerne les USA, quand un empire s’effondre, en général sa monnaie s’écroule ou disparait (voir la livre sterling de 1923 à 1977 avec le FMI à Londres, ou, pour une disparition complète, le rouble en 1917). Avoir des propriétés aux USA en actions, immobilier, terres agricoles) peut se justifier, avoir des contrats beaucoup plus difficilement.

Reste le Moyen Orient, le principal fournisseur d’énergie au reste du monde et colonie de fait sinon de droit de l’empire. La seule explication rationnelle que je peux trouver pour les évènements qui se passent en Iran est la suivante : les Etats-Unis contrôlaient les ventes d’énergie puisque toute vente ou achat d’énergie devait être facturé en dollars. Ils ont perdu ce privilège et essaient maintenant de contrôler la production d’énergie, ce qui est une folie complète, et qui va échouer.

Cet échec va accélérer l’écroulement de l’empire américain et les Etats-Unis vont devoir quitter la région assez rapidement.

Les paris sont ouverts sur qui sera la puissance dominante au Proche-Orient, les candidats étant

  • La Turquie, remettant ses pas dans ceux de l’Empire Ottoman.
  • L’Arabie saoudite et les émirats (difficile à faire sans épée).
  • L’Iran, ce qui serait inacceptable pour Israel et pour les pays Sunnites de la région, sauf changement de régime à Téhéran.
  • Un consortium informel Chine/Inde soutenant l’Arabie Saoudite et les Emirats puisqu’ils en sont les principaux clients.

En général, les colonies productrices de matières premières, à la périphérie, sont contrôlées par la puissance dominante, au centre. L’Europe a dominé la région, jusqu’en 1945 suivie par les Etats-Unis. Le temps de la Chine est sans doute en train d’arriver.

La bataille pour le contrôle de l’énergie ne fait cependant que commencer.

Cessez le feu, pas la guerre

Un cessez-le-feu précaire et limité est tombé sur le détroit d’Ormuz. Fin des tirs et des attaques, après six semaines de combat. Toutes les parties peuvent revendiquer la victoire. L’Iran a tenu et a mis à mal Israël et les États-Unis. En provoquant le blocage du détroit d’Ormuz, Téhéran a démontré son pouvoir de nuisance en s’en prenant à cette artère vitale.

 

États-Unis : toujours les premiers

 

Encore une fois, les États-Unis ont démontré leur savoir-faire technique, aidé par l’allié israélien. La décapitation du régime, notamment les premières frappes contre Khamenei, l’élimination des dirigeants, la blessure grave infligée à Khamenei fils ont démontré que les Américains pouvaient frapper partout, avec beaucoup de précisions.

La récupération des deux pilotes abattus et perdus en Iran est une autre prouesse. Elle démontre que l’armée américaine n’abandonne pas ses soldats, y compris en milieu hostile et compliqué, et qu’elle est prête à mener des opérations à haut risque pour les récupérer. Le tout avec succès.

La démonstration est magistrale : les États-Unis sont toujours les premiers. Ils ont la maîtrise technique, le savoir-faire, la précision, la technologie et, élément fondamental, la volonté.

Mais s’ils ont le savoir technique, ils semblent avoir perdu le savoir stratégique.

Quel sens avait cette guerre, qui devait durer un week-end, puis deux ou trois semaines et qui dura finalement six semaines ? Les États-Unis se sont retrouvés dans une impasse, dont ils ne sont sortis qu’avec peine.

 

Israël : divergence de vues

 

Assez tôt, une divergence stratégique est apparue avec Israël. Alors que les États-Unis ciblaient l’Iran, Israël s’est de plus en plus concentré sur le Liban, notamment pour éliminer le Hezbollah. Un Liban qui est par ailleurs exclu de l’accord de cessez-le-feu et où les combats se poursuivent, au sud, à Tyr et dans certaines zones de Beyrouth. Alors que les États-Unis cherchaient à modeler le Moyen-Orient vers la paix, Israël reste dans sa guerre, ouverte par l’attaque du 7 octobre 2023, celle qui consiste à éliminer le Hamas et le Hezbollah et à garantir sa survie et sa sécurité.

