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Jean-Claude Gruffat

Vue de New York, j’aurais souhaité qu’il fut innocent

Il s’agit bien sûr de Jerome Cahuzac, ministre du Budget, non par sympathie pour l’homme que je ne connais pas , mais plutôt par méfiance vis-à-vis du journalisme dit d’investigation, mon jugement sur l’animateur de Mediapart ayant été forge depuis longtemps par la lecture de La face cachée du Monde dont un certain nombre d’entre vous se souviennent sans doute.Or il était bien coupable et pris dans l’engrenage du premier mensonge, son sort était scelle. Il emporte avec lui les illusions que la campagne avait laissé espérer sur des institutions plus transparentes et intègres.

Pour tenter de préserver sa carrière, il a contribué à la perte de confiance de l’électorat dans l’administration Hollande. Il alimente dans les franges extrêmes de l’échiquier politique, le » tous pourris » des ligues d’entre les deux guerres.C’est un mauvais coup pour son clan qui demande à tous et particulièrement aux plus fortunes, de  contribuer de manière significative à la réduction des déficits.

Au-delà de son sort personnel, et des conséquences politiques de ce scandale, . je m’interroge sur ce que cette affaire relève de manière plus générale des comportements de notre société, singulièrement, en France face à l’argent.Notre pays, à ce titre très en phase avec son Président Normal,  n’aime pas les riches, qu’il définit de manière très large en incluant les classes dites moyennes supérieures..

A l’exception toutefois des artistes et sportifs…

Dans notre pays, surtaxe au niveau des particuliers, on observe pourtant une relative indulgence via vis de l’évasion fiscale, voire  de la fraude. Les taux de prélèvements notamment pour les revenus non déclarées par des tiers, employeurs, institutions bancaires et financières,  sont supérieurs à ce qu’ ils devraient être ce qui implicitement valide mon observation, un certain pourcentage des rentrées fiscales attendues ne se matérialise pas et le législateur corrige et surtaxe ceux qui s’acquittent de leurs obligations.D’où mon argument selon laquelle la fraude fiscale est avant tout un acte incivique pour le profit illicite d’un individu, ou de toute entité taxable, au détriment de la collectivité.

Si l’on accepte cette approche, la fraude est particulièrement répréhensible lorsqu’il s’agit d’élus, et plus généralement de personnes publiques.Le summum est évidemment le Ministre du Budget qui lui a la responsabilité institutionnelle de lutter contre cette fraude.Certes ce n’est pas la première fois qu’on observera un décalage entre le discours public et le  comportement prive, mais je considère pour ma part  que dans ce cas spécifique, on atteint le niveau maximum de l’inacceptable.Qu’il faut bien au moins en partie expliquer par ce sentiment diffus mais bien incontestablement présent  chez nos concitoyens, que nous sommes surtaxes, et qu’après tout, la faute peut s’expliquer, même si elle est inexcusable.

De ce cote de l’Atlantique, la fraude fiscale existe bien évidemment, mais ,elle est dissimulée, furtive, honteuse et personne ne s’en vante.Elle est aussi sévèrement réprimée non pas seulement par la confiscation des sommes en jeu, mais par de lourdes amendes et  des peines de prisons effectives.Dans un domaine différent, mais comparable, je me souviens d’un échange muscle que j’avais eu à Paris pendant un diner de l’Association Nationale des Docteurs en droit, avec l’époux récemment licencie d’un haut magistrat du siège. Ce personnage m’avait raconté avec une certaine fierté et sur un ton badin qu’il était tout à la fois bénéficiaire du RMI et redevable de l’ISF..

D’où sa surprise lorsque je lui ai signifié en termes non ambigus ce que je pensais de son comportement.

Qu’on se vante avec un parfait inconnu d’abuser de manière éhontée des .aberrations de notre système est bien la confirmation que les délinquants s’attendent à bénéficier d’une certaine indulgence lorsqu’ils franchissent la liste rouge qui sépare fraude de l’évasion fiscale.Aux Etats Unis, ou l’administration fiscale, le redoute IRS ( Internal Revenue Service), un Département du Trésor americain, est extraordinairement efficace – elle avait, non les Incorruptible – fait tomber Al Capone.

Les fraudeurs pris ne bénéficient d’aucune indulgence et les rigueurs de la loi sont appliquées.Pourtant les contribuables américains utilisent de manière agressive les dispositions complexes d’une législation abondante et touffue.Mais on sait, avec l’aide de spécialistes avertis s’arrêter pour ne pas commettre le délit d’abus de droit.Et l’argent ainsi économisé est souvent massivement utilise pour des dons qui ne bénéficient pourtant pas du traitement accorde en France, ou la déductibilité est effectuée sur l’impôt alors qu’ici elle est seulement sur la base fiscale.

Dans ce pays où comme l’avait déjà observé Alexis de Tocqueville, le principe de subsidiarité de l’Etat est endosse aussi bien à droite qu’à gauche, on constate en effet le rôle majeur de la philanthropie pour financer les religions, l’art, la culture, et les services hospitaliers.

Alors que les dons des particuliers en France sont limites, le public souscrivant à l’idée que la redistribution par l’impôt et les subventions publiques y pourvoira.

Il y loin me direz-vous de la fraude fiscale a la philanthropie.

Je préfère les Etats Unis qui taxent marginalement moins mais ne font preuve d’aucun laxisme ni tolérance pour la fraude, a la France, ou trop d’impôts tue les rentrées fiscales et excuse des comportements inacceptables.

Je comprends l’embarras de la gauche empêtrée dans cette affaire, mais à la place de la droite qui affiche sa satisfaction face à une telle aubaine, j’aurai un autre langage et élargirai le débat au thème de la pression fiscale insupportable.

« La pression est telle que même les meilleurs d’entre eux ouvrent des comptes en Suisse ».