Pouvoir d’achat : Mauvaises Nouvelles en perspective.

Il m’arrive (rarement) de rencontrer des hommes politiques et un peu moins rarement de lire leurs déclarations dans la presse ou de les écouter sur tel ou tel média. Et j’ai cru remarquer récemment qu’ils faisaient une petite fixation sur le pouvoir d’achat. Et tous, de quelque bord qu’ils soient, nous expliquent qu’ils vont tout faire pour empêcher toute baisse du pouvoir d’achat.

Ce qui me fait sourire.

Pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils n’ont aucune influence sur le dit pouvoir d’achat puisqu’ils ne créent aucune valeur marchande et que leurs gesticulations ne changeront rien à cette réalité.

Et donc m’expliquer qu’ils vont empêcher sa baisse quasi certaine montre deux choses :

  1. Qu’ils ne comprennent rien à l’économie.
  2. Qu’ils nous prennent pour des imbéciles.

Je m’explique en commençant par le pouvoir d’achat nominal (votre feuille de paie).

Depuis des lustres, l’Etat français présente des budgets en déficit, les déficits étant utilisés pour effectuer des distributions massives au profit de ceux qui trouvent que se lever le matin est trop dur. On a donc l’équation :

Revenu disponible ou pouvoir d’achat (PA)= Argent gagné (AG) + Argent emprunté (AE)

Imaginons que plus personne ne veuille plus prêter à notre État de quoi acheter les voix de ceux qui ne veulent pas travailler.

Immédiatement, nous arriverons dans une situation ou RD = AG, et c’est tout, plus de AE, et donc le pouvoir d’achat de la classe emprunteuse, s’écroulera du montant que nous ne pourrons plus emprunter.

Et ce scénario est inéluctable, ce qui veut dire qu’il est certain que le pouvoir d’achat de ceux qui vivent de transferts étatiques va baisser d’au moins 20 % dans les quelques années qui viennent.

Venons en maintenant au pouvoir d’achat en termes réels de la population en général, c’est-à-dire au pouvoir d’achat nominal de ceux qui travaillent, déflaté cette fois-ci du taux d’inflation.

Et cette fois ci je vais faire une séparation entre ce que l’on peut appeler la classe moyenne, qui sont payés au salaire moyen et ceux que j’appelle les « pauvres », qui touchent le SMIC .

Les chiffres sont ceux de l’INSEE

Pour les premiers, la classe moyenne, je deflatterai le salaire moyen par l’indice des prix de l’INSEE.

Pour les seconds, je deflatterai le SMIC par mon indice des prix « des gilets jaunes (nourriture, logement, énergie, également pondérés, indices de l’INSEE) » tant les plus défavorisés dépensent tous leurs revenus dans ces trois postes, et uniquement dans ces trois postes.

Voici le résultat.

 

Commençons par les “pauvres” qui incluent entre autres les paysans (graphique du bas).

  • Depuis 2004, leur niveau de vie en termes réels a baissé de 20 %, ce qui ne s’est JAMAIS passé en France depuis que nous avons des statistiques.
  • Cette baisse a eu lieu en deux étapes, 2005  à 2012, (Sarkozy) et 2017 à  2023 (Macron)
  • Il est à peu près certain que cette partie de la population vote aujourd’hui Le Pen

Venons en à la classe moyenne (graphique du haut).

  • Hausse « normale » jusqu’ en 2016.
  • Stagnation depuis 2017 (arrivée de monsieur Macron).
  • Dès que la France entre en récession (hachures grises sur le graphique), la ligne bleue se mettra à baisser et à baisser fortement si une crise de la dette venait à se produire.
  • Ce phénomène amènerait automatiquement les plus « pauvres » de cette classe moyenne à rejoindre la classe des « vrais » pauvres, ce qui ferait monter mécaniquement le pourcentage des voix allant à Marine Le Pen.

Ce qui veut dire sans aucun doute que ceux qui nous ont amené dans ce désastre économique, c’est-à-dire la partie française de la classe mondialiste (que j’appelle dans mon jargon les hommes des bateaux) vont subir une défaite historique où ils vont être littéralement balayés dès que nous aurons une élection. Et compte tenu de ce qui nous attend financièrement, j’ai envie de dire « et le plus tôt sera le mieux »

Mais ici je voudrais faire une remarque qui touche à la morale et non plus à la logique.