Les deux alliés ne visent pas les mêmes objectifs, ils ne cherchent pas à atteindre les mêmes buts. Cette divergence de vues ne peut que croître, d’autant qu’Israël sera bientôt confronté à une période électorale et que, aux États-Unis, certaines voix, y compris chez les Républicains, demandent à se séparer de l’alliance exclusive avec Netanyahou.

C’est en effet le risque encouru par les États-Unis : se brouiller avec leurs alliés arabes à cause de cette guerre déclenchée qui a meurtri leurs économies, trop se lier à un gouvernement israélien qui, un jour ou l’autre, sera remplacé dans les urnes.

 

La France a joué sa carte

 

La France a joué une action positive dans cette séquence. Elle a démontré son savoir-faire militaire grâce à sa marine et son armée de l’Air et a pu honorer les contrats de défense signés avec les pays du Golfe. De quoi en sortir grandi. Tout en restant dans le camp occidental, elle a su aussi ne pas s’attacher de façon exclusive aux États-Unis et témoigner d’une vraie divergence de vues. Paris a renoué avec une véritable politique arabe et a incontestablement marqué des points dans la région. La France est par ailleurs le seul pays d’Europe à être intervenue, ce qui démontre bien que les autres pays n’ont que faire de cette zone, qui est pour eux secondaire par rapport à d’autres fronts, notamment le front russe.

 

Iran, un gagnant ?

 

L’Iran a-t-il gagné ?

Oui, car il a réussi à tenir tête aux États-Unis et à endosser les coups sans s’effondrer. Mais les conséquences réelles de cette guerre ne pourront se mesurer que sur un temps plus long.

 

De nombreuses inconnues demeurent sur l’Iran : le nombre de morts, les destructions, l’état du programme militaire, la solidité politique du régime. À cet égard, il y a bien eu un changement de régime, mais pas celui escompté. Les religieux ont été remplacés par les militaires, les Gardiens de la Révolution ont pris le dessus sur les mollahs. Ce n’est pas forcément une bonne chose pour la population iranienne ni pour les voisins. Il reste à pouvoir évaluer les conséquences à moyen terme de cette guerre. Le coût économique, bien sûr, qui va engendrer une récession. Le coût de la reconstruction, avec quel argent et quels moyens matériels ? Quels ouvriers, quels matériaux ? Il reste aussi à estimer les débats internes qui secouent l’appareil politique iranien. Qui aura envie de poursuivre l’affrontement et de maintenir le programme nucléaire, après la guerre des douze jours et celle des six semaines ?

Qui pourrait vouloir, au contraire, cesser cette course au nucléaire militaire et vouloir une normalisation des relations ? L’Iran prend du retard sur ses voisins arabes, notamment ceux du Golfe ; un retard autant politique qu’économique.

En son temps, l’Égypte avait su conclure une paix avec Israël, pour passer à autre chose. Tout comme la Jordanie, qui a rapidement cessé de jouer la carte palestinienne. Ces deux pays ont préféré se concentrer sur le développement intérieur de leur population. Ne pourrait-il pas en être de même pour l’Iran ? Égypte et Jordanie ont effectué ce changement sans changer leur régime, qui est demeuré militaire. L’Iran pourrait en faire de même. C’est une hypothèse, mais c’est une possibilité à surveiller. Et, si cela devait advenir, ce serait une victoire à moyen terme pour les États-Unis.

 

 

 

Retours sur ma carrière et sur l’histoire financière.

 

Pour moi, tout commence en Février 1971 où, sortant de mon service militaire, je suis embauché par la banque de Suez et de l’Union des Mines pour suivre les marchés financiers internationaux…

Les dix premières années de ma carrière furent … riches d’enseignements, le ratio entre l’indice S&P 500 et le cours de l’or passant début 1972 à …9,48 en décembre 1980 (-90 %). C’est ce que montre mon premier graphique, dans lequel je mélange vie personnelle et évènements historiques car ma chère épouse eut la merveilleuse idée de m’offrir trois beaux enfants pendant cette période.

