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Jean-Baptiste Noé

2020 : Prévisions géopolitiques

Il est d’ordinaire habituel, en fin d’année, de faire une rétrospective de l’année écoulée. Pour une fois, portons le regard directement vers 2020, qui s’annonce passionnant sur la scène internationale, et risquons-nous à l’écriture du feuilleton géopolitique de l’année à venir.

 

Janvier : le Brexit. Les commentateurs prédisaient une majorité relative à Boris Johnson. La veille de l’élection, on en entendit même qui disaient que l’écart entre Corbyn et lui serait faible. Résultat : une majorité absolue et l’un des plus gros scores des conservateurs depuis les années 1980. Johnson a épuré le parti des éléments les plus versatiles, ce qui lui a permis d’asseoir une autorité complète. Il peut donc rester en poste pendant cinq ans et mettre en œuvre le Brexit. Il y a donc de fortes chances pour que celui-ci soit effectif le 31 janvier. Il va être très intéressant de voir comment la Grande-Bretagne va ensuite évoluer.

 

Février : la claque des européistes. Ceux qui ont annoncé la victoire écrasante d’Hillary Clinton et la victoire au coude-à-coude de Johnson, annoncent donc que la sortie de l’UE sera un désastre pour le Royaume-Uni. Compte tenu de leur qualité prévisionnelle, on peut légitimement penser qu’il en sera l’inverse. Et si le Brexit se passait bien pour le Royaume-Uni ? Et si cela donnait des idées à d’autres pays ? Non pas les pays surendettés du sud, qui auront du mal à résister sur le plan économique, mais les pays bien gérés du nord et du centre. L’Autriche par exemple, ou le Danemark. L’effet mimétique risque de faire tanguer Bruxelles qui va devoir tout tenter pour masquer la réussite du Brexit et faire croire à une catastrophe.

 

Mars : Matteo Salvini devient Premier ministre. Fort de sa victoire dans la terre de gauche d’Émilie-Romagne fin janvier, Salvini a fait sauter la fragile coalition Cinque stelle Parti Démocrate. Le mouvement 5 étoiles a perdu son électorat, happé par la Ligue. Le Parti démocrate est discrédité, et notamment son brillant chef, Matteo Renzi. Renzi, né en 1975, président du Conseil des ministres en 2014, à 39 ans. La coqueluche de toute la gauche sociale-démocrate, qui devait faire souffler un nouveau vent sur l’Italie. Son brillant règne n’a duré qu’à peine deux ans. Il fut renversé dès 2016 à la suite d’une tentative ratée de réforme de la constitution.

 

Macron, le Renzi italien, n’a duré lui aussi que deux ans. Sa légitimité s’est fracassée sur le mouvement des gilets jaunes puis sur le dossier des retraites, où il a témoigné de son incapacité à porter la moindre réforme d’envergure. Il ne doit son maintien à l’Élysée qu’aux spécificités de la constitution française qui empêche de le renverser.

 

Salvini au pouvoir, rien n’est résolu pour l’Italie. Il annonce des baisses d’impôts, une flat tax, une réduction des entrées migratoires. Et si cela fonctionnait ? Si le chômage baissait et que l’économie italienne repartait ?

 

Avril : La dame rouillée. Dépassée, la vieille Angela Merkel n’a plus aucun pouvoir en Europe. Elle gère sa fin de mandat avec le même soin que les Allemands de l’Est lustraient leur Traban. Sa dauphine présumée est usée par la reine mère avant même qu’elle ne puisse arriver au pouvoir. Les Verts sont la puissance montante de l’échiquier politique allemand. Recyclant le marxisme peint aux couleurs de Gaïa, y ajoutant le fond de sauce gauchiste des militants de la Fraction armée rouge et la collusion avec l’islamisme, ils proposent une pensée politique vert-brun qui est la véritable menace d’un pays vieillissant. L’écologie est le nouveau spectre qui hante l’Europe. Surfant sur la peur, provoquant la panique climatique et exploitant l’ignorance et l’incrédulité, les néo-Rouges que sont les Verts annoncent réduction de l’espèce humaine et démantèlement des gains humains des deux derniers siècles. En Allemagne, ils sont aux portes du pouvoir, espérant y implanter leur social-écologisme.

 

Mai : Les nouveaux maîtres. Tandis que l’Allemagne s’enfonce dans la déprime et que l’écologisme menace de ravager le pays, Boris Johnson et Matteo Salvini sont les nouveaux maîtres de l’Europe. Grâce aux baisses d’impôts, à la réduction de la dette, à l’épuration de l’économie et aux rétablissements des frontières face aux défis migratoires, ils ont remis leur pays respectif en ordre de marche. Du coup, commencent à se diffuser en Europe l’idée qu’ils pourraient être des modèles à suivre.

