Dans la discrétion, Madrid s’est hissé comme l’une des capitales de la finance européenne, au même titre que Paris et Milan. Le résultat d’une politique audacieuse de la communauté espagnole et d’une situation géographique savamment exploitée.
Longtemps, Barcelone a joué à la ville triomphante face à la capitale madrilène. La capitale de la région de Catalogne avait pour elle la plage, des entreprises dynamiques, les routes Erasmus et le tourisme. Mais en s’enlisant dans une voie politique sans issue, Barcelone a perdu de sa superbe. L’incertitude politique a engendré une incertitude économique qui a contribué à faire peur aux investisseurs. Depuis une dizaine d’années, le rapport de force s’est inversé et Barcelone a cédé le pas à Madrid la discrète, qui est ainsi devenue l’une des places fortes de la finance européenne.
Une situation géographique exploitée
Madrid a su habilement utiliser sa situation géographique, notamment sa position de hub aéroportuaire.
Vers l’Europe d’une part, grâce aux liaisons vers la plupart des autres capitales européennes, vers l’Amérique latine d’autre part, grâce aux liaisons d’Iberia vers les capitales sud-américaines. Madrid s’est ainsi imposé comme la porte d’entrée de l’Amérique latine en Europe, en attirant notamment la diaspora vénézuélienne éduquée et bien formée fuyant le régime chaviste.
En se connectant au continent sud-américain, avec qui l’Espagne partage une langue et une histoire commune, Madrid a pu tirer profit du développement de la région. Les récentes évolutions politiques, notamment en Amérique centrale, au Chili et en Argentine, devraient continuer à tirer la capitale espagnole.
Autre élément géographique mis en valeur, son climat. À Madrid, les hivers peuvent être très froids, la ville étant la capitale la plus haute d’Europe avec une altitude de 700 mètres. Mais les printemps sont chauds et les étés très chauds. De quoi attirer des travailleurs en quête de chaleur.
Durant l’épidémie de covid, la municipalité et la région autonome de Madrid ont suivi une politique axée sur la liberté de mouvement, critiquée dans ses débuts, mais qui a évité un krach économique et qui n’a pas engendré de surmortalité. La région de Madrid s’est ainsi forgé une image de liberté et de douceur de vivre dans une Europe claquemurée. De quoi attirer des cadres et des entreprises qui sont venus s’y installer.
La croissance de Madrid
Cette croissance est nette dans la population.
Si la ville intra-muros est passée de 3,1 à 3,3 millions d’habitants, soit une hausse modérée (quand Paris perd des habitants), la banlieue de Madrid connaît une croissance démographique sans précédent, passant de moins de 6 millions d’habitants en 2000 à plus de 7,2 millions aujourd’hui. Une croissance démographique qui révèle le dynamisme de la région et l’attrait de Madrid.
D’autres indicateurs témoignent de cette croissance ; anecdotique, mais révélateur d’un changement de mentalité. C’est le cas du nombre d’hôtels 5 étoiles, qui était insignifiant en 2000, mais qui atteignait 37 établissements en 2023 et 45 hôtels 5 étoiles en 2025. Une croissance fulgurante qui témoigne du changement d’image de Madrid : ce n’est plus la ville de la paella et des corridas, c’est désormais une capitale de haut niveau, qui attire les cadres supérieurs et les chefs d’entreprise. Ceux qui viennent s’y installer de façon durable comme ceux qui y passent quelques jours. L’ouverture d’hôtel 5 étoiles est le signe d’un enrichissement et d’une montée en gamme de la capitale espagnole.
Conséquence : une réelle croissance économique
Madrid concentre une part importante des activités financières espagnoles : près de 20% des sociétés financières et d’assurance du pays y ont leur siège. Ce qui, pour un État régionalisé comme l’Espagne, est tout à fait remarquable.
La région a vu émerger un écosystème fintech dynamique, avec une concentration importante de start-ups financières qui contribuent à diversifier la place financière au-delà des banques traditionnelles. Madrid est ainsi parvenu à associer la finance classique et la finance moderne, attirant de nouvelles populations.
Madrid, et avec lui l’Espagne, est ainsi l’un des pays d’Europe qui connaît l’une des meilleures croissances économiques. Preuve en est deux indices : celui de l’IBEX-35, qui est l’indice boursier de la bourse de Madrid (équivalent du CAC 40), et le MSCI Espagne, qui regroupe les meilleures entreprises espagnoles.
L’IBEX-35 est ainsi passé de 9 500 points en 2015 à 8 000 points en 2020. Depuis lors, il connaît une croissance continue : 10 100 points en 2023, 11 600 points en 2024, 17 300 en 2025, 18 300 points en février 2026, son nouveau record. Cet indice est la traduction du dynamisme de l’économie espagnole et, surtout, de la région de Madrid.
Quant au MSCI Espagne, il a gagné 46 % en un, ce qui confirme la croissance de l’IBEX-35.
Stabilité future ?
Madrid peut-il continuer sur cette lancée ? La vie politique espagnole est tourmentée et l’extrême gauche y tient une place importante. Mais la politique espagnole donne beaucoup de pouvoir aux régions, notamment en matière fiscale. La ville de Madrid et sa région autonome peuvent ainsi moduler les erreurs gouvernementales et agir comme un stabilisateur économique. La diversité de l’économie madrilène fait que celle-ci ne repose pas que sur la banque et l’assurance. Les secteurs de la tech et de l’industrie sont aussi des poids lourds. Et l’Espagne a l’avantage de disposer d’une institution monarchique avec le roi Philippe VI, certes discret au niveau européen, mais qui joue le rôle de clef de voûte d’une société espagnole fracturée par son histoire et ses identités.
Les changements politiques positifs en Amérique latine devraient permettre une réelle croissance économique de ces pays, et donc, par contrecoup, bénéficier aussi à l’Espagne. Si les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, l’avenir de l’économie de Madrid semble malgré tout assuré pour les années qui viennent.
Auteur: idlibertes
Profession de foi de IdL: *Je suis libéral, c'est à dire partisan de la liberté individuelle comme valeur fondamentale. *Je ne crois pas que libéralisme soit une une théorie économique mais plutôt une théorie de comment appliquer le Droit au capitalisme pour que ce dernier fonctionne à la satisfaction générale. *Le libéralisme est une théorie philosophique appliquée au Droit, et pas à l'Economie qui vient très loin derrière dans les préoccupations de Constant, Tocqueville , Bastiat, Raymond Aron, Jean-François Revel et bien d'autres; *Le but suprême pour les libéraux que nous incarnons étant que le Droit empêche les gros de faire du mal aux petits,les petits de massacrer les gros mais surtout, l'Etat d'enquiquiner tout le monde.