John Rawls, un philosophe américain, professeur à Harvard et mort en 2002, a beaucoup réfléchi sur la notion de justice dans une société. L’une de ses conclusions est qu’une société où les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres n’est pas « juste » et donc est illégitime.

A ce sens, on peut dire que la société française, depuis l’an 2000, a cessé d’être juste et que donc elle est devenue illégitime. 

Et ce n’est pas un hasard si cette date correspond à l’arrivée de l’Euro.

En abandonnant le Franc, la classe politique en France nous a annoncé aussi clairement qu’il était possible de le faire, qu’elle abandonnait la France en général et les plus pauvres des français en particulier.

A l’évidence, la classe politique au pouvoir depuis trop longtemps n’a plus aucune légitimité puisqu’elle a essayé d’organiser la disparition de la France.

Or, un pays devient ingouvernable si ceux qui exercent le pouvoir sont légaux mais ne sont plus légitimes. C’est toujours dans ces moments que se produisent les jacqueries, les émeutes, les révolutions, les guerres civiles.

Je pense donc que si monsieur Macron aimait son pays et qu’il était un homme d’honneur, alors, il devrait démissionner.

Hélas, je ne pense pas qu’il y ait des cours à l’ENA sur ce qu’est l’honneur, ou sur la nécessité pour un chef d’Etat de chercher en priorité le bien de son pays.

Nous rentrons certainement dans le temps des tempêtes politiques parce que nos élites passent leur temps à traiter des problèmes qui n’intéressent personne (la construction européenne) tout en refusant de traiter les vrais problèmes (l’absence grandissante de démocratie dans nos institutions).

Comme le disait Toynbee, quand les élites sont incapables de traiter les problèmes qui assaillent les populations de leur pays, alors il n’y que trois solutions :

  1. Un changement des élites.

C’est ce qui vient de se passer aux USA.

C’est ce qui s’était passé en France en 1958.

  1. Un changement de régime politique.

La Russie en 1917

L’Union Soviétique en 1990.

  1. La disparition de la Civilisation.

L’Amérique du Sud, après l’arrivée des Espagnols.

l’Afrique du Nord Chrétienne et l’Egypte après les invasions musulmanes.

 

Je préfère le changement des élites aux deux autres, mais la question demeure : comment effectuer un changement de façon démocratique quand ceux qui nous gouvernent ont capturé tout l’appareil d’Etat et ne sont en rien démocrates ?

Je n’ai pas la réponse, mais je connais l’histoire de mon pays.

Dans le passé, en France, c’est en effet à ce moment que les fourches sortaient, que les barricades se dressaient et que nos gouvernants illégitimes partaient en hâte pour Londres.

 

 

 

Roumanie : coup d’État juridique

Pendant que les regards étaient tournés vers la Syrie et le renversement d’Assad, un autre événement de grande ampleur se déroulait, en Roumanie cette fois. Dans une indifférence totale, la Cour constitutionnelle s’est livrée à un coup d’État juridique sans scrupule en annulant l’élection présidentielle la veille du second tour. Un effacement de la démocratie qui n’a trouvé aucun écho à Bruxelles.

Rappel des faits.

 

Membre de l’Union européenne depuis 2007, la Roumanie dispose d’une frontière avec la Moldavie et l’Ukraine et d’un accès à la mer Noire. Ce faisant, elle est l’une des bases arrière de la guerre d’Ukraine puisque c’est par elle que transite une partie du matériel livré à Kiev, c’est sur son sol que sont entraînés plusieurs régiments ukrainiens, notamment par des instructeurs français, et c’est depuis la Roumanie que partirait une éventuelle opération militaire contre la Russie. Autant dire que le conflit en Ukraine les concerne au premier plan. Loin d’être périphérique, la Roumanie est donc centrale quand on regarde l’Europe depuis la mer Noire et Odessa.

D’où l’enjeu de l’élection présidentielle qui devait se dérouler début décembre.