 

En France, les candidats officiels du Prince-Président n’ont gagné pratiquement aucune ville aux municipales de mars. Toujours en panne d’idée, la droite a fait campagne sur « le développement durable » et « la transition énergétique », oubliant qu’il s’agissait d’abord de savoir bien gérer une commune. Ses candidats ont néanmoins réussi à préserver leurs mandats, au prix de quelques contorsions électorales. Mais l’exemple réussi de l’Angleterre et de l’Italie commencent à donner des idées à de nouvelles figures et à faire passer le parti socialiste du Rassemblement national comme complètement ringard.

 

Juin : Stupeur et illusion. Stupeur en France : les entreprises anglaises n’ont pas profité du Brexit pour venir s’installer à Paris. Pourtant, tout a été fait pour les attirer : le gouvernement n’a pas baissé le taux d’impôt sur les sociétés, le maintenant à 31% quand il est à 19% outre-Manche. Il a même eu la bonne idée, là aussi pour attirer les firmes de la City, d’augmenter de 20% la taxe sur les bureaux en Île-de-France. Et pourtant non, rien n’y a fait. La faute à ses maudits Anglais, qui ont installé un paradis fiscal aux portes de l’UE. Amélie de Montchalin a beau s’agiter et dénoncer le manque de fair-play de Boris Johnson, les Anglais ne semblent pas décidés à harmoniser leur politique fiscale sur celle de la France. Des Bordelais factieux ont même créé « Le mouvement Plantagenêt » qui demande le rattachement de la Guyenne à l’Angleterre afin de bénéficier des largesses fiscales du royaume.

 

Heureusement, de bonnes nouvelles nous arrivent des États-Unis où tous les journaux annoncent matin, midi et soir que Donald Trump n’a aucune chance de gagner l’élection de novembre et que Michael Bloomberg va être brillamment élu.

 

Juillet – Août : trêve estivale. Comme il faut chaud et que l’on dépasse même les 30° dans le Vaucluse, les journaux titrent sur « le réchauffement climatique ». La faute aux maires RN élus en mars dernier. En Afrique, comme tous les ans, la forêt brûle. Les JT font donc des reportages sur les feux de forêt en Amazonie, causés par Bolsonaro. Le Président Macron twitte une photo de 1974 où l’on aperçoit des arbres en feux, accusant le « Trump des Tropiques » d’être responsable de ces crimes écologiques.

 

Septembre : L’ordre règne à Brasilia. Presque deux ans que Bolsonaro est au pouvoir. L’heure des bilans commence donc à devenir possible. La première année de son mandat, la criminalité par balles avait baissé de 25%, ce qui n’était pas rien dans un pays qui avait connu près de 630 000 morts par balles en dix ans. Cette tendance s’est poursuivie et le Brésil redevient plus sûr. La lutte contre la corruption a permis de remettre en prison Lula et, avec lui, un grand nombre de cadres du Parti des travailleurs, qui s’étaient grassement nourris au cours de ces années de pouvoir. Le Brésil demeure malgré tout un pays fragile, et l’entourage de Bolsonaro n’est pas des plus performants.

 

Octobre : Drame humanitaire au Venezuela. Alors que la Bolivie se remet de ses années Morales et que le pays commence à redécoller, le pays du « socialisme du XXIe siècle » va mal. Il s’est quasiment vidé de ses habitants, qui ont trouvé refuge en Colombie et au Brésil. Mais Bogota et Brasilia ne veulent pas de ses populations intoxiquées par l’idéologie bolivarienne et qui alimentent des mouvements de subversions socialistes. Échaudée par les émeutes de novembre 2019, la Colombie ferme sa frontière et expulse les Vénézuéliens présents sur son territoire. Le Brésil fait de même. Ceux qui le peuvent tentent de fuir par les Caraïbes, devenant les « boat-people des Tropiques ».

 

Heureusement, au nord, tout s’annonce bien : Michael Bloomberg va gagner l’élection présidentielle, et Donald Trump va disparaître de l’histoire.

 

Novembre : Michael Bloomberg remporte l’élection américaine, Hillary Clinton est vice-présidente. Les JT ont déjà préparé leurs annonces du 3 novembre 2020 et les journaux ont fait imprimer les unes en août, quand les coûts d’impression sont moins chers. Tous les experts annoncent les résultats depuis février dernier, il n’y a donc pas l’ombre d’un doute. L’État de New York est d’ailleurs le premier à tomber dans l’escarcelle de Bloomberg ; la soirée électorale s’annonce bien. Ce sera le seul État. Trump est réélu et égale le record de Ronald Reagan en 1984, remportant 49 États sur 50. Les journalistes sont médusés face à cet événement inattendu.

 

Décembre : Pékin envahi Hong Kong. Après un an et demi de manifestations, Xi Jinping a décidé d’agir et de mettre un terme au principe « Un pays, deux systèmes ». L’armée chinoise a fait irruption dans la cité le matin du 25 décembre, profitant de la trêve de Noël en Occident.  Taïwan décrète la mobilisation générale et appelle à l’aide son allié américain. Le Japon et l’Inde annoncent leur solidarité avec Hong Kong et la Russie de Poutine rompt ses relations diplomatiques avec Pékin. Le 25 décembre 2020 au soir, la balle est dans le camp de Donald Trump.