Mais c’est dans cette horrible décade que se préparait le futur…

Depuis Bretton Woods, en 1945, le monde avait fonctionné avec un étalon dollar/or et des taux de change fixes. De 1971 à 1973, le système financier international implose et personne ne comprend plus rien, moi le premier. Fin 1973, je m’attache avec la création de Cecogest[1] à essayer de comprendre comment il faudrait gérer de l’argent dans ce monde nouveau.

Fin 1974, au baptême de Louis à Saint Philippe du Roule, le prêtre, apprenant que je travaillais dans les marchés financiers me demanda ce qu’il devait faire de ses actions, et je lui répondis, ’prier, mon père prier’. Il a dû beaucoup prier.  Ce jour marqua le plus bas du marché des actions partout dans le monde. Sacré Louis …

Venons ensuite à notre cher et vieux pays et posons la question : comment s’est-il débrouillé depuis 1981, moment où il est passé de l’ombre à la lumière selon le bienfaiteur de l’enfance bien connu qu’est monsieur Jack Lang ? La reponse est : mal.

Voilà le graphique :

 

 

Depuis 1979, nous avons eu quatre grandes crises et une cinquième a, peut -être, déjà commencé.

  1. Iran et prix du pétrole passant de $1 à $ 30 /bb de 1971 à 1981.
  2. Réunification allemande de 1990 à 1995
  3. Crise financière de 2009 aux USA, suivie par la crise de l’euro de 2011 à 2013.
  4. Covid et Ukraine de 2020 à 2024.
  5. Guerre en Iran en 2026

Chacune de ces crises a été réglée en France par une augmentation de la part de l’Etat dans l’économie et donc par l’émission de plus de dettes, et cette hausse du poids de l’Etat est bien sûr à l’origine d’une baisse constante de la rentabilité du secteur privé. Ce qui veut dire que l’Etat français va tout droit à la faillite[1], ayant tué la poule aux œufs d’or.

Venons-en au monde en général et à l’inflation en particulier, mais en remontant cette fois à 1940.

Voici le graphique

 

De 1940 à 1990 (fin de l’URSS), le monde a été en guerre constamment et ces guerres étaient financés par des émissions obligataires offrant des taux trop bas (hs]achurages verts sur le graphique.)

De 1990 à 2022, plus de guerres, l’inflation disparait et nous avons des taux normaux sur les dettes émises.

Depuis 2022, les guerres à nouveau sont là, l’inflation est repartie à la hausse et nous perdons à nouveau de l’argent sur les marchés obligataires.

Remarques. Très curieusement, l’effondrement de la technocratie communiste a amené au pouvoir dans nos vieilles démocraties une technocratie aussi inefficace que le rival communiste qui avait été defait. Voilà qui se terminera comme à chaque fois que la technocratie l’emporte, c’est-à-dire mal.

Depuis 1980, nous savons donc que :

  1. Les années 70 ont montré qu’un portefeuille français ne pouvait être gérée sans comprendre ce qui se passait dans la politique en France et dans le reste du monde.
  2. Et ce qui se passe n’a pas changé depuis l’élection de Giscard : une classe politique de technocrates gère le pays pour accroitre ses pouvoirs et c’est son seul but. Et donc, en cas de chocs exogènes, les ajustements en France se font toujours en faveur du secteur étatique et au détriment du secteur privé.
  3. Les USA, eux, semblent être gérés par une autre technocratie qui elle aurait besoin de guerres extérieures pour maintenir son pouvoir.

Ces guerres sont financées par des dettes émises avec des taux trop bas et donc sont inflationnistes.

Conclusion générale.

Une crise majeure des pays qui utilisent la dette, soit pour effectuer des transferts sociaux, soit pour faire la guerre est inévitable et sans doute assez proche.

  • Cette crise devrait entrainer la disparition des technocraties en France, aux USA et en Grande- Bretagne. Pour être remplacées par quoi ?

Aucune idée. Mais une fin, même horrible est toujours préférable à une horreur sans fin.