 

Deux candidats pour deux programmes

 

Le choix était clair parmi les candidats susceptibles de l’emporter. D’un côté, Calin Georgescu, de l’autre Elena Lasconi. Le premier fit campagne sur une ligne nationaliste et souverainiste, s’opposant à l’OTAN et à l’alignement de la Roumanie sur les États-Unis. La seconde au contraire défendit un programme de soutien à l’OTAN et d’adhésion à la politique américaine. Georgescu demandait le retrait des militaires de l’OTAN du territoire roumain quand Lasconi défendait leur maintien.

Au premier tour, Georgescu arriva en tête avec 23% des voix, contre 19% pour Lasconi. Un petit écart et un score faible puisque les deux candidats de tête réunissent à peine 40% des voix. Mais avec le report des autres candidats, Georgescu aurait pu l’emporter lors du second tour qui devait se tenir le dimanche 8 décembre. Mais vendredi 6, dans l’après-midi, à quelques heures de la clôture de la campagne électorale, la Cour constitutionnelle annula le processus électoral au motif d’une suspicion d’ingérence russe. Non seulement le second tour ne se tenait plus, mais le premier était annulé.

Dès le lendemain, des perquisitions eurent lieu chez les partisans de Georgescu, soupçonnés d’être soumis aux intérêts russes. Le candidat risquant d’être déclaré inéligible. Le raisonnement de la Cour était le suivant : des comptes russes sont intervenus sur Tik Tok, ceux-ci ont été vus par des Roumains, donc ils ont été influencés par la Russie pour voter contre Lasconi et pour Georgescu. D’où la nécessité de supprimer l’élection.

 

Complotisme autorisé

 

Un raisonnement qui relève du complotisme autorisé. Dans ce cas, il est légitime et légal de voir un complot russe interférant avec les élections. Que les consommateurs de Tik Tok soient très majoritairement des mineurs, donc des personnes qui ne peuvent pas voter, ne semble pas gêner la Cour. Peut-être que ceux-ci, imbibés de propagande russe, ont ensuite perverti leurs parents. Que des trolls russes soient présents sur Tik Tok est indubitable. De là à penser qu’ils auraient pu manipuler l’élection, relève de la farce. Mais une farce qui tourne au tragique quand la Cour se saisit de cet argument pour annuler l’élection, parce que le peuple allait mal voter. Il sera ensuite aisé de faire des enquêtes qui pourront démontrer une collusion avec la Russie, et donc de rendre inéligibles ceux que l’on veut éliminer. Comme la France l’a connue en 2017 avec François Fillon, et comme elle pourrait le connaitre en 2025 avec Marine Le Pen. La suspension de la démocratie ne se fait plus par la force et la répression, mais par l’arme du droit, pour faire croire que l’état de droit est maintenu, que la légalité est respectée et donc que le peuple est protégé. Exactement comme lors des faux procès de Moscou, où de vraies victimes étaient faussement accusées, mais réellement condamnées.

 

Brouillage de pistes

 

Le complotisme de l’ingérence russe est bien commode : il n’a pas besoin d’être démontré, il peut se limiter au soupçon, il permet de toucher un maximum de personne puisque tout le monde connaît ou a fréquenté une personne « proche » des Russes, ce qui permet d’étendre la toile par capillarité. Donald Trump en fut victime durant son premier mandat, bien que quatre années d’enquête démontrèrent qu’il n’en fut rien. Elle est aujourd’hui l’arme politique par excellence, celle qui permet d’éliminer un concurrent gênant.

 

Un brouillage de piste d’autant plus malsain que les attaques informationnelles russes sont bien réelles, notamment en Afrique, même si la France n’a pas besoin de cela pour perdre son terrain africain. La guerre de l’information et la lutte cognitive sont deux aspects de la guerre hybride en cours. Les armées doivent s’y préparer, tout comme les citoyens. La lutte judiciaire contre la démocratie étant l’un des aspects de la guerre cognitive.

 

 

 

 

Les Conseils que j’aurais donnés à monsieur Barnier s’il m’avait demandé mon avis.

Monsieur Barnier va donc retourner à une retraite (plus importante, on est content pour lui) qu’il n’aurait jamais dû quitter, et pourtant il était arrivé à un moment de l’Histoire où tout était en place pour qu’il réussisse. Et il a échoué. Il a sans doute été mal conseillé. Il aurait dû me demander mon avis.

