La guerre répond à des lois, que les belligérants respectent rarement. Des lois imposées par le plus fort et qui, à force de batailles, donnent le droit international. Les lois de la guerre sont attelées à la morale, d’une part pour respecter autant que faire se peut la dignité des belligérants, d’autre part pour sauver le futur et ne pas se détruire dans la guerre du présent.
Si la morale dans la guerre peut sembler futile, voire inutile, elle est au contraire fondamentale. Elle est ce qui permet à la guerre de ne pas sombrer dans une totale inhumanité, de ne pas absorber l’homme dans une animalité totale. La morale, avec l’honneur et le code militaire, dispose un vernis essentiel et salutaire sur des combats destructeurs et annihilateurs. La morale permet de faire de la guerre un moment de confrontation et non pas un moment de destruction mutuelle. En définissant des règles et des codes, la morale permet de préparer l’après-guerre, c’est-à-dire la reconstruction et la réconciliation. Comment se réconcilier avec un ennemi si celui-ci a commis des crimes de guerre, a détruit des bâtiments civils et historiques, s’en est pris aux femmes et aux enfants, et pas seulement aux soldats ? Si on accepte que, dans un conflit, les soldats tombent et fassent le sacrifice de leur vie, il est en revanche injuste que les combattants s’en prennent aux personnes faibles et sans défense. La morale est là pour fixer une limite, déterminer ce qui est possible et ce qui est inhumain, maintenir le conflit, même de haute intensité, dans le champ de l’humanité. Les lois de la guerre ne sont certes pas toujours respectées, mais la morale permet de maintenir les hommes à flot et d’éviter qu’une civilisation ne coule totalement.
Buts de guerre
Parmi les présupposés de la morale figurent les buts de guerre.
Pourquoi porter l’épée et surtout la mort et la destruction ? La guerre juste a été définie par les Romains et reprise et déployée par saint Augustin. Parmi les critères, celui de la proportionnalité : la guerre ne doit pas engendrer plus de dégâts qu’elle ne cherche à en éviter. Les buts de guerre doivent aussi être clairement énoncés et reposer sur des éléments de vérité. Le mensonge contrevient aux lois de la guerre. Les États-Unis en ont fait les frais en 2003 dans la guerre lancée contre l’Irak, s’appuyant sur de fausses armes de destruction massive. Dans la guerre contre l’Iran, il semblerait qu’un autre mensonge ait été affirmé : celui de la poursuite du programme nucléaire iranien.
La démission de Joe Kent, directeur du centre national du contre-terrorisme, est un premier accroc au discours officiel. Le 18 mars est venu un second accroc, de taille : la cheffe du renseignement américain, Tulsi Gabbard, a ainsi affirmé, dans une déclaration écrite, que l’Iran n’a pas essayé de relancer ses activités d’enrichissement nucléaire depuis l’attaque américano-israélienne de juin 2025.
« À la suite de l’opération Midnight Hammer, le programme d’enrichissement nucléaire iranien a été anéanti. Depuis lors, aucun effort n’a été entrepris pour tenter de rétablir leurs capacités d’enrichissement ». Et plus loin d’écrire que « Les entrées des installations souterraines qui ont été bombardées ont été recouvertes de terre et bouchées avec du ciment ».
Cela contrevient directement aux raisons invoquées par Donald Trump. Qui a par ailleurs lui-même changé de buts en guerre, en parlant d’abord de l’obtention de l’arme nucléaire, puis du changement de régime afin de mettre en place une démocratie. Mais aucun changement de régime ne s’est jamais fait par les bombes et par les airs.
Si les affirmations de Tulsi Gabbard sont vraies, et il n’y a pas de raison d’en douter, c’est un très sérieux démenti aux causes de la guerre. Cela signifierait qu’il y a eu tromperie. Mais cela nous rappellerait aussi à quel point la démocratie est une chose précieuse. Que des autorités officielles puissent contredire le chef de l’État, que des journaux puissent relayer l’information, que celle-ci puisse être discutée et contredite, est le sens même de la démocratie, fondée notamment sur la liberté d’expression. C’est ce qui distingue les États-Unis d’autres pays, et la démocratie libérale des systèmes dictatoriaux. Ce débat est précieux et lui aussi répond au respect de la moralité de la guerre.
Auteur: idlibertes
Profession de foi de IdL: *Je suis libéral, c'est à dire partisan de la liberté individuelle comme valeur fondamentale. *Je ne crois pas que libéralisme soit une une théorie économique mais plutôt une théorie de comment appliquer le Droit au capitalisme pour que ce dernier fonctionne à la satisfaction générale. *Le libéralisme est une théorie philosophique appliquée au Droit, et pas à l'Economie qui vient très loin derrière dans les préoccupations de Constant, Tocqueville , Bastiat, Raymond Aron, Jean-François Revel et bien d'autres; *Le but suprême pour les libéraux que nous incarnons étant que le Droit empêche les gros de faire du mal aux petits,les petits de massacrer les gros mais surtout, l'Etat d'enquiquiner tout le monde.