La monnaie: Questions- réponses à Charles Gave

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Charles Gave personnel demandée il y a 4 ans

La question de la monnaie est une constante sur notre site. A cela, se greffent les questions sur l’or et les bitcoins .Le plus simple, dans un premier temps, est que je vous réponde non pas sur les aspects techniques mais sur les aspects philosophiques de vos questions.Personne n’a jamais pu expliquer pourquoi la monnaie avait de la valeur, qu’elle soit basée sur l’or, les coquillages, l’argent  ou encore sur le papier. Grand mystère. La chose qui sert à mesurer la valeur, personne ne sait pourquoi elle a de la valeur. Il  y a toujours en deux réponses à cette question

  • Celle de Platon: la monnaie est une convention entre les parties.
  • Celle d’Aristote: la monnaie à une valeur intrinsèque fondée sur son coût de production, ce qui est une idiotie économique puisque cela fait référence à la valeur travail, dont nous savons (depuis les Autrichiens) que ce concept est faux et amène dans des impasses économiques sanglantes dont la pire fut bien entendu le Marxisme.

On ne peut être Autrichien et favorable à l’étalon or; à mon avis. Beaucoup l’ont été par hostilité.Pour moi, la monnaie est donc une convention sociale. Le Christ dans les Evangiles nous dit de surcroit que la monnaie ressort de l’Etat (voir un Liberal nomme Jésus).En cas de litige entre les parties, l’Etat qui dispose du monopole de la violence, par ses tribunaux et ses gendarmes fait régner le Droit.

La monnaie est donc un bien commun (un peu comme un jardin public) dont l’Etat assure la gestion de façon décentralisé et indépendante du pouvoir politique mais qu’en aucun cas il ne possède. Ce qui nous amène au mode de l’organisation de l’Etat. L’or est une protection contre la spoliation étatique non fondée sur le Droit ou la Loi. Dans cet esprit, et toujours d’après Platon, le meilleur des régimes est une démocratie des « vertueux » et le pire sans aucun doute la démagogieSi nous avons une tyrannie ou une démagogie au pouvoir, s’exprimant par exemple au travers d’un contrôle des changes, alors l’or est l’une des solutions.

Si nous avons une démocratie, alors nul n’a besoin de l’or. Les Suisses n’ont guère besoin de l’or. Les contre-indications de l’or sont par contre gigantesques du point de vue macroéconomique. Le XIX et le XX jusqu’à la grande dépression ont été l’objet d’énormes dépressions récurrentes et la volatilité du PNB a été infiniment plus forte pendant l’étalon or qu’après. Les pays ayant des excédents des comptes courants et donc accumulant de l’or n’ont pour ainsi dire jamais laissé monter leurs masses monétaires.

La France a été l’une des grandes responsables de la dépression des années 30. L’étalon or amène automatiquement tout un chacun à devenir mercantiliste, puisque le succès se mesure au nombre de tonnes d’or que vous avez dans vos caves à la banque centrale. Un homme comme Rueff, bon fonctionnaire s’il en fut et qui n’a jamais souffert des dépressions que sa politique engendrait a foutu en l’air l’économie française en 1934 comme peu de gens l’avaient fait avant lui depuis Colbert, ce qui nous a amené le front populaire en 1936, lequel nous a laissé sans défense devant l’Allemagne en 1940.

Brillant résultat.

L’or est une brute aveugle, qui peut forcer des tyrans ou des démagogues à changer leur politique, je vous l’accorde, et encore ,mais c’est une brute aveugle et sourde.Une variation du taux de change est l’une des façons les plus efficaces d’absorber un choc externe sans trop de dégâts, tandis que l’histoire des taux de change fixe est une véritable litanie de désastres, comme l’Euro est en train de nous le démontrer à nouveau. La réalité, c’est qu’une politique monétaire menée selon des principes sages et démocratiques permet à l’économie de se développer beaucoup plus harmonieusement que n’importe quel autre système et que toute l’histoire économique des cent dernières années le prouve. Que les banquiers centraux et les monnaies soient en concurrence est ce qui assure la discipline bien mieux que n’importe quoi d’autre ou qu’un Deus ex machina gérant un monstre ingérable comme l’euro, ou si nous sommes soumis à une discipline irrationnelle comme celle de l’étalon or.

Le problème arrive lorsqu’une démocratie importante (les USA) passe de Démocrate à Démagogie, ce qui s’est produit avec Bush et encore plus avec Obama. Là, nous avons un problème, mais qui est facile à régler. L’électorat s’en occupe en général comme nous l’avons vu en Suède, au Canada, aux USA sous Reagan et en GB.Il suffit pour que le côté « bien commun » soit respecté, que l’indépendance de la banque centrale soit inscrite dans la Constitution et que l’on fasse passer d’autres  amendements à cette Constitution pour empêcher l’état et les politiques de présenter des budgets en déficits. C’est ce qui s’est déjà produit en Suède, au Canada, en Allemagne, en Suisse.

En conclusion, il me semble plus simple de virer les démagogues et de les remplacer par des démocrates que de confier mon sort à une brute invisible et aveugle .J’ai toujours préféré la démocratie à la tyrannie, même en matière monétaire. Mais bien sûr c’est un choix personnel.

