Plusieurs étudiants, qu’ils soient en école de commerce ou d’ingénieur, me rapportaient la présence de plus en plus importante de cours consacrés à l’écologie, qui devenaient de véritable moment de propagande. Des « moments pédagogiques » qui se faisaient à la place des cours fondamentaux qui auraient dû être délivrés par ces écoles : moins de finance, de marketing, de mécanique, de chimie et, à la place de l’écologie, via des interventions d’associations, des témoignages et des « sensibilisations », sans aucune contradiction scientifique.
Cette intrusion de l’écologie politique, qui a peu de choses à voir avec le véritable souci écologique, ce marxisme vert qui est une autre forme du wokisme, a été analysé et quantifié par le Ceru, un laboratoire de recherche qui étudie les champs universitaires. Leur étude intitulée « Grandes écoles de commerce : foyer du radicalisme écologique » permet de prendre la teneur de cette déviance, mais surtout d’en comprendre les causes.
Réorientation des programmes
L’étude constate tout d’abord que, depuis une quinzaine d’années, les grandes écoles de commerce françaises ont profondément réorienté leurs enseignements pour placer l’écologie au centre de leurs programmes. Ce mouvement, d’abord progressif, a pris une ampleur considérable : les cursus intègrent désormais des centaines d’heures consacrées aux enjeux climatiques, des tests obligatoires de connaissances environnementales, des séminaires de sensibilisation et une refonte complète des cours traditionnels. Selon le rapport, cette transformation dépasse largement la simple prise en compte des défis écologiques : elle s’apparente à un basculement idéologique qui fait de la décroissance et de la critique du capitalisme la nouvelle grille de lecture des écoles de management. En somme, du marxisme vert injecté dans la tête de ceux qui devront ensuite diriger des entreprises et participer au développement économique.
L’intégration de l’écologie s’installe dès l’entrée dans les cursus. La Fresque du Climat, un outil de sensibilisation fondé sur une démarche militante assumée, est devenue obligatoire dans de nombreuses écoles. Le Sulitest, présenté comme l’équivalent environnemental d’un test de langue, est désormais imposé dans plusieurs établissements et, parfois, passé à deux reprises au cours du cursus. De quoi tester le degré d’intégration de la nouvelle matrice intellectuelle.
Parallèlement, chaque école a mis en place des enseignements obligatoires. Sciences Po dispense ainsi un grand cours de culture écologique, l’EM Lyon propose dix semaines d’initiation aux enjeux climatiques. À l’ESSEC comme à l’EDHEC, ces obligations représentent plus d’une centaine d’heures annuelles.
Le problème, c’est que ces enseignements prennent la place des cours fondamentaux, qui sont la véritable raison d’être de ce type d’école. Et s’il est important de traiter de l’écologie, ces types de formation le font très souvent avec un seul angle : celui de la décroissance, de la limitation des ressources et de l’anti-capitalisme. Rejet de la science, rejet des nouvelles technologies, rejet du débat scientifique marquent très souvent la vision unilatérale de l’écologie.
Anthropocène : un faux concept
L’une des caractéristiques marquantes relevées par l’étude est la diffusion massive du concept d’Anthropocène. Malgré le rejet officiel de cette notion par la Commission internationale de stratigraphie, considérée comme scientifiquement non pertinente, plusieurs écoles continuent de l’enseigner comme un cadre fondamental. L’EM Lyon a ainsi créé un poste de doyen associé à la pédagogie en Anthropocène et a structuré un parcours complet autour de cette notion. HEC, l’ESSEC, l’ESCP ou l’EDHEC inscrivent également ce concept au cœur de leurs programmes, convaincues qu’il permet de repenser les activités économiques à l’aune de limites planétaires considérées comme immuables.
