France : la nouvelle délocalisation

L’espace géopolitique mondial est structuré par les points et les lignes. Qui contrôle les points peut donc y attirer les lignes, qui sont autant de flux de personnes et de marchandises. L’étude des lignes aériennes qui passent par les aéroports permet de comprendre comment s’organise aujourd’hui cet espace mondial, qui attire les dirigeants, les cadres, les activités économiques.

La Turquie veut ainsi faire d’Istanbul le grand hub aéroportuaire par où passent les lignes qui relient l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique. Par ses routes aériennes, la Turquie recrée son empire ottoman, ses lignes d’influence et de dépendance. En Afrique, Casablanca veut jouer ce rôle à l’échelle du continent, en devenant le point de passage obligé des différents pays.

Dubaï est une autre ville qui veut jouer ce rôle important, mettant à profit sa situation géographique pour devenir le carrefour entre l’Europe et l’Asie.

 

Carrefour mondial

 

Des pêcheurs de perles aux commerçants arabes en partance vers l’Insulinde, les cités du Golfe ont toujours été des ports de passage et de transit. Ces cités-États ont compris qu’elles ne pouvaient pas tout fonder sur la vente de gaz et de pétrole, cette rente énergétique qui a fait leur puissance et leur fortune. Il est nécessaire désormais de se diversifier, en investissant dans la finance et dans les nouvelles économies. Et aussi en développant une ressource naturelle, à savoir la position géographique. Dubaï joue donc pleinement de sa situation d’équidistance entre l’Asie et l’Europe pour devenir le point de rencontre indiscutable. Pour les Européens comme pour les Asiatiques, il est plus simple, plus rapide, moins fatigant, de se rendre dans le Golfe que dans l’autre continent.

 

Ce qui suppose de disposer d’infrastructures de qualité : des aéroports, des hôtels, des routes, des services de sécurité, de soin, de commodités qui répondent aux standards internationaux. Pour imposer un point comme lieu de référence dans le monde, l’organisation de salons internationaux peut être un bon moyen. C’est ainsi qu’en novembre s’est tenue la Dubaï watch week, salon horloger devenu incontournable, qui permet aux acheteurs, aux artisans, aux analystes de se rencontrer et d’échanger dans un environnement ensoleillé et futuriste. De tels salons sont des instruments de puissance, car ils attirent une population mondiale, des entreprises, des entrepreneurs, des personnes influentes. Ils sont des vitrines des pays et des villes, des démonstrations de modernité et de puissance. Des occasions de faire parler, et de mettre la ville aux premières loges.

 

Pour jouer ce rôle de carrefour, Dubaï et les autres cités qui y prétendent ne peuvent pas s’appuyer seulement sur leur position géographique. Il faut également proposer un environnement qui attire et fidélise.

Le levier fiscal en fait partie. Les zones franches, les facilités d’installation, la sécurité juridique et comptable sont autant d’atouts. Disposer d’un émirat fiscalement libre à quelques heures de vol de l’Europe est un argument de poids pour attirer les meilleurs et les capitaux. À quoi s’ajoute la nécessité de disposer de bonnes écoles où les cadres supérieurs peuvent scolariser leurs enfants. Des écoles internationales certes, mais qui disposent également d’une bonne pédagogie et qui stimulent les capacités intellectuelles des élèves.

De la même façon que la mauvaise monnaie chasse la bonne, la mauvaise infrastructure chasse les talents. Comprendre comment Dubaï valorise sa situation géographique, c’est dessiner en creux les mauvaises décisions prises en France, notamment sur le plan fiscal et éducatif.

 

Chasse au fisc

 

La décision récente de traquer les cryptomonnaies et d’en fiscaliser les gains ne rapportera pas grand-chose à l’État français. Mais elle envoie un message négatif à tous les entrepreneurs qui, connaissant le fonctionnement de ces technologies, auront tôt fait de se délocaliser dans des principautés fiscalement attrayantes. La folie fiscale qui s’empare de députés ignares en matière économique encourage aux départs des personnes formées et éduquées, qui trouveront ailleurs de quoi bien vivre et monétiser leurs talents. Mais leurs départs engendrent un affaiblissement du tissu économique qui pénalise d’abord les plus faibles.

 

Ce qui menace la France aujourd’hui c’est donc une nouvelle forme de délocalisation. Non pas celle des usines et du tissu économique industriel, mais celle des talents et des entrepreneurs. Délocalisation des entreprises vers des cieux fiscaux plus cléments, délocalisation des cadres, des étudiants. Jusqu’ici, Dubaï et les émirats du Golfe ont attiré la main-d’œuvre du tiers monde, qui y trouvaient de bonnes payes et des rémunérations avantageuses : Philippins, Pakistanais, Indiens, vivaient le Golfe comme un nouvel Eldorado. Le visage étant en train de changer, ce sont les Européens éduqués et entreprenants qui vont pouvoir y trouver un exil, Dubaï exerçant ce levier de puissance des États-Unis qu’est celui du brain drain. Ce qui menace la France, c’est de devenir la Grèce du XXIe siècle : un espace où l’on viendra pour ses paysages, sa gastronomie et ses plages, passer quelques jours de vacances dans un pays communiste qui se tient encore un peu, avant de repartir dans des contrées plus clémentes et attirantes. Entre la puissance technologique chinoise et l’attractivité fiscale du Golfe, la France est prise dans un étau concurrentiel qui va la laminer.

TotalEnergies vient d’annoncer une cotation à la bourse de New York, premier pas possible vers une délocalisation financière. Pernod-Ricard, numéro 2 mondial des spiritueux, pourrait très bien se détourner du soleil marseillais pour d’autres soleils.

Jamais peut-être plus qu’aujourd’hui la fiscalité et l’éducation sont des facteurs attirants et répulsifs, c’est-à-dire des leviers de puissance, de développement ou d’effondrement. Il n’est pas trop tard pour en prendre conscience et opérer les bons choix.