Beaucoup de lecteurs me demandent pourquoi je ne recommande pas d’acheter de l’or.
Voici une raison.Il est toujours extrêmement difficile de préserver le pouvoir d’achat de son épargne surtout quand les gouvernements accumulent les erreurs, comme c’est hélas malheureusement le cas en ce moment.La tentation est grande alors de se tourner vers l’or, qui a comme vocation première d’être la ligne de défense des citoyens martyrisés par les pouvoirs publics. L’or est de fait une façon pour le citoyen qui ne peut pas voter avec ses pieds de s’en aller tout en restant dans son pays.
Il retire au gouvernement de son pays la gestion de son épargne en manifestant qu’il ne croit plus dans la monnaie de son Etat. Le problème, c’est que de temps en temps, la panique gagne nos chères fourmis à un point tel que l’or cesse d’être une protection de qualité.
Déterminer ce moment est l’une des choses les plus difficiles, mais enfin je peux toujours essayer…
Sur le long terme (trente ans), la plus grande qualité du marché des actions c’est qu’il donne accès à des dividendes qui montent avec le temps
Celui qui achète de l’or abandonne donc ce droit à ces hausses, ce qui de temps en temps peut être une bonne idée, mais hélas pas toujours.
Si donc je prends les dividendes effectivement payés par l’indice S&P 500 et que je compare leur évolution historique à celle de l’or, je peux essayer de déterminer les moments ou la panique est telle que les acheteurs d’or « surpayent » le métal jaune pour en quelque sorte garantir leur sécurité
J’ai donc établi un ratio entre le cours de l’or et le paiement des dividendes depuis… 1871
En voici le résultat.

 

or

 

Vous êtes en 2012, moment ou beaucoup d’entre vous se sont rués vers l’or. L’or était alors plus haut qu’il n’était au moment de la dépression de 1890, plus haut que pendant la grande dépression des années 30, plus haut que quand les Japonais avaient attaqué Pearl Harbour, et à peu prés au même niveau que quand le Shah d’Iran était renversé avec la complicité active de l’administration Carter, que le pétrole triplait pendant que les Russes envahissaient l’Afghanistan.
L’or a donc été, comme cela est souvent le cas,  une des plus grandes paniques à l’achat que l’Histoire ait enregistré.

RITA répondue il y a 4 ans

L' état a besoin pour exister d’une armée,d’une police,d’une justice et d’un impôt pour payer ces 3 fonctions régaliennes.<br>Ce complexe étatique émet une monnaie adossée soit a de l’ or soit a une balance commerciale positive (si possible), et le public accorde plus ou moins de crédit a cette monnaie dont la qualitè rèsulte de ces 3 fonctions régaliennes .Le reste etant sujet aux alèas de l’opinion( education santè envirronement etc..).La dèrive des 30 dernières années est due au passage de la démocratie à la demagogie ( la presse poussant a ce jeu de massacre car elle va à la soupe chez les gouvernants ). Transposée au plan mondial , il y a un meme degrè de confiance mais il est accordè avant tout a la force militaire des USA bien plus qu’a la quantité d’or de Fort Knox.<br>C’ est l’ armèe US qui defend la libertè du commerce mondial.Tant que l’ armèe US jouera son role-nonobstant la dérive pacifiste d’Obama – le $ gardera son role quel que soit le niveau de la dette américaine. Bullets-Beans-Bullion tell est la veritable source de la force americaine. Traduisons par Une armèe-Une production économique- Une devise ( l’or ou le $ ).Jusqu’en 1971 l’Or ou le $ etait equivalent.Depuis 1971, on a perdu le lien fixe d’ou la depreciation du $ et l’ envolèe de l’or mais le monde continue d’ acheter et de vendre en $ , donc meme si la confiance dans le $ a diminué il leur reste leur armèe presente sur toute la planète et leur production. La Chine accepte d’echanger son surplus de US $ en US T Bonds et c’ est bien le signe qu’une immense zone economique echange ses produits en US $ nonobstant le deficit colossal de la balance des paiements USA. Si le US $ est bon pour la Chine il sera aussi bon pour les epargnants.Neanmoins si la dèrive pacifiste d’Obama continue et laisse l’Iran s’armer de l’arme nucléaire , le premier pilier de la force du $ va crouler.L’Iran le sait et cherche l’affrontement au travers d’ une attaque contre Israel pour faire plier les USA, et cherche aussi a écouler son petrole non pas en $ mais cotre de l’or ou du Yuan chinois. Sur le problème Iran nucleaire -Israel- Force ou faiblesse américaine se joue un grand enjeu pour le monde libre.

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Romain Metivet personnel répondue il y a 4 ans

Bonjour,
Le parallèle avec Rueff durant l’entre-deux guerres est intéressant ! Avec une économie enserrée dans les dettes et une politique monétaire limitée par le retour au franc Poincaré, quelle était la meilleure option ? Relâcher la contrainte monétaire ou restructurer les dettes ? Rueff n’envisageait aucune des deux, ce qui conduisait à une impasse.
Dans tous les cas, une redistribution des richesses est la conséquence. Mais on est face à un problème typique d’action collective. Les créanciers sont plus gros et mieux organisés que les porteurs de pension ou les détenteurs de monnaie, qui sont petits et dispersés. Avec une procédure de décision démocratique, on peut donc s’attendre à ce que les premiers l’emportent et que la veuve de Carpentras en fasse les frais.
C’est pourquoi une forme de constitution monétaire est importante. L’or était une constitution de facto, un ordre plus ou moins spontané qui a été respecté un certain temps. La règle quantitative de Friedman était une autre proposition, certes plus fragile. Les critères de Maastricht aussi, mais encore plus faible… Quant au pilotage macroéconomique – ciblage d’inflation ou autre – comment peut-on y croire après les crises des deux dernières décennies ?
Personnellement, je préférerais une restructuration des dettes parce qu’au moins elle ne provoque pas la bulle suivante.
Cdt, Stéphane