19 mars, 2026

La morale de la guerre

La guerre répond à des lois, que les belligérants respectent rarement. Des lois imposées par le plus fort et qui, à force de batailles, donnent le droit international. Les lois de la guerre sont attelées à la morale, d’une part pour respecter autant que faire se peut la dignité des belligérants, d’autre part pour sauver le futur et ne pas se détruire dans la guerre du présent.

 

Si la morale dans la guerre peut sembler futile, voire inutile, elle est au contraire fondamentale. Elle est ce qui permet à la guerre de ne pas sombrer dans une totale inhumanité, de ne pas absorber l’homme dans une animalité totale. La morale, avec l’honneur et le code militaire, dispose un vernis essentiel et salutaire sur des combats destructeurs et annihilateurs. La morale permet de faire de la guerre un moment de confrontation et non pas un moment de destruction mutuelle. En définissant des règles et des codes, la morale permet de préparer l’après-guerre, c’est-à-dire la reconstruction et la réconciliation. Comment se réconcilier avec un ennemi si celui-ci a commis des crimes de guerre, a détruit des bâtiments civils et historiques, s’en est pris aux femmes et aux enfants, et pas seulement aux soldats ? Si on accepte que, dans un conflit, les soldats tombent et fassent le sacrifice de leur vie, il est en revanche injuste que les combattants s’en prennent aux personnes faibles et sans défense. La morale est là pour fixer une limite, déterminer ce qui est possible et ce qui est inhumain, maintenir le conflit, même de haute intensité, dans le champ de l’humanité. Les lois de la guerre ne sont certes pas toujours respectées, mais la morale permet de maintenir les hommes à flot et d’éviter qu’une civilisation ne coule totalement.

 

Buts de guerre

 

Parmi les présupposés de la morale figurent les buts de guerre.

Pourquoi porter l’épée et surtout la mort et la destruction ? La guerre juste a été définie par les Romains et reprise et déployée par saint Augustin. Parmi les critères, celui de la proportionnalité : la guerre ne doit pas engendrer plus de dégâts qu’elle ne cherche à en éviter. Les buts de guerre doivent aussi être clairement énoncés et reposer sur des éléments de vérité. Le mensonge contrevient aux lois de la guerre. Les États-Unis en ont fait les frais en 2003 dans la guerre lancée contre l’Irak, s’appuyant sur de fausses armes de destruction massive. Dans la guerre contre l’Iran, il semblerait qu’un autre mensonge ait été affirmé : celui de la poursuite du programme nucléaire iranien.

 

La démission de Joe Kent, directeur du centre national du contre-terrorisme, est un premier accroc au discours officiel. Le 18 mars est venu un second accroc, de taille : la cheffe du renseignement américain, Tulsi Gabbard, a ainsi affirmé, dans une déclaration écrite, que l’Iran n’a pas essayé de relancer ses activités d’enrichissement nucléaire depuis l’attaque américano-israélienne de juin 2025.

« À la suite de l’opération Midnight Hammer, le programme d’enrichissement nucléaire iranien a été anéanti. Depuis lors, aucun effort n’a été entrepris pour tenter de rétablir leurs capacités d’enrichissement ». Et plus loin d’écrire que « Les entrées des installations souterraines qui ont été bombardées ont été recouvertes de terre et bouchées avec du ciment ».

 

Cela contrevient directement aux raisons invoquées par Donald Trump. Qui a par ailleurs lui-même changé de buts en guerre, en parlant d’abord de l’obtention de l’arme nucléaire, puis du changement de régime afin de mettre en place une démocratie. Mais aucun changement de régime ne s’est jamais fait par les bombes et par les airs.

 

Si les affirmations de Tulsi Gabbard sont vraies, et il n’y a pas de raison d’en douter, c’est un très sérieux démenti aux causes de la guerre. Cela signifierait qu’il y a eu tromperie. Mais cela nous rappellerait aussi à quel point la démocratie est une chose précieuse. Que des autorités officielles puissent contredire le chef de l’État, que des journaux puissent relayer l’information, que celle-ci puisse être discutée et contredite, est le sens même de la démocratie, fondée notamment sur la liberté d’expression. C’est ce qui distingue les États-Unis d’autres pays, et la démocratie libérale des systèmes dictatoriaux. Ce débat est précieux et lui aussi répond au respect de la moralité de la guerre.

 

 

Auteur: Jean-Baptiste Noé

Jean-Baptiste Noé est docteur en histoire économique. Il est directeur d'Orbis. Ecole de géopolitique. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages : Géopolitique du Vatican. La puissance de l'influence (Puf, 2015), Le défi migratoire. L'Europe ébranlée (2016) et, récemment, un ouvrage consacré à la Monarchie de Juillet : La parenthèse libérale. Dix-huit années qui ont changé la France (2018).

16 Commentaires

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  • Gilles Leflambe

    23 mars 2026

    Une democratie ne suppose pas qu’un gouvernement moral et éthique travaillant dans le sens du bien commun. Elle suppose aussi des médias avec les mêmes caractéristiques : morale règles transparentes et pluralismes des opinions sans censure. On en est bien loin que ce soit sur les politiques, l’administration et les médias.