Voici ce que je lui aurais dit s’il avait eu l’idée aussi sotte que grenue (saugrenue) de me consulter.

Les solutions que lui proposeraient Bercy ne pouvaient pas réussir.

Conjoncturellement.

 

 

La France est en train de rentrer en récession, les recettes vont s’écrouler, les dépenses exploser et la dette va monter de 10 points au moins en termes de PIB dans les deux années qui viennent.

Et c’est déjà dans la boite.

Les périodes hachurées en gris représentent les recessions en France.

Toutes ces périodes ont été précédées par les indicateurs économiques avancés de l’OCDE (la ligne rouge) passant en dessous de 100.

Nous sommes à 98.5, et donc une récession arrive (ce que tous mes outils annoncent également)

Et chaque récession a été suivie par un creusement du déficit budgétaire et donc une hausse de la dette en pourcentage du PIB (ligne bleue montant).

Et celle qui vient va être particulièrement sauvage.

La pire des choses à faire à ce moment du cycle serait donc d’augmenter les impôts, puisque cela fait baisser et le revenu disponible des citoyens et les profits des entreprises et rendrait la récession beaucoup plus forte.

Qu’a proposé monsieur Barnier, suivant, hélas, les recommandations des ignoramus de Bercy, ce qu’avaient déjà fait tous ses prédécesseurs ?

Le lecteur le sait : augmenter les impôts de 40 milliards d’euros. C’est-à-dire, exactement ce qu’il ne fallait pas faire.

Ces gens sont fous au sens ou Einstein l’entendait puisqu’ils font toujours la même chose en espérant des résultats différents à chaque fois.

A dire vrai, je n’ai pas le souvenir dans toute ma carrière d’un seul déficit budgétaire qui ait été comblé par une augmentation des impôts, mais le fait que cela n’ait jamais marché n’est pas inclus dans le corpus intellectuel admis à l’Inspection des Finances. …

Le fait qu’ils suivent cette politique depuis cinquante ans et que cela n’ait jamais marché n’a aucune influence sur le modus operandi de nos sachants.

Nous sommes donc gouvernés de fait depuis cinquante ans par des fous qui ne comprennent rien, mais vraiment rien, à la création de valeur.

Et le pire est que cette idée, stupide conjoncturellement l’est encore plus structurellement.

Structurellement.

Nous sommes du mauvais côté de la courbe de Laffer.

Arthur Laffer fut l’un des conseillers de Ronald Reagan et il remit au gout du jour l’un des vieux proverbes français : « Trop d’impôts tue l’impôt «

En fait, il annonçait une évidence.

Dans tout pays, il existe un rendement optimal de l’impôt

Si l’Etat prélève 100 % de tous les revenus, tout le monde arrête de travailler et les rentrées fiscales deviennent nulles.

Si les impôts sont fixés à 0%, les gens travaillent certes, mais comme il n’y a pas d’Etat, il n’ y a aucune sécurité des contrats, des personnes, des biens et tout le monde est pauvre.

Il faut donc fixer le taux marginal d’imposition à un niveau qui permettra à l’Etat d’être efficace et à chacun de garder un maximum de ce qu’il a produit

Et, toujours d’après Laffer, le ratio rentrées fiscales / taux d’imposition de votre revenu suit une courbe en cloche selon le schéma ci-dessous.

 

laffer curve

Les expériences historiques semblent montrer que le taux optimal est entre 25 % et 35 %.

Pour les créateurs de richesse, nous sommes (en France) certainement au-dessus de 50 %.

C’est-à-dire qu’il est à peu près certain que toute augmentation des impôts amènerait à une baisse des recettes fiscales.

Et donc la seule solution à la situation budgétaire française actuelle serait de baisser les impôts.

Plus vous baisserez les impôts, plus les rentrées fiscales augmenteront.

C’est ce que j’aurais dit à monsieur Barnier.

Baissez les impôts, et si la Commission Européenne proteste, vous suspendez la contribution de la France au Budget européen.

