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Charles Gave

Respirons un grand coup et au boulot.

Tristan Bernard, qui disparut en 1947, était Juif. Arrêté par la Gestapo en 1944, avant de quitter sa maison, il dit à sa femme qui n’était pas Juive : « Ne pleure pas ma chérie. Nous vivions dans la peur. A partir de maintenant, nous allons vivre dans l’espérance »

Cette phrase magnifique me revient à l’esprit en ce moment où la peur semble submerger le monde.

Et avant d’aller plus loin, je voudrais rappeler une autre phrase célèbre, celle de Franklin Roosevelt au plus fort de la dépression qui frappait les USA : « Nous ne devons avoir peur de rien, si ce n’est de la peur ».

Sur les méfaits de la peur, l’une des histoires que je préfère est celle d’un jeune homme au XIXème siècle qui, devant participer à un duel pour une question d’honneur, se suicida la veille du duel tant l’idée de manquer de courage au moment fatidique le bouleversait.

La peur est très, très, mauvaise conseillère.

Revenons à l’actualité.

Une pandémie a commencé en Chine et se répand à travers le monde.

Apparemment, le taux de mortalité atteint 2 % chez les gens soignés, ce qui semble indiquer un taux effectif inférieur à 1 % (0.75%) puisque de nombreuses personnes atteintes par la maladie guérissent sans être allées à l’hôpital.

Qui plus est, les personnes qui décèdent semblent en majorité avoir plus de soixante ans, ce qui règlerait le problème lancinant des retraites, à la grande satisfaction de monsieur Attali chaud partisan de l’euthanasie des vieux, ce qui est paradoxal puisqu’il a plus de 75 ans, mais qui montre son sens aigu du bien commun.

Une première remarque s’impose à ce point : Le corona virus, ce n’est donc pas la peste noire, le cholera ou la grippe espagnole qui ont tué entre trente et cinquante pour cent des gens atteints.  Là nous sommes à 0.75 % et le virus ne semble tuer que les contemporains du penseur éminent que j’ai mentionné plus haut.

Prendre des précautions extraordinaires ne s’impose donc pas, sauf si l’on a soixante seize ans comme moi, ce qui ne va pas m’empêcher d’aller voir mes clients un peu partout dans le monde dans les deux mois qui viennent.

En fait, quand les choses vont mal, il faut avoir l’attitude de la vieille dame Juive de 98 ans qui débarqua à New-York venant d’Allemagne en 1937. Aux journalistes qui lui demandait pourquoi elle avait quitté l’Allemagne, elle répondit « Il n’y a plus d’avenir pour moi dans ce pays ».

Probablement donc, il n’y a pas le feu au lac, comme disent nos amis Suisses, mais, en termes financiers, il serait dommage de ne pas tirer profit d’une bonne panique.

Bien entendu, Je ne peux pas faire grand-chose pour enrayer cette pandémie, n’étant pas médecin, mais je peux peut-être aider le lecteur à prendre les bonnes décisions en ce qui concerne son épargne, de façon à ce que la peur ne l’amène pas à prendre des décisions stupides au cas fort probable (99 % de chances ou plus) ou il survivrait. Et il faut toujours se souvenir qu’un génie financier c’est quelqu’un qui a du cash à la fin d’une baisse et qui décide de le mettre au travail.

Revenons en arrière.

Depuis un peu plus de deux ans, je dis à tous ceux qui me lisent de faire preuve de la plus grande prudence en ce qui concerne leurs investissements et je voudrais ici revenir à une idée toute simple.

Celui qui gère son épargne doit considérer qu’il est un peu comme un général au moment d’une bataille qui doit réfléchir à la façon dont il va utiliser les troupes sous son commandement.

Pressentant qu’une telle bataille risquait de se produire à tout moment, j’ai d’abord identifié il y a bien longtemps les régiments qui risquaient de changer de camp si le conflit commençait. Il s’agissait bien sur des obligations de la zone euro et de toutes les sociétés en Europe qui dérivaient tout ou partie de leur rentabilité des gouvernements (banques, compagnies d’assurance etc..).

Depuis quatre ou cinq ans ces investissements ont fait du surplace ou ont baissé et j’ose espérer que les lecteurs ont fait le ménage depuis longtemps.

Au cas où cela ne serait pas le cas, il faut les transformer aussi vite que possible en cash qui risque d’être utile dans les mois qui viennent.

Ces remarques sur les investissements qu’il ne faut pas avoir ayant été faites, venons-en à ceux dont j’ai dit depuis des mois, voire des années qu’ils devaient figurer dans votre portefeuille et commençons par les troupes de réserve c’est-à-dire par les troupes que vous devrez envoyer au feu quand la situation apparaitra la plus désespérée.

Depuis des années je dis que ce cash doit être en dollar, qui a tendance à monter quand tout va mal, en yen qui monte chaque fois que cela va mal, et en couronne suédoise ou en livre sterling parce que ces deux dernières monnaies sont terriblement sous évaluées par rapport à leur parité des pouvoirs d’achat.

Le dollar par contre est surévalué depuis un moment et continuait cependant à monter, ce qui était l’une des choses qui m’inquiétait et qui me faisait craindre l’arrivée d’une crise.

C’est donc dire que le premier cash que vous devrez utiliser et envoyer au feu sera en dollar.   

Venons-en à une deuxième forme de cash et qui n’en est pas vraiment, l’or.

Pourquoi est-ce que j’ai recommandé l’or depuis quelque temps ?