 

 

 

 

 

LES ULTRA RICHES SONT DES FOOTBALLEURS

 

La palme des idées économiques les plus stupides du mois n’est pas difficile à décerner. Sébastien Lecornu le Premier Ministre et l’Assemblée Nationale sont de loin les grands gagnants. Mention spéciale pour Yaël Braun- Pivet, présidente de l’Assemblée Nationale qui veut encore augmenter la taxation des héritages, voire les supprimer carrément ! D’ailleurs Philippe Aghion, l’économiste qui préfère la croissance à l’impôt, Prix Nobel d’économie 2025, lors de son audition devant la Commission des Affaires Economiques de l’Assemblée Nationale a dit qu’il était « atterré par le niveau intellectuel et économique de certains députés qui ne comprennent rien à l’économie ne s’informent pas, ne lisent pas… ». C’est dommage, car tous ceux qui brocardent les « Ultra-Riches » à longueur de séance ne savent pas que parmi les salariés du privé  qui gagnent selon l’Insee plus de 312 458€ par mois, figurent 36 joueurs de football de la Ligue 1 ! Ce n’est pas étonnant que les huit années de la présidence Macron et de la présence à Bercy de Bruno Lemaire, affichent un bilan des finances publiques bien plus catastrophique que celui de la IVème république, puisque l’endettement proche de 120% du PIB, pour ne retenir que ce paramètre, est quatre fois plus important…

 

Le budget de Sébastien Lecornu est devenu une véritable usine à inventer de nouvelles taxes pour 40 Md€ et augmenter les dépenses de 30 Md€. A cela s’ajoute la honteuse capitulation/suspension sur les retraites. Emmanuel Macron l’a acceptée en échange de sa survie à l’Elysée. Ce n’est pas trop grave, puisque cela fait trente ans qu’on essaye sans aucun succès de réformer les retraites avec Balladur en 1993, Raffarin en 2003, Fillon en 2010, Ayrault en 2014, Philippe  de 2017 à 2020, Borne en 2023 et Bayrou avec son Conclave en 2025….

 

La transformation de l’Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI) en « Impôt sur la fortune improductive » est un dispositif que personne à Bercy n’aurait osé  imaginer tellement il est stupide. Rappelons que l’amendement a été déposé par Jean Paul Mattéi élu du Modem et voté par le Rassemblement National ! Ils ont même proposé d’inclure les fonds Euro des contrats d’assurance vie, qui sont la machine à absorber les emprunts émis par l’Etat français ! On est bien en présence de mesures irréfléchies votées à la va vite et uniquement par idéologie et démagogie.

Tous ceux qui se sont donnés la peine de comprendre comment fonctionnait l’économie savent qu’en dehors de l’or ou du bitcoin et ses dérivés, il n’existe pas d’épargne improductive. Tous les placements ont comme support des obligations, des actions ou de l’immobilier.

La logique est claire. Il s’agit de taxer plus pour dépenser plus et s’endetter plus.

Pendant ce temps La Grèce, l’Italie, le Portugal se redressent. Pas la France.

A force d’assistanat généralisé et d’étouffement de l’initiative individuelle nos dirigeants font tout ce qu’il faut pour que la France ressemble un jour au Venezuela.

La tragédie vénézuelienne montre qu’un pays riche comme la France peut être ruiné par l’idéologie et la coupure avec la réalité. L’incapacité à maitriser sa dette est pour un pays le plus sur moyen de détruire l’Etat et de jeter la population dans la misère.

L’esprit d’arrogance de nos dirigeants et leur aveuglement devant les réalités économiques rappellent notamment la crise qui a fini par emporter l’ancien régime sous Louis XVI.

 

LFI a pour sa part identifié 168 Md€ de dépenses nouvelles qui seront financées par les « Ultra Riches », les footballeurs et les grandes entreprises. Mathilde Panot présidente du Groupe Les Insoumis à l’Assemblée Nationale veut absolument « développer la résistance populaire et parlementaire pour lutter contre ces budgets cruels »

On est dans le suicide économique moral et politique. La taxe Zucman a fait renaitre la « Lutte des Classes ». Il faut toutefois noter qu’elle aurait été plébiscitée par 86% des français, selon un sondage IFOP et y compris chez les sympathisants de droite ! Cela montre une fois de plus à quel point les français sont sous éduqués en matière économique.

 

A part le pétrole qui baisse sauf dans les stations service,  tous les actifs montent depuis le début de 2025. Même si la bourse de Paris est dans ses plus hauts, elle reste à la traine de Francfort.  Les alarmes retentissent partout puisque l’on assiste à un cumul entre l’afflux de liquidités, le développement exponentiel de l’Intelligence Artificielle et l’explosion des stable coins. Tandis que la France est en proie à l’instabilité et croule sous les dettes les grandes entreprises françaises cotées en bourse vont bien. La raison est simple, comme elles sont bien gérées, elles réalisent l’essentiel de leur activité en dehors de France.

 

 

Taux de Change : un monde de fous.

 

Mon cher fils a une formule amusante : le marché des changes est monogame, mais il change souvent de compagne et n’en a qu’une à chaque moment. En termes simples, il ne peut avoir qu’une passion dominante à la fois, mais il en change fréquemment.

A un moment, seule compte la différence des taux d’intérêts, puis l’on passe abruptement à la prise en compte exclusive des balances commerciales ou à la différence des taux de croissance entre les deux pays, ou enfin à l’inévitable faillite du capitalisme et à la toute aussi inévitable triomphe du socialisme, du communisme, de ceux qui ont une ligne directe avec Dieu, ou avec le diable (à qui je ne mets pas de majuscule) et dans ce dernier cas, l’or est la monnaie préférée.

Et je dois avouer qu’à 81 ans, il y a un an, je pensais avoir tout vu, ce qui n’était pas vrai : dans les 12 derniers mois, j’ai vu apparaitre une nouvelle favorite dont je suis sûr qu’elle ne le restera pas longtemps, et  je veux parler de la décision prise par un conseil d’administration de tout vendre dans les pays bien gérés et de faire revenir l’argent en Europe, pour masquer des pertes bien réelles dans les pays mal gérés. Et donc, en utilisant des prétextes géopolitiques, je vends tout ce que j’ai en Chine, à Taiwan ou au Japon et je remets tout cela en obligations de l’Etat Français qui ne présentent aucun risque comme chacun le sait.

Prenons l’exemple du yen dont le taux de change réagit d’abord à la différence des taux d’intérêts avec les autres monnaies mais surtout à sa valorisation en parité des pouvoirs d’achat.

Commençons donc par la parité des pouvoirs d’achat entre le Japon et l’Allemagne.

 

L’Allemagne et le Japon vendent à peu près les mêmes produits : voitures, camions machines-outils, robots, chimie etc. et si les marchés étaient raisonnables (ce qu’ils ne sont pas, et heureusement pour moi qui n’aurait plus rien à faire), le taux de change (ligne noire) entre les deux monnaies serait toujours sur la ligne bleue, la parité des pouvoirs d’achat.

Mais on voit bien que la ligne noire s’en écarte et que de temps en temps l’écart devient suffisamment important pour essayer de gagner de l’argent sans travailler, en pariant sur un retour du taux de change sur la parité des pouvoirs d’achat. Aujourd’hui le yen est sous-évalué par rapport à l’euro d’environ 25 % et nous sommes dans l’un de ces moments depuis un peu plus d’un an.