Hélas, il aurait fallu qu’il morde la main qui l’avait nourri. En bon chien obéissant, il ne pouvait pas le faire…  et l’on voit donc où monsieur Barnier prenait ses ordres…

Et je lui aurais dit aussi que supprimer les dépenses qui ne rapportent rien était nécessaire.

Quand vous reprenez une affaire, il est de bonne pratique de demander au comptable de vous amener les 100 dernières factures qui ont été honorées et de les regarder une par une, en demandant à chaque fois pourquoi et à qui elle a été payée.

Si le comptable ne sait pas pourquoi cette facture existe, on annule la dépense.

Et dans à peu près tous les cas, l’on peut ainsi faire baisser les dépenses de l’entreprise d’au moins 10 %.

Churchill racontait que pendant la première guerre mondiale, l’armée anglaise s’était rendu compte qu’elle entretenait des maitres-chats qui s’occupaient donc de chats. Et personne n’avait la moindre idée de ce à quoi ils pouvaient bien servir.

Renseignements pris, l’arme de guerre ultime, au 13 -ème siècle, était l’arc (longbow) et les rats bouffaient les cordes des arcs.

D’où la nécessité d’avoir des chats. Sept siècles après, ils étaient encore là.

Je me demande combien de maitres chats existent dans nos institutions ? Lâcher Charles Pratt (et quelques autres) et les laisser faire la chasse aux dépenses reconduites, sans que personne ne sache pourquoi elles le sont, serait sans doute extraordinairement rentable.

Si je peux couper 10 % des dépenses inutiles dans mon entreprise sans que quiconque ne s’en rende compte, personne ne me fera croire que je ne pourrai pas couper 5 % de dépenses inutiles voire criminelles dans le budget de l’Etat.

Mais pour cela, il faudrait être compètent, ne pas toucher de prébendes indues, avoir le sens de l’Etat et être honnête, toutes qualités qui ont disparues au sommet de l’Etat depuis bien longtemps.

Pour me résumer, la situation budgétaire et fiscale de la France est désespérée mais pas vraiment sérieuse, tant la gabegie étatique y est évidente. Si Monsieur Barnier avait eu du courage, je suis sûr qu’il aurait pu faire baisser les dépenses de l’Etat de 5 % sans que personne ne s’en rende compte, réduire les impôts en même temps, il n’y aurait plus de déficit et monsieur Barnier, immensément populaire, aurait été notre prochain Président.

Mais pour cela il aurait fallu que monsieur Barnier comprenne quelque chose à la création de valeur.

 

 

 

 

 

 

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Afrique

Nouveau départ pour la France mondiale

 

L’annonce simultanée, par le Sénégal et le Tchad, de la fermeture des bases françaises, a sonné une partie du camp militaire et politique. Cette annonce marque la fin de la présence coloniale française en Afrique, une période ouverte dans les années 1880 et qui n’a cessé de perdurer, même après les indépendances officielles.

 

De bases militaires françaises en Afrique, il ne va plus rester que la Côte d’Ivoire et le Gabon, où les effectifs vont être fortement réduits. Ce n’est qu’une question de temps pour que la France quitte aussi ces deux pays. Restera alors Djibouti, dont le modèle économique repose sur la location de territoire aux puissances étrangères. La France y est présente, comme le Japon, la Chine, l’Italie, les États-Unis… Il est peu probable que Djibouti change de modèle économique dans les années qui viennent.

 

Une fermeture et un choc

 

Cette fermeture est un choc pour une partie du camp militaire qui a vécu de l’Afrique, a rêvé des Opex, y a vu une continuité de la tradition française en matière d’interventionnisme. C’était le mythe de la Coloniale et du saut sur Kolwezi, mythes qui appartiennent désormais à l’histoire. Mais pour l’armée de Terre, c’est une crise existentielle qui s’ouvre pour elle et une remise en cause des raisons mêmes de son recrutement. Un militaire est là pour mener des opérations, non pour s’enterrer à Balard ou à l’École militaire, fut-il habillé en treillis. S’il n’y a plus la possibilité de mener des opérations extérieures en Afrique, c’est le sens même de la carrière de nombreux officiers qui va être posé.

