Commençons en énumérant des faits :
- Comme chacun le sait, l’or ne rapporte rien mais garde un pouvoir d’achat à peu près constant au travers du temps.
- Les actions, sur le long terme, sont un meilleur placement puisque leur détenteur participe à la croissance de l’économie mais le cours de ces actions varie énormément au travers du temps et d’une action à l’autre.
- Les dividendes payés par le marché des actions dans son ensemble sont quant à eux beaucoup plus stables.
- Il est possible de nos jours d’acheter l’ensemble d’un marché en une seule transaction,
Une solution pour l’épargnant est donc de se concentrer sur les dividendes, d’oublier les cours et de chercher la stabilité dans ses revenus.
Et c’est quelque chose que le marché facilite.
C’est ce que je vais essayer de montrer dans le papier de cette semaine.
Que le lecteur veuille bien considérer le graphique ci -dessous :
Explications
La ligne pointillée bleue représente les dividendes en dollars nominaux payés chaque année par l’indice américain du Standard and Poor 500. Le dividende du S&P 500 qui était de 63 cents par action en 1907 atteint à la fin de 2025 près de 119 dollars, ce qui est apparemment très satisfaisant, mais hélas, je sais que le pouvoir d’achat du dollar US a beaucoup baissé pendant cette période.
Pour avoir une idée du pouvoir d’achat « réel » de ces dividendes, il me faut diviser le montant versé chaque année par « l’étalon de valeur immuable et éternel », le cours de l’or, en dollar.
En fait, je calcule simplement la valeur « OR » de chaque dividende qui m’est payé et cette valeur or apparait sur le graphique comme la ligne rouge.
Et la première fois que j’ai fait ce calcul, j’en suis resté abasourdi : le dividende payé par l’indice américain depuis 1907 :
- N’a connu aucune croissance.
- Revient toujours à sa moyenne historique de 1gramme d’or
- Et oscille entre 1.7 gramme d’or (actions trop chères) et 0,4 gramme d’or (Or trop cher)
Aujourd’hui nous sommes à 0.6 sur le graphique ce, qui historiquement n’a pas été un mauvais niveau pour commencer à transformer son or en actions.
En dessous de 0,4, il faudra acheter des actions agressivement.
Ayant traité des faits, il va me falloir maintenant trouver une explication à cette extraordinaire stabilité du dividende exprimé en or.
Je vais en fournir une, mais je suis loin d’être certain qu’elle soit la bonne.
La voici.
Prenons un entrepreneur de 80 ans dont on peut penser qu’’il aura du mal à dépasser les 100 ans.
Après une vie de travail, il dispose d’une épargne abondante, en cash, après avoir vendu son affaire.
Il décide de prendre sa retraite.
Quels sont ses choix ?
- Mettre tout en or et dépenser chaque année 1/20 de son capital soit 5 %.
- Acheter des actions, et toucher des dividendes qui seront très inférieurs à 5 % de son capital puisque le rendement des actions US est aux alentours de 3 % et donc son niveau de vie sera inférieur au départ à celui qu’il aurait s’il avait choisi de devenir un rentier.
Mais son capital restera disponible à tout moment en cas de coup dur et ne baissera pas sur le long terme.
- Dans le premier cas, son capital de100 fond chaque année et son niveau de vie dépendra du moment où il est rentré. Il arrive à l’or de baisser. Après tout, de 1980 à 2000, l’or est passé de $ 800 /once à $ 250/once….
- Dans le second cas, son revenu sera plus faible, mais il garde le contrôle de son capital. Si je fais le calcul sur les 100 dernières années, la fondation qui aurait eu 100 à investir en valeur or a touché 100 grammes d’or en dividendes et la valeur de son portefeuille est passé de 100 à 175 puisque le S&P 500 a vu sur la période sa valeur passer de 100 à 175.
Le choix est donc entre un niveau de vie plus élevé pendant 20 ans et ne rien laisser après sa mort et un niveau de vie légèrement plus bas mais qui laisse son capital intact.
Tout homme rationnel choisira la deuxième solution à condition qu’il soit certain que son revenu ne sera pas trop bas.
Et ce que font les marchés est donc tout simplement de garantir au rentier que les dividendes versés représenteront au moins un gramme d’or par action du S&P achetée …
Qu’est que cela veut dire en termes compréhensibles ?
Une chose et une seule :
- imaginons que nous ayons des rentiers qui ont peur de prendre des risques et que le capital de ces rentiers soit convoité par des entrepreneurs toujours à court d’argent.
- Imaginons de plus que ces rentiers n’aient aucune confiance dans la monnaie nationale.
- Et imaginons enfin que le rendement des actions soit à 3 %.
Si j’investis 100 dollars je vais toucher 3 % par an, ce qui est beaucoup moins que 5 % si je vends 5 % de mon or chaque année, mais ces 3 % sont indexés sur les résultats des affaires du pays qui historiquement ont créée plus de valeur que l’or.
Je fais donc le pari que prendre des risques rapporte plus que de ne pas en prendre, ce qui est toujours vrai sur le très long terme mais pas toujours sur les 10 prochaines années.
La proposition que fait le marché aux rentiers pour le compte des entrepreneurs est donc la suivante : Vous me donnez votre capital et en retour, je vous sers du 3 % plus ou moins indexé sur la valeur de l’or.
Et, disent les entrepreneurs, grâce à l’efficacité des indices d’où sont sortis automatiquement les mauvaises valeurs remplacées par de bonnes sociétés, vous n’avez aucun risque de voir votre capital être détruit par les révolutions Schumpetériennes qui ne vont pas manquer de se produire. En réalité, l’indice S&P 500, grâce à ces changements, a, comme l’or, une duration infinie.
Et ça marche de façon impeccable depuis plus de 100 ans.
Dans le fond, la première solution (l’or) correspond a une retraite par répartition. On ne peut pas payer plus que ce que l’on a. Si celui qui a choisi l’or vit plus de cent ans, ses dernières années risquent d’être difficiles.
La deuxième correspond à une retraite par capitalisation : en mettant son capital à la disposition des entrepreneurs, on peut à la fois vivre convenablement, rester en contrôle de ses avoirs et préparer l’avenir des autres.
Je ne peux pas m’empêcher d’être à la fois émerveillé par l’intelligence des marchés et consterné par la stupidité de nos hommes politiques qui choisissent encore et toujours la répartition par rapport à la capitalisation, c’est-à-dire le passé par rapport au futur.
Apparemment, l’homme est le seul animal qui choisisse souvent le plus bête de la meute pour le diriger.
A cela, je ne peux rien changer.
Auteur: idlibertes
Profession de foi de IdL: *Je suis libéral, c'est à dire partisan de la liberté individuelle comme valeur fondamentale. *Je ne crois pas que libéralisme soit une une théorie économique mais plutôt une théorie de comment appliquer le Droit au capitalisme pour que ce dernier fonctionne à la satisfaction générale. *Le libéralisme est une théorie philosophique appliquée au Droit, et pas à l'Economie qui vient très loin derrière dans les préoccupations de Constant, Tocqueville , Bastiat, Raymond Aron, Jean-François Revel et bien d'autres; *Le but suprême pour les libéraux que nous incarnons étant que le Droit empêche les gros de faire du mal aux petits,les petits de massacrer les gros mais surtout, l'Etat d'enquiquiner tout le monde.