Cette dynamique s’accompagne d’une transformation profonde de l’ensemble des disciplines. Sous l’impulsion du projet ClimatSup Business, conçu avec le Shift Project de Jean-Marc Jancovici, les écoles ont révisé tous leurs enseignements pour intégrer les enjeux socio-écologiques dans la finance, le marketing, la stratégie, les ressources humaines ou le droit. L’objectif est désormais affiché : former 100 % des étudiants à la transition écologique et aligner les cours sur les Objectifs de Développement durable de l’ONU. Le rapport y voit une uniformisation idéologique, qui réduit le pluralisme intellectuel au profit d’un récit unique centré sur la décroissance et la sobriété.
Pourquoi un tel changement ?
Après avoir décrit le phénomène, le grand intérêt de l’étude est d’en comprendre les causes. Pour les auteurs du Ceru, il ne s’agit pas tant d’une adhésion à cette idéologie qu’une nécessité normative pour tenir la compétition internationale.
Les grandes écoles sont en effet classées et se voient décerner des qualifications et des accréditations dont l’obtention est fondamentale pour pouvoir attirer de bons étudiants et pour maintenir leurs prix de scolarité. Or, ces classements prennent de moins en moins en compte la pédagogie, la réussite des élèves et la formation délivrée par l’école et de plus en plus le respect des pratiques écologiques.
En clair, les écoles doivent mettre de l’écologie et adopter la vision décroissante afin de pouvoir conserver leurs labels et bien figurer dans les classements.
Les classements internationaux, comme ceux du Financial Times, de QS Sustainability ou des Impact Rankings du Times Higher Education, accordent désormais un poids considérable aux critères environnementaux, sociaux et de diversité, parfois au détriment total des critères académiques. En réponse, les écoles restructurent leurs programmes non pour renforcer l’excellence académique, mais pour se conformer à ces nouveaux standards. Les accréditations, notamment celle de l’AMBA, jouent un rôle similaire en exigeant explicitement la formation de « leaders responsables » capables de répondre aux défis planétaires.
Le rapport souligne plusieurs conséquences préoccupantes de cette mutation. La première est une défiance croissante envers l’innovation et le progrès technique, systématiquement présentés comme insuffisants, voire dangereux. Cette posture risque de limiter la capacité des futurs cadres à analyser objectivement les solutions technologiques nécessaires à la transition écologique.
La deuxième conséquence touche au rapport au travail : les entreprises pourraient accueillir des diplômés qui, socialisés dans une culture de suspicion vis-à-vis des organisations et du marché, seraient enclins à contester les décisions stratégiques ou à refuser de travailler dans certains secteurs jugés incompatibles avec leurs convictions.
Enfin, le rapport évoque un risque de perte de compétitivité internationale : alors que d’autres pays continuent de former des dirigeants orientés vers l’innovation et la croissance, la France prendrait le risque de s’engager dans une dynamique économique décroissante.
Ce n’est donc pas un problème qui concerne uniquement les étudiants de ces établissements, mais la nation tout entière. Une mauvaise compréhension des phénomènes contemporains, un rejet de la science et de l’innovation, pénalisent les entreprises françaises, provoquent un décrochage international et, in fine, font perdre de la puissance. Le risque de décrochage du tissu économique est réel.
Si l’écologie est importante, elle ne peut être instrumentalisée par un discours militant. Elle a besoin de science, de débats et de raison.
Auteur: Jean-Baptiste Noé
Jean-Baptiste Noé est docteur en histoire économique. Il est directeur d'Orbis. Ecole de géopolitique. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages : Géopolitique du Vatican. La puissance de l'influence (Puf, 2015), Le défi migratoire. L'Europe ébranlée (2016) et, récemment, un ouvrage consacré à la Monarchie de Juillet : La parenthèse libérale. Dix-huit années qui ont changé la France (2018).
Freeman
26 décembre 2025Je constate avec déception que vous vous dites l’Institut des Libertés, mais manifestement pas celui de la Liberté d’Expression. Un nom quelque peu usurpé, donc.
Je consulte heureusement bien des sites qui n’ont pas vos blocages et n’hésitent pas à divulguer les informations essentielles, voire vitales pour notre temps.
