Il m’arrive (rarement) de rencontrer des hommes politiques et un peu moins rarement de lire leurs déclarations dans la presse ou de les écouter sur tel ou tel média. Et j’ai cru remarquer récemment qu’ils faisaient une petite fixation sur le pouvoir d’achat. Et tous, de quelque bord qu’ils soient, nous expliquent qu’ils vont tout faire pour empêcher toute baisse du pouvoir d’achat.
Ce qui me fait sourire.
Pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils n’ont aucune influence sur le dit pouvoir d’achat puisqu’ils ne créent aucune valeur marchande et que leurs gesticulations ne changeront rien à cette réalité.
Et donc m’expliquer qu’ils vont empêcher sa baisse quasi certaine montre deux choses :
- Qu’ils ne comprennent rien à l’économie.
- Qu’ils nous prennent pour des imbéciles.
Je m’explique en commençant par le pouvoir d’achat nominal (votre feuille de paie).
Depuis des lustres, l’Etat français présente des budgets en déficit, les déficits étant utilisés pour effectuer des distributions massives au profit de ceux qui trouvent que se lever le matin est trop dur. On a donc l’équation :
Revenu disponible ou pouvoir d’achat (PA)= Argent gagné (AG) + Argent emprunté (AE)
Imaginons que plus personne ne veuille plus prêter à notre État de quoi acheter les voix de ceux qui ne veulent pas travailler.
Immédiatement, nous arriverons dans une situation ou RD = AG, et c’est tout, plus de AE, et donc le pouvoir d’achat de la classe emprunteuse, s’écroulera du montant que nous ne pourrons plus emprunter.
Et ce scénario est inéluctable, ce qui veut dire qu’il est certain que le pouvoir d’achat de ceux qui vivent de transferts étatiques va baisser d’au moins 20 % dans les quelques années qui viennent.
Venons en maintenant au pouvoir d’achat en termes réels de la population en général, c’est-à-dire au pouvoir d’achat nominal de ceux qui travaillent, déflaté cette fois-ci du taux d’inflation.
Et cette fois ci je vais faire une séparation entre ce que l’on peut appeler la classe moyenne, qui sont payés au salaire moyen et ceux que j’appelle les « pauvres », qui touchent le SMIC .
Les chiffres sont ceux de l’INSEE
Pour les premiers, la classe moyenne, je deflatterai le salaire moyen par l’indice des prix de l’INSEE.
Pour les seconds, je deflatterai le SMIC par mon indice des prix « des gilets jaunes (nourriture, logement, énergie, également pondérés, indices de l’INSEE) » tant les plus défavorisés dépensent tous leurs revenus dans ces trois postes, et uniquement dans ces trois postes.
Voici le résultat.
Commençons par les “pauvres” qui incluent entre autres les paysans (graphique du bas).
- Depuis 2004, leur niveau de vie en termes réels a baissé de 20 %, ce qui ne s’est JAMAIS passé en France depuis que nous avons des statistiques.
- Cette baisse a eu lieu en deux étapes, 2005 à 2012, (Sarkozy) et 2017 à 2023 (Macron)
- Il est à peu près certain que cette partie de la population vote aujourd’hui Le Pen
Venons en à la classe moyenne (graphique du haut).
- Hausse « normale » jusqu’ en 2016.
- Stagnation depuis 2017 (arrivée de monsieur Macron).
- Dès que la France entre en récession (hachures grises sur le graphique), la ligne bleue se mettra à baisser et à baisser fortement si une crise de la dette venait à se produire.
- Ce phénomène amènerait automatiquement les plus « pauvres » de cette classe moyenne à rejoindre la classe des « vrais » pauvres, ce qui ferait monter mécaniquement le pourcentage des voix allant à Marine Le Pen.
Ce qui veut dire sans aucun doute que ceux qui nous ont amené dans ce désastre économique, c’est-à-dire la partie française de la classe mondialiste (que j’appelle dans mon jargon les hommes des bateaux) vont subir une défaite historique où ils vont être littéralement balayés dès que nous aurons une élection. Et compte tenu de ce qui nous attend financièrement, j’ai envie de dire « et le plus tôt sera le mieux »
Mais ici je voudrais faire une remarque qui touche à la morale et non plus à la logique.
John Rawls, un philosophe américain, professeur à Harvard et mort en 2002, a beaucoup réfléchi sur la notion de justice dans une société. L’une de ses conclusions est qu’une société où les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres n’est pas « juste » et donc est illégitime.
A ce sens, on peut dire que la société française, depuis l’an 2000, a cessé d’être juste et que donc elle est devenue illégitime.
Et ce n’est pas un hasard si cette date correspond à l’arrivée de l’Euro.
En abandonnant le Franc, la classe politique en France nous a annoncé aussi clairement qu’il était possible de le faire, qu’elle abandonnait la France en général et les plus pauvres des français en particulier.
A l’évidence, la classe politique au pouvoir depuis trop longtemps n’a plus aucune légitimité puisqu’elle a essayé d’organiser la disparition de la France.
Or, un pays devient ingouvernable si ceux qui exercent le pouvoir sont légaux mais ne sont plus légitimes. C’est toujours dans ces moments que se produisent les jacqueries, les émeutes, les révolutions, les guerres civiles.
Je pense donc que si monsieur Macron aimait son pays et qu’il était un homme d’honneur, alors, il devrait démissionner.
Hélas, je ne pense pas qu’il y ait des cours à l’ENA sur ce qu’est l’honneur, ou sur la nécessité pour un chef d’Etat de chercher en priorité le bien de son pays.
Nous rentrons certainement dans le temps des tempêtes politiques parce que nos élites passent leur temps à traiter des problèmes qui n’intéressent personne (la construction européenne) tout en refusant de traiter les vrais problèmes (l’absence grandissante de démocratie dans nos institutions).
Comme le disait Toynbee, quand les élites sont incapables de traiter les problèmes qui assaillent les populations de leur pays, alors il n’y que trois solutions :
- Un changement des élites.
C’est ce qui vient de se passer aux USA.
C’est ce qui s’était passé en France en 1958.
- Un changement de régime politique.
La Russie en 1917
L’Union Soviétique en 1990.
- La disparition de la Civilisation.
L’Amérique du Sud, après l’arrivée des Espagnols.
l’Afrique du Nord Chrétienne et l’Egypte après les invasions musulmanes.
Je préfère le changement des élites aux deux autres, mais la question demeure : comment effectuer un changement de façon démocratique quand ceux qui nous gouvernent ont capturé tout l’appareil d’Etat et ne sont en rien démocrates ?
Je n’ai pas la réponse, mais je connais l’histoire de mon pays.
Dans le passé, en France, c’est en effet à ce moment que les fourches sortaient, que les barricades se dressaient et que nos gouvernants illégitimes partaient en hâte pour Londres.






