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Romain Metivet

Les crises de la Mondialisation – Mars 2013

Nous ne vivons pas une crise mais des crises… Pour reprendre une expression de Michel Audiard, qui comme chacun sait, était un grand économiste, « les emmerdements ça vole toujours en escadrille »…

La mondialisation a conduit nos pays à laisser échapper, via les délocalisations leur substance productive pour s’installer dans le confort de la consommation, tandis que d’autres états devenaient producteurs de ce que nous consommons à crédit….. Tout cela a créé de nombreuses crises qui  se cumulent.

 La crise que nous traversons serait selon certains une crise du capitalisme. Luc Boltanski sociologue français né en 1940. Directeur d’études à l’ EHESS au cours la Leçon inaugurale qu’il a donnée lors des dernières « Rencontres de Pétrarque » en juillet 2012, a dressé un inventaire de la situation qui correspond au consensus de la majorité des élites françaises :

le néo libéralisme serait le grand responsable, car il défendrait la version du   capitalisme le plus extrême…

le capitalisme financier qui serait devenu dominant se soustrairait  à la régulation et à l’impôt. Il serait donc évident que toutes les crises  successives que nous connaissons est attribuable à « la finance globalisée ».  Toutes ces affirmations sont bien évidemment présentées comme des vérités définitives ne méritant même pas un débat !

 

La crise actuelle est très largement une crise des états, avant d’être une crise du capitalisme. Les états ont en effet pratiqué avec beaucoup d’allégresse le social-clientélisme qui consiste à acheter en permanence les voix des électeurs en émettant de la dette que nos enfants et nos petits enfants devront repayer.

 

Ce que nous vivons est donc une crise du dévoiement de nos systèmes politiques…. Winston Churchill disait à propos de la série d’événements qui ont conduit au nazisme. “Jamais dans l’histoire économique un si grand nombre d’hommes n’auront souffert de l’incompétence d’un si petit nombre d’hommes”

 

Nous allons donc faire un grand voyage dans le monde des crises et de celui de  la mondialisation.

 1-2 LE MOT CRISE

 

Le mot crise s’est propagé comme un virus pour désigner des choses très différentes. Il est devenu un vrai fourre tout qui installe le désordre dans les têtes des élites dirigeantes qui  présentent la crise comme un être exogène, une sorte de météorite, de Léviathan. C’ est une grave erreur.

Le concept central de « crise » perd à cause d’une multiplication d’usage beaucoup de ses significations analytique et empirique. Le mot crise sature l’espace médiatique au point d’en être vidé de son sens. Utilisée à outrance pour désigner un phénomène économique, la crise recouvre en fait une réalité plurielle qui témoigne d’un sentiment de rupture et de perte de repères systématique, qui caractérise le présent de nos sociétés modernes. En fait cette incertitude sémantique est liée à la polysémie du mot qui est la raison même de sa fréquente utilisation.

Notre présent est totalement envahi par la crise nous dit Myriam Revault d’Allonnes dans son dernier livre « La crise sans fin » Il ne s’agit pas de dire “Vive la crise” mais de l’appréhender comme une force positive qui devrait nous oblige à penser autrement.  Tout se passe comme si la crise économique concentrait toutes les difficultés de notre vécu quotidien. A supposer qu’un certain nombre de problèmes économiques soient résolus demain, on ne sortirait pas de la crise pour autant.

 

1-2-1 Les questions que suscite le mot crise

 

Nous allons nous poser un certain nombre de questions :

 

La crise est elle la conséquence du libéralisme et de l’économie de marché ?

Il n’est pas du tout prouvé que les banques ont été responsables ou uniquement à l’origine de cette crise, car les états ont une énorme part de responsabilité dans le désastre. C’est ce que décrit Charles Gave dans son livre « Libéral mais non coupable » (Editions Bourin)

 

Pourquoi n’a t on pas vu venir la crise et ne l’a t on pas prévenue ?

 

Quelles sont les caractéristiques de la crise ?

 

Comment la crise s’est elle déclenchée ?

 

La crise est elle mondiale ?

 

Quelles sont les retombées de la crise financière sur l’activité économique ?

 

Comment gérer la crise ?

 

La crise a t elle fait progresser l’Europe ?