Quand cela arrive, je regarde alors la différence entre les taux allemands et les taux Japonais, différence qui apparait ci-dessous en rouge.

Le yen en mai 2024 était deux écarts types sous-évalué et donc le moment était venu de regarder la différence des taux entre les deux monnaies. La voici.

 

 

 

 

La ligne rouge se renverse et commence à baisser, ce qui veut dire que le yen est à la fois très sous-évaluée et que la différence des taux entre les deux monnaies s’atténue. J’émets donc une recommandation d’achat au début de 2024 et pendant quelques mois tout va bien. En Juin, notre cher Président dissout notre parlement, les résultats sont désastreux et le problème de la dette française devient évident. Et toutes les institutions de rapatrier le maximum d’argent en Europe, ce qui fait monter l’euro et contre le yen et contre le dollar.

Mais la réalité reste la même, l’Allemagne n’est pas compétitive vis-à-vis du Japon et  donc les comptes courants et la balance  du pays du soleil levant ne cessent de s’améliorer. A la date d’aujourd’hui, les comptes courants du Japon se montent à 5 % du PIB, ce qui est monstrueux et sa monnaie à la place de monter, baisse.

Que voilà une mauvaise nouvelle pour la croissance dans la zone euro…

Passons à la comparaison Chine- USA. La Chine n’a connu aucune hausse des prix depuis quelques années ce qui n’a pas été le cas des USA. Du coup la Chine a vu sa compétitivité s’améliorer vis-à-vis des USA et c’est ce que montre le graphique de la parité des pouvoirs d’achat entre les deux pays.

 

 

Logiquement, le dollar devrait valoir 6.01 yuans et nous sommes a 7.11, ce qui veut dire que la monnaie chinoise est sous évalue de 15. 7 % par rapport au dollar.

Pourquoi ?  Parce que la banque centrale chinoise (PBOC) a bloqué le cours de change du renminbi contre le dollar entre 7.15 et 7 depuis que le début de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, ce qui a rendu la monnaie chinoise de plus en plus compétitive.

Et du coup le déficit commercial de la zone euro vis-à-vis de la Chine a quasiment triplé, passant d’environ 110 milliards par an à un peu plus de 300 milliards par an tandis que les excédents commerciaux de la Chine vis-à-vis du reste du monde dépassaient 1200 milliards, ce qui est tout simplement insensé.

 

 

Conclusion

Nous sommes dans un monde de fous : les bonnes monnaies baissent par rapport aux mauvaises monnaies tout simplement parce que les institutions financières des pays mal gérés sont en fait en quasi-faillite.

Elles vendent donc tout ce qu’elles ont à l’étranger et rapatrient ainsi des « gains » qui permettent de masquer leurs déconfitures à la maison.

En faisant cela, elles font monter le taux de change des pays mal gérés vis-à-vis des taux de change des pays bien g  érés et j’ai l’air de plus en plus idiot.

Voila qui durera aussi longtemps qu’il restera des actifs à vendre dans les pays sains.

Dès que les institutions financières européennes n’auront plus d’actifs à vendre a l’étranger, les monnaies des pays sains vont exploser à la hausse, ainsi que les cours des   actifs à duration longue dans leurs marchés.

Et l’inverse se produira chez nous.

Quand cela va-t-il avoir lieu ?

En général, les déviations excessives par rapport à la PP durent rarement plus de trois ans.

Nous en sommes à deux.

L’espoir fait vivre.

Mali : les djihadistes sont de retour

La nouvelle junte militaire au pouvoir avait chassé la France, bien décidée à prendre son destin en main, et celui de son pays. Le bilan s’avère désastreux : le Mali est plus divisé que jamais, la partie nord échappe au contrôle de Bamako et les djihadistes sont en mesure d’opérer un blocus de la capitale. Mais si, cette fois-ci, le pays devait tomber, le salut ne viendra pas de la France.

 

Au Mali, les groupes affiliés à Al-Qaida gagnent du terrain. Leur progression vers le sud, accompagnée d’un blocus de carburant autour de Bamako, traduit l’affaiblissement profond de l’État malien.

Alors que le gouvernement malien s’appuyait sur les Russes de Wagner, ceux-ci ont aggravé le problème au lieu de le réduire. Leur brutalité, leur violence dans leur pratique de la contre-insurrection ont réveillé l’esprit de résistance et ont ligué contre eux une partie des peuples du nord. Numériquement faibles, les Russes ont misé sur la peur, la punition collective et la destruction pour forcer les populations à céder. Or, ce modèle ne fonctionne pas dans un environnement où les loyautés sont fortement ancrées localement. Au contraire, il a favorisé un regroupement des groupes rebelles autour d’un ennemi commun.

 

Le rôle clef des Touaregs

 

Les Touaregs jouent dans cette dynamique un rôle déterminant. En s’en prenant à eux, les forces russes ont ravivé les ressentiments et, dans certains cas, poussé des factions touarègues à se rapprocher des djihadistes du JNIM. Ce mouvement de convergence rappelle la situation de 2013, lorsque les djihadistes s’étaient appuyés sur des factions touarègues pour asseoir leur contrôle du nord du Mali. Ce type d’alliance, fondé sur la logique du « moindre mal », demeure toutefois fragile : la coopération entre groupes ethniques distincts peut conférer une puissance militaire immédiate, mais crée aussi les germes de futurs affrontements.

L’ethnicité est au cœur du conflit. Le JNIM est un assemblage de groupes peuls, touaregs et hausa, une mosaïque plus qu’une structure centralisée. Cette diversité lui offre un large ancrage territorial, mais rend le mouvement vulnérable aux rivalités internes. De son côté, l’État malien est affaibli et ne contrôle plus de vastes portions du territoire. Plusieurs acteurs non étatiques envisagent ouvertement la lutte armée, ce qui accentue la fragilité générale.

 

Les djihadistes peuvent désormais marcher sur Bamako, comme en 2013. Mais en s’éloignant de leurs bases du nord, ils se heurtent aux peuples du sud, qui veulent empêcher leur mainmise sur le pays. Prendre Bamako ne leur assurerait donc pas un contrôle certain du Mali. Ainsi, les Bambaras, qui ont toujours été opposés aux djihadistes, pourraient s’opposer aux Touaregs. Tout comme les Dozo et les Dogons, dont les milices sont bien armées et qui savent mener des combats de guérillas. Si ces peuples étaient attaqués, ils pourraient se renforcer et opposer une résistance durable, transformant une éventuelle offensive en guerre d’usure.