Au Tchad, la France menait des opérations depuis 1983. Au Sénégal et en Côte d’Ivoire, la présence française se perd dans la nuit des temps des débuts de la colonisation. Ce qui va poser un grave problème de recrutement pour les jeunes officiers, dont beaucoup quittent l’armée après Saint-Cyr, pour des métiers plus porteurs et plus rémunérateurs.

Ce départ, bien que prévisible, oblige à une réflexion profonde sur le sens des missions de l’armée de Terre.

 

Révision de la doctrine

 

C’est aussi toute la doctrine stratégique française qu’il va falloir revoir, pour des analystes et des penseurs qui avaient fait de l’Afrique leur seul point de mire.

Ce départ militaire ne fait pourtant que suivre le départ du monde économique : que Bolloré vende ses participations dans les ports africains, que la Société Générale ferme ses guichets et abandonne le continent auraient déjà dû conduire les politiques français à s’interroger sur la pertinence de la présence africaine. Le départ des marchés précède le départ politique.

Mais mus par un mélange de colonialisme, de paternalisme et d’intérêts personnels, ils n’ont pas voulu voir que le monde d’aujourd’hui était différent de celui des années 1960.

Les échanges commerciaux entre la France et l’Afrique noire représentent à peine 25 Mds € annuels, quand ceux avec la Belgique se montent à 110 Mds €. Pour l’économie française, et pour les entreprises, la Belgique est beaucoup plus importante que le continent africain. C’est bien en Europe que se joue l’avenir de la France, dans ses échanges avec la Belgique, l’Italie et l’Allemagne, ainsi qu’en Asie et en Eurasie. Pas en Afrique, qui fut et reste un miroir aux alouettes.

Mus par un glaucome géopolitique qui provoque, depuis plusieurs années, une cécité intellectuelle, les analystes français n’ont pas compris que le monde avait changé.

 

On le voit en Syrie où ceux qui connaissent le pays, comme le géographe Fabrice Balanche, avaient annoncé l’offensive d’Alep. La Syrie, un ancien mandat français où la France a perdu toute influence par l’accumulation d’erreurs diplomatiques.

On le voit en Asie, où l’influence française au Vietnam est proche du néant, où la Chine est mal pensée, où le monde indonésien est quasiment inconnu. Désireux de prolonger l’aventure coloniale africaine, sous des formes actualisées, politiques et chefs militaires n’ont pas vu que le monde a changé.

 

Quitter l’Afrique : une chance pour les outre-mer ?

 

La France n’est pas une puissance africaine, c’est une puissance mondiale. C’est le pays des 13 fuseaux horaires, qui s’étend du Pacifique à la mer des Caraïbes. C’est là que résident les leviers de la puissance française, son originalité et sa distinction par rapport à ses concurrents. Des outre-mer qui ne sont jamais pensés autrement que par le traitement social.

Le 25 septembre 2024, auditionné en commission à l’Assemblée nationale, le chef d’état-major des armées a tenu des propos à la fois justes et inquiétants. Il a ainsi affirmé que la France n’était pas taillée pour protéger la Nouvelle-Calédonie en cas de conflit. En clair, les habitants de Nouvelle-Calédonie, qui sont Français, qui ont voté à trois référendums de suite pour rester Français, qui payent des impôts à la France, ne peuvent pas être protégés par leur pays. Des propos lucides du CEMA, qui sont un appel clair à former ses propres milices et à assurer sa sécurité de façon privée. On l’a d’ailleurs constaté quand la route reliant Nouméa au Mont-Dore (15 000 habitants) fut coupée plusieurs semaines par des bandes armées, empêchant toute communication et sans réaction de la gendarmerie, pourtant stationnée en masse en Nouvelle-Calédonie. Visiblement, les détachements de gendarmes n’ont pas reçu l’ordre de protéger la population française et d’assurer sa sécurité.

 

Cette fermeture des bases renvoie au problème lancinant de la sécurité intérieure. Difficile de prétendre sécuriser le Mali, la zone des trois frontières et le Tchad quand la France ne tient pas ses territoires d’outre-mer, que ce soit la Nouvelle-Calédonie, la Martinique et la frontière entre la Guyane et le Brésil.