 

Rentrons dans le vif du sujet

 

1-2-2 Ce que nous appelons “la crise” est en fait une mutation

 

Dès 1862, Clément Juglar  publiait “Des crises commerciales et de leur retour périodique en France, en Angleterre, aux Etats Unis”. Se basant sur une description méthodique des crises qui se sont succédé aux Etats Unis, en Angleterre et en France en 1804, 1810, 1813, 1818, 1826, 1830, 1836, 1839, 1947, 1857 il décrivait les signes précurseurs qui revenaient pratiquement à chaque crise: spéculation, crédulité du public, goût du jeu, désir de devenir riche comme à la loterie…

 

La mutation que nous vivons bien décrite par Alain Madelin, est celle d’un vieux monde  en train de disparaître. A travers la mondialisation, un nouveau monde est en train de prendre forme. Ce dont nous sommes les témoins depuis la chute du mur de Berlin, c’est l’ouverture au monde extérieur d’un ensemble de pays qui étaient totalement refermés sur eux-mêmes. C’est l’entrée de plusieurs milliards d’habitants dans l’univers de la société ouverte. Cette ouverture entraine une redistribution globale des avantages comparatifs au sein d’un monde nouveau où dominent les idées de marché et de libre échange.

 

La civilisation industrielle cède le pas à la société de la connaissance dont le meilleur symbole est internet, et qui est entraînée par l’avènement de très puissantes technologies.  C’est ce que, dans l’histoire de l’humanité, Alvin Toffler décrit sous le vocable de “Troisième vague” qui débouche sur une économie de la connaissance.  Nous sommes au pied d’un nouvel Himalaya de progrès scientifique et technologique où nous n’avons encore progressé que de quelques millimètres. Dans ce nouvel univers, le plus important est la créativité, donc la liberté et l’indépendance individuelle.

 

C’est la fin de l’Etat-providence. L’immense réseau des marchés financiers fait qu’il est désormais impossible de se mettre à imprimer de la monnaie de manière indiscriminée. Les marchés imposent un plafond à l’accumulation de dettes publiques. Il n’est plus possible de relever indéfiniment les impôts. Ce n’est pas une surprise pour tous ceux qui, avec Milton Friedman, et selon son excellent formule, savaient qu’il n’y a jamais de repas gratuit (“There is no such a thing as a free lunch”).

 

La crise de l’euro aurait du faciliter notre adaptation à toutes les réformes et efforts de libéralisation qu’exige cette grande mutation.  Mais, étrangement, c’est exactement l’inverse qui s’est produit.    Tout se passe comme si la plupart des hommes politiques et des leaders d’opinion ne voyaient dans cette crise que l’occasion d’obtenir leur revanche sur ces “diables de marchés”, et ainsi le moyen de sauver, par la cartelisation, cette part de pouvoir qui leur échappe de plus en plus.

 

L’établissement d’un super état européen est le moyen qui devrait leur permettre de rétablir le pouvoir du politique sur les marchés et l’économie. Il faudrait  plus de politique pour sortir de la crise, et plus de politique pour faire plus de croissance, pensent-ils. Mais ce n’est pas la solution. C’est le coeur du problème. Ceux qui poussent à ce super-Etat devraient adopter un profil plus modeste. Ce ne sont pas la spéculation ni les prises de risque des méchants traders des « hedge funds » et de Wall Street, ni les imprudences des grandes banques multinationales qui ont fabriqué cette crise financière dont nous sommes aujourd’hui les malheureuses victimes.

 

Ce que nous vivons est une crise politique, une crise du politique. Elle puise ses racines dans un excès d’endettement qu’on nous a toujours présenté comme le meilleur investissement possible, et qui n’a trouvé preneur que parce qu’il a été imposé aux circuits financiers par la réglementation.

 

Les dysfonctionnements de l’euro sont le produit de mauvaises idées politiques et d’erreurs de gestion politique car les règles du système n’ont pas été respectées. Les dirigeants politiques ont pris leurs libertés avec la discipline économique qu’était censé instituer le Pacte de stabilité.

 

L’euro a permis à de maintenir en vie de mauvaises politiques nationales qui n’auraient pas survécu aux contraintes d’une monnaie nationale, si celle-ci était encore en place. En bref, l’euro a permis à beaucoup de continuer à vivre en dépensant comme des grecs mais en empruntant comme des allemands.

 

La mise en place de l’Euro en 1999, monnaie unique, loin de constituer un bouclier, a exacerbé la compétition à l’intérieur même de la zone Euro. L’Allemagne l’a parfaitement compris, mais pas la France. Parallèlement, l’entrée de la Chine dans l’OMC en 2001 a exercé un phénomène comparable d’intensification de la concurrence au niveau mondial

 

Nous voici donc , individus et sociétés plongés dans l’angoisse d’une crise financière d’une ampleur hier insoupçonnée et aujourd’hui inappréciable dont personne ne paraît totalement comprendre les rouages et qui oblige gouvernants régulateurs et décideurs à placer le long terme à la semaine suivante, sans conviction au delà…

Elle est en fait beaucoup plus que cela. C’est une crise fondamentale et globale de l’argent.  Si l’argent est impensé,écrit  Charles-Henri Filippi dans “L’argent sans maître”, c’est parce que les philosophes contemporains sont coupés de l’argent par la barrière du mépris et par celle de la complexité.