 

L’Algérie aux premières loges

 

Dans ce contexte, l’alliance sahélienne annoncée entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso apparaît en grande partie symbolique. Les trois États disposent de capacités militaires limitées, souffrent de faiblesses internes et manquent de coordination. Ils ne constituent donc pas un appui crédible en cas d’effondrement sécuritaire. L’Algérie demeure la véritable puissance de la région. Son armée sait mener des guerres de contre-insurrection, l’État est bien centralisé autour d’Alger et le pays a des intérêts immédiats : en cas de dissolution du Mali et du Niger, sa sécurité serait directement menacée.

Une prise de contrôle du nord du Mali par les djihadistes pourrait la pousser à intervenir, même si une telle opération serait risquée, complexe sur le plan logistique et politiquement délicate. Le terrain désertique, les distances et la crainte d’importer l’instabilité rendent toute décision algérienne extrêmement prudente.

 

Face au djihadisme

 

L’État islamique au Sahel pourrait lui aussi profiter de la situation. Si le JNIM devait se diviser, l’ISGS chercherait à étendre son influence en occupant les espaces laissés vacants. Le Mali pourrait alors connaître un paysage insurgé encore plus fragmenté, avec des groupes islamistes rivaux luttant simultanément pour le contrôle du territoire. Preuve par ailleurs que l’islamisme est une question secondaire et que le sujet principal demeure le contrôle du territoire et de ses ressources. Il s’agit d’abord d’une guerre pour contrôler des espaces et des biens, sur laquelle est déposé un vernis islamiste afin de donner une cause noble et à dimension internationale.

 

Pour la suite des événements, deux hypothèses sont donc possibles.

 

Dans la première, la coalition djihadiste demeure centrée sur les dynamiques locales ; le Mali se fragmenterait alors selon des lignes ethniques sans nécessairement basculer dans un djihadisme international.

 

Dans la seconde, les djihadistes parviendraient à maintenir une coalition suffisamment forte pour transformer la région en une zone refuge, à l’image de l’Afghanistan des talibans. Il pourrait devenir une zone d’accueil et d’entraînement des djihadistes africains et asiatiques. Ce qui aurait de lourdes conséquences sur les pays voisins (Niger, Tchad, Algérie), mais aussi sur l’Europe. Pour l’ensemble des pays, ce serait le pire des scénarios.

 

Si le Mali venait à s’effondrer, le Niger et le Burkina Faso seraient immédiatement déstabilisés. La France ayant quitté la région, il n’y a plus de force stabilisatrice capable d’éviter l’effondrement. L’armée française pourrait-elle intervenir de nouveau ? Il faudrait pour cela que les pays lui demandent et qu’il y ait un mandat de l’ONU. On voit mal comment des gouvernements militaires, qui ont bâti leur légitimité sur la haine de la France et son rejet, pourraient opérer une telle volte-face pour devoir leur salut à Paris. Dans tous les cas, l’armée française obéira et une telle opération ne peut dépendre que de la volonté politique. Mais, si cela devait arriver, se posera nécessairement la question du budget. Ce type d’opération coûte cher, or, comme chacun sait, l’État français n’a plus d’argent et l’armée française est dans un état de délabrement avancé. Le Mali et le Burkina devront donc se débrouiller seuls.

 

Puisque la crise malienne vient essentiellement des revendications touarègues, une solution possible serait une forme d’autonomie du nord, susceptible de ramener un équilibre politique minimal. Le Mali officialiserait donc sa partition entre un nord blanc et un sud noir, ce qui mettrait un terme à des lignes de frontières artificielles. Mais si le Mali venait à imploser, les autres pays de la région du Sahel seraient nécessairement touchés.

 

 

Retour sur Toynbee

J’ai beaucoup lu dans ma vie et certaines de mes lectures m’ont changée à jamais.

Parmi celles-ci, je dois citer le livre « l’Histoire » (a Study of History en anglais), d’Arnold Toynbee, professeur d’histoire à Oxford, mort en 1975.

Toynbee soutenait que pour comprendre les évolutions à venir, il fallait s’attacher à l’étude des civilisations, et non pas des nations ou des hommes remarquables et que ces évolutions ne pouvaient pas être comprises et anticipées si l’on n’y incluait pas le rôle des religions[1].

Dans un passage qui m’a marqué, il fait la remarque suivante sur le monde Chrétien après le grand schisme de 1054 entre les Orthodoxes et les Catholiques. Je cite de mémoire.

Entre Byzance et Rome en 1054, entre un monde civilisé et organisé et un autre retournant   à la barbarie et se fracturant, tout  homme raisonnable aurait donné  l’empire d’Orient comme vainqueur.

Et ce fut Rome qui l’emporta…

Pourquoi ?

Parce que, répond, Toynbee, le Catholicisme préconisait la séparation de l’Eglise et de l’Etat, ce qui permit l’émergence en Europe de multiples expériences politiques telles les Villes Etats, la ligue Hanséatique, les Etats-Nations, les ordres militaires (templiers, chevaliers teutoniques), les théocraties…

Et toutes ces expériences reconnaissaient la même religion.

Au risque d’incongruité, je dirai que l’Europe avait bâti des structures antifragiles, avec des pouvoirs politiques différents mais une religion commune tandis que Byzance avait un pouvoir politique centralisé mais des religions différentes avec l’irruption de l’Islam sur son territoire.

Et donc, le monde catholique était antifragile et le monde Orthodoxe fragile…

Considérons le danger Turc.

Si les Turcs battent militairement l’empereur et prennent Constantinople, le pouvoir politique change de religion automatiquement et la civilisation chrétienne est condamnée avec le temps.

Et le proche orient devint Musulman.

En Europe : Si les Turcs battaient les Grecs, le pouvoir changeait à Athènes, mais pas à Venise ou à Paris, les Vénitiens et les Français gardaient leur souverain et restaient catholiques.

Nous étions plus difficiles à vaincre parce que nous avions de multiples tètes qui repoussaient quand on essayait de les couper.

Et donc nous avions aussi de multiples élites, chacune défendant ses souverainetés locales.

Et Toynbee d’expliquer que le rôle des élites est de répondre aux défis politiques et civilisationnels qui se présentent. Et l’Europe a su générer pendant des siècles de multiples élites locales partagent cependant toutes la même religion. Mais cette multitude d’élites a permis de multiples expérimentations dans les systèmes politiques, et ce qui marchait était avec le temps importé par ceux qui s’étaient trompés.

L’Europe a donc inventé au cours de son histoire le libre marché des idées politiques.

