11 mars, 2026

Le retour du nucléaire

Dans la vie, soit on se contredit, soit on se répète. À Boulogne-Billancourt, lors du Sommet sur le nucléaire civil, la Commission européenne a choisi la contradiction. Tant mieux pour les industries du continent, mais que de temps perdu.

 

Il y a quatre ans, fin 2021 début 2022, la Commission et de nombreux pays d’Europe annonçaient vouloir réduire la part du nucléaire civil, au profit des éoliennes et des panneaux solaires. En janvier 2022, la Belgique annonçait un plan pour fermer ses centrales. En France, Emmanuel Macron n’était pas en reste. En dépit des analyses et des mises en garde de nombreux spécialistes, il était décidé que le nucléaire était terminé.

Cette industrie fut sauvée une première fois par l’invasion de l’Ukraine, quand de nombreux pays se sont rendu compte qu’ils ne pourraient plus se fournir en gaz russe. Puis, une seconde fois avec les tensions dans le golfe Persique. À quoi s’ajoutent les retards et les coûts des panneaux solaires et de l’éolienne.

 

Revirement complet

 

La présidente de la Commission européenne a donc opéré un revirement complet.

Réduire le nucléaire en Europe était « une erreur stratégique », a-t-elle affirmée le 10 mars lors du sommet sur le nucléaire civil tenu à Boulogne-Billancourt. Enfin, serait-on tenté de dire. C’est tout à son honneur de reconnaître cette erreur et de revenir en arrière. Mieux vaut se contredire que de s’enferrer dans un chemin qui détruit l’industrie européenne et qui surenchérit le coût de l’énergie. Selon les propos rapportés par l’AFP, Ursula von der Leyen a poursuivi : ce choix a eu pour conséquence de détourner l’Europe « d’une source fiable et abordable d’énergie à faibles émissions ». Ce après quoi elle a annoncé la création d’une garantie de 200 millions d’euros pour soutenir l’investissement dans le nucléaire innovant.

 

La même journée, Emmanuel Macron a lui appelé les secteurs public et privé à investir dans le nucléaire civil : « chaque acteur public et privé (doit) prendre sa part pour continuer de mobiliser les investissements » en faveur du développement du nucléaire civil, « un véritable secteur d’avenir pour nos énergies, nos sociétés, nos pays ». Et il a poursuivi : « J’appelle aussi les banques et les fonds d’investissement qui doivent faire un effort », notamment en « capital-risque pour les projets les plus risqués ».

 

C’est un revirement complet dont on ne peut que se réjouir. Beaucoup de temps ont été perdus. On pense notamment à la fermeture de Super Phénix et de Fessenheim, orchestrée par Lionel Jospin et François Hollande en échange de quelques voix écologistes lors des présidentielles. Saborder le futur pour tenter de gagner une élection est une spécialité politicienne.

 

Industrie nucléaire

 

Que ce soit en Ukraine ou en Iran, on mesure à quel point les conflits ont des conséquences directes sur l’accès à l’énergie et sur le prix d’achat. Or, la souveraineté ne consiste pas à tout produire soi-même, l’autarcie est impossible, mais à diversifier suffisamment ses sources pour ne pas dépendre d’un seul acteur. Que ce soit en matière de gaz, de pétrole, d’uranium.

 

La souveraineté nécessite aussi de disposer d’ingénieurs et d’ouvriers qualifiés. Or, le revirement nucléaire ne passe pas uniquement par des investissements, fussent-ils de 200 millions d’euros. C’est tout le discours des écoles d’ingénieur qu’il faut changer et l’idéologie écologiste qu’il faut déraciner. Une idéologie présente sur le plateau de Saclay, qui a vu TotalEnergies empêché d’un partenariat avec Polytechnique et les industries nucléaires avoir du mal à recruter de bons ingénieurs et techniciens. C’est ici un écosystème industriel et intellectuel qu’il faut renouveler de fond en comble.

Le changement de discours politique l’y aidera. On le voit d’ailleurs dans les élections municipales en cours, où les discours écologistes sont beaucoup moins présents qu’en 2020 et 2014. Le retour à la réalité et à la raison.

 

On peut donc espérer que ce soit toute l’industrie nucléaire qui soit de nouveau tirée vers le haut. Pas seulement les grands groupes, mais aussi toutes les PME et les sous-traitants, dont le réseau en France est dense et de grande qualité. La même semaine, Emmanuel Macron a annoncé, à l’Île-Longue, vouloir étoffer les réserves du nucléaire militaire. Là aussi, ce sont de nouveaux débouchés pour l’industrie française. Plus que jamais, en ce début d’année 2026, le nucléaire est de retour. Un retour à la réalité et à la nécessité.

 

 

 

Auteur: Jean-Baptiste Noé

Jean-Baptiste Noé est docteur en histoire économique. Il est directeur d'Orbis. Ecole de géopolitique. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages : Géopolitique du Vatican. La puissance de l'influence (Puf, 2015), Le défi migratoire. L'Europe ébranlée (2016) et, récemment, un ouvrage consacré à la Monarchie de Juillet : La parenthèse libérale. Dix-huit années qui ont changé la France (2018).

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