 

 

1-2-3 L’évolution du mot crise

 

1-2-3-1 La crise et le corps humain

 

Le mot « crise » est dérivé du verbe grec krinein, qui signifie « juger »  terme tiré du champ médical. Parler de « crise » revient donc à considérer la société comme un corps qui aurait ses propres affections. La crise est le moment où les symptômes se dévoilent. Pour les grecs le mot se rattache d’abord au modèle médical, mais aussi au judiciaire, au politique, et au militaire.

Pour la médecine hippocratique, dans les Traités de l’Ecole de Cos, le corps humain est composé de quatre « humeurs fondamentales » (théorie humorale) qui lorsqu’elles sont en juste rapport de mélange (l’ « eucrasie » soit l’équilibre) assurent la santé de l’individu, mais qui provoquent une maladie quand une de ces humeurs est en défaut ou en excès, ou n’est pas combinée avec le reste.

Autrement dit, tout déséquilibre (« la dycrasie ») touchant ces humeurs se traduit par une maladie et éventuellement une crise. Dès lors une maladie incurable est une maladie qui ne parvient jamais à la crise.

 

La crise serait comme la fièvre du malade, le symptôme du dévoiement du capitalisme ! c’est le thème du livre d’Henri de Bodinat « Les sept plaies du capitalisme »

 

On serait plutôt dans l’anosognosie qui est une maladie qui consiste à ne plus réaliser qu’on est atteint d’une maladie ! La victime n’a plus conscience de son désarroi.  La France souffre d’anosognosie collective. François Hollande pendant la campagne des primaires a tenu un discours où la crise économique paraissait étrangement absente. Les maux dont souffrait la France venaient du fait qu’elle n’était pas dirigée par la bonne personne. Il suffisait donc d’écarter Sarkozy et tout s’arrangerait. Il suffisait pour reprendre la formule de « ré-enchanter la réalité ». En disant cela il ne pouvait pas être accusé de mensonge puisqu’il s’agissait de faire rêver. .

 

La mot crise signifie aussi la décision. C’est lié au sens  précédent. Il faut prendre une décision pour en sortir.

 

La crise signifie enfin filtre, tamis, c’est à dire le jugement. Crise et critique ont la même étymologie.

 

Rien n’est plus angoissant que de ne pas pouvoir poser un jugement, de n’avoir aucun critère, pour identifier le mal qui nous affecte. Point de basculement de l’histoire, la crise nous responsabilise et nous oblige à l’avenir.

 

1-2-3-2 La crise et le corps social

 

Le terme de crise, qui faisait initialement référence au corps humain, renvoie à partir du XIXème siècle au corps social. La société devient, par analogie, un organisme vivant. C’est à cette époque que se constituent les sciences sociales et que la doctrine économique se renforce. Les nouveaux médecins au chevet de la modernité réfléchissent aux fonctionnements et dysfonctionnements de la société.

 

Les crises deviennent bien plus problématiques lorsque nous ne sommes plus en mesure de les diagnostiquer, et qu’elles laissent l’homme dans l’incapacité à s’orienter. Alors il s’agit d’innover, comme l’entend le philosophe Thomas Kuhn : il faut ouvrir un paradigme plus fécond pour interpréter le problème et le résoudre.

 

Face à l’inexpliqué, il faut penser « outside the box » (=en dehors de la boite). En un sens, quand la crise est en crise, il est temps d’innover.                                                                                               

 

D’ailleurs le mot crise en chinois fait appel à deux idéogrammes : danger et opportunité.

En 1997 au moment de la grande crise asiatique, les historiens de la banque mondiale ont identifié 200 épisodes similaires entre le milieu du XIXème et la fin du XXème.

 

1-2-4 Les définitions de la crise

 

Qu’est ce qu’une crise ? L’entrée  de la crise dans les discours politiques et médiatiques se fait exclusivement par le biais économique. Pourtant des auteurs tels que Anah Harendt ont écrit dans les années 60 un certain nombre d’ouvrages fondamentaux sur la crise de la culture, de l’éducation de l’autorité de la transmission, des valeurs… Si l’on veut vraiment réfléchir sur la crise, il n’y a pas que la crise économique. La crise est un état d’exception dont on doit sortir.