  • Les marchés obligataires de France, des USA et de la Grande-Bretagne sont ininvestissables.
  • Et je sais que le niveau de vie moyen dans ces trois pays va s’écrouler comme il le fit en Asie de 1996 à 2000, dès que l’un ou l’autre de ces trois pays ne pourra plus emprunter.
  • Les Libertés Publiques dans ces pays sont loin d’être garanties tant les classes technocratiques qui y exercent le pouvoir depuis des lustres se sont montrées capables de rester aux commandes envers et contre tout.

Vous apprendre à mettre votre épargne à l’abri est la mission que nous nous sommes fixés depuis bien longtemps, aussi bien à l’IDL qu’à l’UDE. A quoi bon diront les gros malins ? C’est la question que pose toujours le Mal, le Prince du Mensonge, Celui qui est naturellement meurtrier.  Les « à quoi bontistes » ne m’intéressent pas.

Cette chronique a pour objet de vous rappeler que même dans la crise la plus terrible que j’ai traversé, de 1971 à 1981, il fallait continuer à vivre, à faire des enfants, à les élever, à lutter pour comprendre et pour rester libres.

Ce n’est pas la victoire qui compte, c’est de se battre.

 

 

[1]  Pour plus de détails, voir sur le site le dossier « Comment réussir sa désindustrialisation”

 

 

 

 

 

 

[1] Je fus financé par quatre institutions : Buckmaster & Moore un broker anglais qui a disparu depuis, la Compagnie Privée de banque, petite banque française, qui, elle aussi, a disparu, Notz Stucki, gérant Genevois et la Banque Gutzwiller à Bale, qui existent toujours. Ce petit syndicat fut mené par Beat Notz, premier President de la Cecogest, à qui je serai éternellement reconnaissant.

 

Birmanie : une guerre qui n’en finit pas

Il n’y a pas que l’Ukraine, l’Iran, la Palestine. Ailleurs dans le monde, d’autres États sont confrontés aux drames de la guerre. En Birmanie, c’est une guerre presque infinie, qui s’étale depuis des décennies sans qu’une fin apparaisse possible.

 

Quatre ans après le coup d’État de 2021, la Birmanie poursuit sa guerre civile meurtrière où la junte militaire de Min Aung Hlaing, qui sera bientôt nommé président, affronte une mosaïque de résistances ethniques. La junte militaire tient le centre du pays, les différents mouvements ethniques les périphéries, d’où elles reçoivent leurs armes et écoulent leur trafic d’opium.

Avec la guerre, le pays est devenu le premier producteur mondial d’opium et de drogues de synthèse. La drogue produite par l’ensemble des partis est revendue pour acheter des armes et financer le conflit, faisant du pays un narco-État. Fini l’époque où la vente de rubis et de pierres précieuses était la principale ressource du pays ; ce sont désormais les drogues qui assurent la richesse.

 

Selon l’ONU, près de 90 000 personnes sont mortes depuis le putsch de 2021. Certaines à cause des combats, d’autres par manque d’hygiène et par maladie. L’économie est en ruine, la junte contrôle toujours la capitale et les institutions et, compte tenu des liens entre ce pays et la Chine, personne n’envisage de tenter de changer le cours des choses.

En 2021, le général Min Aung Hlaing renversait le gouvernement d’Aung San Suu Kyi et plaçait la Birmanie sous la coupe de la junte militaire. Quatre ans plus tard, ce même général s’apprête à troquer son uniforme contre le costume présidentiel, à l’issue d’élections supervisées par l’armée. Le discret putschiste de 2021 est en passe de devenir le chef d’État officiel de son pays.

Avant même le coup d’État, Min Aung Hlaing était persona non grata dans de nombreux pays pour avoir dirigé, en 2017, une répression contre la minorité rohingya qui avait poussé 750 000 personnes à fuir vers le Bangladesh. La procureure de la Cour pénale internationale réclame son arrestation pour crimes contre l’humanité. Il est banni de Facebook pour discours de haine. Rien de tout cela n’a empêché sa marche vers la présidence.

 

Un coup d’État qui change la donne

 

La Birmanie avait connu dix ans d’ouverture relative entre 2011 et 2021. Une expérience démocratique fragile, portée notamment par la Ligue nationale pour la démocratie d’Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix, qui avait remporté 90 % des sièges aux élections de 2020. Le putsch y a mis fin brutalement. Suu Kyi est emprisonnée depuis et son parti est dissous. Un quart des sièges du parlement est constitutionnellement réservé aux militaires, et le Parti de l’union, de la solidarité et du développement (PUSD), fondé par d’anciens généraux, a raflé plus de 80 % des sièges lors des élections législatives organisées sous contrôle de la junte.