Freeman
18 décembre 2025Je suis surpris que vous n’ayez pas publié mon commentaire où je donnais la cause profonde du phénomène que vous décrivez. C’est à l’évidence nons seulement que vous ne l’avez pas comprise vous-même mais que vous refusez de la comprendre. Ayant suivi Charles Gave depuis de nombreuses années, que je considère comme moi-même être un homme épris de liberté et ouvert d’esprit, je ne peux que m’étonner d’un tel obscurcissement mental et émotionnel de votre part.
Le lien que j’ai donné est fondamental et explique toute la mécanique sous-jacente qui anime tous les désordres incompréhensibles de notre société à l’échelon mondial. Le remède est dans l’information et le fait qu’il soit porté à toutes les consciences humaines sur cette Terre, la réalité du piège qui est en train de se refermer sur toutes les libertés du monde.
Votre ignorance n’est pas coupable mais ce dont vous êtes moralement coupable est votre refus de prendre conscience et de partager à la plus grande échelle possible la conscience généralisée qui seule pourra permettre de protéger l’Humanité du péril IRREVERSIBLE qui la menace.
Lorsque, dans les années 80, en Pologne avec Solidarnosc, TOUT LE MONDE s’est retrouvé dans la rue EN MEME TEMPS, la dictature est tombée en 24 heures et même chose à Berlin Est.
Vous êtes sans doute encore trop jeune pour réaliser ces choses mais lorsque les menaces dont je parle se seront réalisées, vous tomberez de très haut et connaîtrez le goût de l’amertume et du désespoir mais alors s’ouvrira votre esprit.
Rob
19 décembre 2025Visiblement les lumières ne se sont pas penchées sur votre personne. Ou alors elles vous ont illuminé
Henry
17 décembre 2025En plus on nous bassine en permanence avec le caractère exemplatif du suicide de l’EUrope. L’UE renforcerait son pouvoir via son rôle de leader mondial en matière de lutte contre le changement climatique, incitant par l’exemple ses partenaires à adopter des standards similaires.
Quelle fadaise (pour rester poli) que cette « force de l’exemplarité ». La vérité que toute étude historique un peu sérieuse et même très rapide démontrera facilement c’est que l’exemplarité a toujours été obtenue par la force du glaive puis dela baïonnette et enfin économique. L’histoire mondiale montre que les cultures dominantes se diffusent principalement par la force ou l’attraction du pouvoir. Les empires (romain, colonial) imposaient leur langue, lois et coutumes via leurs conquêtes militaires et leur contrôle économique. Les élites locales adoptaient souvent ces modèles pour accéder aux privilèges ou copier les dominants puis le peuple suivait. Aujourd’hui, l’hégémonie culturelle repose davantage sur la suprématie économique et technologique (ex. américanisation post WWII)
La seule exemplarité que nous avons/aurons est de montrer aux autres ce qu’il faut éviter de faire pour passer en 20 ans de la première puissance commerciale au monde à un continent que plus personne n’écoute ni ne considère et qui n’a plus d’autre intérêt que d’être pillé par la nouvelle première puissance commerciale (grâce à ses exportations) : la Chine et maltraitée par la première puissance économique : les USA. Si au lieu de vouloir « donner l’exemple » en 1999 nous avions décidé que plus personne ne nous vendrait rien sans émettre peu de CO2, nous serions toujours la première puissance commercial et … il y aurait MOINS de CO2 dans l’atmosphère !
ETS/Kyoto c’est un suicide socio-économique et un drame environnemental au niveau global (et le CO2 est un polluant GLOBAL) !
La bienpensance est le CANCER de l’EUrope !
Robin
17 décembre 2025Malheureusement, encore un effet de ce cancer qu’est le wokisme et le marxisme vert que nos « élites » et politichiens, comme disait De Gaulle, relaient en toute lâcheté consommée. Enorme travail des parents pour tenter d’élever nos enfants en futurs citoyens capables de penser par eux-memes.