 

Une crise économique est une dégradation brutale de la situation économique et des perspectives. Son étendue sectorielle, temporelle et géographique peut aller d’un seul secteur d’une seule région pour une brève période à l’ensemble de l’économie mondiale Si elle dure, on parle alors de ralentissement économique ou, plus grave, de récession économique. Une telle crise comporte souvent (mais pas systématiquement) des répercussions sur le niveau des salaires et la valeur du capital (valeurs boursières). Cela  provoque des faillites et du chômage, accroît les tensions sociales, et peut même avoir des répercussions sanitaires.

 

La crise est le moment de retournement d’un cycle économique. Dans la théorie marxiste, les crises sont interprétées comme le moyen par lequel le capitalisme se réorganise. D’ailleurs, en anglais, le mot crise économique est compris au sens marxiste et il est peu utilisé. Il lui est préféré les termes plus économiques de « dépression »  ou de « récession ». C’est ainsi que la crise de 1929 s’appelle pour les anglo saxons « Grande Dépression » ou que la crise économique de 2008-2010 est appelée « Great Recession »

En Français,  le terme crise comporte l’idée, proche du marxisme, qu’une page se tourne et qu’il convient que le capitalisme soit réformé. Dans cette optique, la crise économique est parfois vue comme un phénomène qui ne se termine qu’avec l’adoption d’une nouvelle structure économique.

 

Chaque crise apparait spécifique, car elle s’inscrit dans un contexte différent et combine de diverses manières un certain nombre de mécanismes généraux. A l’origine de la plupart des épisodes de fragilité financière se trouve un emballement du crédit qui déclenche un mécanisme d’accélérateur financier qui se propage à différents marchés boursiers immobiliers. Cette fragilité se convertit alors en crise ouverte avec une probabilité d’autant plus forte qu’entrent en résonance les différents marchés d’actif.

 

La crise des subprime (=crédits immobiliers) est devenue une crise bancaire en septembre 2008 avec la faillite de Lehman Brothers pour s’élargir à la finance à l’économie et au social. Depuis,  elle a muté en Europe, pour déclencher une crise des  dettes souveraines

 

 

 

La crise est d’abord européenne. La faillite de Lehman Brothers aura été le détonateur mais elle aurait eu lieu de toute façon. C’est une crise globale, à la fois financière, économique et sociale. Son origine a deux causes, une cause  structurelle et une cause conjoncturelle.

Du point de vue structurel, tous les ressorts de la croissance sont cassés en Europe depuis longtemps et durablement. La population ne croit plus et l’immigration ne vient pas prendre le relais de cette stagnation. Il n’y a plus de gains de productivité faute d’un niveau insuffisant d’innovations et de recherche-développement. Enfin la consommation est atone du fait de la montée du chômage, du surendettement et des politiques d’austérité. Résultat, les entreprises n’investissent pas. Conséquence, le potentiel de croissance de l’Europe dans les dix ans qui viennent est proche de zéro, entre 0,5% et 0,7% en rythme annuel.

Du point de vue conjoncturel, depuis 2000, le surendettement du fait des bas taux d’intérêts, le surinvestissement de capitaux venant de l’Europe du Nord vers l’Europe du Sud. La mécanique du trop plein d’argent pas cher mal employé s’est inversée. On en paie désormais le prix.

Il y a deux scénarios possibles : celui de la dislocation européenne ou celui de l’intégration. La seule certitude que l’on peut avoir est que le statu quo n’est pas tenable.

1-2-5 Les interprétations de la crise

 

Plusieurs interprétations de la crise s’opposent entre elles qui traversent la droite comme la gauche :

 

L’une plutôt libérale, voudrait que la crise soit liée avant tout à l’endettement des états, lui même étant la conséquence de  l’effet de la démagogie de nos gouvernements successifs. Il faudrait donc réduire les dépenses publiques, toute la difficulté étant d’y parvenir sans casser la croissance.

 

L’autre analyse privilégiée par les néorépublicains qui à l’instar d’Henri Guaino ou de Jean Pierre Chevènement étaient depuis l’origine hostiles à l’Euro. Pour eux la crise ne proviendrait nullement du laxisme passé, mais de l’absence totale de politique économique, sociale et monétaire de l’Union Européenne.

 

L’Europe serait ainsi livrée à la domination des marchés et à la concurrence de la Chine. Cette dernière exerce en toute tranquilité un triple effet de dumping sur nos vieux états providence :

1/ économique (coûts de production 25 fois inférieurs aux nôtres),

2/ social (pas de syndicats et des salaires horaires dignes du XIXème siècle)

3/ monétaire avec un yuan sous évalué.