Frédéric Bastiat, déjà, s’opposait à l’aventure coloniale en estimant que l’impôt des Français devait servir aux Français. La question est de nouveau posée. Pourquoi maintenir l’Agence française de développement (AFD) quand tant d’espaces français souffrent de sous-équipements ? Pourquoi maintenir une aventure coloniale africaine quand les outre-mer ne sont pas mis en valeur ?

À cet égard, la décision du Sénégal et du Tchad est une bonne nouvelle. Elle va obliger, espérons-le, à une remise en cause stratégique. Elle va surtout étouffer la mentalité coloniale qui demeure encore dans l’humanitaire et dans les opérations militaires, en permettant de nouer des partenariats adultes et d’égaux à égaux entre la France et les pays qui en feront la demande. Que ce soit pour former des officiers, des troupes, pour assurer des missions ponctuelles de sécurité. Cela a déjà commencé depuis plusieurs années, il ne reste plus qu’à le développer et l’étoffer.

 

 

 

 

 

Les autorités chinoises sont-elles en train de prendre le contrôle du dollar à l’extérieur des  USA ?

Que voilà une question farfelue !

Et pourtant, je vais essayer de montrer qu’elle n’est pas si farfelue que cela

Revenons a la fin des années 60 et un bouleversement immense va se produire dans la façon dont la monnaie est créée, et nul sauf Jacques Rueff (voir le péché monétaire de l’occident, 1971) ne comprend ce qui est en train d’arriver.

Les USA commencent à avoir des déficits extérieurs importants et des masses de dollars  (contreparties des déficits) commencent à apparaître dans les banques non américaines en particulier dans la City  à Londres.

Au début, ces dollars sont présentés à la banque d’Angleterre pour être changés en livres sterling et donc la masse monétaire anglaise monte mais la masse monétaire US ne baisse pas puisque la Banque d’Angleterre ne peut demander la contre valeur en or, et est donc obligée d’ouvrir un compte en dollar à la Fed ou elle dépose les dollars, contribuant ainsi au financement du déficit budgétaire américain.

Résultats des courses : la masse monétaire anglaise monte, la masse monétaire américaine ne baisse pas, la somme des deux monte et la non-convertibilité du dollar assure donc que l’inflation va monter au moins en Grande-Bretagne.

 Arrive un banquier de génie, Sigmund Warburg, de la banque éponyme, qui se dit : « et pourquoi je devrais changer mes dollars à la banque d’Angleterre ? Je vais simplement les prêter a des gens à l’extérieur des USA qui en auraient besoin »

Ce qu’il fait. Inventant le marché de l’eurodollar qui a fait la fortune de la City depuis.

Un léger problème se fait jour quelque temps après : Une banque normale peut prêter beaucoup plus que ses dépôts (multiplicateur bancaire) et donc, il est d’usage de demander à la banque (réserves obligatoires) de ne pas prêter plus que mettons huit fois son capital.

Mais cela se passe quand le marché est national et régulé par des autorités de contrôle, or, au début de l’eurodollar, il n’y avait aucun organisme de contrôle pour limiter cette nouvelle création monétaire.

C’est ce phénomène que Rueff appellera la double pyramide du crédit et c’est lui qui déclenche la grande inflation des années 70 dans le monde.

 Car, en raison de cette double création, la quantité de dollars créés ex nihilo en dehors des USA explosa littéralement et du coup l’or passa de $ 33/ once à  …$ 800 pendant que le pétrole passait de $ 1.5/bb à  $ 30 bb de 1971 1980.

Depuis, la capacité des banques non américaines de créer des dollars ex nihilo a quasiment disparu et en conséquence, l’inflation s’est beaucoup calmée.

Et comment y est-on arrivé ?

Voici la réponse : peu de gens le savent mais un dollar (sauf sous forme de billet) ne peut pas physiquement sortir des États-Unis.

Et donc la banque Warburg et toutes les autres ensuite, devaient avoir un correspondant chez qui « leurs » dollars étaient déposées, mettons JP Morgan.

Et si la quantité de dollars déposés par Warburg augmentait, depuis plusieurs années, JP Morgan demandait d’où venaient tous ces dollars et pouvait tout à fait refuser de les recevoir s’ils venaient d’un pays ou d’un emprunteur qui étaient sur la liste noire de la diplomatie américaine.

