Que le lecteur me permette de faire l’hypothèse que le régime des mollahs Iraniens touche à sa fin et que donc ce peuple sera à nouveau gouverné par des gens à peu près normaux.
C’est tout le mal que je lui souhaite.
Ce point étant accepté, quelles devraient être les conséquences économiques et financières d’une telle issue ?
A mon humble avis, une hausse des taux longs dans le monde entier.
Je m’explique.
Revenons à la chute du mur de Berlin en Novembre 1999.
L’Allemagne de l’Ouest, à l’époque, gênerait des excédents d’épargne considérables (commerce extérieur en excédent) et avec ces surplus, les Allemands achetaient des actifs dans d’autres pays telles des obligations d’Etat en France, en Italie ou aux USA.
Les taux dans ces pays étaient donc plus bas que la normale grâce aux achats allemands.
Tout d’un coup, après la chute du mur de Berlin, l’Allemagne de l’Ouest se retrouva dans l’obligation d’investir massivement en Allemagne de l’Est pour y amener les infrastructures à un niveau correspondant à celui de l’Allemagne de l’Ouest.
Et donc, les Allemands, d’abord cessèrent d’acheter les obligations allemandes françaises ou américaines et ensuite se mirent à les vendre, ce qui déclencha une hausse des taux de 200 points de base dans le monde entier quasiment instantanément.
Et deux ans plus tard, nous avions une récession en Europe et tout cela était parfaitement normal.
Explication.
Revenons à une réalité éternelle : Dans un pays si I est l’investissement et si S est l’épargne, ex post nous aurons toujours I=S.
Si (I) explose en raison d’une demande très forte pour de nouveaux investissements, il faudra que S suive et la seule façon de faire monter (S) est d’augmenter la rémunération des épargnants en faisant grimper les taux d’intérêts.
Et les secteurs qui étaient tout juste profitables ne le sont plus et nous avons une récession…
Pour parler comme un Wicksellian que je suis, la rentabilité marginale du capital explose à la hausse, et du coup le coût du capital doit monter aussi, ce qui fait sauter ceux qui ne peuvent payer le nouveau coût du capital.
Il s’agit d’un cas un peu particulier ou une récession arrive parce que la rentabilité moyenne du capital a soudain explosé à la hausse, ce qui est quelque peu difficile à admettre.
Venons-en à la situation actuelle au Moyen- Orient.
Si la théocratie iranienne crevait enfin de sa belle mort et si, comme je le crois, la région était en guerre perpétuelle depuis 1978 parce que cette théocratie millénariste subventionnait à tiroirs ouverts tous les terroristes de service, alors la paix va peut être s’abattre sur le Moyen-Orient, qui le mérite bien
Si cela était le cas, il va falloir rebâtir- ou bâtir- toutes les infrastructures en Syrie, au Liban, en Irak et surtout en Iran.
La rentabilité du capital investi dans ces pays martyrs va exploser à la hausse et tous leurs voisins du style les qataris ou les Saoudiens qui disposent d’un excédent d’épargne vont vouloir y participer.
Et du coup, ils vont devoir vendre les obligations françaises qu’ils détiennent.
La paix au Moyen Orient va donc déclencher une forte hausse des taux mondiaux réels.
Ce qui risque de faire sauter nos démocraties, comme la Suède en 1992 lorsque l’Allemagne se réunifia.
Conclusion
A mon avis, la combinaison de la paix au moyen orient et de l’émergence du cercle de Valérie Pieris comme moteur de la croissance mondiale va rendre les investissements dans les obligations émises par nos sociales-démocraties totalement non intéressants.
Les taux sur ces obligations vont devoir monter, beaucoup.
Et des pays comme la France ne pourront pas payer les nouveaux taux.
Plus que jamais, je reste baissier sur les obligations des pays de l’OCDE dont certains vont connaître le sort de la Suède en 1992.
Mais quand je pense à l’argent que les grandes sociétés industrielles vont gagner dans les années qui viennent en vendant leurs produits soit dans le cercle de Valérie Pieris soit au moyen orient, je me dis que je n’en ai pas assez.
Je suis incroyablement haussier sur les actions des grandes sociétés industrielles dans le monde.
Auteur: Charles Gave
Economiste et financier, Charles Gave s’est fait connaitre du grand public en publiant un essai pamphlétaire en 2001 “ Des Lions menés par des ânes “(Éditions Robert Laffont) où il dénonçait l’Euro et ses fonctionnements monétaires. Son dernier ouvrage “Sire, surtout ne faites rien” aux Editions Jean-Cyrille Godefroy (2016) rassemble les meilleurs chroniques de l'IDL écrites ces dernières années. Il est fondateur et président de Gavekal Research (www.gavekal.com).