La crise est le résultat d’une idéologie qui a poussé l’Etat à s’endetter sans limites.  La responsabilité des élites politiques qui avaient promis une Europe de la croissance et du plein emploi doit être aussi prise en compte. Comme elles ont délivré de la décroissance et du chômage, il faut bien trouver un bouc émissaire.

 

Cela a aussi également permis à certains financiers de s’enrichir. Ce qui est un problème assez facile à traiter.  Il existe de nombreuses  pistes pour neutraliser les profiteurs de la crise : traders, agences de notation et officines privées qui édictent des normes. Si cela continue, dans un pays comme la France il n’y aura bientôt plus que le Caisse des Dépôts et quelques familles françaises pour investir durablement dans nos entreprises et donc créer des emplois.

 

Ce n’est pas une crise que nous vivons mais le bouleversement d’un monde qui change. La crise ne vient pas du libre marché, mais surtout d’un mauvais pilotage monétaire des Banques Centrales.

 

1-2-5 Les auteurs à lire : C Kindelberger, J Schumpeter, C Gave…….

 

Charles Kindelberger en 1978 dans son livre « Histoire mondiale de la spéculation financière » a montré qu’il n’y avait pas de capitalisme sans crises financières. Des épisodes spéculatifs reviennent inlassablement déstabiliser les marchés, ruiner les institutions et redistribuer les richesses.

 

Joseph Schumpeter  en 1942 publie “Capitalisme, Socialisme et Démocratie”. Rédigé dans les années 1930 et publié en 1942, cet essai porte la marque des échecs de la vieille Europe, notamment après la première guerre mondiale, la révolution communiste, la crise de 1929 et la montée des fascismes.

Il pose les questions qui hantent la politique du XXe siècle, dont la survie du capitalisme et la compatibilité du socialisme et de la démocratie.

 

Charles Gave  dans « Libéral mais non coupable » (…. ?)  Le capitalisme et son pendant intellectuel, le libéralisme ne sont pas une idéologie, mais la simple constatation qu’une forme de production complètement décentralisée et prenant ses informations d’un système de prix libre arrive à de meilleurs résultats sur le long terme qu’un système de production lié à l’état.

 

Charles Gave dans” C’est une révolte ? Non sire c’est une révolution” (…. ?) Nous sommes entrés, depuis un certain temps déjà, dans la troisième grande révolution technologique que l’humanité ait connue. Après être passés de la cueillette et du nomadisme à l’agriculture puis à l’ère industrielle, nous entrons dans l’économie de la connaissance. Cette révolution aura des conséquences incommensurables sur la société et l’organisation du monde : disparition du modèle social français ; affrontement direct entre le modèle individualiste anglo-saxon et le modèle communautariste religieux islamique ; faillite de l’euro, la dernière tentative de superstructure monétaire totalement archaïque ; fin de la plus-value industrielle au profit de la plus-value intellectuelle, etc.Mais les ” princes ” qui nous gouvernent refusent d’affronter cette réalité. Par méconnaissance ou par malhonnêteté, ils ” vendent ” encore au bon peuple une société déjà morte. Ils n’ont qu’un seul objectif : que le peuple continue de payer pour cette illusion.Et qu’une seule peur : que le ” tiers-état ” moderne se révolte comme en 89. Pourtant, qu’ils le veuillent ou non, la révolution a commencé !

 

Pascal Salin dans « Revenir au capitalisme …. Pour éviter les crises » défend l’idée qu’il vaut mieux accepter le vent du grand large plutôt que de persévérer dans la médiocrité du protectionnisme.  Pascal Salin (né le 16 mai 1939 à Paris) est un économiste français, professeur à l’université de Paris IX Dauphine, spécialiste de la finance publique et ancien président de la Société du Mont Pèlerin (1994-1996). D’inspiration libérale et libertarienne, son travail s’inspire de Frédéric Bastiat, Ludwig von Mises et Friedrich Hayek

 

Ludwig von Mises : « Il n’y a aucun moyen d’éviter l’effondrement final d’un boom provoqué par une expansion du crédit. L’alternative est de savoir si la crise doit arriver plus tôt, par l’abandon volontaire d’une expansion supplémentaire du crédit, ou plus tardivement, comme une catastrophe finale et totale du système monétaire affecté » (Ludwig von Mises Human Action 1949).

 

Alain Touraine,  dans « Après la crise » montre que le monde des élites, celui des majors des grandes institutions financières et industrielles appartient à un territoire qui n’est plus national. Il est le premier sociologue français à prendre au sérieux le phénomène de la globalisation.

