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Jean-Baptiste Noé

L’hiver du mécontentement

La saison 4 de The Crown satisfera les amateurs de la série tant elle est dans la lignée des trois précédente, avec des acteurs de grande qualité, un scénario et des décors bien léchés. Elle permet aussi de redécouvrir l’histoire de l’Angleterre au cours du second XXe siècle, pays qui, comme la France, a dû abandonner son empire, a connu l’étouffement du socialisme, mais c’en est débarrassé à partir de 1979 quand la France, au contraire, choisissait de l’intensifier. La fin de la saison 3 nous montre l’Angleterre des années 1970, avec ses crises de régime et ses Premiers ministres incapables de remettre en cause un État providence qui cause des dégâts nombreux.

 

Les coupures d’électricité se succèdent, la reine est contrainte de s’éclairer à la bougie, les pénuries se font jour, le chômage augmente, l’hyper inflation est au rendez-vous et Londres doit demander trois prêts successifs au FMI, comme un vulgaire pays du tiers-monde. Incapable de remettre en cause une politique qui a échoué, les travaillistes continuent la voie du socialisme, soutenus par une partie des conservateurs, dont l’ancien premier ministre Edward Heath. L’hiver 1978-1979 est si terrible que la presse le surnomma « l’hiver du mécontentement » : grèves en série, notamment des éboueurs et des fossoyeurs, pénurie de nourriture et de charbon, affrontements violents en Irlande du Nord. Chez les conservateurs, Margareth Thatcher rompt avec la ligne socialiste de Heath et remporte les élections de 1979. La saison 4 de The Crown montre son arrivée au pouvoir et ses mesures radicales pour réformer le pays : coupes budgétaires dans les dépenses inutiles, limitation de l’inflation, contrôle de la monnaie. Une politique qui rencontre l’opposition d’une partie des conservateurs synthétisée dans un dialogue avec ses ministres où l’un d’eux lui répond ceci : « Nous sommes le parti conservateur. Nous sommes pour la conservation et la prudence, pour la stabilité, la modération. » Propos que l’on pourrait résumer en : « nous ne voulons surtout pas bouger ». Une formule qui résume bien la droite française d’aujourd’hui largement acquise au socialisme.

 

La réforme et le succès

 

Des réformes maintenues malgré tout par Thatcher qui ont été couronnées de succès économiques et sociaux et de succès politiques. Réélu à quatre reprises, le parti conservateur est resté au pouvoir jusqu’en 1997 et Thatcher fut Premier ministre jusqu’en 1990, soit 11 ans, étant le Premier ministre qui est resté le plus longtemps en poste depuis le XIXe siècle. Dans le même temps en France aucun gouvernement n’a été réélu depuis 1981. L’instabilité politique et l’alternance a été de pair avec une remarquable continuité politique, celle de l’accroissement de la dépense publique et de la sphère de l’État. On comprend le désamour profond des Français à l’égard de leur personnel politique : ils peuvent voter pour n’importe qui ou n’importe quel parti, ils ont toujours la même politique qui s’accompagne d’une croissance constante de la fiscalité et de l’insécurité. L’alternance des personnes et des partis n’a pas empêché la continuité des politiques menées. Margareth Thatcher a beau être très fortement critiqué, elle a gagné trois élections générales d’affilés, ce que personne en France n’a réussi à faire.

 

Les réformes monétaires et budgétaires permirent non seulement un redressement économique, mais aussi un retour de l’Angleterre sur la scène mondiale. Comme la France, le pays fut traumatisé par la perte de son empire, des Indes notamment, puis par l’échec politique de l’expédition de Suez (1956). Au moment où l’Argentine envahit les Malouines, plusieurs demandent de ne rien faire et de laisser ces îles à Buenos Aires. Thatcher donne l’ordre d’intervenir et de conduire une opération navale délicate, la Navy devant se déployer à plus de 3 000 km de l’Angleterre. L’opération est un grand succès, qui était loin d’être acquis tant ce type de projection militaire est difficile. La guerre des Malouines permis à l’Angleterre de retrouver sa fierté et illustre le fait qu’il n’y a pas de puissance géopolitique mondiale sans capacité militaire et sans force économique. Il en va de même pour la France : nous ne pourrons pas tenir notre rang mondial et la puissance de notre armée si nous ne faisons pas les réformes économiques nécessaires au redressement de nos comptes publics. Derrière ses paillettes et sa vie de conte de fées, The Crown illustre en filigrane, avec l’histoire de l’Angleterre, une théorie des relations internationales et une compréhension de ce qu’est la géopolitique et de la façon dont elle procède.

 

L’hiver du mécontentement

 

La santé est le seul secteur que Thatcher n’a pas réformé. Directement inspiré de Lord Beveridge et de l’État providence, le système de santé anglais est encore plus étatisé que le nôtre. Comme le nôtre, il n’a pas résisté à l’épidémie de coronavirus, l’Angleterre ayant un taux de mort par habitant supérieur à celui de la France. La tradition libérale anglaise a même été taillée au couteau par le gouvernement pourtant conservateur qui a pris des mesures qui vont à l’encontre du respect de la personne et de ses libertés. Là aussi, l’épidémie a été un prétexte à la restriction des libertés fondamentales, ce qui est fort dommage dans un pays qui peut s’enorgueillir d’avoir une réelle tradition libérale.

 

Les défaites militaires sont les traductions en acte de défaites intellectuelles antérieures. Si nous avons été submergés par la covid c’est que nous avions déjà perdu sur le plan des idées. La France aussi vit un hiver du mécontentement qui pourrait s’intensifier les mois prochains. Le système de santé que « le monde entier nous envie » a échoué. Comment continuer à justifier des prélèvements sociaux aussi importants alors que l’hôpital public est à la dérive ? Les dernières semaines ont montré que nous en sommes venus au même niveau que la Roumanie de Ceausescu. Un bureau de Bercy décide des biens qui sont essentiels et de ceux qui ne le sont pas, une commission du Politburo décide de la date à partir de laquelle les sapins de Noël pourront être vendus, un gouvernement s’arroge le droit de vie et de mort sur les restaurateurs, les bars et les stations de ski.

 

Le gouvernement Macron a également décidé de fermer la centrale nucléaire de Fessenheim, mettant à mal la production française d’électricité que les éoliennes seront bien incapables de combler. Les conséquences sont venues rapidement : le ministre de l’Écologie a annoncé que des coupures d’électricité sont à attendre l’hiver prochain et qu’il faudra probablement décider quelles régions ou quelles industries sont inutiles et peuvent donc subir ces coupures. Loin de remettre en cause la décision de réduire le nucléaire, elle a annoncé dans le même temps sa volonté d’aller plus loin dans la transition écologique et donc de fermer d’autres centrales. Comme disaient les Shadocks : « plus ça rate, plus on a de chances que ça marche ». Le socialisme conduit toujours aux mêmes causes : pénurie et hausse des prix. Nous aurons donc moins d’électricité, mais plus cher, comme nous avons moins de santé, mais à un coup plus élevé. Au Royaume-Uni, l’hiver du mécontentement avait été l’occasion d’un grand coup de balai dans la classe politique et à un redressement spectaculaire du pays, comme la France en 1958 avec le duo de Gaulle / Rueff. Reste à voir s’il en sera de même en France ou si l’épisode du covid n’aura aucune conséquence sur la vie politique.