L’arrestation de Nicolas Maduro fait beaucoup réagir. Au-delà des questions de légitimités juridiques et de retour de l’Empire américain, essayons de voir qu’elles peuvent en être les conséquences pour la France.
1/ Le Venezuela est notre voisin
Ce qui se passe au Venezuela nous concerne directement, puisque ce pays est notre voisin. Via la mer des Caraïbes, il est dans le même espace géographique que deux départements français, la Guadeloupe et la Martinique, et l’ensemble des îles des Antilles françaises. La question vénézuélienne nous concerne donc au premier plan. Et pas seulement depuis l’arrestation de Nicolas Maduro, mais depuis 1999 et l’arrivée d’Hugo Chavez au pouvoir.
Fait trop peu connus en France, le Venezuela joue un rôle de déstabilisation de l’espace latino-américain. Son soutien en pétrole à Cuba lui permet de maintenir en vie cette dictature, en lui livrant près de 40 000 barils de pétrole par jour. De même, il soutient le régime du Nicaragua.
Autre élément déstabilisant : de nombreuses bandes criminelles issues du Venezuela se sont répandues dans tout le continent, y compris au Chili et en Argentine. Des bandes criminelles d’une grande violence qui sèment la terreur dans les pays concernés. À tel point que ce sujet fut l’un des thèmes principaux de la campagne présidentielle chilienne.
Ces bandes criminelles sont également implantées en France, en Guadeloupe et en Martinique. À leur compte, de nombreux morts par balle, des violences urbaines et du trafic de drogue. Le Venezuela est un agent dissolvant des territoires français et cela fait trop longtemps que la France a fermé les yeux et laissé faire.
2/ Le Venezuela bolivarien est notre ennemi
La mentalité marxiste est si implantée en France que le régime d’Hugo Chavez et de Nicolas Maduro apparaît à beaucoup comme une sympathique farce tropicale. C’est occulter que c’est d’abord un régime révolutionnaire bolivarien qui a établi une redoutable dictature policière. On peut disserter à loisir sur le respect du droit international, mais le droit est fait pour protéger les faibles des forts pas pour protéger les dictateurs.
En 2024, Maduro a perdu les élections présidentielles et ne s’est maintenu au pouvoir que par la force de sa répression policière. En 2023, il menaçait d’envahir son voisin du Guyana afin de prendre possession de ses champs pétroliers. Depuis 1999, ce sont près de 8 millions de Vénézuéliens qui ont fui la dictature, la plupart s’étant rendus en Colombie (près de 3 millions) et près de 800 000 étant en Espagne.
En créant l’alliance bolivarienne, qui a regroupé la Bolivie marxiste d’Evo Morales (dont le parti vient d’être très lourdement battu aux présidentielles), l’Iran des mollahs et les partis d’extrême gauche européens, comme Podemos et LFI, le Venezuela chaviste a déstabilisé la région latino-américaine et une partie de l’Europe.
Par ignorance et désintérêt français de ce qui se passe en Amérique latine (à mon très grand regret), la question régionale a été abandonnée à l’extrême gauche. Qui sait que le pays avec lequel nous avons la plus grande frontière terrestre est le Brésil, via la Guyane ? Qui est informé de la déstabilisation des Antilles par la révolution bolivarienne ? L’Amérique latine est, malheureusement, un impensé de la vision géopolitique française.
3/ Le Venezuela est un agent de la drogue
La question de la drogue est un vrai et grave problème, beaucoup trop minoré en France alors que notre pays est submergé par la cocaïne. Le Venezuela n’est pas un pays producteur, mais un pays diffuseur selon un schéma assez simple : la révolution a besoin d’argent pour se financer et la dictature a besoin de dollar pour payer ses fidèles (notamment l’armée et la police). L’argent de la drogue sert donc à cela. Et le Venezuela bolivarien et l’entourage de Maduro sont des agents majeurs du trafic de drogue. Une drogue qui dissout le corps social américain, qui ruine la jeunesse, qui détruit l’avenir. C’est un vrai problème social et de santé publique. Aux États-Unis et en France. La Martinique est devenue un tremplin de la drogue vénézuélienne vers l’Europe. Les ports en sont infestés, les trafics enserrent le corps social. Or, les moyens français mis en place pour lutter contre ce fléau sont dérisoires : à peine quelques bateaux de la Marine, qui font ce qu’ils peuvent, c’est-à-dire pas grand-chose. Là aussi, aveuglement total des politiques sur les outre-mer et sur la réalité du trafic de drogue. Nous aurions dû collaborer avec les États-Unis dans la lutte contre les trafics plutôt que rester les spectateurs immobiles de ce qui se joue dans les Caraïbes.