 

Mathieu Pigasse  dans son livre « Révolutions » estime que  la mère des crises n’est pas celle de la finance mais celle de l’Europe. Une crise économique, politique morale globale. Aucun programme de soutien financier, même massif, ne sera en soi suffisant pour renouer avec la croissance. Il faut écrit il, un nouveau partage de la valeur ajoutée. Est il raisonnable sage et efficace économiquement de voir les grandes entreprises dégager des dizaines de milliards d’euros de bénéfices , mais ne pas les redistribuer à leurs salariés et ne pas les réinvestir ? Elles préfèrent les distribuer à leurs actionnaires étrangers américains ou chinois, ou procéder à des rachats d’actions. Enfin il faut soutenir la dépense publique utile, l’innovation, l’investissement dans les infrastructures.

 

 

 

 

 

Elie Cohen : « Penser la crise »

1-3 LA MONDIALISATION

 

1-3-1 La mondialisation fait basculer le centre de gravité du capitalisme

 

La mondialisation a fait basculer le centre de gravité du capitalisme vers les pays émergents, ces derniers assurent désormais 52% de la production industrielle, réalisent 48% des exportations et détiennent 80% des réserves de change mondiales. L’occident se voit contester le monopole qu’il détenait sur l’histoire du monde depuis le XVIème siècle.

 

La mondialisation a conduit nos pays à laisser échapper, via les délocalisations leur substance productive pour s’installer dans le confort de la consommation, tandis que d’autres états devenaient producteurs de ce que nous consommons à crédit. D’un côté les dettes souveraines, de l’autre côté les fonds souverains…

 

Apple est un des symboles les plus éloquents de la mondialisation : ses produits sont conçus en Californie et assemblés en Chine par Foxconn. Apple regroupe à peine une cinquantaine de milliers de salariés et Foxconn un million. La part chinoise pour l’assemblage des différents composants d’un iPhone 5 n’est que de 4% du prix de vente.                                         

 

1-3-2 La mondialisation serait une menace

 

La mondialisation est inscrite dans les réalités industrielles d’aujourd’hui.

Elle est toutefois présentée par ses adversaires comme une menace et comme la cause de tous les malheurs qui nous arrivent.

 

La mondialisation  a touché durement les travailleurs non qualifiés. La classe moyenne est très touchée par l’atrophie de l’industrie. De plus, les outils de l’état providence sont mis à mal par la mondialisation : la solidarité est tuée par un marché dual  du  travail avec les « in » (ceux pour qui tout va bien) et les « out » (les jeunes et les seniors). Parallèlement l’élitisme républicain est tué par une école en échec et  l’innovation rendue plus difficile par l’égalitarisme des chercheurs…

 

La démondialisation chère à Arnaud de Montebourg  avant d’être nommé Ministre du Redressement Productif relèvait du mythe. Que deviendraient les voitures, les avions, les équipements « made in France » si nos importations en matière électronique ou informatique en provenance de Taiwan  ou du Japon étaient interrompues !                                                                                                                   

 

Un mauvais air protectionniste plane donc sur la politique. Les règles de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) ont entrainé une mutualisation des prix et des actifs  qui évite que se pérennisent des anomalies de marché. Par exemple, le prix du chocolat est a peu près le même partout dans le monde,  mais cela crée aussi des conditions de contamination entre pays. Au total, la mondialisation aurait montré les limites de l’articulation traditionnelle entre le capital et le travail.

 

Le « Buy American Act » existe, il est appliqué tous les jours.  Rien ne devrait empêcher la mise en place d’un « Buy European Act »  qui devrait cesser de faire de l’Europe un moulin ouvert à tous les vents de la concurrence et une machine à détruire les emplois.  Il n’est pas possible d’avoir des frontières totalement ouvertes sans la même réciprocité en contrepartie.

 

1-3-3 La mondialisation mérite un débat de qualité

 

La mondialisation mérite un débat de qualité. Elle  est réalisée, le protectionnisme est impossible à remettre en place. La critique du libre échange faite par le camp anti mondialisation est faible. De toute façon,  le traité européen comporte bien  une clause de sortie volontaire de l’Union, mais pas de clause de sortie de l’Euro.  