Imaginons qu’un défi se présente dans un pays et que les élites locales y répondent de façon satisfaisante.  Le problème est réglé et le pays avance vers un niveau plus harmonieux. L’influence internationale du pays

Si le problème n’est pas réglé, alors il continuera à se présenter sous des oripeaux différents et en fin de parcours trois situations deviennent possibles pour les populations :

  1. Un changement des élites. Ici, je pense par exemple, au remplacement de Charles X par Louis Philippe ou aux élections en Espagne après la mort de Franco.
  2.  Un changement de régime peut entraîner la disparition d’une nation ou l’apparition d’une autre. Je pense à la Pologne au XVIII -ème siècle qui disparaît, à l’Autriche Hongrie en 1918 qui se fracture ou à la révolution américaine qui entraina la naissance d’une nouvelle nation.
  3. La disparition de la civilisation. Par exemple en Amérique Latine après l’arrivée des espagnols et la disparition complète des civilisations locales, ou encore à la lente disparition des nations Chrétiennes en Egypte et en Afrique du Nord après les conquêtes militaires musulmanes.

Si j’applique ce cadre d’analyse à la situation actuelle de notre pays, que puis-je dire ?

Au XIX -ème et au XX -ème siècles, le problème fût de régler la rivalité entre la France et l’Allemagne.

Après trois guerres entre les deux pays qui laissèrent la civilisation européenne exsangue, la solution fut trouvée avec la création de l’Europe politique.

Quand un problème, un défi, se présentait, il était appelé à Bruxelles et tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles comme l’aurait dit Pangloss-Minc ou Pangloss -Attali.

Hélas, insensiblement, chacun des pays qui joignit cette construction perdit la capacité de régler ses problèmes à lui.

Et, en ce qui concerne la religion censée faire l’unité de la civilisation, la solution choisie par Bruxelles fut de remplacer la religion chrétienne par celle des droits de l’homme et donc non seulement de centraliser comme à Byzance le pouvoir politique mais aussi de fusionner une fois encore l’Eglise et l’Etat.

La tentative européenne vise donc non seulement à changer de régime politique dans tous les pays européens en réinventant l’empire romain pour régler un problème qui n’existe plus mais aussi à changer de civilisation en changeant la religion dominante pour la remplacer par le culte de l’Être suprême issu de la Révolution Française. Le principal ennemi du Christianisme n’est pas l’islam mais Bruxelles.

Ce qui rend les systèmes politiques européens éminemment fragiles à nouveau si la vieille religion résiste et reste légitime dans quelques-unes des anciennes nations (Hongrie, Pologne) ou qu’une nouvelle religion (l’Islam) devienne légitime dans une partie de l’Europe mais pas dans une autre.

Et dans ce cas de figure, si l’Histoire nous a appris quelque chose c’est que dans une civilisation, il ne peut y avoir qu’une seule religion légitime.

Deux religions ne peuvent pas coexister dans la même civilisation et donc le défi à venir sera celui d’éviter une nouvelle guerre des religions en Europe.

Déjà, l’Europe fut déchirée du XV -ème au XVI -ème par l’émergence du Protestantisme et elle faillit bien disparaître pendant la guerre de trente ans qui conduisit à l’émergence d’États Nations partout en Europe, et donc aux guerres suivantes.

Il est à craindre que nous soyons déjà entrés dans une nouvelle guerre de trente ans ou s’affronteront cette fois trois religions, le Christianisme, l’Islam et la religion laïc, les deux dernières étant déjà en train de s’allier pour finir de détruire la première.

Or les structures politiques bruxelloises sont complètement incapables de répondre à ces nouveaux défis, qui sont dans l’ordre.

  1. L’effondrement démographique des populations en Europe.
  2. L’immigration de populations qui n’acceptent ni la religion chrétienne ni la religion des droits de l’homme.
  3. L’effondrement de l’empire américain et la fin de la protection militaire que cet empire accordait à l’Europe.
  4. La résurgence des empires Turc et Russe, le premier étant beaucoup plus dangereux militairement pour l’Europe que le second puisqu’il a dominé pendant des siècles la civilisation musulmane.
  5. L’émergence d’une domination économique et financière de la Chine sur le monde.

Conclusion

Mes convictions actuelles sont assez simples et je les ai exprimées dans mon dernier livre[2] .

Les problèmes qui nous assaillent ne peuvent être traitées que dans le cadre d’un Etat-Nation souverain où tout le monde partage le même substrat religieux.

L’Europe fédérale est donc condamnée car elle s’opposera de toutes ses forces, qui sont considérables, au retour de la religion traditionnelle en Europe et donc au retour vers les Etats-Nations des souverainetés qui leur ont été retirées.

Cela revient à dire que nous avons devant nous une obligation : d’abord nous débarrasser des structures européennes et supranationales pour ensuite répondre aux défis mentionnés plus haut.

Je dis et je répète ce que j’ai déjà dit depuis des années :  en Europe, nous rentrons dans une période révolutionnaire et probablement guerrière et il va nous falloir choisir notre religion commune tout en retournant leurs souverainetés aux Etats- Nation indépendants à nouveau.

Je vous souhaite bonne chance, nous en aurons besoin.

 Charles Gave

Architecture : l’expression de la puissance

Paris célèbre en grande pompe les 100 ans de l’Art déco par une série d’expositions et d’événements, dont une, bien évidemment, au musée des Arts décoratifs. Outre l’intérêt d’une telle exposition pour ceux qui aiment l’architecture et la décoration, elle révèle aussi ce que l’art et les salons peuvent apporter à la puissance.

 

Cette rétrospective est ainsi l’occasion de redécouvrir les grands noms des architectes, des couturiers et des designers des années 1920-1940. Des personnes qui ont été inspirées par l’histoire de l’art, notamment les styles XVIIIe et Louis-Philippe, et qui en ont fait quelque chose de nouveau et d’audacieux. Avec l’Art déco, Paris rayonne sur l’Europe, que ce soit grâce à ses couturiers, ses joailliers (tel Cartier), ses architectes et ses ébénistes. Il y a bien, dans l’art, un facteur essentiel d’influence et de puissance, chaque pays ayant son approche, son style, sa vision. De l’Art déco naît par la suite les grandes entreprises du luxe, dont des noms comme Hermès, Chanel, Kering, LVMH sont les héritiers. Ces entreprises véhiculent le goût et l’esprit français, tout en faisant travailler de nombreux artisans et en maintenant des savoir-faire traditionnels.

 

Tous au salon

 

Ce que révèle également cette célébration de l’Art déco, c’est l’importance des salons pour le tissu économique et le rayonnement d’un pays. L’exposition des Arts décoratifs qui s’est tenue à Paris en 1925 était déployée des Invalides au Grand Palais. Elle fut un immense succès populaire et international, une vitrine des savoir-faire français et du renouveau de la France, 7 ans après la fin de la Grande Guerre.