4/ Après le Groenland, les Antilles ?
En géopolitique il y a quelques principes simples. Parmi eux, le fait que les vides finissent toujours par être occupés. C’est le cas du Groenland. Le Danemark s’en désintéresse complètement. Il fait pleuvoir la manne sociale sur les populations qui vivent essentiellement des transferts sociaux danois. Pendant ce temps, la Chine installe des bases « scientifiques », qui peuvent devenir des bases de renseignement, voire des bases militaires. Et la marine russe croise dans les mers du pôle Nord. De la même façon que les États-Unis ne voulaient pas de missiles à Cuba, ils ne veulent pas de Chinois au Groenland, c’est-à-dire dans leur espace vital. Un espace qui est laissé vacant par le Danemark. Donc, les États-Unis veulent en prendre le contrôle.
Et demain ? Les Antilles françaises ? Puisque nous n’en faisons rien, puisque nous n’avons aucun projet politique pour les outre-mer, pourquoi est-ce que les États-Unis ne jetteraient pas leur dévolu sur ces îles ? Comme pour la Nouvelle-Calédonie, dont le président Macron a tout fait pour qu’elle prenne son indépendance et qui se trouve de plus en plus dans la sphère chinoise. Quand on renonce à la puissance et à la présence, inutile de pleurer sur ceux qui portent encore le bâton de l’histoire.
5/ L’histoire n’est pas finie
Ce que nous démontre cet épisode, c’est que l’histoire n’est pas finie. Les frontières ne sont pas intangibles et ne sont pas fixées pour l’éternité. La force et la politique sont toujours des moteurs du monde. À nous de réagir, ou de périr.
Auteur: Jean-Baptiste Noé
Jean-Baptiste Noé est docteur en histoire économique. Il est directeur d'Orbis. Ecole de géopolitique. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages : Géopolitique du Vatican. La puissance de l'influence (Puf, 2015), Le défi migratoire. L'Europe ébranlée (2016) et, récemment, un ouvrage consacré à la Monarchie de Juillet : La parenthèse libérale. Dix-huit années qui ont changé la France (2018).
Saturne
8 janvier 2026J’ai des cousins au Chili. Leur vision du pays n’est pas celle des journalistes français.
yvblot
8 janvier 2026J’ai vécu au Venezuela pendant plus de 50 ans dont j’ai d’ailleurs la nationalité !
La démocratie régnait avant l’arrivée de Chavez au pouvoir et après ça a été la catastrophe. La pillage du pays par une élite avec l’implantation de l’idéologie cubaine qui comme cela a été démontré, Cuba est un vrai paradis sur terre !
S’appuyant sur l’arme et des milices que Chavez a créé, il n’ a jamais lâché le pouvoir et son prédécesseur non plus !
Maintenant, la gauche dénonce une violation du Droit Internationale ! Sachant qu’en 2024 a perdu l’élection présidentielle et qu’il est resté au pouvoir ou était donc la gauche pour dénoncer cela qui était aussi une violation de la démocratie ?
Alonso
8 janvier 2026Merci pour ces informations.
Robert
8 janvier 2026Une analyse factuelle, réaliste.
On approuve ou pas, mais les faits sont têtus !
robert
8 janvier 2026ignoble
Vel
8 janvier 2026Ah la dure loi de la réalité… Il faut réapprendre à vivre avec Monsieur!
Gaulois refractaire
7 janvier 2026Très, très instructif et »ré-informateur ». Merci !
Rob
8 janvier 2026Exactement