 

L’Allemagne est de plain-pied dans la mondialisation. Le Capitalisme rhénan  a des performances qui sont les meilleures du G7, le sort de la zone Euro est entre ses mains. La France, au contraire, n’y est pas du tout. Elle est rentrée dans la crise économique actuelle  sans être vraiment sortie de celle de 1973, faute d’avoir pu ou su adopter un modèle économique adéquat

 

La France est donc coupée aujourd’hui en trois: 

 

1/ une France qui vit dans la mondialisation, qui accepte l’économie de marché et qui a confiance dans l’avenir. Toutes les enquêtes d’opinion se recoupent pour estimer que cela représente environ un tiers des français.

 

2/ une France qui vit protégée par l’Etat à l’ombre de statuts particuliers, de subventions et d’allocations diverses. Ce qui ne représente pas moins de 20M de français.

 

3/ une France des exclus.   Cette France qui compte désormais 25M de personnes est la honte de « ce-modèle-social-que-le-monde-nous-envie » comme François Mitterrand et Jacques Chirac l’ont répété pendant des années dans un même aveuglement coupable…

 

 

1-3-4 Les auteurs à lire : F Bastiat, D Cohen, N Baverez

 

Fréderic Bastiat (1801-1850):  est un économiste né au Pays Basque et homme politique qui a attaché son nom à la lutte contre le protectionisme et le socialisme sous toutes ses formes. Son influence est plus importantes à l’étranger qu’en France où il est méconnu. “La Loi” a pourtant été tiré à plus d’un million d’exemplaires et  15 000 exemplaires se vendent chaque année aux États-Unis. Ronald Reagan disait de Basquiat  qu’il était son économiste préféré. Margaret Thatcher le citait comme l’un des économistes l’ayant le plus influencée : « En me replongeant dans les écrits de Bastiat, j’ai découvert une défense de la liberté et de l’autonomie individuelle à la fois élégante et puissante », ou bien « Bastiat nous a rappelé que le sens du pouvoir va des individus vers le haut, et non de l’État vers le bas. C’est un message de tous les temps. De même, Alain Madelin lui reconnaît une influence majeure : « Fondamentalement, Bastiat nous rappelle que la pensée libérale, avant d’être une pensée économique, est aussi et surtout une pensée philosophique, juridique et politique de la libération de l’homme.

Il faut lire « Les harmonies économiques » et la « Pétition des marchands de chandelles, bougies, lampes, chandeliers, réverbères, mouchettes, éteignoirs … » et généralement de tout ce qui concerne l’éclairage. Devant la concurrence du soleil qui est intolérable, ils demandent une loi qui ordonne la fermeture de toutes les fenêtres, lucarnes, abat-jour, contre-vents, volets, rideaux, vasistas, oeils de bœuf, stores, en un mot de toutes les ouvertures…

 

Daniel Cohen dans « La mondialisation et ses ennemis » publié en 2004  présente les deux camps opposés à la mondialisation: d’un côté les Mollahs dénonçant l’occident et la corruption du monde; de l’autre, les ennemis du capitalisme qui soulignent que le capitalisme est une forme d’oppression exercée sur les peuples. Il démontre que ces différents courants sont contredits notamment par les avancées technologiques, les peuples disposant des moyens de modeler le monde.

 

Nicolas Baverez, avec son  livre, « La France qui tombe »  publié en 2003 a créé  véritablement un événement. Il y dit quelques vérités que les Français avaient jetées au fond du puits afin de ne pas troubler leur digestion. Il agace. Il fait même scandale parce qu’il dérange les autruches, les ravis du sérail et les politiciens de droite et de gauche qui, en évitant les réformes de fond, ont laissé dégringoler l’économie française. Il est difficile de résister à son mélange de rigueur, de modestie et de raideur, qui fait de lui le digne héritier de Raymond Aron, sa référence, dont il partage le pessimisme fondamental. Sans parler de son courage. Celui, notamment, de déplaire

 

Philippe Manière dans “Le pays où la vie est la plus dure” explique très bien que la mondialisation, c’est plus de risques et aussi plus d’opportunités. Or en France parce que la société est figée, seule une toute petite minorité fermée profite des nouvelles opportunités. La France est devenue le pays ou la vie est la plus dure du fait de l’endogamie de nos élites, de l’immobilisme de l’état, de nos structures sociales et d’une culture obsessionnelle de la rente et de la protection qui nous empêchent d’avancer.