Le poids des salons demeure aujourd’hui encore très important. Si on prend le cas de la Porte de Versailles, ce sont près de 200 salons qui s’y tiennent tous les ans, pour la plupart avec une dimension internationale forte. L’Institut Paris région estime qu’ils ont rapporté près de 4 Mds € à l’Île-de-France en 2022. C’est beaucoup moins médiatique que les Jeux olympiques et les coupes du monde, alors que les bénéfices et le rayonnement international sont beaucoup plus importants. Pour les grandes capitales, il y a nécessité à accueillir de nombreux salons internationaux, ce qui suppose un réseau d’avions, d’hôtels et de restaurants pour recevoir dignement les visiteurs. La question des salons est aussi une question économique et de rayonnement mondial.

 

Bauhaus contre Art déco

 

Revenons à l’exposition Art déco de 1925. Ce qui se joue, c’est une autre guerre, culturelle cette fois, entre la France et l’Allemagne, dans une opposition de style entre l’Art déco et le Bauhaus. Ce sont deux conceptions de l’architecture, des arts décoratifs et de l’aménagement intérieur, avec des points communs, mais aussi des différences notables. Le mouvement du Bauhaus incarne le renouveau de l’Allemagne, dans sa nouvelle configuration de la République de Weimar.

Rien n’est plus philosophique que l’architecture. Il ne s’agit pas uniquement de créer des logements pour y placer des personnes. L’architecture est toujours le reflet d’une vision de l’homme et du monde et donc d’une philosophie politique. Quand le style haussmannien est repris par de nombreuses capitales européennes, c’est bien la puissance et l’influence française qui s’exportent. Quand la vision de l’art décoratif s’exporte, c’est aussi cette philosophie nationale qui se diffuse.

Exilés à New York à la suite de l’arrivée au pouvoir des nazis, la plupart des membres du Bauhaus ont pu poursuivre depuis cette ville leurs recherches artistiques. Ils ont contribué à faire de New York la nouvelle capitale des arts, qui a supplanté Paris à partir des années 1950. Une femme a joué un rôle essentiel, Florence Knoll, de la célèbre maison d’aménagement. Knoll n’a pas uniquement produit des meubles, elle a aussi repensé l’espace intérieur et son aménagement, notamment en créant une division d’architecture intérieure dans son entreprise. Florence Knoll a repensé l’aménagement des bureaux, en étant l’une des premières à penser des mobiliers plus simples et plus sobres, des espaces ouverts et décloisonnés, des meubles qui ne reflètent plus les hiérarchies sociales. Ce qui a contribué à une transformation du management et de la gestion d’entreprise. Par l’ameublement, Knoll a contribué à repenser le travail et les rapports sociaux.

 

Une même analyse doit être opérée pour l’entreprise Ikea, devenue un géant mondial. Là aussi, c’est une philosophie qui est diffusée avec ses meubles et ses espaces de vie, que l’on retrouve dans de très nombreux pays d’Europe et du monde. Les géopolitologues parlent souvent de soft power pour intégrer cette puissance culturelle, dont les effets peuvent être beaucoup plus efficaces que les coups de canon. Une grande partie de la puissance des États-Unis repose sur leur maîtrise du design, dont l’un des maîtres fut le Français Raymond Loewy, à qui l’on doit notamment le paquet de cigarettes Lucky Strike. Le design reflète une idée, une conception du monde et de la vie. D’où son rôle majeur comme facteur d’influence et de puissance.

Le nom complet de l’exposition de 1925 était « Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes ». L’industrie était mise à l’honneur dans les réflexions sur la décoration, puisque de nombreux objets devaient être produits en grande série. Preuve que l’art est aussi un objet industriel. Un sujet à creuser au moment où l’on parle de réindustrialisation.

 

 

 

 

Les Mondes de Demain

Depuis quelques temps, j’ai un nouvel éditeur, Pierre de Taillac, qui a deux immenses qualités, la première étant d’être le fils de ma sœur et la seconde d’être le meilleur éditeur d’ouvrages militaires en France.

Il y a deux ou trois ans, il a lancé une nouvelle collection, Idées en Liberté, consacrée à des auteurs qui pensent qu’ils ont vraiment quelque chose à dire et qui ont du mal à trouver un éditeur qui partage cette idée.

Ces auteurs ont une caractéristique commune : ils sont parfois invités sur C News, mais jamais sur France Inter(minable).

Depuis, je lui ai donné deux livres, tous les deux écrits en Avignon, sous mes platanes, un cigare à la bouche, un verre de Châteauneuf du Pape à la main, Jeeves le beagle de ma fille (le DAF) à mes pieds, le bruit de fond étant assuré par les cigales.

Le premier fut « La Vérité vous rendra libre », vendu à 35000 exemplaires et le second « Cessez de vous faire avoir » vendu lui à plus de 50000 exemplaires.

Et ce bon Pierre, pour faire bonne mesure a réédité le texte le plus étrange que j’ai jamais produit « Un Liberal nommé Jésus », que j’avais écrit il y a plus de 20 ans qui n’avait pas pris une ride.

Ce cher garçon a l’air de trouver ça très convenable et du coup, il a fallu que je lui en écrive un autre, faute de quoi j’aurais eu des ennuis avec ma sœur.

Le titre de ce nouvel Opus Magnus est

Les mondes de Demain

Et le site de la maison d’Edition se trouve à cette adresse https://editionspierredetaillac.com/

De quoi s’agit-il ?

En fait de la description des mondes nouveaux dans lesquels nous sommes en train de rentrer.

Le précèdent livre était consacré au monde que nous quittions, et donc plutôt au passé.

Celui-ci essaie de discerner quelles sont les tendances lourdes du monde dans lequel nous rentrons

Il s’agit donc d’un effort pour appréhender le futur qui nous attend.

Hélas, et je suis le premier à le savoir « faire des prévisions est extrêmement dangereux, surtout quand cela concerne l’avenir »

Mais ce danger est limité en ce qui me concerne puisque j’ai 82 ans et que je parle des trente ans qui viennent.

Je ne pense pas que mes fidèles lecteurs auront l’occasion de me signaler dans trente ans que je me suis trompé sur tout, au cas, fort probable, où cela serait le cas.

En tout cas, comme le lecteur peut le voir, les exemplaires du livre commencent à être imprimés chez l’industriel dont c’est le métier, en voie d’être chargés sur des camions pour ensuite être distribués aux libraires, avant que de devenir le principal ornement de votre bibliothèque

Et je tiens à rappeler un dernier détail.

Les droits d’auteur de mes ouvrages ne terminent jamais sur mon compte en banque, mais sur celui de l’Institut des Libertes, qui en a bien besoin, compte tenu du prix des croquettes pour le DAF. Et sans le DAF, les bureaux de l’IDL seraient bien tristes.[1]

Et donc, contrairement à ce que dise certains mauvais coucheur sur le Net, les millions d’exemplaires que vous allez commander ne vont en rien ajouter à mon immense fortune.