Min Aung Hlaing, 69 ans, a officiellement démissionné de ses fonctions militaires pour se conformer à la Constitution et briguer la présidence. Sa défaite est jugée inconcevable par tous les analystes. Un ancien espion, surnommé ses « yeux et les oreilles », lui a succédé à la tête de l’armée, garantissant la continuité d’un pouvoir que le général n’a en réalité jamais quitté.

 

L’économie birmane a perdu environ 94 milliards de dollars depuis le putsch, le kyat a perdu 40 % de sa valeur et plus de la moitié de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté.

La répression a été féroce dès le premier jour. Des militants pro-démocratie ont pris les armes, rejoignant les mouvements ethniques armés qui combattent depuis des décennies le pouvoir central : Karens, Kachins, Shans, Arakanais.

 

Le Triangle d’Or, carburant de la guerre

 

La guerre civile et le trafic de drogue sont en Birmanie deux phénomènes indissociables. Le pays est depuis longtemps un producteur majeur d’opium, longtemps deuxième derrière l’Afghanistan. Mais depuis que les talibans ont réprimé les champs de pavot afghans, la Birmanie est devenue le premier producteur mondial. Selon l’ONUDC, la production a plus que doublé depuis le coup d’État de 2021. À l’opium s’est ajoutée la méthamphétamine, dont des laboratoires clandestins produisent des quantités industrielles dans les jungles de l’État Shan, à la frontière de la Chine et de la Thaïlande.

Ce trafic ne finance pas un seul camp. De nombreux groupes armés, parfois alignés sur l’armée, parfois sur l’opposition, parfois neutres, dépendent des revenus de la drogue pour subvenir à leurs besoins. L’armée elle-même est depuis longtemps soupçonnée d’en tirer profit directement ou via des milices paramilitaires. Le résultat est un cercle vicieux : la guerre fragmente le territoire, la fragmentation favorise les trafics, les trafics financent la poursuite de la guerre.

Les pays voisins subissent les effets de débordement. En Thaïlande, les huit provinces du nord ont vu leur consommation de drogue tripler entre 2019 et 2024. La junte birmane a affirmé avoir réalisé en janvier 2026 la plus grande opération antidrogue de son histoire, saisissant plus de 37 tonnes de méthamphétamine. Mais cette vitrine médiatique masque mal l’ampleur du phénomène.

 

Une résistance fragmentée face à une junte qui reprend le dessus

 

L’Opération 1027, lancée en octobre 2023 par une coalition de groupes ethniques armés, avait marqué un tournant spectaculaire : en quelques semaines, plus de 150 bases militaires et 35 villes importantes étaient occupées, laissant entrevoir un possible effondrement de la junte. Mais la dynamique s’est depuis stabilisée. La junte contrôle toujours les centres urbains et les axes stratégiques, et les groupes de résistance restent fragmentés, chacun poursuivant ses propres objectifs d’autonomie territoriale plutôt qu’un renversement national coordonné.

 

En devenant président, Min Aung Hlaing ne change pas de nature, il change de costume. L’objectif est d’institutionnaliser durablement la domination militaire sur l’État birman, en lui donnant un vernis de légitimité constitutionnelle que les élections sous contrôle de la junte sont censées fournir. La communauté internationale, qui a condamné le scrutin, peine à trouver une réponse efficace : les sanctions occidentales ont renforcé la dépendance de la junte envers la Chine et la Russie, ses deux principaux fournisseurs d’armes et soutiens diplomatiques au Conseil de sécurité de l’ONU.

 

Avec son nouveau président, la Birmanie va ouvrir une nouvelle page de son histoire, mais la guerre, les rivalités ethniques, les trafics en tout genre sont toujours son lot quotidien. Les personnes changent, les uniformes aussi, mais l’avenir du pays reste toujours marqué par les guerres et les confrontations.