 

Christian Saint Etienne : Dans « France état d’urgence. Une stratégie pour demain » il qualifie François Hollande de « Gorgatchev français inconscient des terribles leviers de l’histoire qu’il actionne ». Pour l’auteur « La France est au bord du dépôt de bilan économique et moral car elle a renoncé à se battre puisqu’elle n’est responsable de rien. Tout est de la fautre des autres : la globalisation, l’Allemagne, l’Euro, l’immigration. On s’accomode du déclin pourvu qu’il soit lent et confortable. Nous sommes au bout de ce projet faramineux : faire de la France une grande Corrèze fascinée par la littérature du XIXème siècle, les foires aux bestiaux et les arts premiers » (Le Figaro 07/01/2013)

 

Nicolas Bouzou : « Quatre propositions pour que l’Europe ne tombe pas dans le protectionisme » (Fondapol 01/03/2009)

 

Jacques Sapir Directeur à l’EHESS, économiste du Front de Gauche (=Melenchon),  grand adepte de la démondialisation  « Démondialisation » est le titre de son dernier ouvrage. Il rebaptise l’antimondialisme, « protectionisme européen » Cela ressemble à de la propagande de nostalgiques de la planification communiste et du protectionnisme conservateur qui ont trouvé une nouvelle occasion de s’en prendre à l’économie de marché.

1-4 LA DYNAMIQUE DES CRISES

 

Les crises ont une formidable dynamique endogène où les contradictions non seulement ne riment pas avec impossibilité mais deviennent des stimuli de croissance. La crise économique est donc à la fois fin et commencement, rupture d’équilibre et rééquilibration soudaine entre les différentes branches du produit social et devient l’élément essentiel d’une dynamique saisie comme la faculté du système capitaliste à surmonter provisoirement mais périodiquement ses contradictions.

 

Les crises sont constituées de plusieurs séquences : une phase d’essor, une phase d’engouement et d’emballement, une phase de peur et de désordre, une phase de consolidation et enfin une phase de redressement.                                                                                                       

 

La fin du communisme et la chute du mur de Berlin ont été la disparition d’un horizon d’espérance pour toute une génération qui attendait tout du marxisme. Cela explique en partie que la France soit le pays le plus rétif à la mondialisation et à l’économie de marché. Elle est un mélange de gaulois et d’Amish. Comment nos enfants pourraient ils avoir confiance en l’avenir lorsqu’on leur explique qu’il faut avoir peur de l’atome, peur d’internet, peur du Wi Fi, peur de ce qu’ils ont dans leur assiette, mais aussi peur de la finance, peur des marchés, mais aussi et surtout des inventions, du progrès en général et puis des autres, de tous ceux qui sont différents.

 

La question des restructurations industrielles est encore plus préoccupante. La crise atteint plus fortement les entreprises françaises parce que l’appareil de production a vieilli, faute d’investissements, lesquels ont manqué à l’appel en raison de l’insuffisance des fonds propres.

 

Changement: comme le disait Jean Monet « Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise »

 

 

1-4-1 Les auteurs à lire : S Gruzinski, JP Betbèze, J Attali

 

Serge Gruzinski dans son livre “L’Aigle et le Dragon” fait le récit de la première mondialisation qui a eu lieu au XVIème siècle par les espagnols et les portugais, qui pour la première fois se déploient à l’est comme à l’ouest sur la scène planétaire en Asie et en Amérique. Il s’agissait de faire main basse sur le pétrole de l’époque qui était les épices. Elles étaient recherchées pour la conservation alimentaire, le goût, la pharmacopée. Grâce aux conquêtes cela permettait également d’établir une monarchie chrétienne universelle…

 

Jean Paul Betbèze dans « Crise une chance pour la France » (PUF 2009) se pose la question :sommes nous en France au fond de la piscine ? Que nous reste-t-il à faire ? Un violent coup de pied pour remonter ? Ou bien allons-nous nous installer dans une crise latente et attendre des jours meilleurs ? La politique du changement est un art toujours long à mettre en place avec des résultats non assurés mais c’est en même temps un art nécessaire à pratiquer…

 

Jacques Attali a publié en 1981 “Les trois mondes” (Fayard) dans lequel il défendait des idées bien différentes de celles qu’il exprime aujourd’hui : « il faut que vienne au pouvoir un groupe social ayant intérêt et capacité à dépenser les surplus pour mettre en œuvre les nouvelles technologies en un projet, une culture, une conception des rapports des hommes avec le monde. Il faut dévoyer la culture, jusqu’à son cauchemar jusqu’à la nausée de la fascination.Dévoyer les mots, la monnaie, les pouvoirs, les objets en changer l’usage en ridiculiser la fonction » ….!

 

 

 

Après « Les crises de la mondialisation » nous traiterons successivement :

Les crises : approche historique 1

Les crises : approche historique 2

Les crises : approche typologique

La crise française

La crise de l’Europe

La crise américaine

La crise asiatique

Les crises de l’Amérique Latine, de l’Afrique, du Moyen Orient, de la Russie

La crise du politique

Les solutions