Tout au plus, cela permettra à notre IDL de continuer à se battre pour que vous ayez accès à   autre chose que l’information officielle.

 

 

 

[1] Vous pouvez passer le voir quand vous voulez au 27 bis rue Copernic pour lui amener des croquettes, prendre un café, et le cas échéant, faire dédicacer les nombreux exemplaires que vous allez offrir à vos amis à Noel.

Je ne peux pas imaginer de meilleur cadeau.

Les nouvelles routes du textile

Émoi dans le monde des commerçants : le BHV a noué un partenariat avec Shein pour ouvrir une boutique en ses murs. Tollé général au sein du microcosme français : les Mulliez (Auchan) s’y sont opposés, tout comme les grands acteurs de la distribution. Certaines marques ont quitté le BHV et son patron a dû défendre sa stratégie économique. L’arrivée de Shein est surtout le symbole des transformations de l’industrie textile. Et du mépris des politiques pour les plus pauvres.

 

Une marque populaire

 

Les avis autorisés sur Shein sont souvent négatifs, alors même que la marque est très populaire en France et largement usitée par de nombreux Français (et surtout Françaises). Les cris d’orfraie sont-ils légitimes et fondés ou bien sont-ils l’expression d’un snobisme de classe qui vise à faire de tout acheteur de Shein un « plouc ». Le même sentiment règne dans le monde du livre : il est bien vu d’acheter ses livres en librairie, mais mal vu de le faire via Amazon. Alors même que ce sont dans les supermarchés que les livres sont majoritairement vendus, et notamment chez Leclerc. Mais personne n’ose dire qu’il achète un livre le samedi matin en faisant ses courses, entre les légumes et le produit vaisselle. Le livre, pour être digne, doit s’acheter chez son libraire « de quartier ».

Plutôt que de critiquer Shein, il faudrait plutôt se demander pourquoi autant de Français achètent chez cette marque. Pour la question du prix ? Pour les coupes, le choix, la facilité d’achat ? Probablement un peu de tout cela. La paupérisation de la population, conséquence d’une politique fiscale délirante, aboutit en effet à ce que les personnes les plus modestes visent à l’économie. Plutôt que de vouloir interdire Shein, il faudrait plutôt chercher à baisser les impôts pour redonner de la richesse aux Français. Mais, vu les discussions du budget en cours, cela ne semble pas à l’ordre du jour.

 

Empêcher les échanges

 

Dans le même registre, les maires s’évertuent depuis de nombreuses années à rendre leurs centres-villes inaccessibles. Entre zones piétonnes, réduction des voies pour les voitures, suppression des places de parking. Et, surprise, quand on empêche la population de venir, elle ne vient pas, réduisant d’autant la zone de chalandise. En conséquence de quoi, les commerces ont moins de clients, et donc beaucoup ferment, avec des locaux commerciaux qui restent vides. La solution préconisée par de nombreux maires est de taxer davantage les locaux vides, pour forcer les propriétaires à louer et à baisser leur loyer. Face à de telles réductions de marges, il est peu probable que les propriétaires investissent encore dans l’immobilier commercial. La population étant empêchée de venir en centre-ville, elle se déplace dans les centres commerciaux périphériques ou procède par achat à distance et par livraison. Les décisions politiques engendrent donc des reconfigurations territoriales et spatiales. Mais beaucoup pensent ce que doit être la ville idéale : avec des vélos et des centres-villes emplis de commerces. Et veulent donc absolument imposer cette planification au reste de la population, qui ne semble guère s’y intéresser.

 

Routes du textile

 

La véritable révolution en cours est celle du textile, qui connaît une transformation majeure depuis quelques années. Longtemps, le modèle fut celui des collections automne / hiver, printemps / été, produites de façon décalées et acheminées en Europe depuis l’Asie. La mécanisation aidant, il est désormais possible de produire vite de petites quantités. Ce qui oblige à rapprocher les usines de fabrication des zones de vente. Des pays comme l’Éthiopie, la Turquie, la Tunisie et, en Europe, la Roumanie, sont en train de devenir des grands du textile. La main-d’œuvre est peut-être plus chère qu’au Bangladesh et au Vietnam, mais ce n’est plus vraiment un problème, puisque la mécanisation et la robotisation réduisent une grande partie de cette main-d’œuvre. Comme il est possible de produire en petite quantité et de s’adapter à la demande, on limite les stocks, et donc les immobilisations de capital, et on limite également les invendus. Fini les tenues d’été qui arrivent en mai alors qu’il fait encore froid : il est désormais possible de produire à la semaine, en s’adaptant ainsi aux conditions météo. Et donc de répondre immédiatement aux besoins. Ce qui est appelé « l’ultra fast fashion » est surtout une autre façon de produire, plus immédiate, avec moins de stocks, moins de distance parcourue et plus d’adaptation aux besoins. Ce qui réduit les gâchis et les invendus.

 

C’est cette révolution géographique qui est en train de se jouer dans le textile et dont Shein n’est qu’un symbole. En défendant les boutiques de centres-villes, qui ont quasiment toutes disparu ces dernières années, on reste accroché à un modèle industriel qui n’a plus court.

Le discours politique ambiant est un mélange de planification stupide et d’obscurantisme économique. Rien d’étonnant quand on voit le ministre des Affaires étrangères visiter l’usine Duralex pour vanter l’excellence française. En d’autres temps, les ministres se déplaçaient pour inaugurer Orly, le Concorde et les nouvelles lignes de TGV, pas pour se vanter de produire des verres de cantine. Aujourd’hui, dans de nombreux secteurs, les politiques sont un frein aux changements, aux innovations et aux inventions.

 

Refaire les villes

 

Alors que des décennies durant le BHV fut l’un des phares de Paris, le Bazar de l’hôtel de ville est désormais l’ombre de lui-même et en grande difficulté. Son propriétaire essaye de lui donner un nouveau souffle en y faisant venir des marques populaires et connues. L’avenir dira si son choix se révèle payant. Mais force est de constater qu’il agit et qu’il essaye.

On voit aussi comment une marque qui était uniquement en ligne cherche à s’implanter dans un lieu et à disposer d’une boutique. C’est le lot de très nombreuses marques de vêtements, qui ont commencé sur internet avant de s’implanter en physique. Preuve que cette nouvelle économie textile n’est pas qu’immatérielle et qu’elle s’inscrit aussi dans des lieux qu’elle façonne et organise. L’espace physique n’a pas disparu, mais il est en perpétuelle évolution.