Ce qui limita beaucoup la croissance du marché des eurodollars avant de la stopper complètement depuis plusieurs années.

Venons à la période actuelle et à la nouvelle que la Chine vient d’emprunter 2 milliards de dollars à l’Arabie Saoudite.

Commençons par une remarque de bon sens : La Chine, qui a des réserves de change en dollars prodigieuses, a besoin d’emprunter des dollars au moins autant que l’Arabie Saoudite a besoin de leur en prêter et que moi j’ai besoin d’un trou dans la tête.

La question se pose donc ; MAIS POURQUOI CE PRÊT A T’IL EU LIEU ?

Je vais essayer de l’expliquer, mais bien sûr, je peux me tromper.

Pour qu’un système de crédit fonctionne, il faut (voir les Lions menés par des ânes) :

  1. Un préteur qui a une épargne surabondante mais qui ne veut pas prendre trop de risques. Dans ce cas précis, il s’agit de l’Arabie Saoudite.
  2. Un intermédiaire qui va emprunter, a 3% pour prêter a 5 %. Les banques chinoises, chez qui l’Etat Chinois va déposer les 2 milliards, feront l’affaire.
  3. Des entrepreneurs qui auront besoin d’argent pour effectuer des investissements d’infrastructure par exemple mais qui ne veulent pas emprunter en renminbi pour des raisons « politiques » et qui n’ont aucun problème à emprunter en dollars. A mon avis, il doit y en avoir un paquet en Inde.
  4. Des sociétés qui ont des surcapacités considérables dans les biens d’investissements et je crois savoir qu’il y en a beaucoup en Chine
  5. Des institutions disposant de réserves en dollar considérables, au cas où les banques chinoises connaîtraient une crise de liquidité en dollars. Les banques centrales chinoises et de HK ont environ 10 fois plus de réserve en dollar que le FMI n’en a.
  6. Une monnaie ayant un taux de change fixe avec le dollar pour pouvoir parquer des dollars US en les changeant en dollar de HK, le produit de ce changement se retrouvant en dollars US investis en bons du trésor par la HKMA  à qui aucune question ne sera posée par la Fed ou par le Trésor Américain
  7. Une autorité de contrôle respectée, et la banque centrale chinoise fera l’affaire pour éviter que le système n’explose comme le fit l’eurodollar dans les années 70
  8. Une possibilité pour la Russie de revenir dans le commerce international dès qu’elle pourra facturer en dollar de HK, convertible en bien sur en dollar US mais aussi en Renminbi

Nous avons tout cela et le prêt qui vient d’être souscrit semble indiquer que bien des gens auront compris qu’une heureuse combinaison de tous ces facteurs règle les problèmes de l’Inde (financement de ses infrastructures) de la Chine (utilisation de ses excédents de production), de la Russie (convertibilité du rouble) et enfin de l’Arabie Saoudite qui elle se voit garantir ses exportations de pétrole vers les deux plus grands importateurs d’hydrocarbures au monde pour les décennies qui viennent.

Ce que je trouve hilarant est que tout le monde se demandait quelle allait être la nouvelle monnaie des BRICS et que le résultat est… roulements de tambour…. le dollar (international), mais dont l’émission sera contrôlée par …la Chine et dont le centre d’émission sera… Hong-Kong.

Et, compte tenu de la demande de crédits qui va s’en suivre, les taux d’intérêts sur le dollar vont beaucoup monter.

Le Président Trump voulait faire monter les droits de douane sur les produits chinois de 70 % alors même que les exportations chinoises vers la Chine ne représentent plus que 15 % du total des exportations de l’empire du milieu, et les Chinois  se contrefoutent donc de cette menace. Mais ils n’aiment pas être menacés, c’est une question de principe.

Il est à peu près certain  que les taux d’intérêts sur le dollar monte de 50 %, ce qui rendra les choses difficiles pour l’économie américaine et complètement impossibles pour l’économie française ou allemande.

 Il me paraît donc acquis que le conflit entre la Chine et les Etats-Unis va faire une victime collatérale, l’Europe.

Je crains beaucoup que madame VandersLeyen ne perde son poste, qui va disparaître.

Vous m’en voyez désolé.