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  • Bilibin

    21 mars 2026

    Le responsable de l’unité 731 (crimes de guerre du Japon) a obtenu des USA l’immunité jusqu’à la fin de sa vie en échange des données de recherche (seuls ceux qui ont fini entre les mains des soviétiques ont réellement été condamnés)
    Cet accord a été tenu secret pendant des décennies
    Nuremberg était une exception, la réalité est plus sombre et les règles sont aisément enjambées s’il y a quelque chose à y gagner/par pragmatisme

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  • Sylvain Lamothe

    20 mars 2026

    Protocole de Lahaye : interdiction de faire des dommages graves à l’environnement qui perdure à la fin des combats nécessaires de protéger les femmes et les enfants et non- combattant et les futures enfants a naître.
     » Armements uranium appauvri  » ce monde est effondré depuis bien longtemps !

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  • KhongBietSo

    20 mars 2026

    Au moins, les foreurs et frakeurs texans qui étaient en faillite ont pu être rachetés à vil prix, et vont redevenir rentables pendant quelques années pour leurs nouveaux propriétaires…
    Ce n’est jamais perdu pour tout le monde.

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  • LEJEUNE

    20 mars 2026

    Benjamin Netanyahou est face à une alternative soit la paix et il va en justice et en prison pour tout ce qu’il a fait comme malversations, soit la guerre et c’est la liberté pour lui. Donc il a choisi la guerre et peu importe le prix pour le monde. Trump est aux ordres de netanyahou qui en tant que chef du mossad et Epstein était un agent du mossad a des dossiers compromettants. Donc ces dirigeants font la guerre non pas pour des motifs d’intérêts géneral, mais pour leur survie. C’est honteux.

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  • Alberto

    20 mars 2026

    Vous dites qu’il n’y a pas de raison de douter des propos de Tulsi Gabbard alors qu’aucune preuve de ses propos n’est invoquée. Il en est peut-être de même des affirmations de Donald Trump, mais pourquoi faudrait ne pas douter des paroles de l’une et douter des paroles de l’autre?

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    • Jacques B.

      23 mars 2026

      Exact.

  • Jepirad

    20 mars 2026

    Il est impossible de mettre un commentaire ici.

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    • Jacques B.

      23 mars 2026

      Très compliqué en effet, et ça ne change pas malgré les nombreuses fois où on le signale…

  • Philippe

    20 mars 2026

    Je trouve que le gouvernement Israélien se comporte comme un enfant gâté ; les USA devraient mettre ce gouvernement au pied du mur en exigeant qu’il fasse ce qu’il faut pour s’arranger avec les pays voisins. Mis devant ce niveau de nécessité et de compromis, les choses évolueraient.

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  • Michel Bergès

    20 mars 2026

    Il n’est pas convenable pour un historien de comparer son objet passé à sa propre contemporanéité. Mais un comparaison est utile entre les Présidents des États-Unis « FDK » (Franklin Delano Roosevelt) et « DT » (Donald Trump). Concernant le nazisme, le premier a parlé de « reddition sans condition » (lors de la conférence de Casablanca des 14-24 janvier 1943 à l’Hôtel d’Anfa), mettant en avant des valeurs chrétiennes et humanistes. Le second, qui a prétendu l’imiter, réduit ses décisions à du « Business », détruit la planète sans « état d’âme », bafoue le Droit international (auquel son prédécesseur était attaché en l’ayant renforcé). Vengeur après son assassinat auquel il a par miracle heureusement échappé (dans la tradition de ce « monde libre » états-unien « sur-armé »), TRUMP a semé la haine partout dans le monde, fort de son calvinisme intégriste associé au « sionisme-révisionniste » (qui se définit ainsi historiquement et n’a rien à voir, dit en passant, avec l’ensemble du sionisme ni avec le judaïsme dans sa longue histoire civilitationnelle). Acte trumpiste de force, loin des intérêts de tous les peuples de la Terre. Ce dernier croirait-il encore à l’éternité du dollar-papier fondé sur le pétrole et non plus sur l’or ? Rodomontades, mensonges, manipulations, arrogance, transfuge de ses propres discours, démesure de nouveau riche d’origine allemande, pourtant … Telle est l’image qu’il a révélé de lui. Mais quoi que l’on en pense, il mériterait de se voir attribuer le PRIX NOBEL DE LA GUERRE.

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  • Karl DESCOMBES

    20 mars 2026

    Vous vous trompez lourdement sur le fonctionnement de la « démocratie » US actuelle.
    Il est bien plus facile de noyer la vérité sous une montagne d’informations fausses, tout en la laissant au grand jour, que d’essayer de la cacher.
    L’immense majorité (80?) des gens n’a envie de voir que ce qu’elle a envie de voir.
    En donnant plein d’alternatives fausses mais qui ne seront jamais testées, on donne aux gens le narratif qu’ils attendent.
    Les études sociologiques ont montré qu’une fois au pouvoir, un régime se maintient s’il rassemble 8% de la population qui croient fermement au système.
    On n’est pas à 92% de désapprobation pour TRUMP.

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    • Yam's

      20 mars 2026

      Mais on est à plus de 92% de désapprobation pour Macron et …

  • Robert

    20 mars 2026

    La vraie raison de cette guerre, la raison  » profonde  » ne serait-elle pas liée à l’ animosité manifestée par l’ Iran envers Israël ?

    Répondre
    • Karl DESCOMBES

      20 mars 2026

      « Animosité » est faible comme mot.
      L’Iran a une « Volonté affichée de destruction ».
      Pour Israël, c’est une question de survie.

    • Lieu Tenant

      31 mars 2026

      @ robert
      L’animosité est reciproque.

      @ karl
      Pour les USA est-ce aussi une « question de survie » ?

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