 

 

 

Réflexions sur la notion de réserve de valeur.

Comme les lecteurs le savent, une monnaie doit avoir trois fonctions :

  1. Etalon de valeur. Combien de coquillages pour une massue et combien pour une flèche ?
  2. Instrument d’échange. Une fois que l’on s’est mis d’accord sur le prix en coquillages de la massue, l’échange a lieu, le précèdent propriétaire de la massue se retrouvant avec des coquillages tandis que le précèdent propriétaire des coquillages se retrouve avec la massue et tous les deux sont contents.
  3. Une réserve de valeur. Les coquillages, comme chacun le sait, gardent leur valeur sur le long terme et l’heureux propriétaire pourra dans quelque temps racheter une massue, voire deux si le besoin s’en fait sentir.

Ce que l’histoire nous apprend est simple : un système monétaire aussi simple soit il ne peut pas fonctionner si la monnaie perd de sa valeur au travers du temps, c’est-à-dire si la monnaie perd la fonction de réserve de valeur.

Or, c’est ce que nous sommes en train de vivre dans nos pays. Que le lecteur veuille bien considérer le graphique ci-dessous.

 

Aujourd’hui, nous avons trois systèmes monétaires en compétition (trois fabricants de coquillages) et la compétition pour être la réserve de valeur a lieu entre les obligations à 10 ans de chaque gouvernement dominant chacun un système monétaire.

  1. Le plus ancien est le système monétaire ancré sur le dollar US.
  2. Le système monétaire européen dépend du Bund allemand à 10 ans.
  3. Le dernier système est quant à lui centré sur le 10 ans Chinois et est en train d’émerger.

Dans ce graphique, je montre l’évolution de la VALEUR de chacun de ces placements en convertissant tout en dollars US et en déflatant chacune de ces valeurs par l’indice des prix US.

Je calcule donc la variation du pouvoir d’achat de chacune de ces réserves de valeur dans un standard de valeur commun, le dollar us et je commence mes calculs après la grande crise financière de 2008-2009 avec une base 100 en aout 2009, le but étant de rechercher quel coquillage a le mieux fait progresser mon pouvoir d’achat depuis cette date.

Pendant les cinq premières années, tout le monde a le même résultat, ce qui est normal dans un monde en équilibre.

  • En 2012-2013 arrive la crise de l’euro, et pour sauver l’euro, monsieur Draghi décide de tuer l’euro comme réserve de valeur. Dans l’ascension du Tourmalet, l’euro est donc la première réserve de valeur à décrocher.
  • En 2020, arrive le Covid, le 10 ans européen plonge à nouveau, mais cette fois ci le 10 ans US l’accompagne, et reste seul en tête le 10 ans Chinois …
  • Et enfin la Russie envahit l’Ukraine en février 2022. Les guerres sont toujours des périodes difficiles pour les marchés obligataires Tout le monde plonge, mais seul le 10 ans chinois retrouve ses niveaux de début 2020.

La conclusion est simple ; le dollar et l’euro ne sont plus des réserves de valeur et le renminbi enfile le maillot jaune.

Mais voila qui est embêtant, car beaucoup d’argent avait été investi sur le dollar et sur l’euro quand ils étaient encore des réserves de valeur convenables, et en particulier par les banques centrales du monde entier quand tout le monde avait besoin de dollars pour acheter du pétrole et d’obligations allemandes pour acheter des machines-outils ou des voitures.

Aujourd’hui, je peux acheter le pétrole dont j’ai besoin avec ma monnaie, et les machines-outils et les voitures fabriquées en Chine sont meilleures et moins chères que celles faites en Allemagne. Je n’ai plus besoin de dollars et encore moins d’euro, mais je vais avoir besoin de renminbis.

Hélas, ma banque centrale a conservé précieusement ses réserves de change en dollar et en euro, qui ne me sont plus d’aucune utilité. Et donc, ma banque centrale est en train de ramasser une gamelle gigantesque sur la valorisation de ses réserves de valeur en dollar ou en euro, qui sont tout sauf des réserves de valeur. Depuis 2009, le prix de la massue en euro est monté de 30 % en euro, de 10 % en dollar et a baissé de 30 % en renminbi.

Et le moral dans certaines banques centrales doit être au plus bas. Aux alentours de 2020, les gestionnaires de ces réserves avaient le choix soit de rester avec le portefeuille qui avait très bien marché depuis 1960 et de rester à 60 % en obligations américaines et 40 % en obligations allemandes soit de passer au portefeuille que je leur recommandais, 70 % en obligations chinoises et 30 % en or

Voyons les résultats pour chacun de ces deux portefeuilles.

 

 

L’ancien portefeuille, dit de Bretton Woods, a baissé de 3 % par an en termes réels (ligne rouge) depuis 2015.

Le nouveau portefeuille, dit de Valeriepieris a cru quant à lui de 3% par an (ligne noire) et sa valeur est quasiment le double de la valeur atteinte par le portefeuille classique.

Conclusion

Nous rentrons dans une période pendant laquelle des investissements immenses vont devoir avoir lieu aussi bien pour développer le cercle de Valeriepieris que pour mettre a la disposition du public l’intelligence artificielle ou pour rebâtir une Défense dans le cas de l’Europe.

Et je sais que dans la zone de l’euro, l’épargne actuellement génère sera très insuffisante pour suffire à tous ces investissements puisque la France, la Grande Bretagne, les USA ont déjà des déficits extérieurs importants, signe que la consommation (étatique) y est trop forte.

Il va donc falloir que les taux d’intérêts réels montent très fortement pour que PARTOUT l’épargne monte de façon à satisfaire ces besoins d’investissement.

Or depuis 2000 environ, aux USA et en Europe, nos déficits budgétaires et extérieurs ont été financés en grande partie par les excédents d’épargne asiatiques qui vont être maintenant utilisées sur place.  Nous devrons donc offrir des taux réels plus élevés pour attirer l’épargne dont nous allons avoir besoin.

Or, le service de la dette est déjà insupportable en France, en Grande-Bretagne, aux USA…

Le moment arrive où il va falloir que nos pays choisissent entre la soi-disant sociale -démocratie d’un côté ou   nous résoudre à rétablir la monnaie comme réserve de valeur et donc cesser d’émettre des dettes qui ne financent aucune infrastructure mais juste des transferts sociaux.

Le social-clientélisme est condamné comme l’a été le communisme ou le Péronisme, et pour les mêmes raisons.

« La Faillite nous voici ».

Le reste du monde va certainement refuser de nous entretenir à ne rien faire tant les opportunités d’investissement rentables sont présentes.

C’est ce qu’essaye de faire Milei en Argentine.

C’est ce qui nous attend en France.