Gaulois refractaire
17 décembre 2025L’UESS est LA-MEN-TABLE !
Henry
17 décembre 2025Faire comme pour le CFA (une certification professionnelle en finance), ce genres de choses est (Dieu merci) optionnel.
National geographic (pas une officine conspirationiste a estimé que fit55 n’aurait quasi aucun impact sur le climat. Normal dans sa folie auto-destructrice de son industrie (et du pouvoir d’achat de ses citoyens hors crédit), l’Europe a réussi l’exploit de ne plus représenter que 6-7 % du CO2 mondial.
L’OCDE pas un e officine conspirationiste anti-démocratique non plus) dans l’évaluation de fit55 a estimé que cela allait réduire le PIB/habitant d’environ 2 à 2.5 %.
Un suicide qui nous appauvrit qui nous affaiblit et qui transfère la création de richesse hors EUrope. Tout cela au profit de gens quipolluent PLUS! Pourquoi faisons nous cela ? Pouquoi ?
Yann C.
16 décembre 2025On parle ici du score ESG ? 🙂
Remplacer les mots accréditation et prix de scolarité par environnement, social et gouvernance.
Eureka
Jacques B.
15 décembre 2025Jancovici… considéré comme un véritable gourou par beaucoup… Jancovici, qui n’a pas eu peur de déclarer qu’il faudrait un régime de type communiste pour imposer les changements drastiques qu’il appelle de ses vœux… marxisme vert, CQFD.
pieta
15 décembre 2025Que de confusion, de fait.
Je me permets de rajouter au tableau le fait que, malgré ce lavage de cerveaux de nos jeunes, le discours des climato-réalistes ne fait que progresser. On peut regretter que les véritables scientifiques n’osent afficher leurs convictions que lorsqu’ils sont à la retraite, mais il faut bien survivre dans un monde de mensonges … (et puis moi aussi, je suis un retraité qui ose parler à présent).
Bref : cessons de croire le GIEC et faisons une lecture critique en incluant les lumières de climato-réalistes (dont CLINTEL) : https://www.climato-realistes.fr/lancien-president-tcheque-vaclav-klaus-nomme-president-de-clintel/
DUBRULLE françois
15 décembre 2025De toute façon, il n’y a plus que l’administration pour tenir compte des diplômes lors d’une embauche.
Jean Le Mer
15 décembre 2025Merci pour tout. Je me permet de rajouter que René Dumond était prof à l’agro.
Alonso Marie Thérèse
15 décembre 2025Merci beaucoup pour cet article. Depuis 1968, l’école gauchiste , enseignement primaire et secondaire formate les élèves à une idéologie marxiste peinte en vert.Je suis bien placée pour le savoir , j’ai été prof de lycée et j’en ai souffert. C’est maintenant au tour des étudiants de grandes écoles. Je m ‘interroge: dans quel but , celui de contribuer au déclin, puis à la chute de notre civilisation occidentale? …
Henry
17 décembre 2025Oui,je comprends bien les mécanismes du suicide écologique mais il me manque le pourquoi ? Pourquoi faisons nous cela ? Pouquoi ? Souvent pour comprendre, il faut comprendre QUI en profite ?
du HALGOUËT
15 décembre 2025D’autant plus pertinent que le changement climatique, s’il existe, n’est pas d’origine anthropique. Voir climato-realistes.fr
Jean-Jacques Nuel
15 décembre 2025Je vous suis dans votre analyse mais si cette approche est internationale et touche une grande majorité des grandes écoles pourquoi cela affecterait-il seulement la France ?
BERJOT
15 décembre 2025L’ écologie est un grand mensonge comme tout le reste.
DANIEL DE LA TAILLE
15 décembre 2025Mes petits-enfants sont touchés. Les activités humaines sont répréhensibles. Ils pleurent plus pour un animal que pour lurs grand-parents.