Pour comprendre, il faut revenir a ce qu’est une monnaie, qui doit avoir trois fonctions:

 

  • Etalon de valeur
  • Moyen d’échange
  • Reserve de valeur.

Depuis 2012, la BCE a décidé que l’Euro ne serait plus une réserve de valeur, puisque les taux d’intérêts sont négatifs dans la zone Euro pour procéder à la fameuse euthanasie du rentier chère à monsieur Keynes.

Et quand un pays ou une banque centrale décide que sa monnaie ne sera plus une réserve de valeur (en général parce que ce pays a des dettes qu’il n’a pas l’intention de rembourser), la seule solution pour ceux qui épargnent dans cette monnaie est de se tourner vers la réserve de valeur acceptée par tout le monde depuis la nuit des temps, c’est à dire l’or.

Et dans ce cas-là, l’or n’est pas du cash, mais une partie essentielle du portefeuille qui sera sans doute la dernière à devoir être vendue, quand le prix des actions et des obligations sera revenu à un prix de marché et ce n’est pas demain la veille dans la zone Euro.

Venons- en aux obligations.

Mes recommandations se sont articulées autour de deux supports obligataires.

  • Les obligations à court terme (5 ans ou moins) en dollar US. La panique financière qui a commencé cette semaine a amené les taux sur ces obligations à des niveaux très bas, ce qui fait qu’elles ont beaucoup monté en capital tandis que le dollar est au plus haut. Vendre des maintenant.
  • Les obligations à long-terme du gouvernement Chinois. Certainement l’une de mes recommandations les plus contestées et je suis sûr que la plupart des lecteurs pensent qu’en raison de la crise, ce placement a dû être désastreux. Point du tout. Depuis deux ans exactement, ces obligations sont montées de 9.5 % par an en euro, ce qui est mieux, beaucoup mieux que les obligations françaises ou allemandes (6 % par an). Les obligations à 10 ans Chinoises devront donc faire partie des positions dont vous allez augmenter le poids, pas tout de suite certes, mais au plus fort de la panique.

Venons-en aux actions.

Commençons par les actions cotées à Paris et qui n’ont rien à voir avec le gouvernement français et dont j’ai fourni une liste il y a quelques mois (voir mon article sur ce site, Retour sur la gestion de portefeuille, la Bourse ce n’est pas fait pour moi.).

L’indice de ces valeurs était à 207 au moment de la publication de l’article, il est monté à 230 et nous sommes de retour à 207. Pour l’instant pas de dégâts, mais si l’indice perd encore 10 %, il faudra d’abord rebalancer le portefeuille pour que chaque action représente à nouveau 10 % du total et sans doute doubler la mise en utilisant le cash.

Ensuite, il va falloir songer à diversifier les actions et je surveillerai comme du lait sur le feu trois marchés.

  • D’abord, tous les marchés des pays asiatiques du style Singapour, Corée, Hong-Kong, Taiwan etc. en ciblant les valeurs immobilières car les taux longs vont baisser là-bas. En plus, elles offrent de bons rendements et sont libellées dans des monnaies dont je pense qu’elles vont monter à long terme contre l’Euro.
  • Ensuite les sociétés Japonaises en excluant les financières qui sont absolument bourrées de cash. La capitalisation boursière du premier marché à Tokyo est d’environ 5000 milliards de dollar et les sociétés Japonaises, qui sont toutes massivement en cash—flow positif depuis des années, auraient la même somme en cash dans leur bilan. Après trente ans de marchés baissiers, les actions au Japon sont quasiment gratuites puisque leur capitalisation boursière est égale au cash qu’elles ont dans leurs bilans.
  • Et enfin les grandes sociétés pétrolières du style de celle cotées aux Pays Bas ou en France. Prenons l’exemple de la grande société énergétique néerlandaise qui rapporte en dividendes (fort bien couvert) 9% ce qui est stupéfiant. Le dividende est après impôts. Le coût d’un emprunt pour la société, après impôts également (les intérêts sont déductibles des bénéfices) doit être aux alentours de 1 %. Et donc la chose la plus simple pour elle est d’emprunter à 1 % pour retirer au fur et à mesure toutes ses actions, économisant de ce fait 8 % par an, ce qui est incroyable.  Les bénéfices par action de la société vont donc exploser… Les calculs pour la société pétrolière française sont les mêmes à peu de choses près. Je n’ai qu’une seule chose à dire à Greta : MERCI et surtout CONTINUEZ, je n’ai pas fini d’acheter.

Je n’ai pas le droit de faire des recommandations sur des titres individuels, mais en quasiment 50 ans de carrière, j’ai rarement vu des opportunités comme celles qui se présentent aujourd’hui au Japon et sur les valeurs énergétiques.

A chacun de prendre ses responsabilités.

Mais sur les obligations de la Zone Euro, je suis certain de perdre, alors que sur le Japon et les valeurs énergétiques je suis (presque) certain de gagner. Passer de l’un à l’autre me parait…raisonnable.

Les sommes qui seraient libérées par la vente des obligations courtes en dollar pourraient être utilisées des maintenant à établir des positions sur ces deux secteurs.

Je me dis que si à la fin de la panique, je me retrouve avec 1/3 d’actions mondiales de bonne qualité, 1/3 d’obligations Chinoises et 1/3 de valeurs énergétiques, cela me donnera un rendement sur mon portefeuille d’environ 5 % par an et je dormirai la nuit du sommeil du juste.

Voila qui me parait mieux qu’une assurance vie investie en obligations de l’Etat Français.